‹ Cours de pathologie interneChapitre 9 sur 232 · DES FOLLICULES INTESTINAUX · texte numérisé non relu

DES FOLLICULES INTESTINAUX

Synonymie.

Fièvre putride, Synoque, Typho'ide des anciens. Fièvre muqueuse de Rœderer et Wagler.

Fièvre adéno-ménin gée de Pinel.

Fièvre entéro-mésentérique de MM. Petit et Serres. Gastro-entérite adynamique de M. Broussais. Fièvre on affection typhoïde de MM. Louis et Chôme!. Fièvre grave de Dance.

Doihinentherie de M. Bretonneau.

Dothiénentérie (1) de M. Littré.

Iléo-dyclidile de M. Bailly.

Typhus Fever des Anglais.

Abdominal- Typhus des Allemands.

Comme on peutle voir parla synonymie, que nous avons , d’ailleurs, beaucoup abrégée , il n’existe pas de maladie qui ait reçu plus de noms divers, qui ait élé envisagée sous des points de vue plus différents. Les descriptions laissées par les auteurs grecs et latins , les symptômes indiqués par les écrivains qui les ont suivis, ne laissent aucun doute sur l’existence de cette maladie dans tous les temps et dans tous les lieux. Mais s’il est vrai de dire que les caraclères symptomatiques de cette affection ont élé connus des anciens , il-n’en faut pas moins reconnaître qu’ils étaient dans une ignorance complète sur les lésions anatomiques qu’elle laisse après elle. Il faut , en effet, descendre jusqu’en 1812 pour rencontrer des notions satisfaisantes sur les caractères anatomiquesde cette maladie. C’est à cette époque que parut le traité de la ftbsre. entéromésentérique de MM. Petit et Serres, où sont, pour la première fois, décrites avec exactitude les altérations de la membrane muqueuse de l’iléon (2}. Plus tard les travaux de MM. Broussais, Bretonneau, Louis, Bouillaud, Chomel et d’une foule d’autres observateurs ont définitivement démontré que, quel que soit lenom qu’on lui impose , l’affection qui nous occupe a des caractères anatomiques à peu près constants , et des lésions fonctionnelles presque ! toujours identiques.

i Caractères anatomiques. Cette maladie est ! caractérisée anatomiquement par l’altération

(t) De 5o0cy)v, pustule et deevreoov, intestin.

(2) Williams Starck, médecin anglais, a laissé(i7S8) une assez bonne description et de mauvaises figures de l’altération des glandes de Peycr. Ce jeune méde- ; cin,qui s'annonçaitcomme un excellent observateur, mourut à 29 ans, de la maladie sur laquelle il avait répandu quelques lumières. A. L.

DE L’ENTERITE FOLLICULEUSE.

des follicules muqueux de l’intestin grêle. Ces follicules , destinés â sécréter le fluide connu sous le nom de mucus , sont de petits sacs qui s’ouyrent à la surface de la membrane muqueuse, chacun par un orifice plus étroit que son fond. Ils sont désignés par les noms de follicules , cryptes , glandes mucipares , glandes de Peyer , de Brunner. Dans l’estomac et le duodénum , on les rencontre isolés (glandes de Brunner) ; mais à la fin du jéjunum et dans tout l’iléon , ils sont agglomérés au nombre de trente à quarante , et disposés en plaques arrondies ou elliptiques sur le bord libre de l’intestin (glandes de Peyer). Dans le colon, on les trouve, à son bord adhérent , comme à son bord libre, associés deux à deux , quatre à quatre , ou en plus grand nombre.

Il faut admettre plusieurs degrés dans l’altération de ces organes , selon les époques de la maladie. Les autopsies les plus rapprochées du début de la maladie qu’on ait eu occasion de faire , sont le cinquième, le septième et le huitième jour. A celte époque les plaques sont tantôt d’un blanc mat, tantôt d’un rouge foncé , ou bien présentent des nuances intermédiaires; leur largeur est inégale et la saillie qu’elles forment varie d’une à trois lignes ; leurs bords forment au dehors un relief plus ou moins marqué au-dessus de la muqueuse. Elles sont ordinairement de forme elliptique, surtout les plus grosses , qui peuvent présenter, dans leur plus grand diamètre, deux ou trois pouces d’étendue. Ces plaques ont reçu le nom de gaufrées, ou de plaques dures (M. Louis). A côté d’elles, on trouve de petites tumeurs de la grosseur d’un grain de chenevis , semblables à des pustules. Elles sont formées par des glandes de Brunner tuméfiées.

MM. Louis et Choinel désignent sous le nom de plaques molles , ou à surface réticulée , celles qui diffèrent des plaques gaufrées, en, ce que, le plus ordinairement, elles font peu ou point de saillie dans l’intérieur de l’intestin , et que quelquefois même , elles se dessinenten creux. Cet aspect réticulé est rare dans toutes les glandes de Peyer du même intestin ; il est ordinairement accompagné de la forme gaufrée. Il est rare aussi que les glandes de Peyer et de Brunner ne soient pas simultanément affectées.

Le nombre des plaques altérées est fort variable. Tantôlon n’en trouvequ’une, tantôt un nombre considérable. L’altération des follicules isolés, au contraire, atteint toujours un grand nombre de ces follicules.

Le point où commence l’éruption est la fin de l’iléon et la valvule iléo-cœcale. Elle se propage ensuite de bas en haut, de proche en pçoche , des follicules inférieurs aux supérieurs.

L’ulcération est la terminaison la plus fré-

I quente de cette éruption, mais ce u’est pas | une terminaison nécessaire. On a dit qu’on j ne peut guérir qu’après que les plaques ou les boutons se soient ulcérés, et qu’après que les ulcérations se sont cicatrisées. Cela ne nous paraît pas exact. M. Bretonneau a fort bien reconnu que la guérison pouvait arriver après un simple exanthème des follicules , sans escarre, sans suppuration et sans ulcération.

Quoi qu’il en soit, les ulcérations ne se rencontrent presque toujours qu’à la partie de l’intestin grêle, où se développe l’exanthème. Sur quelques sujets, on trouve, à côté les uns des autres , des plaques intactes , des follicules isolés, également intacts, des plaques et des follicules dont l’ulcération commence, enfin des ulcérations complètes. Elles peuvent conserver la forme elliptique des plaques, ou bien être parfaitement arrondies et d’une régularité telle qu’on les dirait faites avec un emporte-pièce. Elles sont plus ou moins étendues ; leur fond peut être constitué soit par le tissu cellulaire sous-muqueux, soit par la -tunique musculaire, soit par la tunique séreuse. Leurs bords sont formésparla membrane muqueuse qui est tantôt rouge avec épaississement, tantôt blanche et mince. La membrane muqueuse, située entre les ulcérations, peut rester saine ou être altérée.

Ces ulcérations peuvent présenter deux sortes de terminaison : par cicatrisation , par perforation. La cicatrisation des ulcérations a été observée un assez grand nombre de fois, pour qu’on ne puisse plus la révoquerendoute; elle peut s’opérer avec ou sans le secours-d’une nouvelle membrane muqueuse.

La terminaison des ulcérations par perforation est aussi un fait constaté. Elle peut avoir lieu cependant sur des plaques simplement exanthémateuses, ou sur des ulcérations différentes de celles des plaques.

La gangrène peut, dans quelques cas, être la terminaison de l’exanthème des follicules. Dans ce cas, une ou deux plaques se détachent comme de véritables escarres, et à leur place on trouvera des ulcérations.

Enfin, il peut se terminer aussi, comme nous l’avons déjà observé , par résolution ; alors les plaques s’affaissent peu à peu, et à leur place on trouve des bandes oblongues, poinlillées de gris ou de noir.

L’exanthème intestinal a-t-il une marche fixe, des périodes bien tranchées, de telle sorte que , connaissant la durée de la maladie, on puisse annoncer l’état dans lequel on | trouvera les follicules? On l’a prétendu, mais | je ne partage pas celte confiance. On trouve j les follicules ulcérés chez des individus qui j sont morts peu de jours après l’invasion de la l maladie ; dans quelques cas, on ne trouve i qu’un simple exanthème , chez des individus i qui n’ont succombé que fort tard.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

T. Telle est la lésion anatomique qui caractérise la fièvre typhoïde. Existe-t-elle toujours? La trouve-t-on dans d’autres maladies que celle qui nous occupe ? C’est ceque nous allons examiner. Pour la première question, lesfaits répondent négativement. J’ai cité, dans ma Clinique médicale, des observations d’individus qui ont succombé à tous les symptômes de la fièvre typhoïde, et sur lesquels on n’a pu constater, non-seulement l’exanthème intestinal , mais même aucune altération du tube digestif qui pût expliquer la mort. Des observateurs distingués , comme MM. Louis et Bouillaud , ont relaté des faits analogues. Cependant les cas où l’investigation cadavérique ne démontre l’existence d’aucune lésion sont des cas exceptionnels, et on peut établir que quatre-vingt-dix-huit fois sur cent, on trouvera des altérations anatomiques. Quant à la seconde question, on n’a jamais trouvé l’exanthème intestinal dans d’autres maladies que la fièvre typhoïde, si l’on en excepte toutefois la phthisie pulmonaire , dans laquelle les follicules agminés de Peyer peuvent s’affecter d’une manière analogue. Les glandesde Brunner présentent aussi , dans quelques maladies, comme la scarlatine , le choléra-morbus , un développement anormal.

Examinons rapidement tes altérations diverses, autres que l’exanthème intestinal, que l’on rencontre soit dans le tube digestif, soit dans les autres appareils d’organes.

Dans le tube digestif. On a fréquemment constaté des ulcérations^sur la muqueuse du pharynx et de l’œsophage. L’estomac peut rester sain, ou présenter tantôt des injections partielles ou générales, tantôt des colorations plus foncées, de véritables ecchymoses. Quelquefois on l’a trouvé ramolli; mais toutes ces altérations n’ont rien de spécial et se rencontrent dans plusieurs autres maladies. Le duodénum et les quatre cinquièmes supérieurs dé l’intestin grêle, offrent rarement des traces d’altération. Dans legros intestin, on peut rencontrer unsimpleérythème,un développement anormal desfollicules, des ulcérations, ou bien on peut le trouver exempt de toute lésion.

Dans l’appareil circulatoire. Les lésions que l’on rencontre dans cet appareil sont nombreuses. Elles consistent dans une diminution de consistance du cœur , dans la décoloration de la substance charnue , dans la rougeur de la surface interne du cœur et des artères, dans l’épaississement , la rougeur et les ulcérations de la membrane interne des veines. Ceslésions sont-elles spéciales à la maladie qui nous occupe? Je neie pense pas, car on les trouve dans d’autres affections, et, dans la plupart des cas, on doit les considérer comme un phénomène cadavérique q).

(i) M. Louisa constaté plusieursfoisle ramollisse-

i État du sang. Des recherches nombreuses sur le sang ont été faites dans cette maladie. 11 n’en est résulté aucune conclusion positive. La liquéfaction sur laquelle on a tant insisté , se rencontre très-rarement ; elle n’est pas d’ailleurs spéciale à celte maladie. M. Louis, observateur si exact, n’en a pas fait mention; M. Bouillaud, qui semble l’admettre, n’en a cité que peu d’exemples, et mes observations propresm’ontdémontréquelesangétait,dans la plupart des cas, sans altération appréciable. Quant à celui qui est tiré par la veine, il présente le plus ordinairement un caillot ferme dépourvu de couenne. Dans un petit nombre de cas , il a présenté une couenne peu épaisse, et il a été trouvé difïïuent et caillebotté.

La rate, que l’on peut considérer comme une dépendance probable de l’appareil circulatoire, est, en général, augmentée de volume et ramollie. Je l’ai rencontrée aussi très-petite et très-dense ; dans quelques cas elleestdans son état normal. Les altérations de la rate se forment dès les premiers temps de la maladie. Elles ne sont pas d’ailleurs particulières à la fièvre typhoïde ; je les ai rencontrées dans les maladies les plus diverses.

Dans l’appareil de la circulation lymphatique. L’altération la plus fréquente de cet appareil consiste dans une lésion très-grave des ganglions mésentériques. On les trouve beaucoup plus volumineux que de coutume , leur tissu est rouge ou brunâtre, et quelquefois ils sont remplis de pus. Les altérations les plus graves se rencontrent sur les ganglions qui correspondent aux portions d’intestin qui sont le plus malades. L’intensité delà lésion intestinale est toujours en rapport avec celle de la lésion des glandes.

Dans l’appareil respiratoire, les bronches ne présentent rien qu’une rougeur plus ou moins vive, comme celle qu’on remarque après plusieurs autres maladies. Le larynx est quelquefois le siège d’ulcérations. Le poumon est altéré dans la grande majorité des cas. On le trouve engoué , hépatisé à différents degrés, réduit en une masse compacte, comme carnifié. Une fois j’ai rencontré la gangrène, mais je la considère comme une complication purement accidentelle. La lésion du poumon qui se rencontre plus spécialement dans les fièvres graves, est un état de cet organe où il présente un tissu d’un rouge livide, imperméable à l’air, et s’écrasant sous le doigt (2).

ment du ventricule gauche du cœur, et a cru pouvoir rattacher à cette altération l’affaiblissement du pouls qui se remarque pendant la durée de certaines fièvres typhoïdes. A. L.

(s)On trouvera unobonnedescriptiondesaltéralions pathologiques du poumon dans les fièvres graves , dans la thèse de M. Bazin : Recherches sur les lésions du poumon , considérées dans les affections morbides dites fièvres essentielles (août 1834). A. L .

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