CLASSE. — LÉSIONS D’INNERVATION
DE L’ASTHME NERVEUX
La première question qui se présente est de savoir s’il existe un asthme nerveux : en d’autres termes, une lésion purement nerveuse peut-elle produire une dyspnée notable? Pour résoudre ces questions , il faut avoir recours aux expériences physiologiques et à l’anatomie pathologique.
L’expérimentation prouve que la ligature ou la compression des nerfs qui se rendent aux poumons , provoquent des phénomènes analogues à ceux qui caractérisent l’asthme nerveux. Ainsi Dupuytren provoquait ou modérait les spasmes de la respiration en augmentant ou en diminuant la compression des nerfs pneumogastriques. Ces expériences ont été répétées par MM. Magendie, Flou rens Dupuy, Charles Bell, etc., et toujours la ligature ou la compression des nerfs de la huitième paire produit la convulsion des muscles de la respiration.
L’anatomie pathologique a confirmé dans plusieurs circonstances les résultats fournis par 1 expérimentation. Ainsi , nous avons rapporté 1 histoire d’un homme de vingt-quatre ans , chez lequel le décubilus horizontal était impossible, sous peine de suffocation , et qui succomba à un accès de dyspnée extrêmement intense. Quoique pendant la vie, les symptômes simulassent ceux d’une maladie du cœur , nous ne trouvâmes dans aucun des grands viscères aucune altération suffisante pour expliquer les phénomènes morbides , et dans le médiastin antérieur était logée une grosse masse de ganglions tuberculeux , au milieu de laquelle passaient les deux nerfs diaphragmatiques. 11 était impossible de suivre
ces nerfs à travers les ganglions qui les entouraient ; et depuis leur sortie de cette tumeur, jusqu’à leur distribution dans le diaphragme , ils étaient remarquables par leur couleur grisâtre et leur atrophie. Chez un individu qui succomba à tous les accidents de l’asthme , et dont le cœur et les poumons étaient parfaitement sains , M. Jolly a trouvé une altération de la substance nerveuse voisine de l’origine delà huitième paire. Dans plusieurs cas où , pendant la vie , l’on avait observé une dyspnée intermittente , M. Ollivier d’Angers a signalé l’existence dé plusieurs altérations de la moelle épinière. Sur un individu qui , pendant la vie, avait éprouvé une dyspnée intense , M. Bérard n’a trouvé d’autre altération qu’une tumeur placée dans l’épaisseur d’un des nerfs diaphragmatiques. La science possède un assez bon nombre d’observations pareilles, qui prouvent qu’une altération du système nerveux de l’appareil de la respiration produit les désordres fonctionnels qui caractérisent l’asthme nerveux.
Maintenant, ces désordres fonctionnels peuvent-ils exister indépendamment de toute altération? Dans notre conviction il est certain que tout trouble dans une fonction doit reconnaître pour cause une altération dans l’organe,* mais nous pensons aussi que ces. altérations organiques ne sont point toujours appréciables , et il existe, quant à l’asthme nerveux , un certain nombre d’observations où il a été impossible de rapporter à une lésion organique quelconque les désordres fonctionnels observés. Il n’est pas moins légitime, de penser, cependant , qu’il existait, dans ces cas, une lésion d’innervation, qui ne s’est traduite que par le trouble de la fonction. Qui peut d’ailleurs, dans l’état actuel de la science, se rendre compte de toutes les modifications morbides dont le système nerveux est susceptible ? Qui peut dire de quoi dépendent ces dyspnées subites qui arrivent sous l’influence d’une émotion morale de peine ou de plaisir ? A quoi tiennent ces suffocations imminentes qui caractérisent si souvent les attaques d’hystérie ? N’est-il pas impossible de ne pas les rapporter à une modification quelconque du système nerveux ?
Les causes les plus ordinaires sous l’influence desquelles se produisent les perturbations de la respiration , sont les émotions morales, les excès. de toute nature , une constitution éminemment nerveuse , l’hérédité, les complications d’autres névroses , comme l’hystérie , l’hypocondrie , l’épilepsie.
L’asthme nerveux présente ceci de caractéristique, c’est l’état de santé parfaite entre les accès. Ce n’est point qu’à la fin’la santé ne puisse se troubler, et que de celle influence, d’abord toute nerveuse , ne puissent résulter l’engouement pulmonaire ou l’inflammation
ib4 MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE.
ainsi que diverses altérations dans l'appareil circulatoire. Les accès surviennent ordinairement pendant la nuit. Le premier symptôme est un sentiment subit de compression et de resserrement de la poitrine. Le malade est obligé de se redresser sur son séant ; la face devient pâle ou violette , les yeux sont saillants, les pieds, les mains, le nez et les oreilles se refroidissent, la face et la poitrine se couvrent de sueur. La difficulté de la respiration augmente progressivement; le malade désire un air4ibre et frais, la parole est impossible ou embarrassée, les muscles du thorax et de la poitrine se contractent convulsivement ou tombent dans un état de spasme ; l’inspiration est pénible, l’expiration est lente, tardive , ordinairement ronflante ou sifflante. La toux est fréquente et sèche au début de l’accès; l’agitation et l’anxiété sont extrêmes, la suffocation est imminente. Enfin , au bout d’un temps plus ou moins long, deux, trois ou quatre heures , les symptômes diminuent d’intensité ; une expectoration abondante se manifeste, et bientôt la rémission est complète. Un état de calme qui permet le sommeil succède à celte scène. Chose bien remarquable , le pouls n’éprouve presque aucune altération pendant l’accès , et n’acquiert que vers la fin un peu de développement.
Le retour de ces accès n’est subordonné à aucune règle générale. Chez quelques malades, ils reviennent tous les jours , chez d’autres , tous les mois ; il en est chez lesquels ils ne se manifestent qu’une fois tous les ans , tous les deux ans, et même beaucoup plus tard.
Les accès d’asthme qui ne sont liés à aucune altération organique des organes thoraciques, se terminent ordinairement par le retour à la santé ; la mort en est rarement la conséquence. Ou voit des malades vivre fort longtemps avec des accès d’asthme plus ou moins rapprochés, et c’est même un proverbe populaire , que l’asthme est un brevet de longue vie.
Si l’accès d’asthme se présente avec des signes de congestion évidents , vous les combattrez par une saignée , en même temps que vous aurez recours aux révulsifs sur les extrémités. Vous administrerez les infusions aromatiques , les préparations élhérées et camphrées , les antispasmodiques puissants. Un purgatif énergique et rapide , comme l’huile decrot on tiglium, peut suspendre l’accès. Dans l’intervalle des accès , vous prescrirez un régime doux , des distractions, des voyages, des bains sulfureux, ou les bains de mer, quelques laxatifs de temps en temps , et sur des sujets forts et pléthoriques l’application de quelques sangsues à l’anus.
(Depuis la dernière leçon de M. Andral sur l’asthme nerveux , le Journal hebdomadaire a publié sur ce sujet un excellent travail de
M. Amédée Lefèvre, qui nous paraît résumer, d’une manière complète , nos connaissances actuelles sur ce point de pathologie. Nous croyons être agréable à nos lecteurs en reproduisant ici les parties saillantes de ce Mémoire. )
Nous définirons l’asthme , une affection intermittente de la respiration, caractérisée par un trouble extraordinaire dans les phénomènes mécaniques de cette fonction , dans laquelle il n’y a rien de fixe pour le retour des paroxysmes , pour leur durée et pour leur intensité , qui n’est point accompagnée de fièvre, et dans laquelle toutes les apparences du danger le plus grave sont suivies, le plus ordinairement, du calme parfait de l’état normal.
Anatomie pathologique . Nous rattacherons les désordres observés à trois grandes fonctions : 10 ceux des organes de la circulation ; 2° ceux des organes de la respiration ; 3° ceux des organes dé l’innervation.
1° Désordres de la circulation : A. Lésions du cœur: hypertrophie des ventricules; dilatations anévrysmaliques de ses cavités ; les ulcérations ont été indiquées par Baillou , Roslan , Eouillaud ; son ossification par Bonnet ; l’ossification des valvules du cœur , des artères et des veines coronaires , par Rostan , Portai , Leroux.
B. Lésions dupëricarde : son ossification, notée par Bonnet ; son inflammation chronique, par Floyer, Bonnet, Andral; son hydropisie, parLieulaud , Morgagni.
C . Lésions des gros vaisseaux: les anévrysmes de l’aorte, son rétrécissement , ses ossifications notés par Gorvisart, Wepfer , Rostan.
2o Désordres de la respiration : A. Lésions des bronches / inflammation chronique, épaississement, rétrécissement, obstruction par du mucus épaissi (Laënnec, Rostan, Andral) ; développement des ganglions bronchiques (Hoffman, Magistel).
B .Lésions du parenchyme pulmonaire :■ corps développés dans le poumon , tubercules granuleux (Rivière, Laënnec, Bayle); vomiques dans le poumon (Morgagni); emphysème pulmonaire (Laënnec, Breschet, Baillie, Prus); œdème du poumon (Laënnec, Albertini).
C. Lésions des plèvres; adhérentes : (C. Lepois, Bartholin , Baillie); hydrothorax (C. Lepois , Morgagni , Lieutaud , Avenbrugger); ossification du diaphragme (Rostan).
3« Désordres des organes de l’ innervation : A. Lésions du cerveau : altération de couleur et de consistance de la substance cérébrale , dans le voisinage de l’origine des nerfs de la huitième paire (Bérard , Jolly) ; épanchements de sérosité (Willis); altération de couleur et de texture de la masse cérébrale (Georget).
DE L’ASTHME NERVEUX
B. Lésions de la moelle épinière : induration, ramollissement, plaques cartilagineuses (Ollivier d’Angers).
C. Lésions des nerfs : tumeur, altérations cancéreuses des nerfs diaphragmatiques (Andral, Bérard) ; ossification du plexus pulmonaire (Ferrus).
Si nous voulions ajouter à celte longue énumération les désordres organiques qu’on a supposé pouvoir produire l’affection asthmatique, ceux qu’on a rencontrés dans les autres appareils organiques, tels que ceux de la digestion et ceux de la génération, nous aurions complété l’ensemble des recherches anatomopathologiques faites dans le but d’éclairer l’étiologie de l’asthme ; mais nous croyons nous être assez étendu sur tout ce qui se rattache aux faits observés, tant pendant la vie qu’après la mort des asthmatiques. Nous allons maintenant nous occuper de l’histoire de celte affection envisagée d’une manière générale.
Symptômes. — L’invasion des accès est presque toujours subite. Quand la maladie est déjà ancienne, ils sont parfois annoncés par des phénomènes précurseurs , dont la nature varie suivant les individus. Chez les uns, c’est un état de météorisme du ventre tel que les mouvements de la poitrine semblent gênés. Lieutaud a dit : l’asthme est communément annoncé par des rots , par le gonflement de l’estomac. Chez d’autres , c’est un sentiment d’irritation de la muqueuse dès voies aériennes, un goût particulier; souvent il y a constipation. Les accès éclatent, en général de dix heures du soir à deux heures du matin '. Le malade qui s’était couché bien portant , est brusquement réveillé par un sentiment de compression et de resserrement de la poitrine, tout-à-fait caractéristique de cette affection. La position horizontale devient bientôt impossible ; un sentiment d’ardeur dans les voies respiratoires, fait vivement désirer l’inspiration d’un air frais qui , en effet , procure du soulagement. Une toux pénible et suffocante s’établit , elle n’est accompagnée que d’une faible expectoration de matières visqueuses, la gêne des mouvements respiratoires augmente , l’inspiration peut à peine se faire , l’expiration est lente et accompagnée d’un sifflement remarquable. Souvent la suffocation devient imminente, si le malade ne s’ern presse de donner à ses bras un point d’appui
1 Cette influence de la nuit sur les asthmatiques a été bien exprimée par M. Alibert , dans sa Nosologie naturelle : « Le soir, dit-il , lorsque tant d’individus « avaient cessé leurs plaintes, quand toutes leurs dou- « leurs semblaient suspendues , les asthmatiques seuls « s’agitaient dans leur lit et imploraient vainement le « repos; ils se levaient en sursaut et faisaient retentir « l’air de leur toux convulsive et déchirante ; ils at- « tendaient avec impatience la lumière du jour qui « signalait communément la terminaison de leurs fu- « ncstes accès. »
solide, pour que les muscles qui se fixent à l’épaule et à la colonne vertébrale puissent concourir à la dilatation du thorax. Quelquefois ceux de la partie postérieure du cou se contractent tellement, qu’ils soulèvent les omoplates sicut alasf ainsi que le dit énergiquement Lieutaud. Pendant que les mouvements respiratoires sont ainsi troublés , la face exprime la souffrance ; d’abord pâle , fatiguée, elle se colore lorsque l’accès prend de l’intensité ; les yeux deviennent quelquefois saillants ; les ailes du nez sont agitées d’un mouvement actif de dilatation et de resserrement ; la parole est entrecoupée, pénible ; tout effort pour soutenir une conversation ou pour se mouvoir aggrave les symptômes ; l’obscurité semble agir aussi d’une manière défavorable. Cet état grave persiste pendant un temps dont la durée varie depuis quelques minutes à quelques heures ; l’approche du jour tend ordinairement à diminuer la gravité des symptômes ; le calme revient peu à peu , et si une expectoration de matières épaisses , offrant dans quelques cas des caractères spéciaux que nous avons déjà indiqués s’établit , tout rentre dans l’état naturel ; les malades ont alors la conscience qu’ils peuvent se livrer au sommeil ; il est paisible et procure un plaisir inexprimable.Chez quelques sujets une abondante émission d’urine claire et limpide juge les paroxysmes. Souvent il n’y a que rémission. Alors la respiration reste gênée ; il y a de l’oppression pendant le jour, et les symptômes graves reparaissent pendant un certain nombre de nuits consécutives. Toujours à la fin des accès la tête est lourde, pesante, quelquefois elle est douloureuse , et ces céphalalgies occupent tantôt la partie antérieure, tantôt la partie postérieure du crâne.
A mesure que l’expectoration qui juge les accès s’accomplit , les inspirations deviennent de plus en plus profondes et on ressent du soulagement.
La poitrine , percutée pendant les accès , donne souvent un son plus clair que dans l’état normal. Si on l’explore à l’aide du sthéthoscope, on entend un râle sibilant, sec , plus sensible pendant l’expiration que pendant l’inspiration. Le râle muqueux s’établit à la fin des accès , quand l’expectoration commence à se faire.
Ainsi que le dit M. Jolly, rien de plus variable que l’époque du retour des accès ; ils peuvent être séparés par des intervalles de plusieurs mois et même de plusieurs années ; Ils peuvent constituer une affection accidentelle produite par certaines influences extérieures, et qui se dissipe avec la cause qui leur a donné naissance; on lésa vus se reproduire sous un type intermittent régulier (Medicus , MongeL laz ) ; chez un grand nombre de sujets, au contraire, l’asthme se prolonge, les accès se
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reproduisent avec facilité pour les causes les plus légères et même sans causes bien appréciables ; souvent des lésions organiques viennent le compliquer et rendre le développement des accès plus fréquent.
Causes. On a divisé les causes de l’asthme en prédisposantes et déterminantes. Au nombre des premières on a placé l’hérédité. M. Alibert cite une famille dans laquelle les frères en sont successivement atteints , quand ils ont quarante ans ». On conçoit que par la génération peuvent se transmettre des dispositions organiques qui rendent plus aptes à contracter, certaines affections ; ainsi l’étroitesse du conduit aérien , l’irritabilité extrême des bronches peuvent , Selon nous, rendre compte des asthmes dits héréditaires.
Cette maladie, assez rare dans l’enfance, est plus commune dans l’âge adulte. M. Alibert cite cependant un enfant de quatorze ans qui en fut atteint dès sa plus tendre enfance , et un de sept ans, né d’un père asthmatique, qui éprouve de la dyspnée l’hiver 1 2. Dans la vieillesse elle est plus commune , et alors , presque toujours accompagnée de lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux.
On a dit que le tempérament nerveux prédisposait à cette maladie; cependant il est d observation que les femmes et les enfants , chez lesquels ce tempérament existe le plus communément , en sont rarement atteints.
Cœlius Aurélianus a dit brièvement : « Passio « hœc gravai atque premit magis mulieri- « bus viros et juvenibus senes atque pueros « et durioribus natura corporibns tene- « riora , hyberno atque nocte magis quàm « die t tel œstate. »
Toutes les professions dans lesquelles on est obligé de respirer une atmosphère chargée de molécules irritantes , sont aussi considérées comme causes prédisposantes de cette maladie. Certains oxydes métalliques volatilisés dont l’action sur les muscles de la vie organique est parfois si grande , peuvent produire l’asthme. Tout le monde connaît le fait rapporté par Cullen , de la femme d’un pharmacien qui éprouvait des accès d’asthme chaque fois qu’on pulvérisait de l’ipécacuanha , dans un lieu même éloigné de l’appartement où elle s’enfermait. M. Bosquillon a connu un homme qui éprouvait un accès d’asthme quand on battait du riz dans le voisinage du lieu qu’il habitait.
On pense que le séjour dans certaines contrées prédispose à cette affection ; ainsi , au dire de Scheibner, l’asthme est endémique dans la Saxe-Inférieure 3 ; suivant Couzier , il est très-commun dans l’île Bourbon ; d’après
1 Nosologie naturelle , liv. i, page 2 /J 3,
a lUôucquet , art. Dyspnea.
K 3 ibid.
Hendeson , il existe dans quelques parties de l’Indostan une affection parfaitement semblable à l’asthme spasmodique et qui paraît produite chez quelques indigènes par la réclusion. Zalloni a constaté sa fréquence dans l’Archipel et sur les côtes de l’Asie-Mineure '. J’ai pu me convaincre par moi-même de la vérité de cette assertion pendant le séjour que j’ai fait dans ces contrées où j’ai eu à lutter contre de douloureux paroxysmes de cette affection.
C’est probablement aux transitions brusques de température qu’est due cette influence fâcheuse de certaines localités ; aussi pourraiton établir d’une manière générale , que partout où elles se manifestent , les asthmatiques doivent beaucoup souffrir.
Au nombre des causes déterminantes des accès , on doit en général ranger toutes celles qui , d’une manière plus ou moins brusque , plus ou moins intense , peuvent modifier l’état normal de la muqueuse des bronches; soit qu’elles agissent d’une manière directe, comme les gaz irritants , les poussières de même nature, les boissons alcooliques ; soit qu’elles agissent d’une manière sympathique, comme les affections morales et les nombreuses modifications des agents extérieurs sur l’organisme. Seulement nous ferons observer que , ayant , en général , la faculté de se soustraire immédiatement à l’action des causes qui agissent d’une manière directe, leur effet est bien moins profond et de plus courte durée , tandis que celles qui agissent sympathiquement et qu’on ne peut toujours prévoir , déterminent des accidents plus graves et plus prolongés.
La répercussion brusque de certains flux périodiqnes , d’éruptions cutanées anciennes, a souvent amené des paroxysmes d’asthme. Fabrice de Hilden rapporte qu’un jeunehomme de vingt ans fut pris tout-à-coup d’un violent accès d’asthme après la disparition d’une affection cutanée produite par un répercussif.
Faits relatifs à l’histoire de l'asthme.
1ère observation { de l’auteur). Je suis âgé de 36 ans, mes parents étaient bien constitués, et ont presque toujours joui d’une bonne santé; mon père est mort à l’âge de 79 ans , des suites d’un catarrhe pulmonaire chronique qu’il qualifiait d’asthme dont il était atteint depuis plus de /jo ans. Dans mon enfance je n’ai point été malade. A i3 ans , je fus embarqué sur une frégate pendant quelques mois d’hiver ; ce premier séjour à bord d’un bâtiment ne me fit éprouver aucune gêne dans les mouvements respiratoires. A i5 ans , étant à la campagne , où l’on m’avait logé dans un cabinet récemment peint , je fus, pour la première fois, au milieu d’une nuit , éveillé brusquement par un
» Thèses de Paris , 1809, n° 63.
DE L’ASTHME NERVEUX
sentiment d’oppression tel que je fus contraint de me lever, d’ouvrir ma fenêtre et de respirer l’air frais pendant quelques instants. Le t?alme se rétablit ; cette difficulté de respirer n’eut aucune suite et ne se renouvela pas. A i6ans, après un voyage pénible par un temps froid , je fus atteint d’une bronchite intense qui dura six semaines ; malgré la persistance de la toux et de quelques autres symptômes assez graves , la gêne de la respiration ne fut autre que celle observée dans de semblables affections , et ma santé se rétablit complètement. De 16 à 20 ans, je ne quittai pas Rochefort , ville où je réside habituellement; pendant ce temps ma santé fut bonne, je pus me livrer à tous les exercices de mon âge sans éprouver aucun trouble dans la fonction respiratoire. A cette époque , ayant été passer quelques jours dans une ville voisine , je fus atteint , la seconde nuit que j’y passai, d’une dyspnée assez forte avec toux fréquente; décubilus dorsal impossible , expectoration de mucosités claires, insomnie. Au jour, ces accidents se calmèrent pour reprendre une nouvelle intensité la nuit suivante. Trois nuits se succédèrent ainsi amenant toujours les mêmes accidents. Je me décidai à revenir chez moi et dès la première nuit le sommeil fut calme et non interrompu. Une expectoration de mucosités épaisses s’établit et bientôt tous les phénomènes d’irritation pulmonaire disparurent entièrement.
A la fin de la même année (1818) , ayant été embarqué comme chirurgien-major d’un transport du gouvernement, avec la destination de Nantes, je fus, dès les premières nuits de mon séjour à bord, pris d’un accès d’asthme bien prononcé qui se répéta pendant presque toute la durée du voyage. Alors le séjour au lit était impossible, je ne pouvais respirer que les coudes appuyés sur une table, ou les bras fixés sur quelques corps solides. L’obscurité augmentait l’intensité , la gêne de mes mouvements respiratoires ; quelquefois j’étais contraint de monter sur le pont du bâtiment pour respirer un air frais. Au jour,* il y avait du calme; mais la respiration restait difficile, et le plus léger mouvement, la plus faible émotion pouvaient la rendre haletante; la phonation se faisait avec peine et me fatiguait beaucoup. Tant que l’expectoration de mucosités épaissies , vermiformes ne s’établissait pas, je voyais la nuit s’avancer avec peine , car elle m’annonçait le retour de mes souffrances. De retour à Rochefort , je trouvai le calme que j’y avais toujours éprouvé. Dans le mois de décembre de la même année , un voyage à Bordeaux , sur le même navire, rappela les accès d’asthme qui ne cessèrent encore qu’à mon retour chez moi. En 1819 , durant un voyage au Sénégal et un séjour de six mois dans l’intérieur de l’Afrique, où je
fus soumis à l’influence d’une température excessivement élevée, je n’eus pas un seul accès de ma maladie. Pendant les années 1820, 1821 , 1822 que je passai à visiter Cayenne, les Antilles, le nord du Brésil, à faire par terre un voyage de deux mois dans l’intérieur de la Guyane , je continuai à jouir du calme le plus parfait, et cependant, dans ces diverses excursions, je ne fus pas sans éprouver de grandes fatigues et de nombreuses privations. De retour en France, dans l’été de 1822, je restai à Rochefort jusqu’au mois de décembre, sans éprouver la plus légère atteinte de dyspnée ; je me croyais débarrassé de ma maladie, lorsque, dans un voyage que je fis à Poitiers , à cette époque , j’eus , la seconde nuit que j’y passai , un accès assez fort qui se fit ressentir jusqu’à ma rentrée chez moi où, comme d’habitude, le calme se rétablit. En 1823 nouvel embarquementqui dura tout l’été; croisières sur les côtes de la Biscaye , relâches fréquentes dans les ports de cette province, excursions nombreuses dans les montagnes sans éprouver d’anhélation. De 1823 à 1825, séjour à terre, à Rochefort, santé parfaite, respiration complètement libre. A la fin de 1825 je reprends la mer sur un petit navire, pour une campagne dans la Méditerranée. Dès notre première relâche à Cadix où nous éprouvons un froid assez vif, accès intense qui se renouvelle à de courts intervalles , pendant l’hiver de 1825 à 1826.
Dans l’été, éloignement des accès; ils cessent même pendant plusieurs mois et reparaissent avec une nouvelle intensité pendant l’hiver de 1826 à 1827. Alors la respiration est presque constamment pénible jusqu’à l’époque de mon débarquement qui a lieu à Toulon dans le mois d’août. Le retour à Rochefort se fait par terre ; un séjour de trois semaines à Montpellier n’est marqué par aucun accident et je reviens chez moi jouir de la tranquillité que j’y ai toujours trouvée. x
Au commencement de 1828, un voyage à Paris , un séjour de trois mois dans cette capitale n’occasionentle développement d’aucun accès. Dans l’été, nouvel embarquement sur une frégate ; je n’éprouve de gêne dans la respiration que pendant une courte relâche à Toulon. L’hiver de 1828 à 1829 est très-humide, nous le passons sur la rade de Patras, et malgré de fréquentes promenades dans les montagnes de l’Achaïe , je ne me ressens pas de mon asthme. Dans l’année suivante, pendant une station à Smyrne , j’éprouve un violent accès et dès-lors récidives fréquentes ; la respiration est souvent pénible. L’hiver suivant , très-doux sous le rapport de la température , voit reparaître de fréquents accès ; je ressens parfois jdes points douloureux dans les parois de la poitrine, plus particulièrement du côté gauche. Je reviens en France au mois de sep-
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tembre, et pendant une semaine de séjour à Toulon , j’éprouve une dyspnée presque constante, avec de violentes exacerbations la nuit. C’est dans cet état que je prends la roule de Paris où j’arrive très-fatigué d’une bronchite et d’un coryza qui étaient venus compliquer mon affection habituelle. La première nuit que j’y passe est calme , celles qui suivent le sont également et pendant trois semaines que j’y reste et que je me livre à des courses fort longues et à des exercices fatigants , ma respiration reprend son rhyhtme normal et je n’éprouve pas un seul accès d’asthme.
Voici quatre ans que je n’ai point navigué et je n’ai point eu d’accès bien caractérisé. Cependant deux fois je suis allé à Bordeaux dans l’hiver, à la vérité par uri temps fort doux , et je n’ai point eu d’açcès d’asthme. Les douleurs que j’éprouvais dans la poitrine ont presque complètement disparu. Il ne reste plus qu’un point à la partie postérieure , vers l’attache du grand dorsal , qui se fait encore sentir par intervalles , souvent fort longs. Dès les premières années de mon séjour à terre , j’ai été tourmenté dsun météorisme du ventre qui se manifestait à la suite des repas et pendant lequel la respiration était un peu gênée. De nombreuses éructations amenaient un soulagement instantané. Les fonctions digestives se font bien , l’appétit est bon. Atteint d’un flux hémorrhoïdal depuis 1 8a5, j’éprouve, lorsqu’il s’établit, une amélioration sensible dans cet état flatulent de l’abdomen.
Je me suis peut-être étendu un peu longuement sur l’historique de mes souffrances ; mais j’ai cru devoir le faire afin de pouvoir mieux établir mes idées sur la nature de la maladie et sur les circonstances qui peuvent la modifier. Je crois même indispensable de donner encore quelques développements sur plusieurs points que je n’ai fait qu’indiquer.
Dans les premiers temps de la maladie, les accès débutaient d’une manière instantanée et sans phénomènes précurseurs. Au milieu de la nuit , j’étais brusquement réveillé par un sentiment de gêne et d’étouffement; une sorte de conslriction me semblait exister au-dessous de la partie supérieure du sternum ; maintenant je suis quelquefois averti de l’invasion des accès par un météorisme du ventre , par des éructations nombreuses et par une sorte de tension abdominale, qui se manifeste presque immédiatement après le repas du soir. Quand l’accès commence , indépendamment des phénomènes que je viens d’indiquer, j’éprouve des picottements dans le larynx et l’arrière-bouche,la respiration devient courte, accélérée, sifflante, il y a de la toux fréquente et sèche ou bien expulsion de mucosités claires et filantes qui paraissent provenir de la partie supérieure des voies aériennes. Le décubitus dorsal n’est plus possible, souvent
même je ne puis garder la position assise dans mon lit , et je suis obligé de m’asseoir dans une chaise , les coudes appuyés. Dans quelques cas , la gêne est telle qu’il faut me hâter d’ouvrir mes fenêtres pour pouvoir inspirer un air frais. Mais je ne puis respirer sans mettre en jeu , pour opérer la dilatation de la poitrine , des muscles qui , dans l’état normal , n’y contribuent que fort peu ; c’est en arcboutant mes bras contre des corps solides que j’y parviens. L’obscurité augmente l’intensité de ma souffrance , soit qu’elle agisse d’une manière spéciale , soit qu’elle m’enlève des sujets de distractions. Si ce changement de position amène un peu de calme , je dois conserver la position assise jusqu’au jour. Des tentatives pour me coucher sont promptement suivies de la réapparition des accidents. Au bout de quelques heures, les symptômes diminuent d’intensité, quelquefois le sommeil, pour lequel on a une si vive propension , devient possible au jour, la rémission se prononce de plus en plus, et si une expectoration abondante de mucosités épaisses, grisâtres, quelquefois marquées de stries noires et formées de petits cylindres de mucus aggloméré, ayant la forme du vermicelle cuit, s’établit , j’ai la certitude d’une bonne nuit. Si cette expectoration est nulle ou peu abondante , je dois craindre un nouvel accès. Quelquefois plusieurs nuits se succèdent ainsi ; enfin l’expectoration vient et le calme renaît , et pour un temps indéterminé. J’ai remarqué encore que lorsqu’à la suite de cette expectoration particulière , se montre une expuition de mucus jaunâtre , épais , tel que celui qui se sécrété dans les bronchites , je suis presque sûr, tant qu’elle persiste, de ne pas éprouver de dyspnée. Dès que le mucus reprend ses qualités ordinaires , un accès d’asthme est possible.
La muqueuse qui tapisse les voies aériennes est chez moi d’une sensibilité exquise ; je contracte avec la plus grande facilité des coryzas et des bronchites qui sont bien accompagnés de dyspnée et d’un léger sifflement dans l’inspiration, mais qui n’occasionent pas d’asthme proprement dit. Ma poitrine est sonore , mon pouls régulier. Jamais je n’ai ressenti de palpitations ; je puis courir, monter, descendre, faire un exercice fatigant et rapide, sans éprouver trop d’anhélation ; cependant, j’ai habituellement la respiration un peu courte. L’irritabilité de ma muqueuse bronchique est telle que je ne puis respirer un air chargé de poussière ou de tout autre corps irritant , sans ressentir , presqu’à l’instant même la conslriction sous-sternale, qui selon moi, est un des principaux caractères de l’asthme. Je me souviens , à celte occasion , que, dans le cours de l’hiver de 1826 , où j’eus de fréquents accès , voulant un jour faire parfumer le navire sur lequel j’étais embarqué ,
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et présidant moi-même à celte opération , je respirai maladroitement le gaz qui se dégageait du parfum guylonien , et je fus aussitôt saisi d’un sentiment de suffocation si grave , qu’il me fallut fuir promptement le lieu où était le parfum, pour respirer un air pur. Pendant quelques instants j’éprouvai des angoisses très-vives ; le calme revint peu à peu, mais durant plusieurs jours je conservai une dyspnée plus forte que d’habitude.
Toutes les espèces de poussière n’agissent pas avec la même activité pour produire ces accidents d’asthme. J’ai remarqué que celle qui s’échappe des malelats que l’on carde , des lits que l’on fait, des appartements que l’on balaye , des vêtements ou des tapis que l’on bat , est plus active que celle que soulève le vent sur les routes , ou qui s’échappe des sacs de farine ou de cendre.
Relativement aux localités, il est constant que dans les pays plats, marécageux, où l’air, plus humide, semble jouir d’une plus grande densité, mes accès sont presque nuis. Par opposition, dans les pays montueux,oùla température subit de fréquentes variations, où l’air est plus sec et plus vif, je suis presque toujours souffrant. J’ai constaté l’influence fâcheuse de certaines localités ; ainsi , toutes les fois que je suis allé à Smyrne , j’ai eu de graves paroxysmes , et il en a été de même dans mes divers séjours à Toulon. Quant à la température, celle des climats inter-tropicaux m’a constamment été favorable. Jamais , durant le temps que j’y ai séjourné , je n’ai éprouvé de trouble dans la respiration ; par la même raison , l’été , dans les climats tempérés, est la saison qui me convient le mieux.
Au nombre des causes qui peuvent m’occasioner des accès d’asthme , je place parmi les plus actives, l’ingestion des liqueurs fortement alcooliques ; après les substances irritantes directement portées sur les bronches, ce sont elles qui , selon moi agissent, avec le plus de promptitude.
Deuxième observation. M. T. , mon collègue et mon ami, atteint comme moi de l’affection asthmatique, a bien voulu me donner sur ce qu’il éprouve les renseignements suivants que j’ai cru devoir transcrire textuellement.
« Je ne puis préciser l’époque à laquelle j’ai «c été atteint de l’asthme nerveux : cependant « je me souviens que c’est depuis l’âge de la « puberté. Étant enfant, je m’étais déjà aperçu « que la course me fatiguait beaucoup et « qu’en raison de la gêne que j’éprouvais dans « la respiration , je ne pouvais y résister « longtemps. Peut-être cette maladie est-elle « la conséquence d’une affection de poitrine « fort grave que je contractai dans mon jeune « âge et qui faillit compromettre ma vie.
« Voici les renseignements que je puis « vous donner sur cette fâcheuse maladie.
« Quelques jours avant l’invasion , lorsque « celle-ci n’est pas subite , j’éprouve une ar- « deur légère au larynx et dans les oreilles, « et je ressens un goût particulier qu’il m’est « impossible de caractériser, mais qui m’an- « nonce positivement les accès. Ma respiration « est un peu sifflante dans les mouvements de « la locomotion ; ma face rougit , mes yeux « sont injectés; j’ai le sommeil inquiet et fa- « tigant; du reste mon appétit est bon et je « n’éprouve de répugnance que pour la con- « versation qui me fatigue beaucoup.
« Je reste quelques jours dans cet état , pen- « dant lesquels les accidents vont croissant « en intensité jusqu’à ce que l’accès se carac- « térise , ce qui arrive presque toujours de « minuit à deux heures du matin. Alors, diffi- « cullé extrême de respirer, anxiété , menace « de suffocation , inspiration sifflante, impos- « sibilité de rester couché. Sentiment très-vif « de conslriction à la partie supérieure et an- « térieure de la poitrine , yeux saillants , « pommettes rouges , céphalalgie , besoin de « respirer un air frais qui m’oblige à me préci cipiter vers la fenêtre , et là , debout , les « coudes appuyés , le corps penché en avant « et dans une inaction complète, je ne tarde « pas à éprouver un soulagement qui disparaît c* aussitôt que j’abandonne cette position. « Après deux ou trois heures , quelquefois « davantage , je peux m’asseoir, abandonner « la fenêtre et m’appuyer la tête sur un oreil- « 1er placé de telle manière que je ne sois pas « obligé de me baisser beaucoup pour m’y « reposer. Dans cette attitude j’attends les « approches du jour qui rarement arrive sans « que j’aie éprouvé assez de soulagement pour « pouvoir me mettre au lit , but de tous mes « désirs, car j’y trouve, quoique d’une ma- « nière imparfaite , un soulagement aux fati- «c gués de la nuit.
ce Je suis averti de la cessation prochaine « du paroxysme par une excrétion d’urine et «c par une expectoration qui me soulage beau- « coup. Cette expectoration offre ceci de parce ticulier que les crachats qui en résultent cc sont en filaments, d’une consistance un peu « ferme , repliés sur eux-mêmes un grand « nombre de fois et paraissant s’être moulés « dans les ramifications extrêmes des bron- « elles, où ils auraient séjourné et , selon moi, « été une cause de la gêne de la respiration , « sans que je considère cette cause comme « essentielle à la maladie.
« La journée qui suit celte première nuit « orageuse, est, de même que celles qui sé- « parent les paroxysmes, fort pénible; la res- « piration est loin d’être libre, elle devient « par fois très-gênée , surtout lorsqu’il faut « faire quelqu’exercice violent. Cependant ces
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
« accidents seraient bien supportables si je « n’avais en perspective ceux qui doivent se «renouveler la nuit suivante; en effet, dès « que j’approche du lit , je commence déjà à « m’apercevoir que l’introduction de l’air de- « vient plus difficile. Néanmoins , la position « horizontale est encore supportable, le som- « meil même est possible jusque vers minuit, « heure à laquelle les accidents de la veille « reparaissent avec plus ou moins d’inten- « si té.
« Ces accès durent ordinairement de trois « à cinq jours. J’ai observé qu’ils avaient « d’autant moins de durée qu’ils offraient « moins de complication et que la cause déter- « minante agissait d’une manière plus directe, o Ainsi , lorsque la maladie est produite par « des vapeurs irritantes ou des corps pulvéru- « lents, les accès se bornent en général à un « seul paroxysme; mais il n’en est pas de « même lorsque la cause est sympathique ou « qu’il y a complication d’inflammation des « bronches.
« Dans un voyage que je fis , dans l’hiver de « l’année dernière, dans le midi de la France, « je contractai une bronchite qui fut de suite « accompagnée d’accès d’asthme fort intenses, « qui rendirent mon voyage fort pénible. Les « accès duraient huit à dix jours et n’avaient « que de très-courts intervalles , de sorte que «pendant deux mois je fus presque conti- « nuellement sous l’empire de cette doulou- « reuse maladie , ce que je n’avais jamais « éprouvé.
« Quand l’accès dure plusieurs jours, je « ressens une douleur assez vive dans les « muscles dilatateurs de la poitrine et parli- « culièrement dans la portion supérieure du « grand pectoral. Cette douleur est quelque- « fois presqu’aussi insupportable que la dysp- « née ; elle s’explique facilement par le jeu « forcé de ces organes qui font des efforts « considérables pour dilater le thorax.
« Peu à peu toutes les fonctions reprennent « leur marche naturelle, et il ne me reste de « mes accès que le souvenir du mal que j’en «ai ressenti. Cependant les exercices forcés, « tels que la course ou là marche précipitée « rendent ma respiration un peu sifflante.
« Contrairement à l’opinion de quelques « auteurs , j’ai observé que les inspirations « sont beaucoup plus difficiles que les expira- « tions; aussi les muscles inspirateurs éprou- « vent-ils une fatigue extrême.
« Les intervalles qui ont séparé mes accès « ont beaucoup varié ; dans les premiers temps « de la maladie, j’avais jusqu’à trois accès par « mois , et la différence des saisons apportait « peu de changement dans leur fréquence. « Depuis 1825 , je m’aperçois que les inter- « valles vont toujours croissant : car je suis « quelquefois près de deux ans sans ressentir
« d’atteintes , et le mieux a été si sensible une « fois que j’ai eu l’espérance d’une guérison « radicale ; mais le plus léger excès ou l’inob- « servance des précautions que j’emploie pour « maintenir ma santé dans son état normal ,
« me font éprouver certaines sensations qui « m’avertissent que mon ennemi est toujours « là et que ma surveillance ne doit pas se ra- « lentir un seul instant.
« J’attribue l’amélioration de mon état , « beaucoup moins aux médicaments qu’aux « soins hygiéniques auxquelsj’ai recours pour « repousser les accès. Ces moyens consistent « dans l’usage de gilets de flanelle sur la peau, « dans la précaution de porter des socques ou « des claques , de manière à éviter le froid ou « l’humidité des pieds ; dans l’abandon du jeu « d’un instrument à vent dont je me servais « trop souvent ; dans le soin de mettre un « mouchoir sur ma bouche quand je suis obligé « d’aller contre un vent froid et vif; dans la « privation absolue des liqueurs alcooliques « ou des aliments indigestes ; dans l’attention « de ne pas m’exposer aux vapeurs irritantes « et à la poussière, surtout celle qui s’échappe « des vieilles tapisseries qu’on déchire , du « foin quisertà l’emballage des meubles qu’on « démonte ou qu’on change de place. La pous- « sière des chemins , de la farine, du plâtre , « de la sciure de bois , ne m’incommode pas.
« Ma susceptibilité est si grande pour les « vapeurs sulfureuses, que je ne peux mettre « le feu à une allumette sans avoirla précau- « lion de l’éloigner de toute la longueur de « mon bras et de détourner la tête pourqu’au- « cun atome de vapeur ne puisse s’introduire « dans ma poitrine. Il est vrai que dans cette « circonstance les accidents cessent presque « aussitôt que la cause a disparu.
« Mon peu de confiance dans l’emploi des « médicamentsqu’on a préconisés pour la gué- « rison de cette maladie , et la presque certi- « tude que j’ai de son incurabilité , m’ont « éloigné d’avoir recours aux agents nom- « breux de la matière médicale. Une fois j’ai « fait une application de sangsues sous les « clavicules , dans une circonstance où j’é- « prouvais une gêne extrême dans la respirait tion ; et pour satisfaireàquelques instances « amicales, faites par des collègues, j’ai aussi « mis en usage les bains généraux, mais tout « cela sans soulagement.
« Je ne puis donner d’éloges qu’à un seul « moyen (que je puis affirmer être un excelle lent palliatif), dont plusieurs asthmatiques « m’avaient conseillé l’usage ; je m’en suis « servi dans sept ou huit circonstances , et « toujours avec succès : ce moyen consiste à « fumer, dans une pipe ordinaire , les feuilles « du datura stramonium } mêlées à un peu « de tabac. Le soulagement 11e commence à se « manifester qu’au moment où on éprouve
DE L’ASTHME NERVEUX. m
« une espèce de vertige qui indique que le « médicament opère. Alors les accidents sont « presque entièrement enlevés , et le som- « meil devient possible ; mais le paroxysme « suivant n’en arrive pas moins avec toute « son intensité.
« Je me trouvebien aussi des boissons chau- « des prises en grande quantité : elles déter- « minent une détente, favorisent la sécrétion « urinaire et l’expectoration. »
Réflexions. — Ces deux observations, bien que présentées par des sujets de constitution différente, offrent beaucoup d’analogie. Chez tous deux , le changement de lieu et l’action des vicissitudes atmosphériques ont une grande influence pour le renouvellement des paroxysmes. Le voyage dont parle M. T. se fit dans l’hiver, et pendant toute sa durée il eut la respiration gênée. Depuis son retour il n’a eu qu’un seul accès. Un fait, selon moi , fort important pour établir l’étiologie de l’asthme , et qui a été négligé par les observateurs , s’y trouve également constaté : c’est celui relatif à la nature et à la forme des crachats qui jugent les paroxysmes. Cette disposition du mucus épaissi ayant pris la forme des petites bronches et offrant quelquefois des étranglements d’espace en espace , et même des globules d’air emprisonnés , a une ressemblance très-grande avec l’empreinte des bronches prise à l’aide de matières qu’on y a injectées , et mérite toute notre attention.
Nature et Siège. Maintenant, quelle est la nature de l’asthme? quel est son siège? Ces questions ne sont pas aussi faciles à résoudre qu’on le pense ; la variété des désordres organiques trouvés après la mort a amené beau coup de divergence dans les opinions des auteurs; cependanLnous croyons pouvoir aider leur solution en faisant ici un résumé aussi succinct que possible.
Galien admettait comme cause dlasthme , des humeurs épaissies , pituiteuses et des tubercules. On sait que ce médecin le confond avec les troubles de la respiration.
Celse 1 confond aussi l’asthme avec la dyspnée et l’orthopnée ; il en fait une lésion intermédiaire entre ces deux troubles de la respiration et la regarde comme due à l’étroitesse des parties.
Arétée 3, dans sa belle description de cette maladie , semble aussi pencher pour celte opinion.
Avicenne3 elles Arabes trouvent que l’asthme a beaucoup d’analogie avec les paroxysmes d’épilepsie et de spasme. Il dit qu’il est produit par une humeur grossière qui pénètre dans les conduits respiratoires, ou par leshu-
1 Lib. 4, De re medicâ.
2 Arétée de Cappadoce , lib . X .
3 Lib. 3, page 4.81.
midités qui tombent de la tête sur les parties basses.
Van Helmont * croit que l’origine de l’asthme est dans un principe violent qui provient de l’essence de quelques viscères. La propriété de celte cause est de faire contracter les conduits du poumon qui transmettent l’air dans le thorax. Plus loin il lui donne le nom d’épilepsie du poumon.
Sennert 2, indépendamment des causes admises par Galien, dit que l’étroitesse des bronches doit y concourir. Pour le prouver , il entre dans des considérations fort longues sur les causes qui peuvent amener ce rétrécissement, soit qu’il dépende d’humeurs contenues dans les bronches , ou d’humeurs contenues dans les poumons.
Rivière 3 pense que l’humeur qui produit l’asthme tombe de la tête sur le poumon et obstrue les bronches. Si celte humeur coule dans les bronches , l’asthme avec bruit est produit ; si elle stagne dans la substance pulmonaire, elle produit l’asthme bâtard ou sans bruit.
Sydenham 4 place l’asthme parmi les maladies de poitrine, entre la dyspnée et l’orthopnée , formant ainsi trois espèces de dyspnée ; dans la première, dit-il, les poumons sont obstrués , et les bronches le sont dans la seconde.
Voici ce que dit Bonnet 5, sur la nature de l’affection qui nous occupe : « Secundo tra- « cheœ ductus,nonnunquàm àfibriseorum « spasmodicè affectis,propriùs , contracti et « occlusi aeri ad débitant inspirât ionem « aditum negant : hinc cùm nulia sit in « pulmonibus obstructio, aut mala confor- « matio nulla insuper diatheses tabida ,
« tamen à fibris istis prœter naturaliter « convulsis et simul contractis asthmatis « paroxysmi horrendi sœpè oriuntur. Prœ- « ter hos inspirationislœsœ casus, subsunt « quidam alii qui propter aerem in primo « aditu reddunt respirationem difficilem.
Willis 6 admet trois espèces d’asthme. Il dit à ce sujet que les anciens médecins et la plupart des modernes ne connaissent que la première, en établissant comme cause unique de cette maladie l’étroitesse des bronches ( soit qu’elle résulte de l’obstruction ou de la contraction de ces conduits) qui, ne leur permettant plus d’admettre une quantité d’air convenable , fait que les organes de la respiration fonctionnent avec peine ; la seconde espèce qu’il propose d’admettre est la convul-
1 Vol. I, page 222.
2 Lib. 2, cap. 2, part. 3, 379.
3 Lib. 7, page 2 45.
4 OEuvres de Médecine pratique, t. 2, p. 322.
5 Sepulchretum , lib. 2, sect. 1.
6 De medicamentorum opérât ioniens caput. X2, page 107.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
rive dans laquelle la matière morbifique partant de divers points, peut se porter sur tous les organes qui servent à la respiration, et paralyser leur action ; la troisième espèce est l’asthme mixte qui se rattache à la fois à ces deux causes.
F. Hoffman 1 admet aussi plusieurs espèces d’asthme selon que la cause qui le produit est du mucus qui obstrue les bronches , ou un état spasmodique des organes consacrés à la respiration.
Sauvages 2 a placé l’asthme dans la 5e classe, qui comprend les anhélations, 2e ordre, asthme. Selon ce nosologiste , le principe morbifique et prochain de l’asthme consiste dans un obstacle qui, revenant périodiquement, s’oppose aux mouvements alternatifs de dilatation et de resserrement du poumon. Il ne se prononce pas sur la nature de cet obstacle.
Cullen 3 a classé l’asthme parmi les affections spasmodiques des fonctions vitales. Suivant lui , la cause prochaine de cette maladie consiste dans une contraction spasmodique des fibres musculaires des bronches , laquelle s’oppose non seulement à la dilatation nécessaire pour que l’inspiration soit libre et entière, mais produit aussi une rigidité qui empêche que l’expiration ne se fasse librement et complètement.
Pinel 4 dans sa Nosographie philosophique , place l’asthme parmi les névroses de la respiration , 2e sous-ordre , 37e genre.
Michel Ryan 5 auteur d’un ouvrage publié en 1798, attribue l’asthme à l’impression de l’air froid sur le poumon et au spasme tonique de l’organe, qui en est la suite.
Fédérigo pense que tout ce qui peut léser les mouvements expirateurs peut devenir cause de l’affection asthmatique. Une de ces causes peut résulter de ce que le larynx , la trachée-artère et les bronches, devenus durs, inflexibles ou contractés spasmodiquement , s’opposent à la libre entrée de l’air.
Robert Brée6 7, qui était asthmatique, admettait quatre espèces d’asthme. Il définit eelte maladie une contraction excessive des muscles de la respiration, sans fièvre, et déterminéepar une irritation qui a son siège dans quelques viscères aux fonctions desquelles ces muscles participent.
Laënnec 7 regarde le catarrhe pulmonaire chronique comme la cause la plus ordinaire de l’asthme. 11 a reconnu , après Reisseissen , l’existence de fibres muculaires autour des
i Opéra omnia, t» 3, sect. 2, cap. 2, p. 96.
a Nosologie méthodique , t. 2, page 90,
3 Eléments de Médecine pratique, t. 2, page 082.
4 Nosographie philosophique , t. 3, p. 256, 5e édit.
5 Sprengel , Histoire de la Méd., t. 6.
6 Recherches pratiques sur les désordres de la respiration , traduit pai'Ducamp, 1819.
7 Auscultation , t. 2 p. 280, 3e édition.
ramifications bronchiques; et il est convaincu que les vésicules pulmonaires , ainsi que ces ramifications , peuvent se contracter spasmodiquement.
M. Delens 1 place le siège de l’asthme dans les cellules bronchiques et plus particulièrement dans l’appareil musculaire de Reisseissen. Selon lui , le râle sibilant sec ne provient que du rétrécissement de l’orifice des vésicules.
M. Bégin 2 croit que la cause de l’asthme est une irritation portée sur la membrane muqueuse des voies respiratoires , et qui détermine secondairement la contraction sympathique des muscles des bronches et des parois de la poitrine.
M. Bricheleau 5 semble partager l’opinion de M. Bégin , qui place la cause première de l’asthme dans la membrane muqueuse du poumon irritée ou enflammée , en demandant toutefois qu’on laisse le nom d’asthme à cette espèce de phlegmasie de la membrane muqueuse des bronches susceptible de produire un resserrement ou une obstruction de ces conduits aérifères. Peut-être, dit-il , les nerfs jouent-ils un rôle dans ce resserrement spasmodique.
Reisseissen et M. Cruveilhier 4 , après une suite d’expériences entreprises dans le but de déterminer la disposition anatomique et l’action physiologique de l’appareil musculaire bronchique , se sont crus fondés à admettre que dans l’asthme il y a rétrécissement des bronches dû au spasme des fibres musculaires qui les composent.
M. Broussais 5, après avoir placé l’asthme parmi les névroses des fonctions intérieures , affirme que la cause des phénomènes qui constituent l’asthme réside dans un état spasmodique du cœur, considéré comme régulateur principal de la respiration. Du moment où son action est troublée, celle des poumons l’est également.
M. Rostan 6 déclare que l’asthme est toujours une affection symptomatique d’une lésion du cœur ou des gros vaisseaux.
Enfin Georget 7 dit que la cause des phénomènes de l’asthme doit être cherchée dans le cerveau et le rachis et non dans le cœur ou le poumon.
On voit, d’après cet exposé, que l’opinion dominante sur la nature de la maladie que nous étudions est qu’elle est due à un rétrécissement momentané des tuyaux bronchiques; seulement la cause de ce rétrécissement
1 Biblioth. méd. t. y3.
2 Journ. complém. , t. 5.
3 Archives générales , tome 9.
4 De fabricâ pulmonum anatom , pathol .
5 Commentaire des propositions de pathologie , page 597.
6 Nouveau Journ. de méd.. Sept. i8l8.
7 Physiologie du système nerveux , t. 2, page 406.
DE L’ASTHME NERVEUX
est diversement expliquée. Plus on se rapproche de l’époque actuelle, plus il y a d’accord pour l’attribuer à un spasme des muscles des bronches. La structure musculaire des conduits aériens, entrevue par Morgagni, n’a été bien démontrée que par les travaux de Reisseissen , qui ont paru au commencement de ce siècle. C’est de celte époque que date également une plus grande uniformité de sentiments sur la nature de l’asthme. En déclarant que c’est aussi le nôtre , et que nous adoptons plus particulièrement les idées de MM. Bégin, Bricheteau et Laënnec , nous croyons devoir présenter les raisons qui nous ont convaincu , et déduire également celles qui nous ont fait rejeter les idées de MM. Rostan et Georget.
Formulant notre pensée , nous disons que l’asthme est dû à une contraction spasmodique des bronches qui peut être produite par toutes les causes qui agissent, soit d’une manière directe, soit d’une manière sympathique, sur la membrane muqueuse pulmonaire.
Les muscles des bronches , aidant probablement à l’action que l’air exerce sur le sang, ont aussi pour fonction , ainsi que l’a démontré M. Brachet, d’aider à l’expulsion des mucosités qui peuvent s’accumuler dans ces conduits. Placés parmi les muscles de la vie organique, ils sont doués des mêmes propriétés et soumis comme eux à l’influence des modifications de la membrane muqueuse qui leur est subjacenle. Béclard 1 dit à ce sujet : « L’irritabilité ou la susceptibilité à la con- « traction des muscles intérieurs est surtout « remarquable, en ce qu’elle est naturellement « excitée par des agents locaux , qui agissent « sur la fibre par l’intermédiaire de la mem- « brane qui la recouvre, d’autres fois la cause « agit d’une manière sympathique : ainsi la ti- « filiation du gosier, la présence d’une bougie « dans l’urètre , d’un suppositoire dans l’anus « déterminent l’action de l’estomac , de la ves-
sie et de l’intestin. » Il aurait pu ajouter un coryza, une angine amènent la contraction des bronches.
Cette contraction est, selon moi , positivement démontrée par tous les symptômes qui caractérisent l’asthme : ainsi le resserrement de la poitrine qu’éprouvent les asthmatiques indique une contraction bronchique. On pourrait au besoin en trouver la preuve dans une observation de M. Andral, consignée dans les Archives de Médecine , pour l’année i834. Un homme, âgé de 3i ans, succomba à la suite d’une bronchite chronique. Depuis longtemps il éprouvait une sorte de serrement un peu au-dessus du sein droit. Après la mort, on trouva un rétrécissement permanent de la bronche principale du lobe supérieur
du poumon droit. La difficulté avec laquelle se font les inspirations , les puissances musculaires mises en jeu pour les accomplir, indiquent encore une diminution de capacité dans les canaux qui donnent passage à l’air dans l’état ordinaire 5 le râle sibilant sec qui se fait entendre ne peut provenir que d’un rétrécissement des parties.
Pour prouver maintenant que ce rétrécissement est dû à un spasme musculaire des tuyaux bronchiques, il suffit de se rappeler la marche de la maladie , son intermittence irrégulière , la promptitude avec laquelle elle se déclare, et celle parfois égale avec laquelle elle disparaît ; sa faculté d’alterner avec d’autres affections spasmodiques des muscles de la vie intérieure, ainsi qu’a pu le constater Bonnet i ; enfin la suppression de l’expectoration pendant les accès , la forme des crachats quand ils cessent. Les matières de couleur nacrée vermiforme, dans lesquels se trouvent parfois emprisonnés des globules d’air, et qui, dans d’autres circonstances ,sont tachées par des stries de la matière noire des glandes bronchiques, ne prouvent-elles pas que l’action expulsive des fibres musculaires des bronches , empêchée par le spasme qui s’est emparé d’elles, en a déterminé la stase dans les dernières ramifications bronchiques , et que là, soumises à une pression musculaire, elles se sont épaissies et ont pris la forme des canaux qui les contenaient ? Le volume de ces petits cylindres de mucus ne peut jamais être considérable , parce que partout où il y a apparence de^ points cartilagineux, le resserrement bronchique ne pouvant être complet, l’expulsion du mucus peut encore se faire. Quand le spasme cesse, l’action expulsive des muscles se rétablit, et ces corps sont entraînés au dehors en procurant un très-grand soulagement. L’exhalation normale, qui commence à se rétablir au moment où le spasme cesse, est sans doute pour quelque chose dans l’expulsion de ces amas de mucosités.
Nous trouvons de nouvelles preuves à l’appui de notre opinion , dans l’étude d’action des causes déterminantes des accès d’asthme. Les plus promptes sont celles qui sont portées d’une manière directe sur la muqueuse pulmonaire. Il est facile d’expliquer le mécanisme par lequel elles agissent chez les personnes qui y sont prédisposées. L’usage des boissons alcooliques donne lieu fréquemment à des accès d’asthme : on se rend raison de ce résultat en se rappelant que la membrane muqueuse pulmonaire est une des voies principales d’exhalation pour les substances volatiles portées dans le torrent circulatoire , ainsi que l’ont prouvé les expériences de MM. Breschet et Milne Ed-
1 Anatomie générale , j) âge, 547.
1 Lib. 2, sect. 1, obs. 167.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
wards i ; et qu’ainsi des molécules irritantes, promptement mises en contact avec cette membrane , peuvent occasioner son spasme.
L’action des causes sympathiques s’explique aussi très-facilement en ayant présent ù l’esprit : 1° la solidarité qui existe entre la membrane muqueuse pulmonaire et l’enveloppe cutanée ; 2° que c’est le premier contact de l’air sur la peau , qui détermine la première inspiration, et que c’est aussi à une impression vive de cet agent qu’on a recours pour rétablir la respiration dans les cas d’asphyxie; 3° combien les diverses conditions de sécheresse et d’humidité de l’air, d’agitation ou de repos de ce fluide , de son état électrique 2 peuvent modifier la nature et la quantité des produits des surfaces cutanée et pulmonaire. On ne doit donc pas être surpris du rôle important que jouent tous ces changements dans îa production des paroxysmes de l’asthme.
Une dernière considération en faveur de l’opinion qui établit la muqueuse pulmonaire comme siège de l’asthme, c’est son étal pathologique dans un très-grand nombre de cas. Ainsi M. Rostan lui-même , dans le Mémoire où il veut prouver que l’asthme est toujours une affection symptomatique d’une lésion du cœur et des gros vaisseaux, dans six autopsies qu’il décrit, mentionne la rougeur, l’inflammation ou l’épaississement des bronches dans cinq, et dans la sixième il ne parle pas de l’état de ces parties 3. On ne devrait pas être surpris d’ailleurs de ne rien trouver dans les organes, si la maladie était récente, si les accès avaient été séparés par de longs intervalles , car le trouble momentané dont elles sont le siège a besoin d’être renouvelé un grand nombre de fois pour laisser des traces matérielles.
Il nous reste maintenant à examiner l’opinion de ceux qui ont regardé les lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux, comme
* Répertoire général d'anatomie et de physiologie pathologique et de clinique chirurgicale , tome 2 , ire partie, 1826.
2 Un phénomène qu'il convient de se rappeler , lorsqu’on veut expliquer l’action des vicissitudes atmosphériques sur la muqueuse pulmonaire , est celui qui a été constaté par Edwards, dans son Traité de V influence des agents extérieurs sur la vie : Dans les lieux élevés où l’air est habituellement sec et froid, il y a augmentation notoire de la transpiration par évaporatiou , soit cutanée , soit pulmonaire. Selon ce physiologiste , cette augmentation agit d’une manière sensible dans la production du sentiment de gène et d’anxiété qu’on éprouve sur les montagnes élevées. Il y contribue plus que la rareté de l’air à laquelle on l’at tribue communément. Une action semblable est produite dans les lieux chauds et arides par la sécheresse du vent. On voit que si dans l’état sain ces causes peuvent amener du trouble dans la respiration , à plus forte raison elles doivent le faire chez ceux qui sont prédisposés à l’asthme.
3 Nouveau Journal de Médecine , 1818 el 1819.
causes constantes de l’asthme. Cette opinion est encore partagée par un grand nombre de médecins. En i8i8et 1819, M. Rostan, médecin de la Salpêtrière, publia, dans le Nouveau Journal de Médecine , un Mémoire dans lequel il déclara que l’asthme est toujours une affection symptomatique, et qu’il n’a jamais rencontré de cas où les symptômes qui caractérisent cette affection, ayant existé, il n’ait, après la mort , rencontré des désordres plus ou moins étendus dans les organes de la circulation. Une assertion aussi absolue souleva une vive polémique parmi les médecins.
MM. Ducamp , Blaud, Bégin , combattirent avec avantage l’opinion du médecin de la Salpêtrière, qui fut soutenue parles docteurs Pascal , Harmant de Montgardy et quelques autres praticiens. Nous croyons 1° que les lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux, qui en effet s’observent souvent à la suite des asthmes anciens, sont , dans la généralité des cas , l’effet de la maladie , et par suite ses plus graves complications; 20 que le spasme bronchique qui constitue l’asthme peut être produit chez les sujets atteints de lésions organiques du cœur , mais qu’il n’en est pas la conséquence nécessaire, et que même, dans la généralité des cas , la dyspnée qu’ils éprouvent a un tout autre caractère. Celle-ci, en effet , n’a point de périodicité marquée ; elle survient aussi bien le jour que la nuit; bien rarement la respiration est complètement libre, pour peu que les malades agissent ou soient un peu vivement impressionnés ; mais la dyspnée qui survient n’est point accompagnée du sentiment de constriclion sous-sternale que ressentent les asthmatiques , et qui caractérise si bien l’invasion de leurs accès.
Dans les affections organiques du cœur et des gros vaisseaux , le calme et le repos procurent du soulagement. C’est au contraire après quelques heures de sommeil, que l’on voit écla^ ter les accès d’asthme.
Chez les asthmatiques , la poitrine percutée donne une résonnance quelquefois plus grande que dans l’état ordinaire ; tandis que dans les affections du cœur et des gros vaisseaux , un défaut de résonnance , dans une étendue plus ou moins considérable , indique le siège de ces affections. Chez les premiers , les mouvements du cœur sont ordinaires ; il n’y a pas d’irrégularité dans ses battements, ni dans ceux du pouls. La face n’est pas bouffie ; elle est rarement éolorée, ainsi qu’on l’observe chez les anévrysmatiques.
Admettant que l’asthme soit une affection symptomatique des lésions du cœur et des vaisseaux, pourquoi les symptômes étant toujours les mêmes, les désordres trouvés après la mort sont-ils si variés? pourquoi chez un grand nombre de sujets , où les accès d’asthme
DE L’ ASTHME NERVEUX. 175
étaient bien caractérisés , n’a-t-on rien trouvé dans les organes de la circulation qui pût rendre raison de leur production ? Dans l’opinion de ceux qui font résider la cause de l’asthme dans l’ossification des gros vaisseaux et plus spécialement de l’aorte , pourquoi les jeunes gens sont-ils asthmatiques , puisque ces ossifications sont , dit-on le résultat des progrès de l’âge ? Pourquoi enfin les paroxysmes d’asthme , ainsi qu’on l’observe souvent , deviendraient-ils moins fréquents à mesure qu’on avance en âge, quand le développement des ossifications suit une marche inverse ? Pourquoi , si ce n’est que l’existence de cette maladie est étrangère à la lésion de ces organes? Une raison qui doit encore isoler l’asthme des affections organiques du cœur, c’est que, malgré l’appareil souvent très-grave de ces symptômes , il n’y a pas de danger réel, tandis que dans les lésions des organes de la circulation, la terminaison est presque toujours funeste.
Si nous avons réussi à prouver que les symptômes de l’asthme ne se rattachent point à l’existence des lésions organiques de l’appareil circulatoire , il nous reste à expliquer comment ces lésions se rencontrent aussi fréquemment chez les personnes qui ont longtemps offert des paroxysmes de l’asthme. Que se passe-t-il dans ces maladies ? Une convulsion passagère des muscles bronchiques apporte un obstacle au trajet du sang à travers la muqueuse pulmonaire. De proche en proche il y a engorgement dans les divisions de l’artère pulmonaire, l’action du ventricule droit augmente pour surmonter la résistance qui lui est momentanément opposée , et il est aisé de concevoir que cette cause incessamment renouvelée peut amener une lésion matérielle de ce ventricule. Les faits répondent en quelque sorte à cette théorie ; et , sur dix observations citées par M. Rostan pour appuyer une opinion contraire à la nôtre, cinq présentent une affection organique du ventricule droit , et trois un développement de tout le cœur. Peut-être que les violentes quintes de toux qui signalent le début des accès d’asthme ne sont pas étrangères à ces lésions organiques , car on sait combien elles contribuent au développement des maladies du cœur.
De ce que l’asthme est indépendant des lésions organiques du cœur , de ce que ces lésions en sont très- souvent la conséquence , ce n’est point une raison de croire qu’elles ne puissent influer en rien sur la marche des accès. Nous pensons le contraire, et nous croyons que dans cette circonstance, l’effet réagissant sur la cause, la muqueuse pulmonaire placée entre deux causes incessantes d’excitation , l’air qui lui vient du dehors et le sang qui lui vient du cœur , peut se convulser lorsque le rythme habituel de ces deux agents excitateurs
n’est plus le même. Aussi Fédérigo avait-il reconnu d’une manière générale que tout ce qui peut modifier les* mouvements de la respiration , peut devenir la cause de l’affection asthmatique ; ou , d’une manière plus exacte, amener le développement d’un accès chez un sujet déjà prédisposé.
Les objections faites aux partisans des lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux peuvent également s’appliquer à ceux qui ont voulu faire jouer le même rôle aux lésions des organes de l’innervation Ainsi , pourquoi le siège et la nature de ces désordres sont-ils aussi variés quand les accidents qu’ils produisent sont toujours les mêmes ? Pourquoi ne les rencontre-t-on pas constamment? pourquoi, lorsqu’ils existent , n’y a-t-il pas toujours d’asthme de produit? Ne peut-on pas aussi leur objecter, comme le fait M. Ferrus , que les lésions organiques trouvées dans le cerveau des asthmatiques peuvent fort bien être consécutives au trouble de la respiration et à l’obstacle apporté à la circulation cérébralg par la convulsion des muscles respirateurs ; que celles que l’on rencontre dans les nerfs , sont aussi le résultat d’un semblable travail? Ainsi nous voyons que l’opinion qui fait résider la cause de l’asthme dans les lésions organiques du système nerveux est tout aussi susceptible d’être contestée que l’opinion qui la fait résider dans les lésions de l’appareil circulatoire.
Après avoir démontré que l’asthme est une affection des bronches , produite par des causes qui agissent sur leur membrane muqueuse, et qui déterminent secondairement leur contraction spasmodique , nous avons à nous expliquer sur la nature de cette irritation : estelle inflammatoire ? est-elle nerveuse? Doit-on lui conserver la dénomination de névrose, qui lui est donnée par un grand nombre de médecins? Nous n’y voyons pas d’inconvénients ; mais avant tout, il convient de s’entendre sur la valeur des mots ; et, dans ce but , nous allons exposer notre sentiment sur ce mode d’irritation.
Qu’est-ce qu’une névrose , sinon un trouble passager , survenu dans l’état normal d’une partie , et qui , ne laissant après lui aucune trace matérielle , a été attribué à une lésion de l’innervation ? Mais connaissons-nous assez bien ce qui se passe dans l’intimité de nos organes, pour préciser ainsi la fonction qui y est lésée? Le mot névrose n’a-t-il pas été dans bien des circonstances, employé pour cacher notre ignorance? Ne l’a-t-on pas appliqué à une foule de désordres fonctionnels dont on ne pouvait se rendre compte , et qui , plus tard , ont été reconnus comme étant d’une toute autre nature ? Ne peut-on pas croire qu’on l’ait aussi fait pour l’asthme ? En conservant celte dénomination, voici comment nous en donnons
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
l’explication : Dans la membrane muqueuse du poumon , comme dans tous les autres tissus, la puissance nerveuse et le s|mg s’influencent réciproquement ; mais aussi, comme sur tous les points de l’organisme , le tissu nerveux , sentinelle vigilante de la vie , est le premier impressionné par les agents extérieurs. C’est la modification qu’il éprouve par suite de cette action , qui constitue la névrose ^ et nous croyons qu’il n’est pas déraisonnable d’admettre qu’il peut y avoir alors un changement matériel dont la fugacité soit telle qu’il n’en reste rien après la mort. Mais , si cette modification est souvent renouvelée , ce changement devient stable et il constitue ce qu’on a désigné sous le nom d’inflammation aiguë ou chronique, selon son intensité; c’est ce qu’a constaté Laënnec, en disant qu’il n’a rencontré que chez un petit nombre d’asthmatiques les signes du spasme pulmonaire , sans aucune complication de catarrhe , c’est ce que M. Rostan confirme lui-même en mentionnant l’état pathologique des bronches dans la plupart des cas qu’il a rapportés. C’est enfin ce qui rend raison de la division qu’ont établie les pathologistes de l’asthme en sec et humide, espèces qui se succèdent par le fait de la durée de la maladie , qui n’en sont réellement que deux degrés.
Par celte théorie il est facile de se rendre compte de la répétition fréquente des accès à la plus légère cause, en se rappelant que, lorsque les expansions nerveuses sensitives ont pris l’habitude de l’irritation, un rien la renouvelle.
Résumé. — De tout ce qui précède , il résulte que les causes susceptibles de produire l’asthme portent d’abord leur action sur l’élément nerveux de la muqueuse pulmonaire ; que consécutivement à cette impression , un changement matériel a lieu dans cette membrane, et qu’un spasme tonique s’empare de la couche musculaire sous-jacente, et donne lieu aux phénomènes qui constituent cette affection. La répétition fréquente des accès entraîne à la longue des altérations de texture dans la partie qui en est le siège ; et ces altérations se confondent avec celles qui caractérisent les altérations chroniques. C’est en effet , sous celte dénomination qu’on connaît aujourd’hui la plupart des anciennes névroses. Cette étfologie bien établie , les divisions nombreuses admises par les auteurs doivent tomber, et on ne peut plus admettre que deux espèces d’asthmes : un simple et un compliqué.
Pronostic. Le pronostic de l’asthme simple n'est point fâcheux. C’est une croyance populaire qu’une longue existence est promise aux asthmatiques. Floyer est mort à 80 ans , et il ne se rappelait pas l’époque où il en avait ressenti la première atteinte. Ce médecin dit avoir rencontré des asthmatiques qui , d’après
leur rapport , ont souffert de cette maladie pendant cinquante ans, sans cependant cesser, quant au reste , d’être en bonne santé ; sans éprouver aucune altération considérable dans les poumons, sans être obligé de renoncer à leurs occupations , et « c’est, dit-il, un fait « que j’aime à me rappeler pour encourager « mes malades et me consoler moi- même.
« Cette incommodité , en effet , ne m’a point « empêché d’étudier, de me promener, de « monter à cheval , d’exercer ma profession ; «de manger, de boire et de dormir aussi « bien quejamais;etjene m’aperçois encore « d’aucune altération dans mes poumons. »
Les accès les plus graves, ceux qui pour un observateur sans expériences sembleraient mettre la vie du malade en péril , se terminent presque toujours sans accidents fâcheux.
Le pronostic de l’asthme est d’autant plus favorable que les accès se produisent moins souvent , et qu’ils sont moins intenses. Quand ils sont de longue durée , qu’ils reparaissent à de courts intervalles , on doit redouter la production de lésions organiques des organes de la circulation ou de ceux de l’innervation. L’emphysème pulmonaire peut aussi résulter de violents paroxysmes , en déterminant la rupture de quelques cellules pulmonaires , et cette complication est souvent mortelle. Les journaux de médecine en ont récemment présenté quelques observations remarquables.
Quand l’asthme est compliqué, le pronostic varie suivant la nature des complications.
Lieutaud avait dit au sujet du pronostic : L’asthme invétéré se guérit très-rarement; mais les asthmatiques peuvent parvenir à une très-grande vieillesse. Les palpitations,, les syncopes , la paralysie des extrémités supérieures sont , dans cette maladie, des accidents redoutables.
Sennert' avance que les jeunes gens guérissent difficilement et les vieillards presque jamais. Cela s’explique par les lésions organiques qui viennent compliquer la maladie dans les derniers temps de la vie. Selon le même auteur, l’asthme héréditaire est incurable. On le conçoit facilement, puisque alors les malades ont une disposition organique qui favorise le renouvellement des paroxysmes.
Sauvages a pense que l’asthme est plutôt une maladie de longue durée qu’une maladie chronique , puisqu’elle met à peine la vie en danger : du moins l’asthme ordinaire qui vieillit avec le malade.
Hippocrate a dit au sujet du pronostic : Qui gibbi ex asthmate aut tussi fiunt cmtè pubertatem moriuntur.
Galien : Asthma si valdè scnibus excititur, moriuntur.
1 Lib. 2, cap. 2. partie 4*
a Nosologie méthodique , t. 2, page 94.
DE L’ASTHME NERVEUX
Traitement. Peu fixés sur la nature et sur le siège de la maladie , les praticiens l’ont été encore moins sur les moyens capables de la modifier avantageusement. On voit les humoristes recourir aux maturatifs pour favoriser la coction et l’expuition des humeurs (Rivière, Sennert). Les partisans de la doctrine des signatures conseillent les bouillons de poumons de renard , de lièvre , de cerf, de gazelle, sans doute pour communiquer aux malades la faculté de courir , qui leur est momentanément enlevée ( Avicenne , les Arabes ). Le bouillon de vieux coq joue un grand rôle dans les prescriptions des anciens médecins.
Celse 1 , le premier parmi eux , a donné des préceptes assez sages et qu’il convient de se rappeler. Il conseille la position élevée de la tête dans le lit , de couvrir la poitrine de cataplasmes chauds, de faire usage de boissons douces et d’aliments de même nature, de préférer les médicaments qui portent aux urines. Rien , dit-il , de plus avantageux que la promenade lente , presque jusqu’à la lassitude ; que de nombreuses frictions , surtout sur les parties inférieures, soit au soleil , soit au feu, et poussées jusqu’à la sueur, et que l’application de cataplasmes chauds à la gorge et de bains de vapeur dirigés vers la bouche.
Baglivi 2 conseille aux asthmatiques l’air de la campagne ; voici dans quels termes : In diuturno asthmate , sive hmnorali, sive convulsivo , aerem rusticmn œgrotantibus imperOj et potissùnùm , ut campos habitent quos avant bubulci : débet itaque asthmaticns sequi bubulcum quandô terrain arat, et incedere per sulcum , sive viam ab aratro recenter in terra factam , et aperto ore respirare aerem, sive halitns nitroso satinas ac sulfureas à recenter ruptis terrœ glebis prodeuntes; tonus pubnonum longo morbo relaxatus , nitro-salinâ centralis terrœ caloris substantiâ roboratus , confirmaturet restituitur, eoque restitutus circulus quoque liquidorum per pulmonum telas in libertatem ponitur morbusque profligatur.
Les balsamiques , les incisifs , les expectorants ont été mis en usage par ceux qui ont voulu favoriser l’issue des humeurs qu’ils regardaient comme cause de la maladie. Us joignaient l’emploi des révulsifs et des dérivatifs.
Les antispasmodiques , les narcotiques , les stupéfiants ont été la ressource des partisans de l’influence nerveuse dans la production des phénomènes de cette maladie.
L’alhmiatrie a joué un rôle dans le traitement de l’asthme. On doit à Fourcroy 3 et à Beddoës d’avoir conseillé l’inspiration del’oxy
» Lit. De re medicâ.
a Opéra , page 107.
3 Annales de chimie , tome 4*
gène comme moyen de guérison , d’autres médecins ont vanté l’inspiration du chlore mêlé dans de faibles proportions à l’air de l’appartement qu’habite le malade , et ils prétendent en avoir obtenu de bons effets.
On a même été jusqu’à conseiller des fumigations arsénicales ; mais l’emploi d’un pareil médicament ne saurait être sans danger pour les malades. C’est par erreur qu’on y a eu recours, et parla confusion qu’on a faite de la sandaraque des Grecs, qui est le sulfure rouge d’arsenic, avec la sandaraque des Arabes, qui est la gomme du génevrier, dont les vapeurs ont pu soulager dans la complication de l’asthme avec le catarrhe pulmonaire chronique.
Le traitement de l’asthme doit varier selon son état de simplicité ou de complication ; il doit aussi varier selon qu’on est appelé pendantles accès ou dansles intervalles.
Le premier soin que doivent avoir ceux qui ressentent les avant-coureurs d’un accès d’asthme, c’est de respirer un air libre et frais ; de prendre une position qui rend aussi faciles que possible les divers mouvements de la respiration; de débarrasser le corps des liens ou des vêtements qui pourraient s’opposer à la liberté de ses mouvements; de garder le silence et le repos le plus parfaits. Les asthmatiques ne devront chercher à se mettre au lit que lorsqu’ils sentiront l’influence du sommeil assez grande pour leur donner l’espoir d’être promptement endormis; sans cela ils verront toujours les symptômes s’aggraver. Sous l’empire de ces moyens, j’ai souvent vu les accès être moins graves. L’influence de la lumière soulageant beaucoup, il est convenable que les asthmatiques aient une lampe allumée dans leur appartement. Quand cette précaution a été négligée , ils doivent, aussitôt qu’ils ressentent les prodromes d’un accès, se procurer de la lumière : toujours je me suis trouvé mieux sous son influence.
Presque tous les praticiens se sont accordés sur les bons effets qu’on retire de l’emploi des dérivatifs , tels que pédiluves , manuluves irritants , frictions sèches sur la périphérie. Hérodote avait conseillé les bains de sable chaud aux asthmatiques '. Je dois dire que si dans le coursdes accès , ces moyens ne m’ont point paru avoir d’effets bien marqués, j’ai cependant ressenti du soulagement de quelquesuns qui leur sont analogues. Ainsi , en Turquie, l’usage des bains d’étuves humides et des frictions dont on les accompagne m’a presque toujours préservé d’avoir un second accès , quand j’y avais recours immédiatement après le premier. Le soin de faire chauffer mon lit , ou l’action d’un feu ardent avant de me coucher, produisent sur moi une dérivation qui m’a souvent préservé d’un accès , quand déjà j’en ressentais les avant-coureurs.
1 Sprengel , Histoire de la Médecine , fmne 2.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
Lorsqu’il y a imminence de suffocation , ou qu’on peut supposer une congestion pulmonaire; qu’il existe une complication avec quelque affection organique du cœur, une saignée semble indiquée. Hippocrate, Baglivi , Sennert, Haller, Bosquillon , Castel l’ont conseillée. Ils ont vu les accidents graves disparaître à la suite de son emploi; mais l’asthme par lui-même n’en paraît pas être sensiblement modifié. Millard n’était point partisan de ce moyen , qu’il regardait comme capable d’aggraver la maladie. Je n'ai point eu l’occasion d’y recourir, et je ne puis juger moi-mêine de son efficacité.
On n’a point été d’accord sur le lieu où l’on doit pratiquer la saignée. Haller indique celle de la jugulaire ; Sennert conseille d’avoir recours à celle de la saphène, quand l’asthme est dû à la suprpession des menstrues ou des hémorrhoïdes; il dit aussi qu’on peut aider son action par l’application de ventouses sèches aux cuisses. Il nous est impossible de préciser à l’avance la conduite que l’on doit tenir. L’état du malade, l’intensité des symptômes, les causes de la maladie aideront à fixer son choix sur la veine que l’on doit ouvrir.
A en juger par les résultats obtenus dans la seconde observation que j’ai rapportée , l’application des sangsues ne procure pas de soulagement durant les paroxysmes. Peut-être en les répétant dans l’intervalle des accès chez les sujets dont l’invasion de la maladie a été précédée par la suppression de quelque hémorrhagie périodique habituelle, obtiendrait-on des résultats plus satisfaisants.
Sennert 1 a conseillé d’appliquer des ligatures sur les parties inférieures , dans le but d’empêcher les humeurs , qu’il supposait être la cause de l’asthme, de remonter vers le poumon. De nos jours quelques praticiens ont remis ce traitement en faveur. M. Jolly 2 dit l’avoir employé avec succès. Je n’ai pas été aussi heureux deux fois que j’y ai eu recours, sans qu’il m’ait paru apporter aucun changement à mon état.
Quant aux nombreuses boissons conseillées pendant la durée des accès, je crois peu à leur efficacité. Ce n’est que par la quantité de liquide introduite dans l’économie qu’ellesamènentdu soulagement; aussi je n’ai jamais recours qu’à l’eau pure : c’est , selon moi , la boisson la plus convenable pour tempérer le spasme pulmonaire. Floyer assure que ce qui le soulageait le plus, c’était de prendre le soir abondamment de l’eau panée , à laquelle il ajoutait un peu de nitre et de sel ammoniac. Mon collègue, M. T. , se trouve très-bien des boissons chaudes prises en très-grande quantité.
1 Lib. 2, cap. 2, part. 3.
2 Dictionnaire de Médecine , tome 3, 2e édition.
Je conçois l’avantage des préparations oxymélées , antimoniales , des scilliliques, et de tous les expectorants chez les asthmatiques dont la maladie se complique avec le catarrhe pulmonaire chronique. Ces préparations administrées à la fin des accès , doivent faciliter l’expectoration , peuvent concourir au dégagement des bronches et amener ainsi un soulagement notable. Dans les mêmes circonstances , les résines balsamiques , administrées en fumigation ou sous toute autre forme , peuvent aussi produire de bons effets; mais elles agissent plutôt contre la complication que contre la maladie principale.
Deux fois je me suis trouvé soulagé par l’emploi de la poudre d’ipécacuanha prise à dose vomitive.La secoussequ’occasionent les vomissements produit une dérivation salutaire ; l’expectoration critique s’établit et l’accès est jugé. Cette manière d’agir des émétiques est sans doute la cause de la haute faveur dont ils ont jouie auprès des médecins humoristes qui, d’après leurs idées théoriques , les ont tant préconisés. Us leur associent les purgatifs phlegmagogues , les clystères carminatifs et autres moyens irritants portés sur le tube digestif. L’emploi de cette médication , dont on peut obtenir de très-bons résultats dans quelques cas, doit être subordonné aux nombreuses indications qui peuvent se présenter : c’est surtout chez les sujets lymphatiques, replets, à fibres molles , et prédisposés aux affections catarrhales , qu’on pourra les prescrire avec le plus de chances de succès.
Plusieurs plantes stupéfiantes ont été indiquées comme d’excellents moyens pour soulager les malades etdiminuerlalongueurdeleurs accès. Le datura stramonium est une de celles qui jouissent encore de la plus grande faveur. Ce sont particulièrement les médecins anglais qui ont accrédité les propriétés bienfaisantes dece végétal. Notre collègue Busseuil l’a vu usité à Java. Le docteur Kriner rapporte plusieurs observations qui constatent les bons effets des feuilles et des tiges de stramonium fumées en guise de tabac. Le professeur Cruveilhier se loue aussi des bons effets qu’il en a obtenus en s’en servant de la même manière. M. T., qui l’a expérimenté sur luimême, ne saurait lui donner trop d’éloges; il fume les feuilles de stramonium mêlées à un peu de tabac , et il dit que c’est au moment où on éprouve une sorte de vertige que le soulagement commence à se manifester. L’influence de cet agent se borne à modifier l’accès contre lequel on l’emploie ; et il n’a aucune action contre lp paroxysme suivant qui , dit-il , n’en arrive pas moins avec toute son intensité.
D’après les idées que nous avons adoptées sur la nature de l’asthme , nous étions porté à croire aux avantages que l’on pourrait reti-
DE L'ASTHME NERVEUX
rer des préparations de belladone , dont les propriétés anticonlractiles sont généralement connues , lorsqu’un article sur ce sujet est tombé sous mes yeux ». Le docteur Magislel y préconise l’emploi des fumigations des plantes narcotiques et des feuilles de belladone en particulier dans le traitement de l’asthme. Sur cinq malades traités parce moyen, quatre ont guéri, et le cinquième, vieillard âgé de 75 ans, a éprouvé de l’amélioration. C’est aux praticiens à vérifier l’exactitude de ces résultats , et à s’assurer si ce médicament n’est pas capable* comme le précédent, de modifier avantageusement les paroxysmes de l’affection asthmatique.
Les docteurs Kriner et Laënnec donnent aussi des éloges à l’inspiralion de l’infusion de feuilles de laurier-cerise. Le dernier a pu constater également l’efficacité des préparations d’acide hydrocyanique.
La lobélie enflée (lobelia inflata , de la famille descampanulacées) , dont les effets ressemblent beaucoup à ceux du tabac, mais dont l’action est plus forte et plus diffusible, a été administrée dans l’asthme par le docteur Elliotson , qui lui a reconnu des propriétés spécifiques contre cette maladie. D’autres observations, recueillies par M. Stricht, élève de l’hospital Saint-Barthélemy, à Londres, viennent à l’appui de cette opinion a ; il l’a employée dans deux cas d’asthme spasmodique dont les accès étaient très-violents et très-fréquents, à la dose de 2oà3o gouttes de teinture dans une petite quantité d’eau distillée, à trois reprises par jour ; dans ces deux cas , les effets de ce médicament ont été rapides , et les accès ont disparu complètement au bout de trois jours de traitement. De pareils succès doivent engager à continuer des essais sur l’emploi de ce médicament»
Comme on le voit, les moyens thérapeutiques, capables de modifier les accès d’asthme, sont en petit nombre. On n’en possède pas qui soient capables de les arrêter complètement lorsqu’ils sont déclarés. Ainsi tous les soins du médecin doivent tendre à en prévenir le retour, et nous allons tracer maintenant les règles à suivre pour approcher le plus possible de ce résultat.
Soins hygiéniques. — Après les causes qui agissent d’une manière directe sur le tube aérien , et dont il est très-facile de se garantir, nous avons dit que les vicissitudes atmosphériques jouissaient delà plus haute influence pour rappeler les paroxysmes chez les asthmatiques ; c’est à les préserver de leur action pernicieuse que doivent donc tendre des soins bien entendus. Pour mon compte particulier , je crois que si je pouvais toujours rester sou-
1 Gazette médicale , décembre 1834, page 817.
3 The Lancet , février, 1 833.
mis au même degré de chaleur , de pesanteur et d’humidité de l’air, je n’éprouverais jamais de retour d’asthme ; malheureusement la chose est impossible ; mais il serait facile d’en approcher en habitant constamment un pays dont l’influence bienfaisante a été reconnue ; en portant toujours de la laine sur la peau ; en évitant toutes les causes de refroidissement , particulièrement celui des pieds ; en ayant soin de garantir l’entrée du tube aérien de l’action de Pair, lorsqu’on est forcé de marcher- contre un vent froid et violent ; en habitant des appartements bien aérés ou l’air aurait toujours la facilité d’être renouvelé , et en évitant avec soin tous les exercices violents et forcés.
Les erreurs de régime ayant une trèsgrande influence dans le développement des accès , tous les auteurs qui ont étudié cette maladie s’accordent pour recommander à ceux qui en sont atteints un régime uniforme, simple et léger , d’éviter avec soin les aliments indigestes et de haut goût , d’user plus spécialement de substances qui se digèrent avec facilité, et qui, pendant le travail digestif, ne laissent point dégager de gaz ; de proscrire sévèrement toutes les boissons alcooliquesè.
Le thé , le café ; sévèrement proscrits par Cullen , et dont Floyer et plusieurs autres médecins anglais ' ont recommandé l’usage aux asthmatiques comme pouvant grandement les soulager, ne m’ont point paru doués d’une action aussi marquée que l’ont cru ces praticiens. Pouf les personnes qui n’en usent point habituellement, il ne serait peut-être pas rationnel de le faire ; mais pour celle qui en boivent habituellement, elles n’ont rien à redouter d’en continuer l’usage; une infusion légère de thé peut même être très-salutaire dans le début des accès , en déterminant une diaphorèse avantageuse. Quant au café, j’en prends habituellement mêlé avec du lait ; je ne me suis pas aperçu qu’il agit d’une manière défavorable. Toutefois, il serait prudent de s’abstenir de café pur quand on est sous l’influence d’un accès.
Si l’intermittence des accès est régulière, on ne doit pas balancer à suivre l’exemple de Casimir Médicus et de Mongellaz , en prescrivant, l’antipériodique par excellence, le quinquina. Les bons effets qu’ils en ont retirés doivent engager à y recourir dans des cas semblables à ceux qu’ils ont rapportés.
En indiquant d’une manière générale que les climats chauds conviennent aux asthmatiques , on doit avoir présent à l’esprit que la susceptibilité individuelle de chaque malade peut faire modifier ce précepte dans ce qu’il a de trop absolu. Ainsi, quelques-uns ne se trouvent bien que sous les latitudes lempé-
» Perceval, Essais , page a6g.
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
rées, d’autres ne sont jamais mieux que dans les climats chauds. Quelques malades se trouvent mieux à la campagne qu’à la ville, d’autres sont dans des conditions inverses. En général , un air épais, humide, tel qu’on le respire dans les pays plats, sur le bord des fleuves , est plus favorable aux asthmatiques que celui qui présente des qualités opposées. Quand on se trouve bien dans une localité, on doit autant que possible ne pas la quitter , sinon l’on s’expose à voir reparaître l’ennemi dont on se croyait délivré. Cette crainte me domine toutes les fois que je suis forcé de changer de lieu, et l’expérience m’a prouvé qu’elle était fondée. Sous ce rapport , je ne conçois pas comment les voyages et plus particulièrement la navigation ont pu être indiqués comme un moyen de guérison de l’asthme. Trop de causes favorables au développement de cette maladie se rencontrent à bord des navires , pour ne pas sentir l’absurdité de ce conseil: En les énumérant, nous voyons qu’un grand nombre d’hommes se trouvent réunis dans un espace resserré ; que dans les parties basses où ils couchent , l’air est presque constamment stagnant et chaud ; qu’une obscurité presque constante y règne ; que les officiers eux-mêmes ne sont pas plus favorisés puisqu’ils sont logés dans des réduits resserrés où l’air et la lumière ne pénètrent qu’avec peine ; à chaque instant du jour, on passe brusquement de l’influence de ces localités étroites à celle de l’air libre que l’on respire sur le pont , et où l’on se trouve soumis à toutes les circonstances qui peuvent modiT fier cet agent sur la surface du globe. La nourriture dont on use à bord des bâtiments , dans les longues traversées , se compose presque exclusivement de salaisons, de légumes secs , exige des estomacs robustes pour en obtenir une bonne assimilation. Si l’on joint à ces causes l’influence des passions tristes, on voit combien le séjour à la mer doit être défavorable aux asthmatiques ; et ,loin de le leur conseiller , on s’empressera de leur défendre d’y recourir.
Je puis , indépendamment de ma propre expérience et de celle de celui de mes collègues dont j’ai rapporté l’observation, citer en preuve de la gêne que les asthmatiques ressentent à bord d’un navire, un fait qui m’a été rapporté par un professeur de l’école de médecine navale de Rochefort, asthmatique lui-même, et qui, pendant cinq mois de voyage pour revenir de Chine en France, n’a pu se coucher une seule nuit sans la crainte d’une violente exacerbation de sa maladie dont il a constamment ressenti les atteintes pendant cette longue traversée.
L’exercice à cheval ou en voiture , la promenade en bateau sur une mer un peu houleuse , ne seraient pas sans inconvénient pen-
dant le cours des accès. Conseillés dans l’intervalle , ils ne peuvent qu’être salutaires , relativement à l’influence des oscillations d’un navire balloté par les flots , sur les asthmatiques. Je dois dire que pouvant provoquer l’affection particulière connue sous le nom de mal de mer, elle agit avantageusement , et à l’instardes moyens émétiques : plusieurs fois j’ai pu m’en convaincre , les vomissements ainsi amenés mettaient fin à un accès.
Le magnétisme, l’électricité ',1e galvanisme ont eu leurs prôneurs dans le traitement de l’asthme, sans que des résultats constants aient justifié les éloges prodigués à ces divers moyens. Au mois de novembre 1816 , le docteur Wilson Philip 2 a établi, dans un mémoire lu à la Société royale de Londres , que si le galvanisme n’apporte aucun remède à l’asthme spasmodique , affection qu’il considère comme très-rare , en revanche , il guérit neuf fois sur dix l’asthme nerveux qui est beaucoup plus commun.
Conclusions. En résumant d’une manière succincte ce que nous avons établi plus haut, nous dirons :
1° Que les caractères essentiels de l’asthme sont : la constriction sous-sternale , le sifflement respiratoire , l’intermittence des paroxysmes sans rien de fixe pour leur retour , l’invasion brusque des accès , l’absence de fièvre et même la régularité du pouls au milieu du trouble le plus grand des mouvements respiratoires, enfin le passage souvent rapide d’un état des plus graves au calme le plus parfait.
2° Que les lésions organiques observées dans cette maladie en sont , dans la généralité des cas, les effets et non la cause ; qu’on doit , quand elles existent , les regarder comme des complications fort graves qui peuvent, en réagissant sur la cause qui les a produites , rendre plus fréquents les paroxysmes de la maladie.
3° Que l’art , dans l’état actuel , ne possède pas de moyens capables de guérir l’asthme dans ses divers états de simplicité ou de complication ; mais qu’il peut , par des soins bien entendus , suspendre l’invasion des accès ou tout ou moins les modifier avantageusement.