VI CONSIDÉRATIONS
Dans un très-grand nombre de cas, le cadavre ne peut rendre compte des désordres fonctionnels observés pendant la vie; cela est un fait incontestable , de tous les jours , et contre lequel viennent se briser toutes les affirmations contraires. Et cependant quels immenses progrès n’avons-nous pas faits , sous ce rapport , depuis vingt ans. C’est pour moi un plaisir et un devoir , de proclamer que de tous les médecins contemporains, M. Broussais est celui qui a le plus contribué à ces progrès. La génération médicale actuelle est peut-être un peu ingrate envers lui ; elle semble oublier trop vite tout ce que nous lui devons. Reportons-nous à ce qu’était la médecine à l’époque où parut le traité des p/ilegmasies chroniques . N’est-il pas incontestable que la plupart des fièvres qu’on disait essentielles , peuvent être rapportées à des lésions locales ?
A côté des immenses travaux de ce médecin à jamais célèbre , viennept se ranger ceux de Corvisart et de Laënnec. C’est à ces observateurs que l’on doit de savoir qu’un grand nombre d’asthmes, dit nerveux , sont sous l’influence d’une maladie du cœur ou d’un emphysème pulmonaire ; que certaines hydropisies peuvent se localiser dans une altération organique du cœur ; et pour ne pas sortir de ce sujet, c’est à un professeur de cette école, M. Bouillaud, que la science est redevable de ce fait important, savoir: que certaines hydropisies auxquelles on ne pouvait assigner aucun point de départ sont sous l’influence de l’oblitération des veines. Plus récemment le docteur Bright a prouvé que cette même affection, l’hydropisie, était souvent causée par une certaine maladie des reins. M. Etoc, plus récemment encore, a trouvé dans une altération des hémisphères cérébraux , la cause de la stupidité des aliénés. Nous pourrions citer encore les belles recherches , faites en France et en Angleterre , sur les maladies cérébrales , les expériences sur l’influence des altérations de la cinquième paire sur les organes des sens , etc. , etc.
Toutes ces recherches et tant d’autres, qu’il nous est impossible de citer ici, ne constituent cependant qu’une faible portion des connaissances importantes que le médecin devrait posséder. C’est qu’en effet l’étude de l’hommtfmalade est immense, et qu’à côté de quelques notions certaines vient toujours se placer une inconnue qu’on ne peut éliminer, et qu’enfin, comme l’a ditPaseal, notre imagination se lasserait plutôt de concevoir que la nature de fournir .
La division que nous avons établie de l’ensemble des lésions dont le corps est susceptible , serait certainement la plus convenable. Malheureusement , dans l’état actuel de la science nous ne pourrions pas en remplir le cadre , elle ne pourra servir qu’à l’avenir. Tout ce qui nous est permis en ce moment c’est de diviser les maladies en lésions de tissus et d’organes , en lésions du sang et des liquides qui en proviennent.
Si les affections qui viennent perturber l’économie animale, prennent le plus souvent leur point de départ et leur source dans une des régions du corps de l’homme, il faut néanmoins se hâter de reconnaître avec les anciens, que souvent l’être tout entier est en souffrance , que le cours normal de toutes les fonctions est interrompu, leur équilibre détruit, leurs effets viciés sans pouvoir rapporter à une région de son corps plutôt qu’à une autre , les douleurs qu’il éprouve , sans que l’œil ou le jugement puissent saisir de lésion appréciable dans aucun organe, pour expliquer les formes variées, les changements brusques, les disparitions et les retours non moins rapides des symptômes observés pendant la vie du malade. Ces grands désordres qui vont frapper toutes les parties de notre être, ne laissent nulle part des traces de leur présence , et cependant l’économie est altérée jusque dans ses principes les plus profonds.
Ces deux grands faits d’observation nous paraissent réclamer impérieusement
PRELIMINAIRES. vii
aujourd’hui la division de toutes les maladies en deux grandes sections : les maladies locales, et les maladies générales.
Les maladies locales se subdivisent en cinq classes qui correspondent aux cinq grands actes qui s’accomplissent dans tout solide :
1° Lésions de circulation ;
2° Lésions de sécrétion ;
5° Lésions de nutrition ;
4° Lésions d’innervation;
15° Productions morbides.