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C. LÉSIONS DE NUTRITION

Celles-ci sont nombreuses et importantes; ce sont l’hypertrophie, l’atrophie, l’induration, le ramollissement, les produits accidentels , les altérations congéniales , etc.

DE l’HYPEBTROPHIE DU COEUR.

L’hypertrophie du cœur est partielle ou générale. Elle est plus fréquente au ventricule gauche; mais, à ce sujet, remarquons que chez l’enfant et le vieillard le ventricule gauche est au droit : : 5 ou 4 : à î.

L’épaississement du ventricule gauche peut porter spécialement sur quatre parties : i° sur la valvule mitrale; 2° sur la cloison interventriculaire ; 5° sur la totalité des parois du ventricule gauche ; 4° sur différents points seulement de ces parois.

L’hypertrophie du ventricule droit est plus rare. Dans l’état normal, on sait qu’après la mort ses parois peu fermes s’appliquent l’une sur l’autre. On a constaté ce défaut d’affais-

(i)Dans le Traite clinique des maladies du cœur, ouvrage capital dont M. leprofesseurBouillaud vient de doter la science, noustrouvonsdeux chapitres consacrés à la maladie complexe dont M. Àndral traite sous le nom de eardite. Le premier de ces chapitres contient l’histoire de l’inflammation de la membrane interneducœur oui’ endocardite; le second renferme la description de la carditeou. inflammation des tissus du cœur.

M. Bouillaud annonce que l’inflammation de la membrane interne du cœur est, contrairement à l’opinion de Laënnec, une maladie très-commune et aussi fréquente que la péricardite; que la circonstance qui s’oppose puissamment à ce que l’on reconnaisse généralement l’endocardite aiguë toutes les fois qu’elie existe sur le cadavre, c’est l'impossibilité où l’on est, dans l’immense majorité des cas, de constater la présence de- la matière anormalement sécrétée sous l’influence de cette inflammation; mais si l’anatomie patholQgique est souvent impuissante à démontrer l’existence de cette maladie, par l’étude des causes qui ont agi sur le malade, par l’analyse des signes physiques et des lésions fonctionnelles , par la considération de la marche de l’affection, de son mode de réaction 6ur les systèmes de l’économie, le médecin s’élève au diagnostic de la maladie.

Nous dépasserions les bornes d’une simple note si nous voulions faire une analyse même succincte des caractères anatomiques , de» symptômes, des causes, etc., que M, Bouillaud attribue à cette inflammation. Nous pe pouvons qu’engager le lecteur à recourir à la source même, où se trouve traité avec un grand développement ce sujet neuf et intéressant, A. L.

MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

sement bien plus encore que l’épaississement. L’hypertrophie de ses piliers coïncide assez souvent avec ceux du ventricule gauche.

L’hypertrophie des oreillettes est encore plus rare ; presque jamais isolée , elle coïncide, dans l’immense majorité des cas, avec celle du ventricule correspondant.

Lorsque les parois du cœur sont hypertrophiées, elles sont rouges, en général; leur consistance peut être normale; elles peuvent présenter un véritable état d’induration; mais l'induration n’accompagne pas toujours l’hypertrophie.

Les cavités du cœur peuvent se présenter sous divers états :

1° Les parois du cœur étant plus ou moins hypertrophiées , leur diamètre peut rester à l'état normal. .

2® En même temps que les parois sont hypertrophiées, il peut arriver que les cavités soient agrandies, d’où résulte une augmentation de volume du cœur qui a reçu de Corvisart le nom d 'anévrysme actif, et de M. Bouillaud A' hypertrophie excentrique.

5® Les cavités peuvent s’épaissir sans qu’il en résulte agrandissement; au contraire, il peut y avoir rétrécissement, l’hypertrophie s’étant produite vers le centre. M. Bouillaud appelle cette altération hypertrophie concentrique.

Avant de passer à l’étude des symptômes de cette affection , il nous semble important d’étudier un autre état du cœur désigné sous le nom d 'atrophie. En effet , à une époque de la maladie, l’hypertrophie est remplacée par l'atrophie , et là où il y avait rétrécissement de la cavité, survient tout à coup un agrandissement. On conçoit qu’un tel changement anatomique doit en entraîner de très-grands dans l’expression fonctionnelle qui le traduit, et cette considération nous engage à donner ici les caractères anatomiques de l’atrophie du cœur.

Caractères anatomiques de V atrophie du cœur . L’atrophie est une diminution dans l’épaisseur des parois du cœur.

Le cœur atrophié peut offrir son volume normal, parce qu’à mesure queies parois s’amincissent, les cavités se dilatent d’autant.

Il peut au contraire être diminué de volume.

Enfin son volume peut être augmenté, par la raison qu’à mesure que les parois s’amincissent, les cavités augmentent de plus en plus, de même que dans l’amincissement de l’estomac sa cavité augmente. C’est Yanévrysme passif de Corvisart.

Les parois d’une cavité peuvent offrir d’un côté l’atrophie, de l’autre l’hypertrophie.

Dans certains cas, à mesure que le ventricule gauche s'hypertrophie le ventriculedroit s’atrophie et se réduit à un imperceptible appendice.

Par suite de ces altérations la capacité des cavités du cœur change, à la dilation peut succéder le rétrécissement et vice versa (î).

Causes. Il est fort remarquable que les mêmes causes puissent produire indifféremment, ou tour à tour, l’épaississement ou la dilatation des cavités du cœur. Ces causes , nous les diviserons en plusieurs ordres.

1 ** Ordre de Causes Obstacles mécaniques au cours du sang.

Les obstacles peuvent exister dans les orifices artériels ou auriculo-ventriculaires, et dépendent des altérations nombreuses de ces orifices. On peut les rapporter à deux classes: i® selon qu’ils s’opposent plus ou moins complètement au passage du sang comme les rétrécissements, ou bien qu’ils permettent au sang de revenir dans la cavité par l’insuffisance des valvules, ce qui nécessite de la part du cœur des contractions plus énergiques qui en produisent la dilatation ; 2® selon que cet obstacle au cours du sang est sous l’influence d’une lésion de texture, comme l’induration, d’un vice de conformation, de produits accidentels , etc.

Remarquons que ces obstacles qui, chez l’adulte , produisent ces altérations, peuvent impunément exister chez le vieillard. Quelquefois cependant, ils les produisent aussi chez lui, à la longue.

Ces obstacles à la circulation peuvent exister dans les artères. Elles peuvent être rétrécies, comme je l’ai vu sur l’aorte, dont le calibre n’était pas plus considérable que celui de la carotide primitive. Elles peuvent au con-

(i)Lesdiverses altérations du cœur désignées sous le nom d’hypertrophie sont loin d’être considérées de la même manière par les médecins de notre époque. M. Louis, contrairement à l’opinion généralement admise, a professé que l’hypertrophie du ventricule droit est plus fréquente que celle du ventricule gauche , et il a étayé cette proposition par 49 observations d’hypertrophie des ventricules où 29 fois cette altération portait sur le ventricule droit.

M. Cruveilhier n’admet pas l’hypertrophie partielle de la cloison ni celle des colonnes charnues. Ce même observateur nieaussi l’existence de l’hypertrophie concentrique.

L'agrandissementdes cavités du cœur avec amincissement des parois, sans être formellement nié par M. Louis, ne s’est pas présenté une seule fois à cet exact observateur.

Ainsi, dès l’abord de l’étude difficile et compliquée des altérations du cœur, nous trouvons divergence d’opinions sur des sujets de simple !»;peclion. Il faut être, en vérité, doué d’une foi bien robuste pour soutenir que la médecine est une science faite, alors que, sans parler de l’étiologie, des symptômes, de la nature et du traitement des maladies, toutes choses invariablement établies, comme on sait, il n’y a peut-être pas trois propositions fondamentales d’anatomie pathologique incontestablement formulées, alors que l’anatomie normale même et la physiologie surtout offrent encore tant de points obscurs, et tant de sujets de discussion. A. L.

DE L’HYPERTROPHIE DU COEUR

traire être dilatées; elles peuvent être ossifiées, et perdre alors leur contractilité ; dans ces deux circonstances, le résultat sera le même pour le cœur qui aura besoin d’employer une force plus grande pour chasser le sang.

11 est douteux que l’inflammation ou la stase du sang dans les capillaires, soit un obstacle à la circulation.

2 * Ordre. L’inflamrtiation des plèvres ou du péricarde peut déterminer l’hypertrophie du cœur, et cette cause sera d’autant plus efficace que cette inflammation se prolongera plus longtemps. Il faut en dire autant de l’inflammation de la membrane interne du cœur.

5« Ordre . Sous l’influence d’une névrose du cœur qui le fasse palpiter plus vite et plus énergiquement, l’hypertrophie surviendra.

4e Ordre. Les métastases rhumatismales qui, comme nous l’avons déjà remarqué, se portent si souvent sur le cœur, doivent être considérés comme cause d’hypertrophie.

5e Ordre. Les personnes chlorotiques sont prédisposées à une affection organique du cœur. Ainsi on voit quelquefois la chlorose disparaître pour faire place à tous les signes d’une maladie du cœur, se montrant graduellement.

6e Ordre. L’exercice trop énergique du cœur, en faisant, de cet organe, un centre de nutrition plus actif, déterminera son hypertrophie.

7e Ordre. L’époque de la puberté, alors que tout est en fermentation dans l’économie, prédisposeaux affections du cœur ; seulement elles sont sourdes pendant de longues années et tout à coup, vers 40 ou 50 ans, elles éclatent avec intensité. On a dit que les sujets forts et sanguins y étaient plus exposés ; il il n’est pas rare de rencontrer des signes de maladies du cœur sur des sujets pâles et maigres.

8 * Ordre. L’hérédité est une cause puissante de maladies du cœur, et qu’on ne peut nier. On pourra écarter la fatale destinée réservée à certains membres d’une famille où les affections du cœur sont communes, en leur faisant faire beaucoup d’exercice, en déversant, pour ainsi dire, l’activité des forces musculaires du cœur sur les muscles moteurs et de relation.

Symptômes. Le cœur n’exerçant pas ses fonctions normalement, il en doit résulter des désordres fonctionnels, locaux et généraux.

Symptômes locaux. Que le cœur soit dilaté ou hypertrophié, le premier symptôme qui s’observe, est un trouble dans ses contractions qui sont exagérées, trouble qui constitue les palpitations. Dans certainscas, la main du médecin ne perçoit pas les battements que le malade accuse; cela peut arriver, quand la sensibilité organique est telle quele malade

les éprouve réellement, sans qu’ils existent Les palpitations sont quelquefois précédées par la dyspnée ; chez quelques malades, elles coïncident avec elle. On ne les observe pas constamment; on a vu des cas où la maladie parvenaità une époque très-avancée, sans que leur présence eût été constatée. Dans d’autres circonstances, au contraire, elles sont excessivement intenses, et c’est le seul symptôme qu’on observe. Elles reviennent par accès, et s’accompagnent dedouleurs précordiales, d’élourdissemenls, de défaillances. Ces accès sont souvent produits par une cause accidentelle , comme une émotion morale, le travail, une indigestion, un trop fort exercice musculaire, etc.

La douleur est ordinairement peu intense ; ce n’est souvent qu’un simple sentiment de gêne et de pesanteur. On a souvent observé un singulier phénomène que n’expliquent ni l’anatomie, ni la physiologie : c’est un fourmillement à la région précordiale, qui s’étend dans tout le flanc gauche, se fait sentir jusqu’à la pulpe des doigts. Beaucoup de malades se couchent indifféremment sur les deux côtés du corps, mais il en est qui ne peuvent reposer sur le côté gauche, sans que la douleur et les palpitations ne se manifestent. La main, appliquée sur la région précordiale, ressent l’impulsion des battements ; quelquefois, cependant, elle ne les sent pas, et , chose remarquable , c’est souvent quand l’hypertrophie du cœur est à son maximum d’intensité. Il arrive aussi que les palpitations sont très-fortes, sans que le malade en ait ! conscience. Dans certaines circonstances , où il existe un obstacle à la circulation, on perçoit un bruit particulier que Laënnec a appelé frémissement cataire. Les palpitations peuvent être ressenties à l’épigastre. Quelquefois les battements sont plus faibles que dans l’état normal, et cette circonstance a coïncidé avec un développement énorme du cœur . Dans quelques cas, ils sont entendus à une certaine distance. Ils peuvent avoir une marche irrégulière, soit que cette irrégularité provienne d’un obstacle situé à l’orifice aortique, soit qu’elle dépende de causes occasionnelles.

La percussion exercée sur la région précordiale, donne dans un grand nombre de cas, un son plus mat que dans l’état normal, mais dans quelques autres, ce signe est tout à fait en défaut, car il peut arriver que les poumons se prolongent en avant et recouvrent le cœur, qu’ils soient emphysémateux, ce qui n’est pas rare dans les maladies du cœur, et alors, au lieu d’un son mat, on perçoit un sou clair.

L’auscultation fait découvrir d’importants et de nombreux phénomènes. Avant d’en faire l’exposition , nous allons analyser succinctement la théorie des bruits du cœur, et les

MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

diverses opinions émises pour les expliquer.

Nous avons quatre phénomènes à étudier dans les contractions du cœur : les bruits, le choc, le rhythme, l’étendue des battements.

A. Bruits du cœur. L’oreille appliquée sur la région précordiale d’un homme sain, perçoit deux bruits successifs et distincts, suivis chacund’un reposou silence. Le premier bruit est plus sourd et plus prolongé que l’autre; le repos qui le suit est très-court, et souvent le premier bruit se prolonge au point de masquer le premier silence. Le second bruit, plus court, plus clair, plus éclatant que le premier, ressemble au claquement d’une soupape, ou au bruit que fait un chien qui lape. Ce second bruit est suivi d’un second silence plus long que le premier. C’est dans le premier silence que se font sentir les pulsations artérielles, et si le premier bruit se prolonge et empiète sur le silence, les pulsations correspondront à la fin du premier bruit. C’est donc avec le premier bruit que coïncide la systole des ventricules et la diastole des oreillettes, tandis que la systole des oreillettes coïncide avec le deuxième bruit.

Laënnec attribut !e bruit sourd à la systole des ventricules et le bruit clair à celle des oreillettes. Sans s’expliquer d’une manière bien formelle, ce grand observateur semble admettre que ce sont les fibres musculaires du cœur qui sont sonores et que le bruit est occasionné par leur contraction. M.Pigeaux, au contraire, attribue la production du son au choc du sang lancé par l’oreillette contre les parois des ventricules, pour le premier bruit, qu’il nomme bruit inférieur, et au choc du même liquide contre les parois de l’aorte et de l’artère pulmonaire, pour le second bruit ou bruit supérieur. M.Marc d’Espine, reprenant pour ainsi dire la théorie de Laënnec, attribue les bruits du cœur uniquement à la contraction des ventricules, déclarant les oreillettes aphones. Suivant M. Rouanet, les bruits du cœur sont occasionnés par le jeu des valvules de cet | organe. Il trouve dans les valvules des conditions physiques telles que ces replis ne peuvent manquer d’entrer en vibration alors qu’ils sont tendus parle reflux du sang. Il démontre qu’il y a coïncidence parfaite entre les bruits elle jeu des valvules, le premier bruit étant déterminé par la tension des valvules tricuspideet mitrale, lors de la systole du ventricule, le second bruit ayant lieu au momentoù l’oreillette se contracte etque les valvules sygmoïdes se redressent. M. Magendie rejette toutes ces explications et admet, lui, comme causes du bruit du cœur le choc successif delà pointe et de la base de cet organe contre la paroi antérieure du thorax. Le premier bruit serait occasionné par la pointe du cœur pendant la systole, et le deuxième par la base du ventricule droit pendant la diastole. Cette théorie déjà

signalée comme insuffisante par Laënnec , a été combattue depuis par M. Bouillaud, à l’aide d’expériences décisives. La théorie de M. Hope s’éloigne de toutes les autres; il pense que ‘c’est le liquide lui-même qui produit le bruit par la collision qu’il éprouve. Au moment de la systole, la couche de liquide encontactavec les ventricules reçoit une impulsion qui , venant à se propager, non sans collision , de particule à particule, engendre le premier bruit. Au moment de la diastole, le sang venant de l’oreillette s’introduit avec violence dans les ventricules, mais la dilatation de ces derniers venant à s’arrêter brusquement, cela détermine une réaction contre leliquide admisdans la cavité ventriculaire ; de là, la production du second bruit. Enfin M. Piorry conclut d’une série d’expériences : i° que le jeu des valvules ne produit pas le bruit du cœur; 2° que les bruits du cœur droit sont plus forts que ceux du cœur gauche, et qu’enfin il est tenté d’attribuer le bruit sourd aux contractions du cœur gauche, et le bruit clair à celles du côté droit.

Il ne nous est pas possible d’entrer dans de plus grands détails sur ces théories diverses des bruits du cœur. Ce qu’il nous importe de f constater, c'est l’existence de ces bruits sur un cœur qui fonctionne normalement ; voyons en quoi ils peuvent être altérés dans l’état pathologique.

Les bruits du cœur peuvent présenter une intensité telle qu’ils pourront être perçus à une distance de plusieurs pieds. Ils peuvent être modifiés dans leur nature; ainsi le bruit de chaque temps peut être allongé et devenir plus sourd. Ils peuvent être, au contraire , plus éclatants. Ils peuvent être marqués ou ac compagnés par un bruit de soufflet, de râpe , de lime, continu ou irrégulier, lié ou non à d’autres signes, et pouvant être perçus pendant le premier et le second bruit. Ce bruit particulier indique une altération des orifices artériels ou veineux, altération qui peut consister dans un rétrécissement de ces orifices , ou dans l’insuffisance des valvules qui permettent le retour du sang. Le rétrécissement de l’orifice artériel donne lieu à la production du bruit de râpe pendant le premier temps ; le rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire détermine ce même bruit pendant le deuxième temps. Dans l’insuffisance des val- I vules, il y a renversement complet de ces si- | gnes. Si les valvules artérielles sont ulcérées , | percées, détruites, etc., le bruit de soufflet l sera entendu pendantle second bruit ; si l’insuffisance existe aux valvules tricuspide ou mitrale, il^sera entendu pendant le premier bruit.

Le bruit de soufflet peut être permanent ou passager comme la cause qui le produit, telle qu’une cardite aiguë. Il importe de remarquer

DE L’HYPERTROPHIE DU COEUR

aussi que lors même que la cause est permanente, il peut arriver qu’il disparaisse après une saignée. Il peut exister sans qu’aucune lésion en rende raison; mais les bruits de lime ou de râpe indiquent toujours un rétrécissement. Le bruit de soufflet, qui ne dépend d’aucune maladie organique du cœur, peut exister dans deux conditions opposées de l’économie : i° dans l’état de pléthore, et alors une saignée ou l’apparition des règles, chez les femmes , le font disparaître; 2° dans le cas d’anémie survenue après des évacuations sanguines trop abondantes.

B. Choc du cœur . Dans l’état normal, les contractions du cœur ne donnent lieu à aucun mouvement de 1 r tête, de la main ou du stéthoscope appliquas sur la région précordiale. 11 en est tout autrement dans les cas d’hypertrophie. La main appliquée sur cette région est frappée et, pour ainsi dire, repoussée par les battements du cœur. C’est ce phénomène, désigné sous le nom d 'impulsion, qui est quelquefois assez considérable pour être ressenti jusqu’à la partie postérieure du côté gauche de la poitrine.

C .Rhythme du cœur. Le rhythme du cœur peut changer et donner lieu à l’irrégularité soit dans la force des battements, soit dans leur retour.

Des obstacles placés aux orifices du cœur sont le plus ordinairement la cause de ce changement dans le rhythme ; il est aussi quelquefois occasionné par des concrétions sanguines formées pendant la vie.

D. Étendue des battements. Dans l’état normal, les battements ne sont entendus que dans un espace assez borné au délà de la région précordiale; mais, dans l’état pathologique, on les entend dans tout le côté gauche du thorax et souvent dans les parties antérieure et postérieure du côtédroit. En général, cette étendue des battements est liée à l’état de dilatation des parois du cœur.

• Malheureusement pour le médecin, la présence ou l’absence de ces signes n’indiquent pas toujours l’affection qu’il a à combattre. Dans certains cas, ils existent à un haut degré de développement lorsqu’il n’y a qu’une simple affection nerveuse; c’est là une immense difficulté de diagnostic. Dans d’autres, au contraire, le cœur peut acquérir un volume énorme sans donner lieu à aucune force d’impulsion, ni à aucun bruit particulier. Je sais qu’on a refusé d’admettre ces cas, mais il s’en est offert à mon observation et jene peux m’empêcher d’y ajouter foi. Cette circonstance se présente quand le cœur s’hypertrophiant dans ses parois, ses cavités se dilatent d’autant, de manière à établir une sorte de compensation; alors l’apparente régularité de la grandeur des cavités masque l’affection.

Désordres organiques et fonctionnels

dans la circulation artérielle. Ils doivent être étudiées: i° dans les grosses artères; 2° dans les capillaires artériels.

1° Dans les grosses artères. Autrefois les médecins fondaient un des éléments de leur diagnostic sur l’état du pouls; ils lui accordaient une confiance sans bornes. Dans l’état actuel de la science on est très-réservé sur les indications qu’il fournit, car les altérations organiques du cœur ne lui font pas toujours subir des modifications. Étudions le pouls dans son rhythme , sa force , sa fréquence.

A. Rhythme. Théoriquement, on serait porté à croire que toutes les fois qu’un obstacle existera à l’orifice aortique, il devra y avoir dérangement dans le rhythme du pouls. L’observation ne confirme pas cette idée à priori , car il arrive que lorsque cet obstacle existe, il ne se traduit pas toujours par une intermittence du pouls, et il arrive aussi que cette intermittence existe sans qu’il y ai t obstacle à la circulation. L’irrégularité du pouls sans obstacle à l’orifice aortique peut exister avec une simple hypertrophie du ventricule gauche, dont la cavité sera rétrécie ou dilatée, avec hypertrophie des deux ventricules , avec ou sans dilatation de leurs cavités, avec une simple augmentation de volume des cavités droites, les cavités gauches étant dans l’état normal.

Quand l’irrégularité du pouls est sous l’influence d’un obstacle à l’orifice aortique, elle marque ordinairement le début de l’affection, elle précède quelquefois de longtemps tous les autressymptômes. Celle au contrairequi n’est produite par aucun obstacle au dégorgement du sang dans l’aorte, ne se manifeste que pendant les moments ou s’exaspère la maladie du cœur, lorsque la dyspnée devient plus considérable et que l’hydropisie se produit ou augmente. #

Dans quelques circonstances, l’irrégularité du pouls n’a lieu qu’à des intervalles plus ou moins éloignés, et il arrivera que , suivant l’heure de la journée, on trouvera les pulsations artérielles régulières ou irrégulières.

B. Force. La force des battements du pouls reste souvent à l’état normal. Le plus ordinairement, elle présente des différences notables, soit en plus , soit en moins. La force du pouls est augmentée dans les cas où l’orifice aortique étant libre, les parois du ventricule gauche sont hypertrophiées, sans que la capacité de sa cavité soit augmentée ou diminuée.

La force du pouls est moindre, quand en même temps qu’il y a hypertrophie du ventricule gauche , sa cavité est très-rétrécie. Il peut en être de même, quand elle est très-dilatée.

La petitesse du pouls s’observe également, quand il existe un rétrécissement considérai) le de l’orifice aortique.

On la remarque aussi dans les cas où le

MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

cœur présente un énorme volume dû, à la fois, et à la dilatation des cavités, et à une hypertrophie considérable des parois.

C. Fréquence. Elle est rarement augmentée; on l’observe dans les exaspérations. Quelquefois les pulsations artérielles sont diminuées de fréquence; d’autres fois elle reste dans l’état normal.

2® Dans les capillaires artériels. Le sang poussé avec trop de force par le ventricule gauche hypertrophié, afflue dans les capillaires artériels, et cet afflux se faisant sentir principalement à la tête, détermine des bouffées de chaleur au visage, de fréquents étourdissements, souvent des congestions sanguines véritables, quelquefois des hémorrhagies cérébrales.

Désordres organiques et fonctionnels dans la circulation veineuse. Étudions-les dans les gros troncs et dans les capillaires veineux.

1° Dans les gros troncs de cette portion du système sanguin, on observe un phénomène fort remarquable, connu sous le nom de pouls veineux. Il n’est aperçu que dans les troncs veineux voisinsducœur, il est sensible surtout aux jugulaires, et il dépend d’un reflux insolite du sang; sa présence est surtout constatée pendant les exacerbations.

2° Dans les capillaires veineux. Les désordres sont ici très-considérables. Ils se manifestent, soit par diverses congestions sur divers organes, soit par des épanchements séreux qui s’opèrent mécaniquement par l’obstacle qu’éprouve le sang à revenir librement des radicules veineuses vers le cœur.

A. Congestions sanguines. i° Dans l’appareil respiratoire. Les congestions sanguines sont très-fréquentes dans la membrane muqueuse des voies aériennes, soit qu’il y ait rétrécissement ou dilatation des cavités du cœur, soit qu’il y ait hypertrophie ou amincissement, soit enfin que l’altération siège dans le cœur droit ou dans le cœur gauche. Le résultat, en effet, est le même dans tous ces cas, c’est le reflux ou la stagnation du sang dans les Vaisseaux pulmonaires. La membrane muqueuse qui les tapisse, présente toutes les nuances de la coloration rouge, et cette congestion est annoncée pendant la vie par divers degrés dans la gêne de la respiration. Le premier degré est la fréquence de la respiration, fréquence nécessitée par lebesoin de l’introduction d’une plus grande quantité d’air, dans un temps donné, pour vivifier le sang surabonda ni dans les vésicules pulmonaires. Cette stase du sang toute mécanique, qui ne donne lieu d’abord qu’à une accélération de l’acte respiratoire, finit ordinairement par déterminer une inflammation bronchique plus ou moins intense, qui se traduit par la dyspnée et la toux. Quelquefois les crachats sont mêlés de

l sang, et dans quelques cas, il survient une apoplexie pulmonaire. Le poumon est d’ailleurs presque constamment altéré dans les affections organiques du cœur , soit par un épanchement sanguin , soit par une infiltration séreuse qui œdématié le poumon. L’emphysème decetorgane est aussi unedes lésions remarquables qui accompagnent les maladies du cœur. Presque toujours antérieur à elles, il est des cas cependant, où il leur est consécutif; c’est quand il est le résultat des efforts faits pour l’introduction de l’air.

Ainsi, toux et dyspnée, telles sont les altérations fonctionnelles qui résultent de ces altérations organiques. D’abord nulle au début, la toux apparaît de loin en loin, devient plus fréquente et enfin continuelle. L’hémoptysie survient aussi dans quelques cas, soit comme résultat mécanique de l’expression du sang à travers les lobules pulmonaires, soit comme celui de la force avec laquelle le cœur envoie le sang au poumon. La dyspnée est souvent le seul symptôme des maladies du cœur à leur début. Elle est alors peu prononcée, lie se fait sentir que pendant la marche, qu’après avoir monté un escalier, pendant le travail de la digestion. Mais elle augmente progressivement et il arrive une époque de la maladie, où l’essoufflement est continuel, où les malades éprouvent des crises telles qu’ils sont obligés de se lever, de marcher, d’ouvrir les fenêtres, et qu’ils sont sous l’imminence de la suffocation. Cette dyspnée présente des paroxysmes qui ont lieu ordinairement pendant la nuit.

2° Dans l’appareil digestif. La muqueuse digestive est presque toujours congestionnée dans les maladies du cœur, cette congestion est ordinairement un effet mécanique ; il peut néanmoins arriver que l’on trouve des traces d’un véritable travail phlegmasique, dû soit à cette congestion veineuse , soit à l’administration de divers médicaments stimulants.

L’irritation de l’estomac ou des intestins peut réagir sympathiquement sur le cœur, et exaspérer les accidents liés à l’affection de celui-ci.

5® Sur la peau. Plusieurs parties du tégument externe présentent une modification dans sa couleur; rarement cette modification estgénérale. La congestion partielle de la peau est surtout remarquable au visage, qui prend une couleur livide et violacée. Les membres peuvent aussi présenter cette couleur.

4° Dans le foie. Les congestions du foie sonttrès-fréquentes,surtoutquand la maladie occupe les cavités droites du cœur. On trouve cet organe considérablement augmenté de volume, d’une couleur rouge intense, gorgé de sang qui ruissèle à la moindre pression. Sur le vivant, cette augmentation de volume se révèle par une tumeur plus ou moins considérable, située au-dessous des fausses côtes

DE L’HYPERTROPHIE DU COEUR

droites; souvent il arrive qu’après une évacuation sanguine considérable, celle tumeur disparaît.

5° Dans la rate. Cet organe acquiert quelquefois un volume plus considérable, et se gorge de sang; plus souvent elle est plus petite, plus dense et plus dure.

B. Congestions séreuses. Elles ont lieu dans le tissu cellulaire et dans les séreuses.

1° Dans le tissu cellulaire. C’est toujours vers la partie inférieure des membres abdominaux , autour des malléoles que commence l’épanchement séreux du tissu cellulaire : peu à peu , s’étendant de bas en haut , il envahit la totalité des membres ; la face se tuméfie de bonne heure; le scrotum et le pénis, les grandes lèvres s’infiltrent graduellement; les mains et les bras se tuméfient quelquefois en même temps que les malléoles ; mais l’infiltration des membres thoraciques est plus rare que celle des membres abdominaux.

2° Dans les membranes séreuses. Le péritoine est, de toutes ces membranes, celle qui se remplit le plus souvent de sérosité dans les affections organiques du cœur. L’ascite ne commence à se manifester qu’après que le tissu cellulaire s’est progressivement infiltré depuis les malléoles jusqu’à la partie supérieure des cuisses. L’accumulation de sérosité dans la plèvre et dans le péricarde, est beaucoup plus rare ; elle n’a pas été observée dans l’arachnoïde. Les congestions dans les membranes séreuses sont plus fréquentes dans les maladies du cœur droit , que dans celles du cœur gauche. Dans celles-ci, elles surviennent plus tard.

11 est très-remarquable que les congestions séreuses , soit celles du tissu cellulaire , soit celles des membranes, disparaissent quelquefois dans un espace de temps très-court, pour se reproduire plus tard. Cette disparition est tantôt suivie d’une amélioration dans tous les autres symptômes, tantôt, au contraire, elle entraîne rapidement la mort.

Chacun de ces symptômes peu Ise montrer isolé ; ils peuvent se grouper , se combiner diversement , et traduire les altérations variées, dont le cœur est susceptible , altérations variables par leur intensité, leur caractère, etc. Voici, à peu près, l’ordre de succession et de combinaison, que ces symptômes affectent ordinairement. Au début, quelques malades n’éprouvent que de légères palpitations, quelques autres ne présentent, pendant longtemps , que de la dyspnée plus ou moins intense, dyspnée qui revient par accès ou qui est continue , ce qui fait croire aux malades qu’ils deviennent asthmatiques. On en trouve qui, n’ayant jamais été affectés de palpitations ou de dyspnée, présentent, cependant, un commencement d’infiltration qui, peu à peu, devient générale. Ainsi, les palpitations , la

dyspnée et l’infiltration peuvent exister à l’état d’isolement , et pendant une durée variable. Mais il n’en est pas toujours ainsi; les palpitations peuvent se montrer dès le début, et tout à coup, à un haut degré d’intensité; une dyspnée suffocante peut saisir brusquement le malade; l’hydropisie peut se former instantanément; enfin, le début peut être annoncé par une péricardite, une cardite ou une endocardite.

Une fois confirmée, la maladie peut suivre une marche chronique , et souvent mener les sujets à un âge fort avancé; on voit des malades qui, depuis l’âge de vingt ans, sont tourmentés par des palpitations, et qui sont arrivés à cinquante ou soixante ans , sans aggravation notable. Dans quelques cas , au contraire , elle peut , en quelques mois, parcourir toutes ses périodes, et emporter, le malade après un temps très-court.

Diagnostic. A toutes les périodes des maladies du cœur, et surtout à une époque avancée de leur cours, il estsouvent difficile, quelquefois impossible de les distinguer.

Dans V hypertrophie concentrique, la percussion et l’auscultation ne donnent aucun signe d’une modification notable ; mais l’impulsion est forte, et presque toujours appréciable à la main.

Dans l'hypertrophie excentrique , l’impulsion est beaucoup plus forte , les battements sont sensibles au toucher, quelquefois à la vue ; la région précordiale rend un son mat dans une étendue plus ou moins considérable. L’oreille distingue un bruit beaucoup plus fort et plus éclatant que dans l’état normal si la dilatation est considérable, et plus sourd quand elle est moindre. Le bruit de soufflet peut aussi être entendu. Dans l’hypertrophie du côté gauche , les pulsations artérielles sont dures, larges et comparables quelquefois à une corde tendue qui serait brusquement soulevée. L’hypertrophie du côté droit exerce principalement son influence sur les poumons et la circulation veineuse. Il y a alors gêne de la respiration et dyspnée considérables.

Dans la dilatation avec amincissement , les palpitations sont sourdes, et se prolongent péniblement ; le pouls est régulier, mais faible et petit. Il y a matité plus ou moins étendue dans la région précordiale ; la force d’impulsion du cœur est diminuée, et disparaît quelquefois complètement; la clarté des bruits du cœur est augmentée.

Dans le rétrécissement de V orifice auriculo-ventriculaire gauche et droit, il y a bruit de soufflet, de râpe ou de lime, qui remplace le second bruit du cœur. Le pouls est petit et intermittent, surtout dans le rétrécissement de l’orifice auriculo-venlriculaire gauche.

MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

Dans le rétrécissement des orifices aortiques et pulmonaires , on entend un bruit morbide , remplaçant le premier bruit.

Dans l’insuffisance des valvules mitrales et tricuspides , il y a bruit de soufflet au premier temps.

Dans l’insuffisance des valvules aortiques et pulmonaires, bruit de soufflet sensible au cœur et dans une étendue plus ou moins grande de la région précordiale , se faisant entendre au second bruit du cœur.

Le pronostic de toutes ces affections est fâcheux en général ; l’hydropisie le rend plus grave. 11 existe cependant des faits qui ne permettent pas de douter que de véritables hypertrophies du cœur ne puissent guérir. Il est une circonstance où le médecin le plus habile peut se tromper, et peut commettre une erreur malheureusement inévitable, c’est lorsqu’il existe une névrose du cœur. Les phénomènes morbides sont entièrement identiques, et ce n’est que par des informations minutieuses sur le début, la marche, sur quelques nuances délicates que l’observation attentive pourra faire découvrir , qu’il sera possible quelquefois de distinguer ces affections.

Une mort subite n’arrive que dans les cas où il existe un caillot dans le cœur ou qu’il y a rupture de cet organe. La cause ordinaire de la mort est l’asphyxie. Les hydropisies, les hémorrhagies cérébrales, les inflammations intercurrentes qui peuvent survenir, amènent souvent une terminaison prompte et funeste.

Traitement. Dans l’hypertrophie avec ou sans dilatation , les émissions sanguines doivent occuper le premier rang, surtout quand on a à combattre ces affections sur des sujets jeunes , forts et pléthoriques. La petitesse du pouls ne doit pas être un obstacle à la saignée, quand ce phénomène n’est dû qu’à un obstacle à la circulation. Quand l’hydropisie débute , la saignéen’est pas contre-indiquée 5 elle l’est beaucoup, au contraire, quand cette affection aune certaine durée, et l’on doit s’abstenir de toute évacuation sanguine, quand la diathèse séreuse est bien formée.

A côté des saignées viennent se ranger des moyens appelés déprimants , et au premier rang , on doit placer la digitale. On obtient de son administration des succès fort remarquables, si elle n’irrite pas les voies digestives ou le système nerveux. On l’administre en poudre, en teinture et en infusion. L’acétate de plomb et le cyanure de potassium sont aussi employés comme moyens sédatifs.

Les malades doivent garder le repos, prendre peu d’aliments , et les choisir parmi les viandes blanches, le poisson, les végétaux herbacés ; ils s’abstiendront de toute liqueur excitante et de tous les mets épicés. Il faudra les soustraire à toute émotion vive , et à tout ce qui provoque un ébranlement quelconque. I

Dans l’amincissement avec dilatation des cavités, le traitement doit être essentiellement opposé. Au lieu d’antiphlogistiques, il faut avoir recours aux toniques, aux ferrugineux, à une nourriture substantielle. Dans ces cas là, il faut se garder d’affaiblir le cœur6 car il a besoin de forces pour surmonter l’obstacle au cours du sang.

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