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IV CONSIDÉRATIONS

Lorsque les désordres anatomiques ne sont pas percevables, il ne faut pas se hâter de conclure qu’ils n’existent pas, car, à ce sujet , la science ne peut être regardée que comme provisoire. Que connaissons-nous en effet, en anatomie pathologique? des lésions de texture , de forme, de couleur, mais rien au-delà. Et sur les altérations des liquides que savons-nous? Quelques états qui ne sont pas l’état normal , voilà tout. Il ne faut donc pas considérer l’anatomie pathologique comme une science définitivement arrêtée, il faut aller au-delà de ce qui est actuellement connu.

Cherchons par quels moyens on peut arriver à la connaissance des maladies.

A l’anatomie d’abord doivent être rapportées toutes les recherches par lesquelles on parvient à constater les diverses formes et modifications des tissus et de leur composition.

L’existence de principes impondérables dans le corps de l’homme ne peut être mise en doute. Ainsi , pour ne parler que de ce phénomène , il se fait à tout instant un dégagement d’électricité par les changements de forme , d’état , de nature , de toutes les molécules organiques. Ce phénomène est certainement d’une haute importance , et n’est-il pas certain qu’un grand nombre de problèmes resteront insolubles tant qu’on ne sera pas parvenu à le connaître d’une manière complète ?

Le corps contient aussi des principes médiats, dont l’oxygène, l’hydrogène, le carbone, le phosphore et l’azote sont les éléments. Certains états morbides ont leur point de départ dans une trop grande quantité d’azote répandue dans l’économie. Par cela seul , les reins sécrètent une urine trop azotée , l’acide urique se forme en trop grande abondance, et de là la maladie désignée sous le nom de gravelle. Dans d’autres cas , c’est la prédominance du carbone qui est le point de départ de quelques affections.

La chimie nous apprend un fait curieux ; c’est la présence du fer dans le sang. Elle a montré que lorsqu’il y a prédominance de cet élément, l’hématosine, substance colorante du sang , prédomine aussi ; lorsque le sang au contraire ne contient pas assez de fer, la substance colorante est en proportion moindre. De ce fait ne peut-on pas tirer quelques inductions raisonnables? qui sait, par exemple, si dans ces maladies cérébrales où l’investigation anatomique la plus minutieuse n’a rien pu découvrir , qui sait s’il n’y a pas prédominance, diminution , altération d’un des éléments qui entrent dans la composition de l’encéphale , le phosphore , par exemple (1)?

L’étude des agents impondérables et des principes médiats, est donc d’une haute importance en pathologie.

Ces principes médiats se combinent pour former des principes immédiats , et l’étude de ceux-ci est aussi importante, car on ne pourra pas sans elle avoir une connaissance complète de certains produits accidentels.

(i) Dans un travail récent et fort remarquable de M. Rufz, tout imprégné de ce doute philosophique qui caractérise une certaine école , nous trouvons une opposition piquante à cette proposition de M. Andral :

« Un chimiste dont tout le monde connaît l’habileté, M. Barruel , peut extraire du sang fourni par une saignée , un globule de fer assez considérable pour être enchâssé dans une bague ; un avocat de Paris lui ayant apporté le sang d’une saignée faite à sa femme , M. Barruel trouva le sang de cette personne riche en fer au-delà de tout ce qu'il avait vu jusqu’alors , il crut pouvoir en induire , d’après les idées à priori sur la richesse du sang , que la femme était brune , vive et très-ardente en amour; mais il apprit qu’elle était, tout au contraire, blonde , calme et fort modérée en amour. Une autre fois c’est le phosphore qui n’est pas trouvé fidèle à sa réputation , car le sang d’une jeune femme brésilienne ayant présenté des proportions extraordinaires de phosphore, M. Barruel s’enquit do son humeur , et il apprit qu’elle était extrêmement froide. »

PRÉLIMINAIRES. y

A leur tour ces principes immédiats se combinent pour donner naissance aux liquides et aux solides.

L’étude des altérations dont les liquides sont susceptibles est très-importante y et de grandes recherches sont à faire sur ce sujet. Les anciens avaient bien senti l’importance des liquides relativement aux maladies. Longtemps dédaigné dans nos écoles où régnait un solidisme exclusif, il y a depuis quelque temps un retour fort remarquable h l’humorisme, mais à l’humorisme rationel et basé sur des faits bien observés.

Pour rendre l’étude des altérations du sang profitables , il faut y considérer deux choses : sa constitution et sa composition.

1° Sa constitution; au microscope on voit une innombrable quantité de globules , nageant dans un liquide séreux. Ces globules sont composés d’une partie centrale incolore et d’une enveloppe colorée ; il est certains états morbides, où le nombre de ces globules varie , et n’est plus en proportion avec la sérosité. Dans le choléra asiastique, par exemple , pendant que de toutes parts on se livrait à des recherches sur tes solides, un chimiste distingué, M. Lecanu, portait ses investigations sur le sang et y trouvait une quantité prodigieuse de globules, d’où avait fui la sérosité, réfugiée dans l’intestin. Certes, il n’est pas possible de prétendre que ce fût l’irritation qui attirât là le sérum , car dans les gastro-entérites les plus intenses rien de semblable ne s’observe. C’était dans le sang lui-même qu’était la maladie. Mais qui peut dire la cause de cette dissociation? Là s’arrête le savoir.

C’est donc avec raison qu’on doit considérer la science comme étant dans un état provisoire. Certes, il est des esprits impatients qui ne se contentent pas du provisoire, et qui, au lit des malades, veulent du positif; malheureusement il y en a peu; à qui la faute? A la science qui est si complexe.

2° Sa composition; un grand nombre de maladies ont leur point de départ dans la composition du sang.

Est-ce tout? Non. L’influenee réciproque de deux systèmes importants , le sanguin et le nerveux, est le point de départ de plusieurs maladies. De quelques recherches importantes, il paraît résulter qu’en intéressant le nerf pneumo-gastrique, on altère la composition du sang à tel point qu’en injectant ce sang dans les veines d’un autre animal, on détermine chez lui le charbon. On altère aussi la composition du sang en intéressant certains ganglions du grand sympathique. Tout cela est encore un immense sujet d’études.

Le sang formé par ces principes immédiats produit d’autres liquides, et en dernier lieu les solides. Les altérations de ces liquides et de ces solides, constituent aujourd’hui le seul domaine de la pathologie. Mais la science ne sera complète que lorsque seront connnes les altérations :

1° Des principes impondérables ;

2° Des principes médiats ;

5° Des principes immédiats ;

4° Du sang ;

5° Des liquides qui en proviennent ;

6° Des tissus ;

7° Des organes formés par les tissus.

De tout cela les altérations des tissus et des organes ont été surtout étudiées, le reste est un vaste sujet de recherches ; et si l’on veut que ces recherches conduisent à des résultats satisfaisants, il faut aujourd’hui, avec le scalpei de l’anatomiste , porter dans les investigations le creuset du chimiste , le microscope et l’électromètre du physicien.

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