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ANÉVRISMES DE L’AORTE

Les anévrismes de l’aorte s’observent dans toutes les parties de son étendue et sous les différentes formes que nous avons énumérées.

La dilatation de celte artère peut exister dans toute sa circonférence, dans une étendue plus ou moins considérable de son trajet , quelquefois dans toute sa longueur, mais 1^ plus ordinairement à une partie seulement. ' La portion qui est le plus fréquemment atteinte par cette altération est la portion thoracique.

Les causes sous l’influence desquelles se manifestent les anévrismes de l’aorte sont fort obscures. L’hypertrophie du cœur, l’isolement de cette artère, la fréquence des produits accidentels dont elle est le siège, les vêtements étroits, l’intempérance, les émotions morales , en un mot, tout ce qui tend à troubler ou à rendre plus énergique la circulation ; toutes ces causes peuvent déterminer l’affection qui nous occupe.

Quel que soit son siège, l’anévrysme de l’aorte a presque toujours une terminaison funeste , soit par la rupture du sac, soit par les accidents consécutifs qu’il détermine.

Symptômes de V anévrisme de l’aorte thoracique. Ils sont quelquefois nuis, quand la tumeur est peu considérable et quand elle est située loin des parois thoraciques. Le plus ordinairement on observe de battements insolites existant le long du sternum; battements qu’on peut apprécier par la vue.

par le toucher et par l’ouïe. Ces battements peuvent se faire sentir sur les côtes et leurs cartilages, le long du dos, à la partie inférieure du cou. L’auscultation fait reconnaître ou un simple choc, ou un double battement dont on ne peut guère se rendre compte, et qui existe surtout le long des cartilages costaux du côté droit. Elle donne aussi la sensation d’un bruissement particu-

ANEVRISMES DE L’AORTE.

lier et quelquefois d’un véritable bruit de soufflet.

Quand la tumeur est plus considérable, on pourra, dans certains cas, constater son existence sous les côtes ou derrière le sternum. Elle peut user et détruire ces organes et donner lieu à des hémorrhagies foudroyantes.

Dans quelques cas rares , une tumeur telle que celle dont nous venons de parler, a subitement disparu, non pas qu’elle fût résorbée, mais parce qu’elle changeait de place en refoulant d’autres organes.

Cette tumeur , par sa pression sur les poumons, détermine une gêne progressive de la respiration. Elle peut presser sur la trachée, et alors on entendra, dans l’inspiration et l’expiration, un sifflement remarquable, et, dans le timbre de la voix, une notable altération. Si c’est l’œsophage que comprime la tumeur, il y aura gêne dans la déglutition. Si le cœur est comprimé, on remarquera des défaillances passagères et tous les symptômes qui pourraient faire croire à une altération organique de ce viscère. La compression de la tumeur sur les veines , déterminera la stase du sang dans leurs ramuscules et la dilatation variqueuse des vaisseaux superficiels du bras et de la poitrine ; si c’est sur l’artère sousclavière et les nerfs du plexus brachial que cette compression s’exerce, le pouls sera affaibli ou même supprimé. La chaleur du bras correspondant sera diminuée, et il présentera des fourmillements et de l’engourdissement. Enfin , en comprimant le canal vertébral , la tumeur anévrysmale peut produire une paralysie instantanée.

La douleur n’est pas constante ; elle est quelquefois faible , sourde et ne constituant qu’une simple gêne D’autres fois, au contraire, elle est vive , se faisant sentir sous les côtes, sous le sternum , dans le dos et s’irradiant dans tous les points du thorax. C’est souvent le seul symptôme qu’on observe ; il n’y a ni battement, ni tumeur, mais des douleurs fort singulières qu’on ne sait à quoi rapporter et qu’on peut confondre avec des doul eurs névralgiques ou rhumatismales.

Il ne faut pas attacher trop d’importance au son mat que la percussion fait reconnaître le long du sternum ; il est arrivé que des masses cancéreuses ayant envahi le médiaslin , soulevaient le cœur etle sternum et donnaient lieu à ce son mat et à tous les symptômes de l’anévrysme et de l’aorte.

Par suite de l’obstacle mécanique que la tumeur apporte dans la respiration , les malades sont obligés de changer souvent de position ; en général, ils reviennent à celle dans laquelle la pression sur la trachée est moins forte. Quelques-uns ont de la toux , rendent des crachats écumeux, quelquefois sanguino-

lents et présentent une dyspnéeplus ou moins considérable.

Cependant la tumeur fait des progrès , et des battements, d’abord obscurs, puis déplus en plus manifestes, se font sentir dans la région qu’elle occupe, battements isochrones à ceux du pouls, mais distincts par leur siège et par leur rhylhme de ceux du cœur. Elle peut faire saillie à l’ouverture supérieure de la poitrine ; mais le plus ordinairement so portant vers les parois de cette cavité, elle les amincit peu à peu et les détruit. Quand elle est située vers les parties latérales , elle use les côtes ; vers le sternum , elle le perce ; vers la clavicule , elle la désarticule et, quelquefois , la détruit. Quel que soit son siège , elle se présente sous une forme irrégulièrement arrondie, plus élevée à son centre qu’à sa circonférence. La tumeur anévrismale de la courbure de l’aorte se montre à droite et en avant ; celle qui naît de l’origine de l’aorte se manifeste au niveau des cartilages des cinquième et sixième côtes droites. Celle qui vient de la partie antérieure de sa courbure , se montre au niveau des troisième et quatrième, et celle qui se montre au-dessus du sternum provient de la partie la plus élévée de la crosse. Leur volume est fort variable.

La terminaison ordinaire de ces tumeurs est la rupture , qui a lieu de plusieurs manières. Tantôt c’est une simple déchirure , tantôt une escharre ; tantôt à la fois déchirure et escharre. La terminaison par simple rupture est la plus commune dans les anévrysmes de l’aorte pectorale. Ces anévrysmes peuvent s’ouvrir dans l’artère pulmonaire , dans la trachée , dans la plèvre et le poumon gauche, dans la bronche du même côté, quelquefois enfin, dans l’oreillette droite.

Cette rupture se traduira toujours par des symptômes violents, soudains et variables selon le lieu dans lequel la poche se sera ouverte. Si c’est dans la plèvre, il y aura dyspnée suffocante , défaillance , petitesse du pouls , pâleur, refroidissement et son mat dans tout le côté gauche de la poitrine. Si c’est dans l’œsophage , des vomissements de sang et des selles sanguinolentes surviendront ; si c’est dans la trachée, il y aura hémoptysie abondante; si c’est dans le péricarde, la circulation éprouvera un grand trouble et les malades périront par une sorte d’engourdissement et de torpeur qui s'emparera successivement de tout le corps.

La mort peut arriver avant la rupture du sac anévrysmal, soit par la pression que la tumeur exerce sur l’œsophage , et qui peut faire périr les malades d’une véritable inanition , soit par l’asphyxie déterminée par l’aplatissement de la trachée, soit enfin par toute autre maladie.

Symptômes de l’anévrisme de l’aorte ab~

MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

dominale. Dans un grand nombre de cas, on n’observe rien qui puisse en faire soupçonner l’existence. Quand il est peu volumineux, l’autopsie seule le fait découvrir. Quelquefois cependant on observe des troubles et un ensemble de phénomènes qui en peuvent devenir les signes pathognomoniques. Ainsi il sera facile de constater , en un point quelconque de l’abdomen, une tumeur de volume variable. Cette •tumeur ne peut pas être toujours perceptible ; on peut la trouver un jour et ne pas la rencontrer un autre ; aussi ne faut-il pas se borner à un seul examen. Cette tumeur peut déplacer les intestins pousser ei^avant l’estomac, à travers lequel on peut la sentir. Elle offre à la main des battements isochrones à ceux du cœur, elle peut présenter aussi un bruit de soufflet. Il est important de se souvenir que beaucoup de tumeurs abdominales peuvent être prises pour un anévrysme , à causedesbattementsqu’elles offrent, occasionnés par l’impulsion de l’aorte. A ces signes locaux, viendront se joindre la gêne des fonctions de l’estomac et des intestins, des vomissements, des coliques, l’infiltration des extrémités inférieures. Quand la tumeur se porte en arrière , elle se place à gauche de la colonne vertébrale, détruit tout ce qu’elle comprime , peut faire saillie à l’extérieur et présenter des battements comme dans les anévrysmes de l’aorte pectorale.

Ces anévrismes peuvent s’ouvrir, soit dans l’estomac et les intestins , soit dans la cavité du péritoine, soit dans le tissu sous-séreux qui est sous cette membrane.

Anévrysme de l’artère coronaire ducœur.

On n’en connaît qu’un exemple. On a observé dans ce cas une douleur profonde sous le sternum, revenant périodiquement la nuit, alors que le malade était couché horizontalement et cessant aussitôt qu’il était debout. Cette douleur était intermittente , et n’empêchait pas le malade de vaquer à ses occupations ; mais un soir en se mettant au lit , il éprouva une vive douleur au dos et à l’occiput et tout à coup tomba mort, frappé par un épanchement dans le péricarde.

Anévrisme de l’artère basilaire. M. Serres en a publié une observation. Le sac anévrysmal s’était rompu , et avait déterminé une apoplexie qui avait été précédée de pesanteur de tête.

Anévrisme du tronc cœliaque. Autrefois on le croyait très-fréquent. Morgagni et les auteurs qui ont admis la fréquence de cette affection , se sont appuyés plus sur ce qui pouvait être que sur l’expérience directe.

Les anévrysmes des artères hépathiques, coronaires, stomachiques , rénales , mésentériques , etc. , sont très- rares , et quand ils existent, leur diagnostic est fort obscur.

Traitement. Chercher à modérer l’impul-

sion du sang contre les parois du sac , à obtenir par la coagulation du sang la formation de couches lamelleuses, telles sont les indications à remplir. Les saignées , une diète sévère et un repos complet du corps et de l’esprit , sont les moyens que l’on emploie pour arriver à ces résultats. Malheureusement, ils sont presque toujours sans succès. Le traitement ditdeValsalva, qui consiste à faire garder le lit au malade pendant environ quarante jours , après lui avoir fait deux saignées , et à le soumettre à une diète tellement sévère , qu’on ne lui donne d’aliments que juste autant qu’il en faut pour soutenir la vie, ce traitement, disons-nous , n’a pas eu de succès assez nombreux pour qu’on doive fonder, sur son e'mploi, des probabilités de guérison.

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