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MALADIES DE LA PORTION SOUS-DIAPHRAGMATIQUE DU TUBE DIGESTIF

Les maladies de celte partie des voies intestinales jouent un rôle important dans la pathologie; peu d’affections sont aussi fréquentes, et il n’en est peut-être pas de plus intéressantes àétudier. Il n’est guère d’organe dont les maladies , en se prolongeant , ne déterminent quelque altération dans les voies digestives , et presque constamment les maladies générales portent leur action sur elles, quand leur point de départ a été en dehors du tube digestif.

Cependant la fréquence et l’importance de ces maladies n’ont pas toujours été aussi bien appréciées qu’elles le sont de nos jours. Nos prédécesseurs ne portaient pas dans les investigations cadavériques les soins minutieux, l’exactitude scrupuleuse qui ont donné tant de précision aux recherches modernes. Aussi ignoraient-ils les diverses modifications de couleur et de consistance de la membrane muqueuse , l’altération de ses follicules , les ulcérations dont elle est le siège , etc. , connaissances que nous devons aux recherches nécroscopiques modernes et aux progrès de l’anatomie pathologique. C’est l’anatomie pathologique aussi qui a mis hors de doute la fréquence des affections du tube digestif, et qui a fait apprécier le rôle immense qu’elles

jouent, soit à l’état aigu , soit à l’état chronique, qu’elles soient primitives ou consécutives.

Pourrait-il en être autrement? Si l’on peut poser en principe que la fréquence des altérations d’un organe est en raison de l’activité des fonctions qu’il remplit et de la complication de sa texture, quels organes, mieux que les organes digestifs , présentent à un plus haut degré ces deux conditions? Voyez leur texture : dans les intestins, comme dans l’estomac, on trouve des tissus qui ont une vie et une organisation particulière; dans leur composition entrent quatre membranes juxtaposées : une séreuse, une musculeuse, une fibreuse et une muqueuse; un double cercle artériel et veineux ; des vaisseaux lymphatiques superficiels et profonds; un système nerveux très-considérable et compliqué, qui, par les anastomoses du pneumo-gastrique avec les plexus solaires, soumet l’estomac à la double influence du système ganglionnaire et du système cérébro-spinal. Voyezleurs fonctions: ils exécutent un travail de sécrétion , un travail d’absorption , et enfin le plus grand de tous, celui delà digestion.

L’influence des autres organes sur l’appareil digestif est aussi un fait constant, et à toutes les époquesdela science, quelques bons esprits ont reconnu qu’il y a peu de maladies qui affectent depuis longtemps un organe quelconque, qui ne déterminent une altération de l’estomac. Baglivi avait très-bien apprécié celte circonstance , quand il disait que toute V économie , soit saine, soit malade, exerce une grande influence sur le tube digestif. Bordeu n’a-t-il pas écrit : il y a peu de maladies dans lesquelles Veslomac ne joue un prin-

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cipal rôle , et où il ne devienne principal acteur à cause des rapports qu'il a avec les autres organes . On trouve dans Bartholin : in omni febri acuto , imminet ventriculi inflammatio. Cependant c’est aux travaux de M. le professeur Broussais que sont dues les lumières répandues sur ce sujet. La connaissance des maladies de l’estomac, a-t-il dit, est la clef de la pathologie.

C’est donc par l’élude importante des affections gastriques et intestinales que nous allons commencer ce cours.

Les maladies de cette portion du tube digestif peuvent se rapporter aux cinq grandes classes que nous avons établies. Nous allons commencer par les lésions de circulation.

Ire CLASSE. — LÉSIONS DE CIRCULATION DE LA PORTION SOUS - DIAPHRAGMATIQUE DU TUBE DIGESTIF.

1er Ordre. — Hyperémies.

L’hypérémie ou congestion sanguine siège souvent à l’estomac et à la partie supérieure du jéjunum ; mais les causes qui la produisent et son intensité variable doivent faire admettre trois genres de congestions.

1er Genre . Hypérémie active. C’est une congestion dans laquelle le sang est appelé dans les voies digestives sous l’influence de l’augmentation de l’irritabilité ; c’est souvent là le premier degré de l’état phlegmasique, et cependant il doit en être soigneusement distingué.

Caractères anatomiques. Dans ce premier genre d’hypérémie, la membrane muqueuse intestinale est finement injectée dans ses réseaux capillaires ; cette injection est partielle ou générale , bornée à quelques points d’un organe ou l'envahissant tout entier. Quand elle siège à l’estomac, elle est ordinairement bornée à quelques parties ; dans le jéjunum elle est plus souvent générale : cette lésion ne s’accompagne, du reste, d’aucune altération des tissus où elle siège, ce qui la distingue de l’état phlegmasique de ces organes , qui est presque toujours accompagné d’épaississement.

Causes. Celte hypérémie peut être primitive ; elle peut se montrer consécutivement à la suite d’une inflammation dont elle est la terminaison. Elle se montre dans le#typhus sans qu’on puisse dire que ce soit là une inflammation. On l’observe aussidans la variole, dans la scarlatine et dans les fièvres intermittentes, mais encore un coup , on ne saurait trop le répéter, ce n’est pas là une phlegmasie.

Symptômes locaux. Les symptômes locaux sont peu prononcés ; la langue est médiocrement injectée, jamais sèche, la soif est peu intense; parfois on observe de légers vomissements.

Symptômes généraux. Si la congestion occupe une grande étendue de la surface des voies digestives, il peut y avoir fièvre, chaleur à la peau , céphalalgie et prostration subite des forces.

Marche et durée. Cette légère affection n’a rien de fixe dans sa marche ni dans sa durée; elle peut se reproduire périodiquement, quitter un tissu pour y revenir bientôt, ce qui la différencie encore de la phlegmasie.

Terminaison. Le plus ordinairement sa terminaison est heureuse, cependant quand elle est consécutive elle est souvent mortelle ; elle peut aussi passer à l’état phlegmasique.

Traitement. Il faut appliquer les sangsues à l’épigastre ou à l’anus. Mais comme le plus ordinairement celte hypérémie n’est qu’un symptôme, il convient de remonter à la cause qui la produit, et de combattre les maladies qui l’occasionnent.

2e Genre. Hypérémie passive. Celle-ci se produit quand la somme d’excitabilité nécessaire pour que le sang soit porté hors du tissu est trop faible.

Caractères anatomiques. Ici il n’y a plus seulement injection fine et bornée aux capillaires, on trouve encorela dilatation et l’injection d’un certain nombre de gros vaisseaux.

Causes. Cette hypérémie est souvent consécutive aux phlegmasies; elle peut être primitive lorsque des poisons végétaux ou animaux qui ont la propriété de frapper de mort les tissus, ont été portés dans l’estomac. On l’observe aussi fréquemment dans le scorbut.

Symptômes. Celte congestion doit troubler plus ou moins les fonctions de l’estomac et des intestins, cependant les symptômes sont peu sensibles et peu connus.

Traitement. Les émissions sanguines en font la base.

3e Genre. Hypérémie mécanique. Causes.

Cette congestion est produite par une cause qui empêche le sang de sortir des veines. Ces obstacles peuvent exister dans la veine-porte, ainsi une phlébite de cette veine pourra en fermer le calibre ; Boerrhave en liant cette veine sur des chiens, produisait cette congestion. Ils peuvent exister dans le foie, par suite d’un engorgement de cet organe; ils peuvent exister dans le cœur droit; elle se produit sur les individus qui succombent à l’asphyxie.

Caractères anatomiques. On observe dans l’intestin une injection qu’il est facile de suivre depuis les plus petites veines jusqu’aux plus grosses, injection qui s’étend jusqu’aux vaisseaux mésentériques. Ce n’est donc plus seulement le système capillaire, mais tout le système veineux qui est ici injecté.

Un fait remarquable, c’est que cette forme d’hypérémie peut entraîner l’hypérémie active et même l’inflammation. En effet, le sang,

DE LA GASTRO-ENTÉRITE AIGUE

en stagnant dans les vaisseaux, peut les irriter en jouant le rôle de corps étranger , de véritable stimulus, dès lors l’économie doit travailler à son expulsion , travail qui se traduit par une inflammation éliminatoire ; c’est ce qu’on observe souvent chez les vieillards qui ont des varices.

D’après ce qui précède, lorsqu’après la mort on trouvera dans l’intestin de la rougeur , devra-t-on la rapporter à l’hypérémie précédente ? non , car d’autres sortes d’injection peuvent se produire , et l’on serait grandement dans l’erreur si , toutes les fois qu’on trouve l’intestin rouge , on concluait à l’existence d’une congestion morbide. On peut trèsaisément produire une congestion en prenant une anse d’intestin d’un animal qui vient de mourir en la laissant pendre dans son milieu , après avoir préalablement fixé les deux bouts. Les liquides veineux , n’étant plus sollicités par la force centripète vitale, n’obéissent plus qu’aux lois de la pesanteur, et, retombant vers le point le plus déclive de l’intestin , le colorent en rouge. 11 suit de là que l’on peut trouver cette injection dans les anses intestinales les plus déclives d’un cadavre quelconque. C’est là une véritable hypérémie cadavérique. De plus , quand la putréfaction commence , la matière colorante du sang abandonne les vaisseaux, filtre à travers leurs parois, puis s’épanche et vient sourdre à leurs extrémités.

Ainsi donc l’injection seule ne peut suffire pour caractériser une des trois hypérémies précédentes.

2e Ordre. — Phlegm.vsies.

De la guslro-entérile aiguë'.

Caractères anatomiques. Les caractères anatomiques de la gastro-entérite aiguë donnés par les auteurs sont très-divers. Pour se faire une idée nette de ce qui a été dit à cet égard , il faut prendre un cas où une cause stimulante bien connue ait déterminé des lésions , et comparer ensuite si dans les cas d’inflammation survenue sous l’influence d’autres causes, les lésions que présente l’estomac sont les mêmes. C’est ce que nous allons faire , en prenant les poisons comme cause stimulante.

Que trouve-t-on quand on introduit un poison dans le corps d’un homme ou d’un animal ?

1° Il peut arriver que l’on ne trouve qu’une rougeur constituée, tantôt par des vaisseaux d’un certain volume engorgés, qui se présentent sous la forme d’une arborisation et qui en prend le nom. D’autres fois, cette rougeur est constituée par des linéaments , ou s’offre sous la forme de bandelettes. Dans quelques cas enfin , la surface interne de l’estomac présente des petits points rouges Irès-mullipliés dont l’ensemble est appelé rougeur pointil-

lée. C’est dans les villosités de la membrane muqueuse qu’on la rencontre souvent ; elle est l’indice le plus sûr de l’existence d’une inflammation.

2° On peut rencontrer le ramollissement de la membrane muqueuse existant à différents degrés;

3° Des ulcérations de la muqueuse. Cette lésion est moins fréquente que la rougeur , et ces ulcérations sont ordinairement petites et multipliées ;

4° La gangrène de la membrane muqueuse peut être le résultat de l’empoisonnement.

5° On trouve aussi diverses lésions constituées par des altérations des sécrétions , comme une exhalation de sang, une augmentation dans la quantité du mucus , formation de fausses membranes.

Le plus ordinairement, la membrane muqueuse seule est affectée , et les autres conservent leur état normal. Mais si le poison a agi longtemps etavecactivité, les autres membranes peuvent être injectées , ramollies et même ulcérées; alors il y a perforation de l’estomac.

Le volume de l’estomac peut rester le même; d’autres fois il est rétracté , comme , par exemple , dans l’empoisonnement par l’acide nitrique.

Voilà donc les lésions qui déterminent les empoisonnements: rougeur, ramollissement, ulcération, gangrène, perforation, altération des sécrétions. Maintenant, toutes les fois -qu’après la mort , on trouve les mêmes lésions que dans l’empoisonnement , on peut presque toujours les considérer comme étant le résultat de l’inflammation , et les symptômes qui se sont présentés pendant la vie , comme traduisant fidèlement les phénomènes propres à l’inflammation de l’estomac.

Examinons si la gastro-entérite aiguë nous présentera toutes les lésions qui se manifestent dans l’empoisonnement.

i° Nous trouvons dans la gastro entérite aiguë une simple rougeur de l’estomac , pouvant présenter tous les degrés et toutes les nuances qui se rencontrent dans l’empoisonnement. Quelquefois même on trouve une couleur noirâtre de l’estomac qui n’est que le résultat de l’engorgement du sang dans les vaisseaux; 2° la rougeur peut être accompagnée du ramollissement de la membrane muqueuse , existant à divers degrés ; 3° on peut trouver des ulcérations ; mais ce phénomène est rarement le résultat d’une inflammation aiguë de l’estomac : on le rencontre quelquefois cependant chez de très-jeunes enfants ; 4° on a vu dans plusieurs cas la gastro-entérite aiguë produire une exhalation de sang à la surface de la muqueuse. On a vu quelquefois cette muqueuse recouverte d’une couche de mucus épais, et en enlevant ce mucus la membrane muqueuse présentait une rougeur

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considérable au dessous. Il est très-rare de trouver du pus au lieu de mucus sur la surface de l’estomac. Enfin on a constaté aussi la présence de fausses membranes ; mais ces cas sont excessivement rares chez l’adulte. Chez l’enfant , au contraire, on les a plusieurs fois observées coïncidant presque toujours avec l’existence de fausses membranes dans les voies de la respiration; 5° la gangrène peut aussi, mais dans des circonstances rares, être le résultald’unegastro-enlérite.Commedansrempoisonnement, il peut arriver que toutes les membranes de l’eslomac participent de l’inflammation, et soient toutes altérées. Elles peuvent présenter des modifications de sécrétion , de consistance. Ainsi l’on a trouvé du sang épanché, une infiltration de pus, un emphysème du tissu cellulaire sans putréfaction.

Parmi les lésions que nous venons d’indiquer, il y en a qui sont l’indice certain d’une inflammation. D’autres , au contraire , peuvent être ie résultat d’une autre cause ; telles sont la rougeur et les modifications de consistance de la membrane muqueuse. Ainsi les divers degrés de la rougeur peuvent dépendre : i° d’une congestion toute passive au moment de l’agonie ; 2° d’une cause toute mécanique , comme on le voit quelquefois à la suite des anévrysmes du cœur; 3° être un résultat purement cadavérique , phénomène qui survient lorsque le cadavre n’est ouvert que longtemps après la mort , surtout s’il est resté exposé dans une atmosphère échauffée , comme celle du lit où il est mort , et que;Ia putréfaction commence à se manifester. La rougeur est occasionnée, dans ce cas, par la transsudation ; elle est surtout manifeste à la portion de l’estomac qui est en contact avec la rate. Les modifications dans la consistance peuvent aussi dépendre d’autres causes que de l’inflammation. Ainsi on a vu le ramollissement de la muqueuse de l’estomac chez des animaux qui venaient d’être tués en parfaite santé. Cette circonstance ne s’est présentée que dans le cas où l’animal avait été sacrifié pendant le travail de la digestion , et l’on a expliqué le phénomène par la présence du suc gastrique dans l’estomac. 11 est vrai de dire cependant que ce phénomène du ramollissement pendant la digestion n’est pas constant.

Pour bien apprécier les lésions cadavériques qui sont propres à la gastro-entérite aiguë, il est bien important d’avoir toujours à la pensée l’état normal de la membrane muqueuse de l’estomac. Dans l’état sain , elle a une teinte blanche, légèrement rosée. Si ces caractères manquent, soyez assuré que les diverses modificationsque vous trouverez seront le résultat, soit d’un état pathologique de l’estomac , soit d’un travail mécanique ou cadavérique. Malheureusement ces différences ne sont pas faciles à apprécier.

Causes. Parmi les causes de la gastro-entérite aiguë , les unes sont extérieures elexistent loin de l’homme ; d’autres sont intérieures et existent dans l’homme lui-même.

Les causes extérieures sont très-nombregses. On peut en distinguer quatre principales : i° l’influence atmosphérique; 2° les aliments; 3° les boissons; 4° les substances vénéneuses.

1° L’influence atmosphérique, pour déterminer la gastro-entérite , agit de plusieurs manières, suivant les climats. On peut dire d’abord qu’elle est commune à tous, mais que cependant elle y présente des variétés fort notables. Dans les climats froids, les symptômes locaux sont beaucoup plus marqués que les symptômes généraux . Dans les climatschauds, au contraire , les symptômes locaux sont masqués par les symptômes généraux, avec d’autant plus d’intensité , que la température est plus élevée. Dans les pays chauds , les symptômes généraux sont dus à l’action exercée sur les organes qui sympathisent le plus avec l’estomac , tels sont le cerveau et le foie. De là les états ataxiques et bilieux que prennent , dans ces pays , les inflammations gastriques. Dans les pays froids, la gastro-entérite a pour caractère particulier d’augmenter les sécrétions muqueuses. Elle offre alors ce que les auteurs ont désigné sous le nom de fièvres muqueuses. Dans les pays où la température est très-variable , la gastro-entérite prendra tous les caractères propres à la température régnante.

2» Les substances alimentaires doivent jouer un grand rôle dans les causes de la gastro-entérite aiguë , et il importe d’entrer dans quelques détails à ce sujet. Les aliments qui peuvent être introduits dans l’estomac sont fort nombreuxetprésententde grandes différences dans leur nature , dans leur composition et dans leur mode d’action. Parmi cessubslances, il y en a qui sont irritantes et qui contiennent beaucoup d’osmazôme, comme les viandes noires , ou celles qui sont fortement épicées. Faut-il admettre que ces substances déterminent la gastro-entérite aussi fréquemment qu’on l’a prétendu? Nous ne le pensons pas, et nous croyons que lorsquela gastro-entérite survient dans ces cas là , c’est parce que l’estomac jouit d’une grande sensibilité, et qu’il existe des dispositions particulières. Qu’un individu , par exemple , quitte un climat froid, où il se nourrissait de substances irritantes , pour habiter un climat plus chaud , où il conserve le même régime ; probablement qu’une gastro-entérite se déclarera chez lui. Dans ce cas , ce sera à l’influence réunie de l’alimentation et du climat qu’elle sera due.

Il y a des aliments qui sont accidentellement irritants, tels que la viande et le sang putréfiés. On a reconnu , dans ces dernières années, que des préparations animales , telles que la charcuterie et le fromage en putréfaction ,

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produisaient des gastro-entérites très-aiguës. La chimie a démontré qu’il se produisait dans ces substances un véritable poison. Les farines altérées peuvent aussi déterminer la gastroentérite, et celte altération des farines peut venir de plusieurs causes, soit de la manière dont s’est formé le grain, comme dans le seigle ergoté, par exemple; soit par des matières délétères mêlées au grain ; soit enfin par les farines qui , abandonnées à elles-mêmes , se sont avariées en subissant un commencement de fermentation. Dans ces cas là, l’estomac, soumis longtemps à des aliments chargés de principes délétères, devient malade, plus ou moins longtemps après, selon le degré de susceptibilité de cet organe.

Certains aliments doivent être considérés comme cause de gastro-entérite, parce qu’ils contiennent une trop grande quantité de matière chylifiable. Ainsi, qu’une nourrice présente un lait trop nourrissant à un enfant, celui-ci aura des indigestions, présentera des mouvements fébriles. Si on recherche la cause de ces accidents, on la trouve dans le lait qui contient trop de caséum; et cela est si vrai, qu’on ramène l’enfant à la santé en étendant le lait d’une certaine quantité d’eau. Telle est encore la raison des phénomènes morbides qui arrivent aux enfants nourris avec le lait de vache , beaucoup plus nourrissant que le lait de femme.

Il y a des aliments qui nuisent parce qu’ils sont difficilement attaquables par les forces digestives. Ce sont ceux que l’on désigne vulgairement sous le nom de lourds. Il faut distinguer l’action que ces aliments exercent, de celle exercée par les aliments irritants. Sous l’influencedesaliments lourds, l’inflammation de l’estomac résulte de la réaction secondaire, qui se détermine dans cet organe pour dissoudre ces substances. Dans se nombre, on range la viande de porc, à cause de sa texture serrée, les champignons, etc. Ces aliments lourds agissent d’ailleurs selon les individus et selon les circonstances où ils se trouvent ; leur digestion sera difficile , et leur action délétère prompte, chez les individus qui ne font aucun exercice ; ceux qui, au contraire en font beaucoup, n’en éprouveront aucune incommodité, à cause de celle admirable sympathie qui fait augmenter les forces de l’estomac en raison directe de la déperdition de celles des autres organes. D’autres aliments sont cause de gastro-entérite parce qu’ils sont totalement réfractaires aux forces digestives ; ils agissent comme de véritables corps étrangers. De ce nombre sont les pains faits avec la farine d’avoine, de sarrazin, qui contiennent une trèsgrande quantité de son ou de ligneux, relativement à une très-petite quantité de gluten. Ce pain agit de plus comme alimentation insuffisante , et les individus qui s’en nourris-

sent ont une prédisposition à la gastro-entérite.

Enfin il y a des aliments qui agissent pour produire la gastro-entérite, non parce qu’ils sont irritants ou réfractaires aux forces digestives , mais parce qu’ils contiennent quelque chose qui répugne à l’estomac. Ainsi les moules, introduites à certaines époques de leur existence, déterminent la gastro-entérite en même temps qu’une irritation à la peau. Il en est de même de certains poissons. Le lait luimême, modifié chez une nourrice par une émotion morale, détermine promptement une gastro-entérite chez l’enfant qui s’en nourrit ; il agit comme un véritable poison, parce que la sécrétion a été troublée par l’influence nerveuse. Ne sait-on pas que le venin de certains animaux est beaucoup plus terrible quand ils sont en colère?

Les aliments ordinaires, par cela seul qu’ils sont introduits en trop grande quantité, peuvent donner lieu à une gastro-entérite , qui n’est comme dans le cas des aliments réfractaires aux forces digestives , que le résultat d’une réaction trop énergique de l’estomac pour les dissoudre. C’est là ce qui détermine les indigestions.

D’autres fois , il peut arriver qu’une alimentation insuffisante, continuée pendant longtemps , fasse naître des phénomènes inflammatoires. Ainsi il y a danger pour un enfant de se nourrir d’un lait pauvre en caséum; bientôt on le voit dépérir et présenter les symptômes d’une gastro-entérite. La suppression d’aliments est aussi cause de la gastroentérite , car on peut poser en principe que l’inactivité d’un organe aide à l’inflammation de cet organe, aussi bien que son excès d’activité. On en possède des preuves nombreuses. Si on laisse périr de faim un animal, on trouve après sa mort la muqueuse de l’estomac rouge et tuméfiée , et si on l’examine pendant qu’il est soumis à la diète , on voit qu’il a des nausées , des vomissements d’une matière rouge et filante. Sur les villosités de la muqueuse d’un animal mort de faim on trouve un suc gastrique extrêmement actif, ce qui pourrait expliquer le fait rapporté par Hunter, qui trouva l’estomac perforé chez un homme mort de faim. L’individu qui est privé complètement d’aliments a des nausées ; sa langue devient rouge et sèche, il est tourmenté d’une soif inextinguible , il a des mouvements fébriles très -marqués. Celui qui n’en prend qu’une très-petite quantité présente les mêmes phénomènes, et si l’on veut en introduire dans son estomac , il faut se souvenir que l’on a affaire à un organe enflammé. Dans certains cas de diète prolongée, la gastro-entérite est tellement imminente, par la grande sensibilité de l’estomac, que le moindre aliment, une goutte d’eau de poulet, vont la déterminer sur-le-champ avec beaucoup d’intensité.

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o° Les boissons ont aussi leur rang parmi les causes de la gastro-entérite aiguë. Toutes les eaux non potables peuvent déterminer l’inflammation de l’estomac. Les liqueurs alcooliques, prises en trop grande quantité et fréquemment, sont certainement une cause de cette maladie, quoique ici, comme pour les aliments, il faille admettre qu’elles n’agissent efficacement qu’autanlque l’estomac est prédisposé à l’inflammation. Quand on introduit de l’alcool dans l’estomac d’un animal vivant, on voit qu’il coagule le mucus qui s’y trouve, et qu’ensuile il disparaît très-promptement; l’ivresse est le résultat de l’influence directe de l’alcool , qui ne détermine la gastro-entérite que lorsqu’il n’est pas absorbé. Les boissons très-chaudes peuvent aussi déterminer la gastro-entérite ; elles agissent alors par brûlures.

4° Les poisons agissent diversement pour déterminer la gastro-entérite; aussi les divisons-nous en trois classes : 1° les uns agissent seulement sur l’estomac ; tels sont les acides concentrés ; les alcalis ; 2° les autres agissent en même temps sur l’estomac et sur d’autres organes , comme le sublimé corrosif ; 3« enfin , les poisons qui n’agissent sur l’estomac que médiatement et par absorption ; tels sont les principes délétères provenant de différentes sources , comme les miasmes , les virus qui ont le plus* souvent pour effet de déterminer une gastro-entérite. Comment agissent-ils sur l’estomac ?C’est une question qui est loin d’être résolue; mais le fait n’en est pas moins constant. Ainsi, introduisez un virus quelconque dans le tissu cellulaire d’un animal; parmi les phénomènes généraux que vous apercevrez , vous remarquerez les symptômes d’une gastroentérite, et après la mort vous trouverez la muqueuse gastrique enflammée. Dans le typhus, dans la variole, il y a presque toujours complication de gastro-entérite; il est bien établi que les miasmes marécageux peuvent avoir pour effet de déterminer l’inflammation de l’estomac ; mais cette inflammation n’est pas essentielle, et ce n’est pas elle qui constitue la fièvre intermittente.

Les causes intérieures de la gastro-entérite, ou celles qui existent dans l’homme, et qu’on peut appeler prédisposantes, sont en assez grand nombre. En première ligne, nous devons rangerla gastritechronique. C’est surtoutdans le cas de gastrite chronique que les aliments excitants sont favorables à la production d’une gastrite aiguë. L’inflammation de la muqueuse pulmonaire et de la muqueuse des voies urinaires la déterminent pareillement dans certains cas. Certaines phlegmasies de la peau , comme la variole, sont précédées par la gastrite; quelquefois elles coïncident pendant toute leur durée avec cette inflammation, comme l’érysipèle, une brûlure profonde.

Dans d’autres cas, l’estomac ne s’enflamme que secondairement. Quant aux affections de l’encéphale, les phénomènes gastrirresqui se manifestent alors sont purement sympathiques; cet organe , en effet, agit bien moins sur l’estomac , que l’estomac n’agit sur lui. Une péritonite intense détermine des vomissements qui semblent annoncer une gastrite. A l’autopsie cependant on ne trouve aucune trace d’inflammation.

Tous les âges sonlsujetsàla gastro-entérite; on l’a même rencontrée sur des fœtus morts dans le sein de leur mère. Dans ce cas , elle ne pouvait être le résultat que d’une cause intérieure.

Symptômes . Les divers désordres fonctionnels qui accompagnent la gastro-entérite, peuvent dépendre d’une foule de causes bien différentes, telles que de l’intensité de la maladie, ou des conditions générales de sécrétion, d’absorption, d’hématose, etc. C’est dans ceS derniers cas qu’il est bon de dire qu’il faut étudier le malade avec la maladie.

Les auteurs ne sont pas d’accord sur les symptômes de la gastro-entérite. Ceux-ci admettent comme constant un symptôme que d’autres rejettent , pour lui en substituer un autre, rejeté par les premiers. Afin de vous bien fixer sur ce sujet , il nous paraît utile d’adopter pour les symptômes, la marche que nous avons suivie relativement aux causes, et d’examiner ce qui se passe dans l’économie, quand on introduit un poison dans l’estomac. Après celte introduction, l’estomac est le siège d’une douleur plus ou moins vive; le malade éprouve une soif variable en intensité ; les vomissements surviennent, la langue rougit, se couvre d’un enduit blanchâtre, jaune ou verdâtre; puis elle brunit, se dessèche, se fendille , devient râpeuse. Souvent la fièvre s’allume , mais sous différents types , en déterminant tantôt une réaction , tantôt une prostration extrêmes ; la respiration devient de plus en plus gênée; l’urine est rare, rouge; quelquefois le foie s’affecte sympathiquement, et alors survient un ictère.

Tels sont les principaux symptômes que détermine l’inflammation de l’estomac , à la suite d’un empoisonnement.

Dans la gastro-entérite aiguë , nous avons aussi des symptômes locaux et des symptômes généraux, et ils sont en si grand nombre que celui qui les chercherait tous réunis , pour établir son diagnostic, courrait grand risque de se tromper.

Les symptômes de ld gastro-entérite ne surgissent pas toujours tout à coup. Ainsi on voit souvent certains malades être atteints de dégoût, de perte d’appétit , de céphalalgie plus ou moins intense. Ces symptômes sont suivis bientôt d’un état de malaise général, de douleurs vagues dans les membres , quelquefois

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d’un très-grand accablement. De ces prodromes qui n’existent pas toujours, on ne doit pas conclure que la maladie soit générale avant de se localiser; ils ne sont que le résultat des sympathies de l’estomac irrité sur les divers organes.

Plus ou moins longtemps après cette période d’invasion, les malades éprouvent ordinairement un frisson violent, suivi de chaleur et de douleur vers l’épigastre, ou vers les parties environnantes. Cette douleur n’existe pas toujours; elle est, en général, moins vive que celle qui résulte de l’inflammation d’une séreuse ; quelquefois cependant elle est atroce. Cette douleur présente d’ailleurs toutes les nuances d’intensité, depuis une simple gêne, une tension , une pesanteur , jusqu’à la douleur la plus vive, qui fait jeter les hauts cris aux malades. Ils la comparent souvent à celle qu’ils éprouveraient si leur estomac était resserré ou comprimé, ou bien encore à celle qui résulterait d’une barre transversale qui pèserait sur l’épigastre. La douleur ne présente pas toujours le même type ; elle est tantôt continue , et conservant la même intensité ; tantôt elle ades exacerbations le soir, en même temps que la fièvre; quelquefois elle est intermittente régulière ou irrégulière. Elle peut exister dès le début, ou seulement quelque temps après l’invasion. Le malade peut n’en avoir pas la conscience, s’il est dans un état comateux; mais, dans ce cas, en pressant l’épigastre, si l’expression de la face change, sises traits se grippent, s’il porte machinalement la main à l’épigastre, vous pourrez conclure que la douleur existe. Cette douleur est ordinairement augmentée par la pression ; d’autres fois elle n’est ressentie qu’à l’ingestion des aliments liquides, même les plus doux. La température de ces liquides, peut occasionner des douleurs, ainsi que la trop grande quantité de boissons; souvent l’eau seule ne peut être supportée.

Le siège de la douleur n’est pas invariable ; ainsi elle peut exister à l’épigastre , ou vers l’hypochondre gauche, ou vers le centre phrénique, et c’est dans ce cas, que l’on voit ordinairement la face s’affecter profondément. Elle se fait sentir quelquefois vers la grande courbure, qui peut se trouver très-bas, si l’estomac est distendu par des liquides, ou par des gaz. Dans quelques cas, elle est éprouvée vers l’appendice xiphoïde, à la partie inférieure du sternum; dans quelques autres, elle se propage le long de l’œsophage , jusqu’au pharynx, d’autres fois elle est vague, et elle s’irradie de différents côtés de la poitrine; elle peut enfin être circonscrite aux attaches du diaphragme. Il est très-important de connaître les différents sièges que peut affecter la douleur, pour éclairer le diagnostic. Il faut aussi remarquer que l’intensité de la douleur

n’est pas toujours en rapport avec la gravité des autres symptômes.

L’appétit est ordinairement nul dans la gastro-entérite aiguë; il peut, cependant, se faire sentir; mais ici faites bien attention que quelques malades attribuent à un besoin de manger, le sentiment de tiraillement qu’ilséprouvent. Il en est qui ont réellement de l’appétit; et qui mangeraient avec plaisir; mais tous les symptômes s’aggravent beaucoup s’ils satisfont ce besoin. Les personnes pléthoriques éprouvent un retour d’appétit, avant que tous les symptômes de la gastro-entérite aient disparu. Vous ne serez pas trop sévère à leur égard , si le besoin de manger devient impérieux; vous pourrez accorder de l’eau de poulet, du lait coupé, de l’eau de veau, etc. Quelquefois aussi on voit l’anorexie persister après la disparition de tous les autres symptômes de la maladie. Dans ce cas , ne vous hâtez pas de donner des toniques ou des stomachiques; attendez quelque temps sans agir: l’appétit ne tardera pas à reparaître de luimême.

La soif a été considérée comme symptôme caractéristique de la gastro-entérite aiguë; elle n’existe cependant pas toujours; quelquefois elle est très-vive, inextinguible; il y a appétence de boissons froides , et ce serait une grave erreur de contrarier le malade sur ce point, en lui donnant des boissons chaudes ou sudorifiques.

Le plus ordinairement, les malades éprouvent des nausées; souvent des vomissements. Quelquefois ces vomissements n’ont lieu qu’au début; dans quelques cas, ils manquent dans tout le cours de la maladie. Souvent aussi les vomissements sont déterminés par un traitement peu rationnel, soit qu’on ait donné trop tôt quelques légers excitants, soit qu’on ait persisté outre mesure dans les boissons mucilagineuses. Les matières vomies peuvent être inodores ou fétides. Elles peuvent n’être constituées que par les boissons, ou bien par une matière filante; dans ce cas, l’anxiété est extrême : quelquefois par une quantité de bile, plus ou moins grande, d’autres fois par du sang pur ou altéré.

Tels sont les symptômes locaux de la gastro-entérite aiguë : douleur, anorexie, soif, nausées , vomissements. Ils peuvent se trouver tous réunis, comme aussi quelques-uns peuvent manquer. Us peuvent aussi prédominer les uns sur les autres.

La gastro-entérite aiguë donne lieu à des symptômes généraux dans le tube digestif et hors de ce tube. Elle détermine ordinairement une constipation qui dure tout le temps de la maladie. Mais c’est surtout dans la partie du canal digestif située au-dessus du diaphragme, que l’inflammation de l’estomac détermine des symptômes généraux. La bouche

surtout offre des lésions notables à étudier : elle est ordinairement amère, chaude, pâteuse ; les lèvres rouges, fendillées, saignantes, couvertes quelquefois de croûtes épaisses; les gencives sont douloureuses et tuméfiées ; les dents couvertes d’une couche épaisse de tartre.

La langue présente à étudier de nombreuses variétés, dans sa couleur, son volume, sa sécheresse, ses enduits, etc. Elle peut être affectée dans sa sensibilité ; elle peut offrir une chaleur brûlante ; elle peut être augmentée dans son volume, ce qui est l’effet d’une gastro-entérite très-aiguë; elle peut être effilée à sa pointe ; ses mouvements peuvent être plus ou moins difficiles. Quant à la couleur, elle peut être normale, ce qui est rare ; ou , ce qui est plus fréquent , rouge à la pointe et sur les bords, et jaunâtre au centre; cette rougeur est ordinairement pointillée, caractère de la gastro-entérite aiguë. Elle devient quelquefois très-sale et noire, ce qui annonce une très-grande intensité dans l’inflammation. Dans le cours d’une gastro-entérite, la langue peut être humide ou sèche, lisse ou râpeuse, collante ou croûteuse. Une vive rougeur ou une extrême pâleur peuvent coïncider avec ce dernier état de la langue. Elle peut ne présenter aucun enduit, ou en offrir un muqueux, blanc ou jaunâtre, plus ou moins épais. Elle se trouve quelquefois enduite de sang qui a suinté et s’est arrêté à sa surface. Toute la bouche peut enfin être recouverte d’une couche couenneuse.

Ces divers étals de la langue peuvent se rencontrer dans la gastro-entérite aiguë, avec ou sans complication. Il ne faut pas cependant exagérer l’importance des symptômes fournis par cet organe, relativement au diagnostic de la gastro-entérite. 11 est certain que l’état de la langue n’est pas toujours en rapport avec la gravité de la maladie. Elle est d’ailleurs affectée dans d’autres maladies que l’inflammation de l’estomac; elle ne l’est pas toujours quand l’estomac est enflammé.

Les symptômes généraux fournis par les autres organes varient suivant les individus. La circulation est la fonction la plus altérée. Les malades éprouvent delà chaleur, le pouls est accéléré, la fièvre s’allume. Quelques individus offrent tous les symptômes de la fièvre inflammatoire, avec céphalalgie et rougeur des pommettes ; le pouls est fort et fréquent, la peau brûlante, tantôtsèche tantôt humide; chez d’autres, avec l’accélération du pouls, se rencontre une teinte des ailes du nez et de la conjonctive, la langue devient noire et ils présentent tous les caractères assignés aux fièvres bilieuses. Chez quelques-uns enfin , le pouls est moins accéléré, la chaleur est plus douce et non mordicante; mais ils présententun écoulement muqueux abondant,

et alors se dessinent tous les traits qui caractérisent la fièvre muqueuse.

Ces trois groupes de symptômes traduisent tantôt trois états différents de l’estomac, tantôt indiquent les conditions diverses de l’économie, au moment où la gastro-entérite a fait son invasion. On la voit dans certains cas prendre ces trois caractères, être d’abord inflammatoire, puis bilieuse et enfin muqueuse, et, quand le malade guérit, repasser de l’état muqueux à l’état bilieux pour revenir et se terminer à l’état inflammatoire. Quelquefois la fièvre manque, et cela se rencontre dans les gastro-entérites intenses par cause d’empoisonnement, ou dans celles qui sont accompagnées d’un trouble profond dans l’innervation. Le pouls est quelquefois ralenti. Dans d’autres circonstances, la respiration est sympathiquement troublée, ce qui s’annonce par une toux sèche que M. Broussais appelle stomacale , par une gêne de la respiration ou par quelques points douloureux dans l’étendue de la poitrine.

La sécrétion des glandes salivaires peut être augmentée. L’engorgement des parotides a rarement lieu. Le foie, surtout dans les climats chauds et chez les personnes bilieuses, peut s’affecter sympathiquement. Il peut y avoir malaise général ou partiel ; l’urine peut être rare, rouge ou sécréter l’acide rosacique ou du sucre, comme chez une femme que j’ai eu occasion d’observer.

Les phénomènes nerveux peuvent se traduire , ou par excès de douleur ou par des vomissements fréquents. Ces symptômes peuvent porter , i° sur la sensibilité qui se manifeste par la céphalalgie qui survient soit au début, soit dans le courant, soit vers la fin de la maladie; elle peut être forte ou légère , générale ou partielle : c’est quelquefois le phénomène qui prédomine. Cette sensibilité peut se manifester par des douleurs lombaires, qu’on pourrait croire rhumatismales; par de la douleur à la peau, ou à d’autres parties; parle trouble de la vue, de l’ouïe, pardes mouvements convulsifs ou par des tremblements dans les membres, par des soubresauts des tendons : 2° sur l’intelligence qui peut rester intacte ou se troubler; il y a quelquefois délire et coma qui se succèdent. Ces deux phénomènes peuvent être intermittents et simuler une fièvre intermittente pernicieuse ; 3° sur la force vivifiante du cerveau qui peut diminuer beaucoup ; c’est alors que survient une grande faiblesse ; dans ce cas on donne à la gastroentérite le nom de fièvre ataxique ou adynamique, suivant qu’il y a réaction ou prostration de forces. Mais ces deux états morbides ne sont pas sous la dépendance exclusive de la gastro-entérite ; ils peuvent être liés à une gastro-entérite, à une colite, ou bien coïnci-

DE LA GASTRO-ENTÉRITE AIGUE

der avec l’inflammation de tout autre organe. L’époque de l’apparition de ces symptômes généraux varie; ils peuvent être précédés par la fièvre, ou paraître d’emblée.

Durée. La durée de la gastro-entérite est variable : elle peut être de quelques heures à quelques jours , d’où il suit que le traitement peut la modifier ou l’enlever.

Marche. Elle est ordinairement continue , cependant elle affecte par fois le type intermittent, comme Mongellaz en rapporte des exemples. On en observe qui n’ont que des perturbations périodiques. L’intermittente peut être régulière ou irrégulière.

Terminaison. La gastro-entérite aiguë peut se terminer de différentes manières : par le retour de la santé ; par une gastrite chronique ; par une espèce de métastase qui peut se porter ou sur le foie , ou sur les intestins, ou sur le cerveau ; par la mort qui peut résulter soit de l’intensité de la maladie et des phénomènes sympathiques, soit d’une perforation, et alors le malade succombe à une péritonite.

On peut être atteint plusieurs fois de gastro-entérite aiguë ; elle peut se renouveler à des intervalles à peu près fixes , et dans ce cas, ou bien elle laisse le malade dans une rémission complète dans l’intervalle des attaques, ou bien elle détermine une susceptibilité de l’estomac, que la moindre irritation change en gastro-entérite. Il y a des individus qui en sont atteints à chaque renouvellement des saisons.

Variétés. Les variétés de la gastro-entérite aiguë dépendent de son siège, de la nature des symptômes et de celle de ses causes. Quant au siège , elle peut être générale ou partielle, pylorique , folliculeuse , villeuse , etc. Il faut distinguer la gastro-entérite produite par l’empoisonnement de celle qui survient sous l’influence de causes fort diverses, et qui peuvent dépendre de l’état antécédent de l’économie , du tempérament , de la constitution, de la température, des aliments, des âges. Chez les vieillards affectés de gastro-entérite, par exemple, la langue devient sèche, noire, et il survient une prostration adynamique. Quant aux variétés fournies par les symptômes , on peut les réduire à deux : i° la gastro-entérite avec prédominance de symptômes locaux ;

2° la gastro-entérite avec prédominance de symptômes généraux, qu’ils portent soit sur l’appareil nerveux, soit sur l’appareil circulatoire.

D’après toutes ces considérations , il vous sera facile d’établir le diagnostic de la gas- ; tro-enlérite aiguë

Le Pronostic varie suivant l’intensité de i la maladie, suivant les causes, suivant la durée , suivant la constitution et l’âge des malades. Sur des sujets robustes ou non affaiblis par l’âge, la gastro-entérite est une maladie j

peu grave. En général, elle n’entraîne la mort qu’après quinze ou vingt jours de durée. Elle est quelquefois mortelle en quelques heures; mais ces cas ne se rencontrent guère que dans les empoisonnements.

Traitement. Le traitementde la gastro-entérite aiguë varie, i° d’après l’intensité des symptômes locaux ; 2° d’après laf nature des symptômes généraux; 3° d’après la marche de la maladie; 4° d’après les causes.

1° D’après les symptômes locaux ; s’ils sont légers, il suffira de la diète et de quelques boissonsadoucissantes, comme de l’eau d’orge, de l’eau de gomme, la fleur de mauve infusée, l’eau sucrée et quelquefois l’eau simple ou édulcorée avec le sirop de groseilles, le suc d’oranges, de cerises, etc. Consultez les goûts du malade et la susceptibilité de l’estomac. Vous donnerez les boissons en quantité relative à la soif du malade, et vous les administrerez tièdes en hiver , froides en été. Si les symptômes sont plus graves, il faut appliquer des sangsues â l’épigastre ou à l’anus , et si elles améliorent l’état du malade d’une manière permanente , une application suffira. Si l’amendement qu’elles ont procuré n’est que léger , II faut y revenir ; si elles n’en ont procuré aucun, essayez encore, si les forces du malade le permettent. Administrez les mêmes boissons, et si le malade ne peut les supporter, ne lui donnez que de l’eau pure et en petite quantité. Pour les jeunes enfants, une ou deux sangsues suffiront ; mais prenez garde de bien arrêter le sang, car l’hémorrhagie qu’elles déterminent peut être mortelle. Il faudra aussi modifier le lait de la nourrice, en la mettant à la diète ; ou sevrer l’enfant, s’il est assez âgé , ou bien couper le lait avec de l'eau d’orge. L’on pourra entourer leurs pieds avec des cataplasmes chauds de farine de graine de lin. Pour calmer les symptômes locaux,on peut appliquer des cataplasmes émollients sur l’épigastre, faire des fomentations émollientes , prescrire des bains généraux. N’employez pas des révulsifs ; ils sont plus nuisibles qu’utiles. Si la douleur est très-intense, il faut laisser couler longtemps les sangsues, faire des fomentations opiacées ; mais vous Vous garderez bien de donner de l’opium à l’intérieur. Siles vomissements sont fréquents , les boissons acidulées ou l’eau de Seîtz conviennent très-bien. On peut aussi provoquer un mouvement brusque par un grain de tartre stibié ; ils cessent quelquefois après l’emploi de ce moyen. L’eau à la glace, l’application de la glace sur l’estomac réussissent quelquefois, mais il faut employer ces moyens avec prudence.

2° D’après les symptômes généraux ; si la gastro-entérite se présente sous la forme d’une fièvre inflammatoire , il faut avoir recours aux émissions sanguines générales. Les sangsues

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

sont préférables sous la forme bilieuse ; sous la forme m uqueuse, il faut être avare d’émissions sanguines. Quandla gastro-entérite s’accompagne de phénomènes ataxiques ou adynamiques , il y a une distinction importante à faire ; si, chez un sujet fort , l’adynamie paraît au début, il faut saigner largement, parce qu’alors il y a concentration des forces qui se rétablissentavecla saignée. Si l’adynamie est survenue avant l’ataxie, ou si celle-ci est survenue peu à peu, il faut être avare de saignée, de révulsifs, et de stimulants. Il en est de même si la gastro-entérite reconnaît pour cause des influences miasmatiques. Dans , certains cas d’adynamie, survenue lentement et graduellement , il faudra administrer des toniques en lavement avec de l’amidon. Mais si la face est rouge, qu’il y ait des mouvements convulsifs, quoique la prostration soit grande, il faut saigner.

5° D’après la marche ; si la gastro-entérite aiguë se présentait franchement sous le type intermittent, on pourrait administrer le sulfate de quinine , dans les intervalles de rémission.

4° D’après les causes ; si la gastro-entérite est due à un empoisonnement, il faut faire vomir avec de l’eau tiède ou par la titillation de la luette, ou par un émétique. On administre ensuite les contre-poisons, qui sont, pour les acides, la magnésie et les alcalis végétaux ; pour l’arsénic , l’eau de chaux et le triloxyde de fer hydraté ; pour le cuivre , l’albumine j dissoute dans l’eau. Il ne faudra pas négliger de remplir les indications que pourront offrir les centres nerveux.

La convalescence est courte en général.

Dans certains cas elle est longue , et , pour la moindre cause les malades éprouvent des rechutes. Il faut éviter d’alimenter trop tôt les malades, de les soumettre à une alimentation trop nourrissante. Il ne faut pas cependant se jeter dans un excès contraire , car une diète trop prolongée est tout aussi bien cause d’une rechute qu’une alimentation trop hâtive ou trop énergique. D’une privation intempestive d’aliment résultent aussi une susceptibilité très-grande de l’estomac et un état symptomatique, quel’on désigne sous le nom A'Eréthisvienerveux. L’alimentation doit commencer par le lait, des bouillons de veau , des potages à la fécule, de la semoule cuite dans l’eau avec un peu debeurre.il ne faut rien prescrire de ce qui fatigue l’estomac. Quelquefois vous rencontrerez des malades dont l’estomac ne pourra pas digérer les aliments les plus doux, et qui s’accommoderont très-bien d’une nourriture énergique, comme le veau et le mouton.

Il vous arrivera de rencontrer des malades qui, pendanllaconvalescence, éprouveront comme un état de rétablissement ; ils auront du dégoût, la langue sera chargée, ils éprouveront

de la diarrhée, des selles noires. Ne concluez pas de ces légers symptômes au retour de la gastro-entérite ; c’est un autre état de l’estomac qui cède fort bien aux infusions amères, et à un léger purgatif, comme, par exemple, une once d’huile de ricin.

de l’entérite folliculeuse ou inflammation

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