DE L’EMPHYSÈME PULMONAIRE
L’emphysème pulmonaire est improprement désigné. Ce nom devrait être exclusivement réservé à l’emphysème inter-lobulaire que nous avons déjà décrit.
Cette maladie, signalée par Laënnec, est caractérisée par la dilatation des vésicules pulmonaires.
Caractères anatomiques. A l’ouverture de la poitrine des sujets morts emphysémateux , les poumons ne s’affaissent pas ; ils sont plus volumineux que dans l’état ordinaire , et se recouvrent quelquefois par leur bord libre , qui est plus épais qu’à l’état normal. Après avoir chassé l’air qui les remplissait, on voit que leur tissu est plus ferme et moins mince que celui d’un poumon sain. Leurs cellules présentent une dilatation plus ou moins considérable.
L’étendue de l’emphysème est variable , atteignant tantôt les deux poumons en entier , tantôt l’un d’eux seulement en totalité ou en partie. Sur 42 cas observés par M. Louis, i8 fois l’emphysème général des deux poumons fut rencontré. 11 eut lieu à peu près
PULMONAIRE. m
aussi fréquemment à droite qu’à gauche , au lobe supérieur qu’au lobe inférieur.
La dilatation des vésicules est toujours plus marquée au bord tranchant que dans les autres parties du poumon. C’est le long de ce bord tranchant qu’on rencontre quelquefois des appendices qui résultent de la déchirure des cellules pulmonaires, et dont la forme, le volume et la structure sont très-variables.
Les bronches, dans la plupart des cas , ne participent pas à cette dilatation.
Le volume du cœur a été souvent augmenté et cette augmentation était d’autant plus considérable , que l’emphysème était plus prononcé.
Causes. Laënnec considérait le catharre pulmonaire sec comme une des causes qui produisaient la dilatation des vésicules pulmonaires, en admettant la présence d’un mucus visqueux dans les vésicules qui , ne pouvant s’en débarrasser aisément, s’en trouvaient nécessairement dilatées. M. Louis n’admet pas cette explication, d’une part, parce que, dans les cas qu’il a observés , l’emphysème avait été rarement précédé de catharre , et d’autre part , parce que les tuyaux bronchiques voisins de la dilatation, ont été trouvés vides , sans mucus ou fausse membrane.
L’emphysème est quelquefois survenu après une émotion morale vive.
Il est quelquefois héréditaire ; et d’après les remarques de Jackson, l’influence de l’hérédité est beaucoup plus marquée dans les cas où l’emphysème remonte à la première jeunesse , que dans ceux où il débute après l’âge de vingt ans.
Il se développe à peu près également chez les deux sexes, sur toutes les constitutions et à tous les âges.
Symptômes. La dyspnée est habituelle et a lieu dans tous les cas. L’époque de son apparition est variable, ayant lieu, tantôt dès l’enfance, tantôt à un âge plus ou moins avancé. En général, elle augmente graduellement, et présente de temps en temps des exacerbations, spécialement quand une bronchite vient intérieurement se joindre à l’emphysème. Elle peut rester stationnaire ou devenir si intense, qu’elle simule des accès d’asthme. Quelquefois elle est nulle pendant le repos, mais apparaissant alors avec plus ou moins d’intensité par le mouvement, par les éclats de voix, par des émotions morales, ou par des vicissitudes atmosphériques, qu’il n’est pas toujours facile d’apprécier.
Si le début de la dyspnée remonte à l’enfance , ses progrès sont ordinairement trèslents et quelquefois même insensibles. Sa marche ascendante est plus fréquente chez les sujets qui n’ont présenté des signes d’emphysème qu’à une époque plus ou moins éloignée de l’enfance.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
M. Louis considère ia dyspnée, comme un symptôme presque caractéristique de l’emphysème, par l’époque de son début si rapproché de l’enfance, par sa durée, par sa continuité, par ses accès , et par son isolement des autres symptômes des maladies du cœur. On ne peut pas, en effet, la rapporter à un calharre pulmonaire dont tous les autres symptômes manquent complètement ; à une dilatation des bronches partielle ou générale, car la dyspnée qui résulte de cette dernière affection est ordinairement légère et sans accès ; à une maladie du cœur qui détermine une dyspnée dont l’invasion remonte à un âge plus ou moins avancé, et non pas à l’enfance, comme chez un certain nombre de sujets emphysémateux ; enfin à la phthisie pulmonaire, car l’emphysème n’est jamais accompagné d’hémoptysies, ou des autres signes de cette maladie.
La toux est à peu près constante , variable d’ailleurs en intensité , continue ou intermittente , et débutant, soit avant, soit avec, soit après l’oppression. Quand elle est continue, elle est généralement peu fréquente, à moins qu’un catarrhe pulmonaire aigu ne détermine des accès de dyspnée, qui augmentent sa fréquence.
Les crachats des sujets emphysémateux sont très-variables. Le plus ordinairement ils sont mousseux , ou liquides et semblables à une dissolution de gomme. Quelquefois on les trouve épais , opaques, peu aérés , et offrant quelques stries de sang. Ceux-ci sont, en général, le résultat d’un catarrhe pulmonaire aigu.
L’hémoptysie est excessivement rare dans l’emphysème pulmonaire ; elle n’a été observée qu’une fois.
La configuration du thorax a été altérée dans tous les cas observés jusqu’ici. Cette altération consiste dans une saillie presque toujours partielle, et qui est à son maximum dans les points où l’emphysème est plus prononcé. Cette saillie , dont le siège est variable, s’étend dans la largeur de trois à six pouces, depuis le dessous de l’une des clavicules, jusque près et quelquefois au delà de la mamelle. Cette saillie est fort importante à considérer, car elle conduit à un diagnostic rigoureux de l’emphysème. On ne l’attribuera pas, en effet, à un vice de conformation , si l’on observe qu’elle est formée à la fois par les côtes et par les espaces intercostaux. On ne la confondra pas avec celle qui est le résultat d’un épanchement pleurétique, car celle-ci est ordinairement générale et plus marquée inférieurement que supérieurement. Si l’on avait quelques doutes sur la présence d’un épanchement dans le péricarde, l’absence des autres symptômes de la péricardite , et la percussion surtout , viendraient bientôt éclairer le diagnostic. Enfin , si l’idée venait d’un anévrisme de l’aorte , on se souviendrait que dans
cette affection, la saillie qu’elle détermine est plus circonscrite, plus évidente et moins uniforme que celle qui est le résultat d’un emphysème.
M. Louis a reconnu aussi une autre saillie derrière et au-dessus des clavicules , et qui existe ordinairement du même côté que la première.
La percussion indique une sonoréité plus grande que dans l’état naturel, soit dans toute l’étendue de la poitrine , soit dans un espace limité plus ou moins étendu. Cette sonoréité est à son maximum dans les points qui correspondent à la saillie et dans toute l’étendue de celle-ci.
L’auscultation fait reconnaître un affaiblissement du bruit respiratoire, soit dans toute l’étendue de la poitrine , soit dans des points circonscrits et correspondant ordinairement au siège de la saillie. Ce signe, joint à la sonoréité de la poitrine, est d’une grande valeur dans le diagnostic de l’emphysème.
La faiblesse du bruit respiratoire peut coïncider avec le râle sifflant et avec le râle souscrépitant. Le premier a lieu à peu près dans la moitié des cas. Le second existe seul ou compliqué avec le précédent, et est beaucoup plus fréquent. *
Dans beaucoup de cas, les malades se plaignent de douleurs dans la poitrine, douleurs dont il n’a pas encore été possible d’apprécier le siège ni la nature.
Au commencement de la maladie , la circulation est en général dans un état normal j mais bientôt elle se trouble dans la plupart des cas, et ce trouble consiste dans des palpitations plus ou moins fortes , qui arrivent à une époque déjà avancée de la maladie , et qui sont suivies d’œdème. Ces phénomènes annoncent la complication d’une maladie du cœur, et, à l’autopsie des malades qui ont succombé , cette complication a été mise hors de doute.
Le pouls ne se trouble que lorsqu’existe cette maladie du cœur. Quant à la circulation capillaire , la face est violacée , comme pendant les accès , et elle reste habituellement dans cet état quand les accès de dyspnée sont fréquents.
La marche de l’emphysème est chronique et présente cependant quelques variations. Chez quelques sujets elle offre à peine quelques légers changements pendant plusieurs années de suite. Chez d’autres la maladie débute avec violence et peut marcher rapidement.
Traitement. L’emphysème, comme nous l’avons vu , peut être simple , ou présenter des complications plus ou moins graves. Dans le premier cas, il faut éviter toutes les causes qui provoquent la dyspnée , les émotions morales , l’exposition à l’humidité et à une atmosphère chargée de poussière ou de brouil-
DES CALCULS PULMONAIRES
lard ; s’abstenir de fatigues du corps et de l’esprit, de conversations et de lectures trop animées qui provoquent l’accélération de la respira tion . Quelquefois le simple changement de lieu peutavoir de l’influence sur la dyspnée. L’opium, sous toutes les formes, paraît agir favorablement sur ce symptôme.
D’ailleurs tous les moyens que nous avons indiqués pour les hypérémies des poumons et pour la bronchite aiguë, conviennent à l’emphysème pulmonaire.
Quand il est compliqué de maladie du cœur, les moyens doivent varier suivant la nature de l’affection, moyens dont l’indication a été déjà donnée dans des articles spéciaux.
IVe CLASSE. — PRODUCTIONS MORBIDES.
Parmi les produits morbides qui peuvent se développer dans les poumons, les uns ont leurs analogues dans l’état sain, les autres sont sans analogues dans.l’économie.
Dans les premiers se trouvent les kystes séreux, dont le développement plus ou moins considérable peut déterminer la dyspnée ; des masses fibreuses et cartilagineuses, qui prennent souvent naissance pendant le cours de la phthisie pulmonaire ou de la bronchite chronique.
Dans les seconds se trouvent les entozoaires.