HYDROPISIE DU TISSU CELLULAIRE
Causes. Les différentes causes qui peuvent produire l’hydropisie du tissu cellulaire déterminent et caractérisent les diverses espèces dont il peut être atteint. Ainsi il faut admettre :
1° Une hydropisie par inflammation des parties voisines ; c’est [celle à laquelle on a reconnu une nature active , parce qu’elle est le résultat d’un travail inflammatoire, qui se passe dans les aréoles du tissu cellulaire et y fait affluer des liquides séreux.
C’est surtout chez les sujets forts et sanguins qu’on l’observe, et toujours sous l’influence de circonstances qui donnent lieu à un état sthénique. Ainsi elles se voient quelquefois à l’époque de la première menstruation quand elle est difficile; après une suppression de règles ou de toute autre hémorrhagie périodique; au commencement delà grossesse; on l’observe souvent aussi dans la période de desquamation de certaines maladies éruptives, comme la scarlatine , et plus rarement la rougeole.
2® Une hydropisie par obstacle mécanique à la circulation veineuse , ayant son siège ou dans le cœur, et alors l’infiltration tend à être générale , ou dans les veines, et , dans ce cas, si ce n’est pas dans un tronc principal , il n’y a qu’œdème ; si c’est dans une veine centrale, il y a tendance à une infiltration générale plus ou moins considérable.
L’hydropisie qui succède à un obstacle mécanique dans les cavités droites du cœur commence presque toujours par les extrémités inférieures ; elle offre cela de particulier qu’elle est sujette à beaucoup de variations , qu’elle disparaît quelquefois avec beaucoup de facilité pour se reproduire de même. L’hydropisie qui est sous l’influence d’une oblitération des veines est , quant au siège et à l’étendue, en rapport avec le siège et le calibre des vaisseaux oblitérés; dans le plus grand nombre des cas , elle est locale , et accompagnée ordinairement d’une circulation supplémentaire dans les vaisseaux collatéraux. C’est principalement aux beaux travaux de M- le professeur Bouillaud que nous sommes redevables de la connaissance de ces phénomènes.
Les troubles de la circulation dans le foie amènent aussi une infiltration séreuse plus ou moins considérable, mais presque toujours consécutive à l’ascite.
3®. Une hydropisie par diminution de la perspiration cutanée ; il se produit alors une anasarque , soit subitement comme dans les
18a MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS.
pays chauds , où ont lieu de brusques variations de température ; soit lentement, quand la modification est lente , comme dans les pays froids et humides.
4°. Une hydropisie par un certain état pathologique du rein, dans lequel la substance corticale de cet organe acquiert une couleur jaune, en même temps qu’elle s’indure, puis se ramollit. Dans ce cas , l’hydropisie se manifeste à la fois au dehors comme au dedans , aux extrémités supérieures comme aux inférieures , elle devient bientôt générale, et persiste ordinairement pendant longtemps sans éprouver aucun changement. Cette hydropisie est accompagnée d’une diminution progressive dans la quantité des urines , qui deviennent , en outre , albumineuses , comme l’ont démontré les recherches des docteurs Brighl et Christison en Angleterre , et de M. Rayer en France.
5°. Une hydropisie par modification dans la composition du sang. Ces modifications sont très-diverses , souvent contraires , et exigent des moyens thérapeutiques différens. Ainsi, d’une part, l’état pléthorique détermine souvent une infiltration séreuse , qui est considérée alors comme active. Les travaux de M. Magendie ont bien démontré que la pléthore diminue la force absorbante de nos parties , et que , dans ces cas , la saignée la favorise. D’autre part, l’appauvrissement du sang occasioné par la disette (et , dans ces cas , on a vu des bydropisies épidémiques), par la saignée trop répétée, par de longues maladies, par d’abondantes hémorrhagies , par des constitutions lymphatiques, scorbutiques ou chlorotiques , produit aussi l’hydropisie du tissu cellulaire , qui , dans ces cas , est dit e passive. Enfin, le sang, étant vicié par certains virus, peut être comme dissous et laisser le sérum s’épancher dans le tissu cellulaire.
Symptômes. Il en est de communs et de propres à chaque espèce d’hydropisie. Les symptômes communs sont l’enflure des parties extérieures , qui débute tantôt, et c’est le cas le plus commun , par les extrémités inférieures , tantôt par les extrémités supérieures ou par la face, tantôt enfin par toutes les parties du corps, qui devient généralement bouffi. L’infiltration est d’ailleurs variable suivant les parties où on la considère. Elle est toujours plus considérable dans les parties où le tissu cellulaire est lâche et à grandes laùies , comme au dos des pieds et des mains , où elle détermine ordinairement une saillie ovalaire limitée par les ligameus annulaires du tarse et du carpe; aux paupières , dont elle gonfle quelquefois le tissu de manière à produire mécaniquement l’occlusion de ces voiles membraneux ; au scrotum, dont elle peut augmenter le volume jusqu’à lui donner celui de la tête d’un adulte; au pénis, qu’elle tuméfie pareil-
lement , au point de gêner ou d’empêcher , dans certains cas , l’excrétion des urines , en contournant le prépuce en manière de tirebouchon ; enfin , aux grandes et aux petites lèvres, qui sont, dans certains cas, assez gonflées pour faire obstacle à la sortie du fœtus pendant l’accouchement.
La tuméfaction n’est pas ordinairement aussi considérable dansles autres parties du corps ; la face n’est que simplement bouffie et parait n’être le siège que d’une simple augmentation dans l’embonpoint ; elle n’est jamais bien marquée au cou et le long du dos ; mais, vers les lombes et dans l’espace qui sépare les fausses côtes de la crête iliaque , il se forme assez souvent des espèces de bourrelets d’infiltration molle, qui augmentent la largeur de l’abdomen dont les parois s’infiltrent également. L’enflure est d’ailleurs presque toujours plus considérable aux membres abdominaux , qui peuvent souvent doubler et même tripler le volume, par suite de cette stagnation du fluide séreux.
11 est très-important de remarquer qu’en même temps que les dimensions du corps s’accroissent dans les points qui sont le siège de l’infiltration, il s’amaigrit ou paraît s’amaigrir dans ceux où l’infiltration n’existe pas ; ainsi les pommettes deviennent saillantes , le cou sec et allongé, les côtes se dessinent sous la peau , les doigts paraissent se rapetisser.
Dans l’hydropisie liée à quelqu’une des altérations dont nous avons parlé , l’enflure offre pour caractère propre d’être molle et de céder facilement au toucher ; de conserver profondément , et pendant un certain temps , l’impression du doigt ou l’empreinte des plicatures que les draps forment accidentellement sous le corps du malade; de changer facilement déplacé en s’accumulant vers les points les plus déclives , augmentant vers les extrémités inférieures par la station verticale , et diminuant par le repos horizontal. La peau offre aussi une température au-dessous de l’état normal , et une couleur d’un blanc pâle et mat, interrompue, dans certains cas , par des sillons bleuâtres , correspondant à des veines sous-cutanées distendues par le sang ; quelquefois la distension est si considérable , qu’elle semble demi-transparente, et toujours elle est polie et luisante.
Dans l’hydropisie aiguë et qu’on ne peut rattacher à aucune des causes dont nous avons parlé, l’enflure est, au contraire, rénilente au toucher, ne cède que momentanément sous le doigt et n’en conserve qu’une impression passagère. La peau est chaude au toucher, quelquefois colorée en rose ou en rouge.
L’hydropisie symptomatique donne lieu à un pouls débile, à un alanguissement général dans les fonctions, provenant moins de l’anasarque que de la maladie intérieure dont celte.
OEDÈME COMPACTE DES NOUVEAÜ-NÉS. j 83
liydropisie dépend; dans l’hydropisie idiopathique au contraire , il y a fièvre, quelquefois violente, un pouls plus ou moins dur, fréquent et plein, joint à une chaleur générale, à de la céphalalgie et autres symptômes de turgescence sanguine ; dans l’un et l’autre cas , les urines sont rares et la soif vive.
L’hydropisie du tissu cellulaire a une marche variable ; en général , quand elle est liée à l’existence de maladies internes, elle survient insensiblement, peut paraître et disparaître plusieurs fois , se montrer une seule fois, ou offrir de fréquentes récidives. Sa disparition est tantôt graduelle, tantôt subite, et dans ce dernier cas, il arrive quelquefois que différents flux se produisent dans une séreuse, dans les bronches , dans les intestins , à la peau , par les reins , etc. C’est quelquefois un accident funeste que cette disparition brusque de l’hydropisie, quand elle se porte sur un organe important à la vie. Nous avons rapporté , dans la Clinique médicale , t. 2 , des exemples remarquables de celle terminaison rapidement mortelle. Un autre accident, auquel peut donner lieu l’hydropisie du tissu cellulaire, consiste dans les éraillements que subit quelquefois la peau, par suite de la distension extrême dont elle est le siège , et dans la tendance qu’a cette membrane à contracter alors des inflammations rebelles ou promptement gangréneuses; quelquefois cet accident a un côté favorable, en ce qu’il permet l’écoulement de la sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire et facilite ainsi le dégorgement des parties.
Traitement. Le traitement de l’hydropisie est basé sur plusieurs indications relatives à sa cause, à sa nature, et à l’hydropisie considérée en elle-même.
Quant à la cause , il est évident qu’on 11e pourra combattre d’une manière efficace l’hydropisie symptomatique qu’autanl qu’on s’efforcera de faire disparaître les lésions internes qui la produisent. Or, la plupart de ces lésions sont, jusqu’ici, au-dessus des ressources de l’art.
Quant à sa nature, il est important de faire observer qu’il est souvent fort difficile de se prononcer sur la nature active ou passive d’une hydropisie. Quand on est bien assuré que l’hydropisie succède à des causes vraiment débilitantes, telles que l’habitation prolongée dans les prisons et les lieux humides , à la suite du scorbut et des hémorrhagies abondantes , il est très-opportun d’employer les analeptiques, et, en particulier, les ferrugineux.
L’hydropisie aiguë réclame le même traitement que les autres inflammations : saignées générales ou locales , suivant le besoin, boissons froides et acidulées , repos et diète abso-
lue ; tels sont les moyens dont on retire le plus d’efficacité.
L’hydropisie considérée en elle-même réclame trois sortes de médicaments : les diurétiques , les purgatifs et les sudorifiques. On emploiera et on variera ces moyens selon l’exigence des cas qu’il est impossible de préciser. La pratique seule fournit les indications à suivre.
Souvent il faut avoir recours à des moyens externes et chirurgicaux, dans lebut d’ouvrir au dehors une voie à l’écoulement de la sérosité ; à celle fin , on a conseillé les vésicatoires, les cautères et les sétons. Il faut remarquer cependant que les plaies qui en résultent exposent souvent les parties à être frappées d’une inflamma lion gangréneuse. On doit en dire autant des scarifications; il est plus prudent de se contenter de simples mouchetures pratiquées avec une lancette enfoncée perpendiculairement jusqu’au devant du derme , ou de simples piqûres faites avec une aiguille à acupuncture, multipliées autant de fois qu’il est nécessaire. On peut aussi faire de simples incisions linéaires d’un demi-pouce à un pouce d’étendue , mais très-superficielles et n’intéressant que l’épiderme.
OEDÈME COMPACTE DES NOUVEAU-NÉS
Celte maladie a reçu un très-grand nombre de dénominations ; connue sous les noms d’ endurcissement , d'induration , de sclérème, etc., elle a été appelée, tout récemment , Asphyxie lente des enfants nouveau-nés , dans un travail très-remarquable de M. Valleix où ce point de la science a été élucidé, et dans lequel nous puiserons toutes les considérations que nous avons à vous présenter à ce sujet.
Caractères anatomiques. Le corps d’un enfant mort d’asphyxié lente avec œdème est , en général , d’une couleur rouge foncé , comme pendant la vie ; mais , par un effet cadavérique, les parties les plus élevées sont quelquefois seulement marbrées , le fond est blanc ou jaunâtre et parsemé de larges tâches livides. Cet effet dépend du passage du sang aux parties les plus déclives , dont la coloration violacée est uniforme.
Des incisions pratiquées sur les parties tuméfiées en font écouler une sérosité abondante, ordinairement colorée en jaune. Si on examine les lèvres de l’incision , on voit d’abord que le derme laisse suinter de grosses gouttes de sang noir provenant de la division des vaisseaux engorgés ; au-dessus , le pannicule graisseux offre un aspect granuleux. Cette couche graisseuse est divisée en petits grains séparés par des interstices œdémateux ; et , lorsque l’infiltration est très- considérable ,
1 Thèses de Paris , l835 , n° 1.
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ces corpuscules , surtout les plus inférieurs , sont assez éloignés les uns des autres et ne paraissent plus faire partie de la même membrane.
En s’approchant davantage de l’aponévrose , on trouve une masse comme gélatineuse , transparente , de laquelle la pression fait sortir beaucoup de sérosité ; c’est le tissu lamelleux, énormément distendu par ce liquide.
Le tissu inter-musculaire est à l’état naturel.
Les poumons somt, en général, gorgés de sang et remplis dlûr. Trois fois M. Yalleix les a trouvés engoués et deux fois indurés. On trouve très-souvent , dans les plèvres, une quantité notable de sérosité citrine, ou plus rarement de liquide sanguinolent. Plus souvent encore , M. Yalleix a vu de la sérosité dans le péricarde, toujours rougeâtre et transparente. Toutes les cavités du cœur sont distendues par un sang noir et toujours liquide. Sur vingt cas où M. Valleix a examiné le trou ovale, il l’a vu trois fois largement ouvert ; dans tous les autres , il était fermé par la valvule plus ou moins adhérente. Le canal artériel n’est presque jamais entièrement oblitéré. L’aorte et toutes les grosses artères sont distendues par du sang noir et liquide ; les veines en sont énormément gonflées.
Le foie est le plus souvent dans un état de congestion évidente ; lorsqu’on l’incise, il en coule une très-grande quantité de sang noir et fluide; mais son tissu n’a jamais offert à M. Yalleix de ramollissement ni d’induration, et son volume lui a toujours semblé naturel. La vessie est pleine d’urine.
U est rare qu’on ne trouve pas les membranes du cerveau gorgées de sang , elles forment un lacis noir très - remarquable ; mais la substance cérébrale ne paraît pas toujours injectée en proportion de cet engorgement.
Causes et nature de la maladie. Voici comment s’explique M. Yalleix à cet égard :
j’examine ces deux questions dans un même article, parce qu’elles s’éclairent l’une par l’autre.
Uzembezius est le premier qui ait attiré l’attention sur l’endurcissement des nouveaunés. Son observation , qui date de 1718, est incomplète ; il est impossible de décider s’il y est question de l’œdème ou de l’endurcissement adipeux ; la rigidité dont il parle me fait pencher vers la seconde opinion. Son explication de la maladie par la stase du sang et son épaississement qui produit le froid et la rigidité est fausse , puisque le sang n’est pas épaissi. En somme , on ne peut pas tirer de grandes lumières de son observation. On a dit qu’elle était un exemple d’endurcissement avec la naissance. M. Denis, à qui appartient cette assertion , n’a sans doute pas pris garde
qu’üzembezius avoue n’avoir été appelé qu’après l’accouchement, sans dire combien de temps s’était écoulé; et que, s’il a jugé la maladie antérieure à la naissance, c’est peutêtre parce qu’il la voyait pour la première fois et ne pouvait pas croire à un développement aussi rapide. Plusieurs auteurs , depuis, ont dit avoir vu des enfants durs à leur naissance. Ces faits sont fort rares, puisque madame Legrand , sage-femme en chef de l’hospice de la Maternité, n’en a pas vu d’exemple. Ceux qu’on a cités ne sont pas assez bien décrits pour fixer notre opinion; et d’ailleurs, que prouverait leur démonstration ? que des causes particulières peuvent produire cette maladie dans l’utérus aussi bien que l’ascite , l’hydrothorax et beaucoup d’autres. Ce serait aux observateurs à rechercher ces causes et à en expliquer l’effet. Ce travail difficile est loin d’être fait.
Nous avons vu comment une erreur d’Àndry, dans une citation tirée d’Underwood , avait entraîné les auteurs qui ont écrit après lui , et avait fait admettre que l’observateur anglais confondait l’endurcissement avec l’érysipèle. Underwood ne connaissait d’autre endurcissement quel’adipeux.Il 11’est donc pas étonnantqu’ilait trouvé la peau dure, comme adhérente aux os , blanche comme de la cire , et qu’il ait vu cet état succéder toujours à une phlegma8ie gastro-intestinale. Denmann est dans le même cas. Je laisserai donc de côté leur explication de l’endurcissement par un spasme de la peau , effet sympathique d’une affection intestinale.
Trois auteurs ont vu la cause principale dans le froid , et la nature de la maladie dans une péripneumonie : ce sontHulme, M.Troccon et M. Dugès. Le premier n’a connu , comme je l’ai démontré , que l’endurcissement adipeux. M. Troccon a décrit des cas d’œdème véritable et d’induration graisseuse sans distinction ; il commence par établir que le froid repousse les fluides vers le centre, théorie bien peu applicable ici , où le sang est en si grande quantité à la périphérie , que l’enfant est livide. De plus , selon lui , le froid tonifie les organes intérieurs, et produit la péripneumonie ; mais, comme je l’ai fait voir plus haut, les caractères qu’il donne à cette lésion ne sont d’aucune valeur, et sa théorie s’écroule.
M. Dugès, qui a fort bien distingué les deux états ne fournit pas de preuves suffisantes à l’appui de son opinion. Il a trouvé, il est vrai, le poumon hépatisé ; j’ai vu aussi des lésions semblables ; mais j’ai pris soin de noter l’époque à laquelle l’inflammation du poumon est survenue. Sans celte précaution , pas de conclusion possible. M. Dugès s’appuie sur le mémoire de Hulme , dont nous connaissons l’insuffisance.
On peut d’ailleurs répondre victorieusement
OEDÈME COMPACTE DES NOUVEAU-NÉS
à ces trois auteurs par des faits nombreux tirés d’Auvity, de Billard, de M. Léger, de M. Blanche , où l’ouverture des corps a montré les poumons à l’état naturel ou à peine congestionnés.
L’opinion d’Andry et d’Auvity fut généralement adoptée ; la principale cause, selon eux, était le froid humide : non seulement, disaientils , il supprime la transpiration cutanée , mais encore il coagule , il congèle môme les sucs séreux et adipeux , et endurcit les tissus. Les objections se présentent ici naturellement. Comment ces auteurs peuvent-ils prétendre qu’il y a coagulation et congélation des sucs, lorsque, dans les mêmes écrits, ils ajoutent que des incisions après la mort font écouler une sérosité abondante des parties malades ? Comment ont-ils cru que les tissus étaient indurés , lorsqu’après l’issue de cette sérosité ils trouvaient les parties plus flasques et plus molles que dans l’état naturel? Comment la coagulation et la congélation n’atteignent elles pas le sang stagnant dans le derme le plus voisin des agents extérieurs? Auvity, dont le travail consciencieux est certainement le plus important qui ait été fait à cette époque, a, sans aucun doute, été induit en erreur par la confusion qu’il faisait de plusieurs affections différentes. Comment parvenir à la connaissance parfaite d’une maladie , quand vous êtes obligé de la regarder comme inflammatoire (érysipèle) , et en même temps atonique ( endurcissement adipeux ) ; quand, après avoir trouvé une dureté et une adhérence de la peau , sans écoulement de sérosité ( endurcissement adipeux ) , vous rencontrez de la rénitence, une légère mobilité des tégumens et une sérosité abondante (œdème) ; quand vous voyez la peau livide ou décolorée indifféremment, etc., et que vous ne faites aucune distinction entre ces divers états ? Or, voilà où en était la science. Je dois à la vérité d’ajouter qu’Andry et Auvity ont eu le mérite de fixer l’attention sur celte maladie des nouveau-nés , qu’ils ont combattu avec succès plusieurs erreurs accréditées sur cette matière, qu’ils ont perfectionné le traitement , et que leurs écrits doivent être encore consultés.
Le professeur Seb. Liberali, dans un mémoire inséré parmi ceux de l’Athénée de Trévise, partage l’opinion d’Auvity sur l’action du froid : il a aussi fréquemment trouvé des inflammations internes ; mais , comme il ne les regarde pas comme primitives , ce n’est plus ici le lieu de discuter cette question. Au reste , même confusion des divers états.
Je laisserai de côté les théories de Naudeau, Alard , Souville , etc. ; parce qu’elles me paraissentavoir été renversées par tout ce quia été écrit depuis, et qu’elles sont abandonnées.
Passons à des travaux plus modernes et qui méritent un examen particulier: ce sont ceux
de MM. Paletta , Léger , Denis et Billard. Quant à la thèse de M. Blanche , il me suffira de dire qu’elle ne traite des causes et de la nature de la maladie que tr ès-secondairement. L’auteur nous prévient qu’il a plutôt voulu rassembler des faits bien détaillés et bien constatés , pour servir à l’histoire de celte affection , qu’écrire un mémoire ex pro fesso; aussi s’est-il contenté de signaler l’action des agents extérieurs, et du froid en particulier, parmi les causes , et d’établir qu’il y avait maladie primitive indépendante des phlegmasies trouvées dans les organes à l’ouverture des corps. D’ailleurs , M. Lediberder, interne avec moi à l’hospice desEnfanls-Trouvés , sous la direction duquel les faits ont été rassemblés et la thèse composée , a , depuis , été amené , par de nouvelles observations , à partager ma manière de voir.
Dans un mémoire lu, en 1823, à l’Institut de Milan, par Paletta J, cet auteur met d’abord en doute l’influence du froid ; il a vu la maladie se développer en été. Selon lui , la véritable cause est l’état de flaccidité dans lequel restent les poumons , et surtout le droit, après la naissance ; il s’ensuit un engorgement qui arrête la circulation : de là , stase du sang dans la veine ombilicale et congestion du foie. Pour que ces effets aient lieu , il faut que l’enfant soit faible ; aussi , le professeur italien regarde-t-il la débilité comme une condition essentielle.
Cette théorie n’est pas soutenable : il est très-vrai que la faiblesse est une des principales causes de cette maladie , presque tous les avortons reçus à l’hospice des Enfants- Trouvés en sont atteints ; mais, quant à l’état des poumons, une multitude d’observations prises dans tous les auteurs prouvent qu’il n’est pas constant. D’un autre côté, sur 77 cas. Billard n’en a vu que 20 qui aient offert le foie malade ; MM. Blanche et Denis ont trouvé cet organe très-souvent dans l’état naturel ; j’ai eu le même résultat dans près de la moitié des cas. Paletta paraît n’avoir guère vu. l’endurcissement que chez des avortons : or , les avortons meurent presque tous avant d’avoir entièrement développé leurs poumons, et leur foie est le plus souvent congestionné.
L’exploitation de l’engorgement du foie par, l’arrêt du sang dans la veine ombilicale tombe d’elle-même. Le sang, dit Paletta, ne peut traverser le poumon 5 il s’accumule dans les cavités droites du cœur ; il empêche l’écoulement de celui qui vient de la veine ombilicale, et ce dernier se répand en grande quantité dans le foie. Mais le sang 11e peut stagner dans la veine ombilicale que par un obstacle à la
• Fiecherches sur l’endurcissement du tissu cellulaire
Ides nouveau-nés. — Archives générales de médecine , mai 1824, trad. de M. Bailly.
1 86 MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
veine cave inférieure , puisqu’en définitive il ne parvient au cœur que par l’intermédiaire de cette veine. Le sang de la veine-porte et celui des extrémités inférieures , qui n’ont pas d’autre débouché, sont dans le même cas. Bien plus, comme en remontant, on trouve le véritable obstacle dans les cavités droites du cœur, la veine cave supérieure ne pourra pas se vider avec plus de facilité ; et , de là , stase dans la partie supérieure du corps. Ainsi , les congestions n’auront pas plutôt lieu dans le foie que dans les intestins, le cerveau, etc. La stase sera générale , et s’observera aussi bien à la périphérie qu’au centre : c’est ce que démontre l’expérience , contre laquelle tous les raisonnements viennent échouer.
M. Léger, dans sa thèse inaugurale , faite sous les yeux de M. Breschet, admet plusieurs causes entre lesquelles il paraît hésiter ; la principale , néanmoins , est un trouble dans la respiration et la circulation, qui rend le sang plus séreux. Vient ensuite la non-oblitération des ouvertures fœtales ; et comme M. Léger croyait à la coagulation de la sérosité dans le tissu cellulaire , et avait même créé le nom d’œdème compacte , il a accueilli avec empressement les expériences de M. Chevreul , qui tendent à prouver que la sérosité , chez les enfants durs , est beaucoup plus coagulable que chez les autres individus. Enfin il regarde l’ictère comme un premier degré de la maladie.
Cette dernière assertion a été démentie par des faits trop nombreux pour que je m’y arrête. Les troubles de la respiration et de la circulation sont certainement des causes puissantes de cette maladie; mais ce trouble luimême, par quoi est-il produit? est-il donc impossible de le reconnaître?
Je ne nierai pas l’augmentation de la sérosité du sang, mais cette explication est inutile. Puisque M. Léger regardait l’infiltration de la sérosité comme analogue à l’anasarque des adultes , il aurait dû se rappeler que l’on a très-souvent observé cette maladie sans trouver une plus grande quantité de sérosité dans le sang. D’ailleurs , quand on a vu des ascites survenir à la suite de tumeurs qui comprimaient la veine-porte et la veine cave inférieure , le sang contenait-il plus de sérosité dans ce point que tfans le reste du corps? Ce n’est donc pas par la simple augmentation de la sérosité que ces anasarques se produisent.
Aux faits nombreux et inattaquables qui ont été opposés à la persistance des ouvertures fœtales , je crois inutile d’ajouter ceux que j’ai recueillis. Je ne parlerai point de l’ictère par la même raison.
Nous avons vu que c’était à tort qu’on supposait la coagulation de la sérosité ; l’œdème compacte n’existe pas ; les expériences de Billard sont concluantes à cet égard ; M. Léger,
lui-même a toujours vu la sérosité liquide. J’ajouterai que , si cette sérosité est coagulable à un aussi haut degré , elle devrait se prendre en masse dans la cavité du péritoine et dans la plèvre aussi bien que partout ailleurs. Or , M. Léger, qui a souvent trouvé ce liquide dans ces cavités , n’a jamais rien vu de semblable.
J’ai exprimé déjà ma pensée sur la brièveté du tube digestif, que cet auteur a seulement fait remarquer, sans en tirer les conclusions qu’on lui a prêtées depuis.
L’opinion de M. Denis* est toute différente ; selon lui , il y a véritable irritation du tissu cellulaire, coïncidant avec des affections internes variées, et le plus souvent avec des phlegmasies gastro-intestinales. Les causes de cet état sont (je cite textuellement ) i° une prolongation vicieuse , même une augmentation de la prédominance cellulaire primitive, cause qu’on peut rappeler prédisposante ; 2° la cause immédiate et suffisante consiste dans un trouble de l’alimentation fœtale ; 3<> toute surexcitation passagère ou permanente , qui agit sur le système d’un nouveau-né dont le parenchyme cellulaire est doué de l’exagération de vitalité signalée , tendra à y déterminer l’endurcissement.
Je demanderai à M. Denis comment il a constaté la prolongation vicieuse et l’augmentation de la prédominance cellulaire primitive dans les cas d’œdème. Quand on a évacué la sérosité , reste-t-il une plus grande quantité de tissu ? et , dans l’endurcissement adipeux , n’avons-nous pas indiqué une expérience bien simple , qui démontre que la graisse n’y est pas plus abondante?
Quant à la cause immédiate et suffisante, comment l’avez-vous reconnue, et y a-t-il moyen de la reconnaître ? M. Denis ajoute que l’alimentation fœtale se fait dans les lieux mêmes où l’assimilation s’effectue, c’est-à-dire dans le parenchyme cellulaire, qui est la trame organique.
Ce langage est-il physiologique ? et ne surprend-il pas de la part d’un médecin qui se dit physiologiste et,écrit dans sa préface que Uphysiologie est la seule base de la médecine.
L’alimentation , si je ne me trompe , est l’ingestion ou l’absorption d’aliments quelconques destinés à donner au sang des qualités nutritives; or, il serait absurde de supposer que cet acte se passe dans le tissu cellulaire du fœtus. M. Denis a donc confondu l’alimentation avec l’assimilation Mais passons, et demandons à M. Denis quelles preuves il apportera de ce trouble dans l’assimilation , quels faits il citera à l’appui. N’est-il pas étonnant
* De l'ictère et de l’endurcissement du tissu cellulaire chez les enfants nouveau-nés. — Thèses de Paris, l834, u° i59.
OEDÈME COMPACTE DES NOUVEAU-NÉS
qu’un auteur qui a pu observer un si grand nombre de cas , noter l’affaiblissement extrême de deux fonctions aussi importantes que la respiration et la circulation, ouvrir des cadavres et voir couler une énorme quantité de sang noir et liquide , néglige tous ces faits pour se livrer à des écarts d’imagination semblables?
Quant à la surexcitation du tissu cellulaire et à son état d’irritation , Billard a répondu avec raison qu’une irritation aussi générale , quelque légère qu’elle fut, déterminerait des symptômes violents et facilement reconnaissables.
Billard a eu d’abord grand soin de distinguer l’œdème de l’endurcissement adipeux ; je crois avoir démontré que c’était avec juste raison. Sa théorie se ressent évidemment de celte précaution. Autant nous avons trouvé d’obscurité dans les auteurs qui l’ont précédé, autant nous voyons dans son article de clarté et de précision. J’ai même , en parcourant attentivement son ouvrage, découvert tous les éléments qui pouvaient servir à la résolution du problème. Ainsi, d’une part, il constate avec soin l’état pénible de la respiration, l’abondance extrême du sang, l’assoupissement des malades ; et de l’autre , voici comment il s’exprime dans un passage de sa Dissertation sur la viabilité : « Une simple congestion « pulmonaire sans inflammation est une en- « trave à l’introduction de l’air dans le tissu « des poumons. Il existe entre la respiration « et la circulation une relation tellement « étroite, que le trouble de l’une produit né- « cessairement celui de l’autre. Certains enh fants offrent en naissant , dans tous leurs «organes, une turgescence sanguine si con- « sidérable que le sang est exhalé de toute «c part et reste stagnant , même dans les par- « ties les moins déclives. Les poumons , le « cœur et le foie se ressentent surtout de cette « congestion ; les poumons ne reçoivent donc « pas l’air que l’enfant inspire ou ne le reçoi- « vent qu’en partie. Les enfants qui naissent « dans cet état ont ordinairement les mem- « bres œdémateux , les téguments violacés; « leurs mouvements sont lents et pénibles , « leur cri est presque étouffé , les battements « du cœur obscurs , et le pouls presque im- « perceptible. L’enfant , plongé dans un état « d’affaissement et d’engourdissement géné- « ral , languit quelques heures ou quelques « jours, et succombe enfin. On trouve, à l’ou- « verture du cadavre , une très petite quantité « d’air au bord antérieur des poumons, dont « la plus grande partie est gorgée de sang, et « dont là surface est quelquefois emphysé- « mateuse. Dans ce cas , un obstacle mécani- « que empêche l’air de pénétrer dans le tissu « des poumons , et la mort a lieu par as- « phyxie. »
Ne voit-on pas, au premier coup d’œil, une ressemblance frappante avec l’asphyxie lente œdémateuse dont il a été principalement question dans mon travail ? Que faudrait-il pour qu’il y eût identité parfaite? que, dans tous les cas , les poumons fussent gorgés de sang et ne fussent perméables qu’en partie. Mais cette imperméabilité est-elle nécessaire pour que la respiration et la circulation éprouvent un trouble marqué, source de tous les accidents, selon Billard lui-même? On ne saurait le prétendre , puisque , dans l’œdème du tissu cellulaire , un si grand nombre d’auteurs ont noté la gêne extrême de la respiration , sans lésion organique des poumons. Ainsi , toute gêne marquée de cette importante fonction , dans les premiers jours de la vie , époque où l’on trouve fréquemment la turgescence sanguine , pourra produire l’asphyxie lente avec œdème, et c’est là justement ce que je voulais démontrer.
Ces faits , si précieux pour la solution de la question importante , sont demeurés stériles entre les mains de Billard : il a cru devoir recourir , pour expliquer son œdème des nouveau-nés, à un grand trouble dans la circulation capillaire et à un dérangement dans la sécrétion perspiratoire du tissu cellulaire. De ce vice dans les conclusions découle un grand vague dans le traitement, but final de toute recherche pathologique.
Après avoir ainsi combattu les divers systèmes proposés par les auteurs , je vais exposer les idées qui m’ont été fournies par l’observation des faits. L’enfant, en naissant, est dans un état de congestion sanguine générale plus ou moins prononcé ; l’extérieur est surtout gorgé de sang, et de là cette coloration rouge foncé des nouveau-nés. Dans les premiers jours , lorsque la vie est bien établie , cette turgescence diminue peu à peu , la circulation est active , les pertes abondantes et la réparation faible, quoique l’enfant avale avec avidité les boissons qu’on lui présente. Mais je suppose qu’011 suit les lois de la nature , et qu’on lui donne des liquides destinés à le désaltérer plutôt qu’à le nourrir. Si les principales fonctions , et surtout la respiration et la circulation , sont entravées , cet état de turgescence persistera, il y aura une stase du sang veineux partout , et il s’ensuivra un œdème du tissu cellulaire et des épanchements de sérosité dans les cavités.
La faiblesse congéniale qui permet à peine auxenfants de développer leur poitrine, et dans laquelle les poumons restent le plus souvent en partie imperméables, occupera la première place parmi les causes. Tous les auteurs ont trouvé les avortons qui avaient respiré quelques instants plus ou moins œdématiés.
Les autres causes citées par M. Dugès , I dans l’article de sa thèse intitulée Asphyxie,
t 88 MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS.
viennent ensuite; je les ai énumérées au commencement du ce travail. Parmi elles , la pléthore sanguine, résultat fréquent de la trop prompte ligature du cordon , doit être mise en première ligne.
La question du froid, tant débattue, ne me paraît pas douteuse.
Des chiffres ont prouvé que la maladie était plus fréquente en hiver qu’en été. Dans cette dernière saison , les mois les plus froids sont les plus féconds en endurcissements. Les symptômes sont bien plus graves et plus dangereux par un temps rigoureux ; je pense même que le froid est une des circonstances les plus propres à la production de la maladie. En effet, qu’un enfant vienne au monde faible ou gorgé de sang; si ces deux états ne sont pas portés à l’extrême , on conçoit que des soins empressés, une douce chaleur, une excitation modérée pourront suffire pour le tirer de son affaissement et rétablir les fonctions -, alors le dégorgement général s’opérera comme il a été dit plus haut.
Mais si, au contraire, le froid survient , c’est une cause d’engourdissement ajoutée aux causes existantes ; l’enfant ne sortira pas de son assoupissement ; les organes , gorgés de sang non hémalosé , resteront dans l’inertie ; pas d’appétence pour les aliments , pas d'excrétions ; les centres nerveux engourdis n’auront aucune action ; et , par un changement fréquent dans la nature, les effets devenant cause à leur tour, cet engourdissement dans les centres nerveux rendra la respiration plus difficile ; il en sera de même de la congestion pulmonaire ; la stase du sang augmentera, l’œdème se produira, le corps se refroidira; et, si l’art ne vient au secours du malade, il périra infailliblement.
Cette théorie est en harmonie avec les faits. Sur cent enfants affectés d’asphyxie avec œdème, il n’en vient pas dix de la Maternité.
Où trouver la cause de cette différence , si ce n’est dans les soins qu’on prend des nouveau-nés à la Maison d’accouchement, et qui sont très-négligés pour ceux qui viennent de l’intérieur de Paris? On a souvent vu de ces petits malheureux arriver, dans les hivers les plus rigoureux, à peine couverts d’un mauvais morceau de linge.
L’attention qu’on a dans l’hospice de la Maternité, d’examiner les enfants naissants , de s’assurer que rien n’entrave la respiration, et de lever tous les obstacles, doit être rare en ville chez les gens malheureux, qui ne peuvent pas garder leurs enfants, et qui s’adressent souvent à des sages-femmes ignorantes. De là une autre cause de la différence statistique que j’ai signalée. Cette comparaison est d’autant plus juste, que sur 4,98a
enfants reçus à l’hospice en i83a v, il en veinait 2,o56 de la Maternité ou des hôpitaux de Paris, dans lesquels les accouchements se font avec le même soin.
A ceux qui ont prétendu que la maladie pouvait dépendre d’un état morbide de la mère, Auvily a répondu péremptoirement par des faits ; il a visité les mères avant et après le9 couches, et lésa vues le plus souvent dans un état de santé florissante.
11 suit de ce qui précède que l’anasarque des nouveau-nés est tout-à-fait semblable, au fond, à l’anasarque passive des adultes produite par une gêne quelconque de la circulation ; résultat important qui lie deux affections qu’on croyait si différentes, qui fournit les moyens de les éclairer l’une par l’autre, et donne une extension nouvelle à la théorie établie par M. Bouillaud a et appuyée plus tard par M. Reynaud 3 , sur la production des hydropisiespar l’arrêt du sang dans les veines. Ici, l’obstacle est au centre circulatoire , comme dans certaines maladies du cœur , et . par conséquent, l’œdème est général.
M. Baron, médecin en chef de l’hospice des Enfants-Trouvés, a regardé, avec tous les observateurs judicieux, comme une des causes les plus puissantes de l’anasarque des nouveau-nés, un trouble quelconque de la respiration et de la circulation.
Symptômes. Au début de la maladie , les symptômes prédominants sont la coloration des téguments, l’assoupissement et la gêne de la respiration. Bientôt l’œdème se déclare ; il commence par les extrémités , et d’abord par les inférieures : celles-ci conservent leur coloration violette ; les pieds deviennent souvent tout-à-fait bleus ; ils sont distendus par la sérosité, et la plante des pieds fait une saillie en forme de dos-d'âne; les jambes présentent une dureté légèrement pâteuse. Bientôt les mains elles avant-bras sont envahis de la même manière; ensuite la face se tuméfie en même temps que les cuisses et les bras , le scrotum ; ou les grandes lèvres , le pénil , l’hypogaslre ; enfin le tronc est le dernier atteint , et le plus souvent il n’est point envahi par l’œdème. L’enfant est alors bouffi; les paupières se gonflent au point de devenir quelquefois demi-transparentes ; et les yeux, qui auparavant n’étaient ouverts qu’avec peine , et de loin en loin, restent fermés. La coloration violette de la face est souvent mêlée d’un bleu foncé , qui se remarque surtout aux lèvres , lieux où apparaissent les premières lividités dans toute gêne de la respiration ;
* Ce chiffre peut être regardé comme un terme moyen.
2 Archives générales de medecine, et articles Ascite , Anasarque du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques*
3 Journal hebdomadaire , tom. 3, pag. i37*
OEDÈME COMPACTE DES NOUVEAU-NÉS
quelquefois cette coloration est mêlée d’un rouge assez vif sur toute l’étendue des joues.
11 n’est pas rare devoir une teinte ictérique se montrer à la face et sur la sclérotique. Le corps est partout d’un rouge foncé , ou bien couvert de taches violacées , séparées par des intervalles plus clairs et même blanchâtres; il offre aussi souvent la teinte ictérique dont je viens de parler. Toutes ces parties sont froides au toucher, et principalement les pieds et les mains. M. Yalleix a souvent expérimenté que si l’on tenait l’enfant couché sur le côté droit , ce qui est le plus ordinaire, toute cette partie du corps était beaucoup plus tuméfiée que l’autre.
En pressant assez fortement la peau, on produit un enfoncement profond et disparaissant avec lenteur.
La membrane buccale est ordinairement d’une couleur violacée; la langue, rarement d’un rouge vif, est humide , fraîche , participant au refroidissement général. Le ventre est souple, quelquefois tendre, indolent. L’enfant n’a aucune appétence pour les aliments. Il n’y a, d’ailleurs, ni vomissements ni diarrhée; une constipation opiniâtre est, au contraire , assez fréquente.
La respiration est gênée , et, dans quelques cas, la percussion donne un son mat dans divers points du thorax ; l’inspiration se fait' brusquement , est courte , et la poitrine se dilate difficilement; l’expiration , au contraire , est très-lente.
La circulation est toujours faible et embarrassée.
Quant aux sensations, le malade est plongé dans un assoupissement profond. Si on l’abandonnait à lui-même, il mourrait sans se plaindre et sans paraître éprouver le moindre besoin : c’est dire assez que toutes les sensations sont engourdies ; la sensibilité paraît même fort obtuse ; si l’on veut faire pousser des cris à l’enfant, il faut le secouer rudement et même quelquefois lui causer de la douleur.
Quelquefois il présente des convulsions, du trismus. Le cri est remarquable ; il est aigu , entrecoupé , extrêmement faible , souvent étouffé et voilé. Ces caractères n’existent que dans les premiers moments ; peu à peu il devient plus fort, plus grave, et finit par se rapprocher du cri des enfants bien portants.
Au début de la maladie, tous ces signes existent, quoiqu’à un faible degré ; en peu de temps ils prennent de l’accroissement. La propagation de l’œdème coincide avec un assoupissement plus profond , une respiration plus ralentie, une circulation plus faible , un cri plus étouffé, un refroidissement plus grand , qui s’étend même à l’intérieur de la bouche : ces symptômes finissent par être portés à leur comble ; une sérosité sanguinolente s’écoule par la bouche , le nez, et sort quelquefois d’en-
tre les paupières. Enfin la mort arrive sans agitation , sans soupirs et sans convulsions.
La terminaison est quelquefois plus heureuse ; lorsqu’il en est ainsi, la respiration devient plus facile, la circulation se relève , l’enfant se réveille , fait des efforts pour ouvrir les yeux quand les paupières sont œdématiées , les ouvre dans le cas contraire, mais d’abord à de très-longs intervalles , et pour très-peu de temps chaque fois ; il commence à boire et à téter avec plus de plaisir et d’avidité ; son cri prend de la force, et bientôt l’œdème disparaît graduellement. Ce sont les paupières et les avant-bras qui se dégorgent les premiers , puis les cuisses et l’hypogastre; viennent ensuite les mains. Mais les jambes et les pieds restent infiltrés , longtemps encore après que les autres parties sont revenues à leur état naturel; si cette infiltration des extrémités inférieures persiste trop longtemps, c’est une preuve que les fonctions intérieures n’ont pas repris toute leur intégrité. L’enfant reste dans l’affaissement , il ne prend pas de goût pour les aliments , il n’est pas nourri ; il peut végéter longtemps, vivre ainsi pendant quinze et vingt jours , et finir par s’éteindre.
Traitement. Nous reproduirons encore ici les opinions de M. Yalleix , à l’excellent travail duquel nous avons emprunté presque tout cet article.
Les essais que j’ai tentés dans le traitement de cette maladie ne sont pas assez nombreux pour que j’en puisse tirer des conséquences rigoureuses ; mais je puis citer des faits qui engageront les praticiens à ne pas désespérer de la guérison. Y'oici d’abord ce que j’ai observé à l’égard des évacuations sanguines.
Frappé de la quantité énorme de sang que contenaient les malades, je pensai que cette surabondance pouvait opprimer les principales fonctions , comme cela a lieu dans l’état d’asphyxie au moment de la naissance , mal à propos nommée apoplexie. Je fis appliquer deux sangsues derrière les oreilles à un de ces enfants. Les piqûres donnèrent beaucoup de sang; le malade se réveilla et commença une vie très-active qui dura huit jours ; mais il conserva une teinte rouge-foncé , signe d’une pléthore considérable , état bien différent de celui des autres enfants , à qui l’on a appliqué seulement une sangsue et qui ont perdu fort peu de sang; enfin un érysipèle survint et emporta la maladie.
Je crus voir là un véritable succès; je résolus d’insister davantage sur les évacuations sanguines.
Le i3 , l’étal est sensiblement amélioré ; la face est moins livide; les membres supérieurs sont revenus à l’état naturel; les téguments y sont flasques et chauds ; la coloration foncée et l’œdème persistant aux pieds; cri plus libre et plus fort ; les yeux s’ouvrent de temps
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
en temps. (Une sangsue à l’anus , même lavement ; lait d’une nourrice trois fois par jour.)
Le 14 : hier , après la chute de la sangsue et l’écoulement d’une grande quantité de sang, l’enfant a été dans un état plus satisfaisant qu’on ne pouvait l’espérer ; il a rouvert les yeux, pris le sein et tété avec facilité ; cri fort et libre. Mais aujourd’hui l’assoupissement est revenu avec tous les autres symptômes sans exception ; l’enfant ne veut plus téter. (Une sangsue à l’anus; même lavement.)
Le i5, après la saignée , l’état s’est beaucoup amélioré ; et, si ce n’était l’œdème des jambes et des pieds , on ne croirait pas que l’enfant a été malade. Sa peau est bient colorée , et même un peu rouge , sans lividité. Point de selle sans lavement. (Nourrice trois fois par jour.)
Le 16, état très-satisfaisant ; légère ecchymose aux paupières , et ophthalmie. (Collyre et nourrice.)
Les jours suivants , les fonctions s’exécu tentbien , sauf la défécation, qui n’a lieu que par les lavements ; mais l’œdème des jambes persiste.
Le 21, l’infiltration des jambes, loin de se dissiper, a augmenté; la respiration est gênée ; l’inspiration , courte et singultueuse , se fait à de longs intervalles, elle est bruyante: état bien différent de l’agonie des enfants indurés; peau chaude, peu colorée ; anxiété , symptômes fébriles. Tout le côté gauche de la poitrine rend un son mat ; un râle sec à grosses bulles s’entend dans toute la hauteur du côté gauche de la poitrine , en avant et en arrière; écume à la bouche, agonie. Cet enfant n’est pas encore mort au moment où j’écris ces lignes, mais il succombera infailliblement à la pneumonie dont il offre des symptômes : ce qui confirme mes idées relativement à l’asphyxie lente des nouveau-nés ; car lorsque l’inflammation des poumons est survenue, ou pouvait penser que cet enfant avait échappé à sa première maladie. Je n’ai , d’ailleurs , voulu citer celte observation qu’à propos du traitement.
Je ne ferai pas remarquer l’effet extraordinaire produit par les sangsues ; on en est d’abord frappé : cet enfant a été trois fois tiré de l’agonie par les évacuations sanguines ; les dernières semblaient l’avoir tout-à-fait guéri.
Ce que je dois noter avec soin , c’est l’état pléthorique persistant après d’aussi abondantes pertes de sang : on en tire certainement plus qu’il ne serait prudent d’en enlever à un enfant de huit à dix ans, et néanmoins la face reste livide, la peau est violette, l’assoupissement persiste. Ce fait me fournira en même temps l’occasion de faire observer une nouvelle différence entre l’asphyxie lente avec œdème et l’endurcissement adipeux. Dans le premier, nous voyons les sangsues procurer
des saignées abondantes et difficiles à arrêter» dans le second , elles ne veulent pas mordre , ou, si elles le font, le sang a la plus grande peine à couler et s’arrête au bout de peu d’instants ; effet évident de la congestion sanguine des téguments dans un cas , et de l’absence presque complète de ce liquide dans l’autre.
J’ai continué l’emploi des sangsues dans trois cas , dont l’un , offrant l’endurcissement adipeux, ne présentait pas de chances de succès : aussi le sang n’a-t-il pas coulé. Dans les deux autres , les saignées ont été des plus abondantes ; un des enfants a perdu beaucoup de sang pendant toute une nuit , et oïl en avait retiré , à plusieurs reprises , de gros caillots de ses langes. Le résultat a été des plus satisfaisants ; et ces deux malades, dont l’endurcissement avancé avait été constaté par MM. Thévenot et Auvity , sont maintenant en très-bon état et entre les mains d’une nourrice. Ces observations s’accordent avec celles de Peletta: ce praticien emploie les saignées répétées pour combattre la congestion du foie; ici c’est la congestion générale que j’ai attaquée. Les enfants pléthoriques sont ceux qui doivent être saignés le plus abondamment et avec le plus de persévérance. J’employai pour la première fois les lavements avec le sel commun sur un enfant agonisant : des selles abondantes et liquides eurent lieu. L’œdème avait disparu le lendemain, mais la diarrhée persista ; l’endurcissement adipeux survint, et l’enfant mourut. J’ai depuis, remis ce moyen en usage : il n’a pas produit les mêmes accidents , et je l’ai trouvé utile dans les cas où les selles étaient supprimées. Cependant il faut de la prudence dans son emploi : une tisane d’orge miellée a suffi plusieurs fois pour favoriser et entretenir la défécation.
Les bains émollients , les lotions peu excitantes ne me paraissent pas contraires, mais ils sont insuffisants. Il est des cas si favorables , que le simple séjour dans une salle chaude guérit les enfants. On conçoit qu’alors tous ces remèdes doivent avoir du succès. J’en ai vu fort peu d’exemples , mais je me suis rarement trompé dans le pronostic. Les enfants étaient forts , criaient et respiraient encore assez bien ; la calorification n’était pas sensiblement diminuée ; les seuls symptômes étaient la faiblesse de la circulation , la coloration violacée et un commencement d’œdème. La chaleur environnante était un excitant suffisant pour les tirer de leur léthargie, et ils sortaient de la salle en bon état.
Les frictions irritantes employées seules n’ont jamais, à ma connaissance, produit aucun bon effet; combinées avec des évacuations sanguines , elles stimulent la peau et peuvent favoriser la transpiration. Mais n’est-il pas à craindre qu’elles ne produisent un érysipèle lorsque surviendra la réaction , qui est quel-
DE LA MÉNINGITE AIGUE. 191