MÉNINGITE CHRONIQUE
Maladie rare ; n’a été bien observée que dans les hôpitaux consacrés aux aliénés; elle est primitive ou consécutive à la méningite aigue.
Caractères anatomiques . Ils sont souvent
les mêmes que ceux que nous avons décrits dans la méningite aigue. Ainsi on trouve rougeur, épaississement, épanchement de différents liquides, soit d’une simple sérosité, soit d’une sérosité lactescente. Les altérations qui lui sont spécialement attribuées sont des fausses membranes établissant des adhérences en différents points, et la présence de petits corps granulés nommés glandes de Pacchicni.
Causes. On a remarqué que la méningite chronique attaque plus souvent les hommes que les femmes. Quant aux âges, les auteurs disent ne pas l’avoir rencontrée dans l’enfance. J’en ai vu cependant deux cas à l’hôpital des Enfants. Elle est encore rare de 2a à 25 ans , plus fréquente de 25 à 3o ; elle atteint son maximum de fréquence de 3o à 5o ans. On n’a pas remarqué que certains tempéraments ou constitutions y prédisposassent. Dans certaines familles , il y a comme une espèce d’hérédité pour les affections cérébrales et surtout pour les méningites chroniques. On l’a vue succéder à des émotions vives , à des chagrins longtemps continués ; elle est quelquefois occasionée par l’abus des liqueurs alcooliques.
Symptômes. Souvent il a existé , depuis longtemps, des signes de congestion cérébrale, permanents ou passagers. Souvent c’est par de la céphalalgie que débute la maladie ; puis survient un trouble de l’intelligence, et d’autres phénomènes dont la succession peut se diviser en trois périodes : dans la première, les malades déraisonnent sur un point seulement , il y a de l’exaltation dans- les idées , du babil, de l’agitation. Ces phénomènes sont continus ou intermittents. Les malades chancellent sur leurs jambes. Ces phénomènes peuvent durer quelques semaines seulement , ou plusieurs années. Dans la seconde période , le délire est devenu plus général, il y a toujours agitation extrême et un besoin de mouvement; mafs les mouvements deviennent plus embarrassés. On n’observe encore aucune altération dans les fonctions nutritives ; quelquefois les malades sont remarquables parleur voracité, que d’ailleurs ils mettent à profit en engraissant; d’autres, au contraire, maigrissent et tombent dans le marasme. Le pouls , dans la plupart des cas , reste à l’état normal ; celle période a une durée plus ou moins longue. Dans la troisième période, l’intelligence s’anéantit complètement , la motilité se perd ; il existe une véritable paralysie, tantôt générale, tantôt partielle. Les malades sont dans une immobilité complète , et , par suite de cet état, les muscles s’atrophient. Alors aussi les fonctions nutritives s’altèrent profondément. Il y a amaigrissement progressif, diarrhée, dyspnée , sécrétion bronchique abondante.
Dans chacune de ces périodes , il peut survenir d’autres phénomènes fort variables : tan-
DE LA MÉNINGITE CHRONIQUE.’
tôt ce sont des attaques apoplectiformes, mais de peu de durée ; tantôt des convulsions partielles ou générales; quelquefois des accès d’épilepsie, quelquefois des contractions musculaires, de la roideur tétanique, des tremblements, etc.
Tous ces symptômes peuvent être expliqués par les diverses lésions auxquelles donne lieu la méningite chronique , et qu’on peut diviser en trois séries.
Dans la première, existe une irritation simple des méninges transmise au cerveau, et qui se traduit par le délire , les contractures , les mouvements continuels.
Dans la deuxième, un liquide, contenu dans les méninges et dans les ventricules, comprime le cerveau , d’où paralysie survenant graduellement , embarras de la langue , etc.
Dans la troisième , le cerveau s’est enflammé d’une manière intercurrente.
La marche de la méningite chronique est tantôt continue , tantôt rémittente.
La durée est variable ; tantôt elle est d’un ou de plusieurs mois, tantôt d’une ou de plusieurs années. Sur i5i cas observés à Charenton , 65 ont duré depuis un mois à un an , 81 depuis un an à six ans , 5 depuis six ans jusqu’à douze.
Terminaison : ordinairement parla mort.
Celte terminaison arrive rarement dans la première ou dans la seconde période, et même , quand elle arrive , est-ce d’une manière pour ainsi dire accidentelle , par apoplexie , par encéphalite, par méningite aiguë, ou par ramollissement. C’est le plus ordinairement dans la troisième période que survient la mort , mais de diverses façons : tantôt elle survient peu à peu parlextinction successive des diverses fonctions, après une diarrhée colliquative, de l’infiltration et un étal plus ou moins prolongé d’adynamie, tantôt la mort arrive brusquement par un carus subit. Chez quelques malades, c’est l’apoplexie qui termine la scène; chez d’autres, c’est par quelque maladie intercurrente de quelque principal organe, comme le poumon , la plèvre, le cerveau , ou par un érysipèle, etc.
Traitement. Il est simple et malheureusement peu efficace. Dès le début, on ne peut recourir qu’aux émissions sanguines ; mais , à mesure que la maladie se prolonge ,il faut en être avare. Alors on emploie les vésicatoires , les sétons , les moxas à la nuque. On se trouve bien quelquefois des révulsifs sur les intestins. Il importe d’exercer le système musculaire et de ne pas contrarier les malades.
HÉMORRHAGIES.
Elles affectent des sièges divers, entre le crâne et la dure-mère , entre la dure-mère et l’arachnoïde , dans la grande cavité de celte dernière , dans les mailles de la pie-mère de
la convexité des hémisphères , dans les ventricules cérébraux : ces lésions se présentent seules ou accompagnent l’hémorrhagie cérébrale.
Dans ces différents cas , les accidents sont ceux de la compression, c’est à dire perle subite de connaissance et des mouvements , et fondent une espèce d’apoplexie que M. Serres a désignée sous le nom à' apoplexie méningée.
IIe CLASSE. — LÉSIONS DE SÉCRÉTION.
Une exhalation abondante de sérosité, ayant son siège soit dans la grande cavité de l’arachnoïde , soit dans la pie-mère, dans les ventricules, à la base du crâne , peut se faire avec une rapidité plus ou moins grande et se présenter sous trois formes :
lo Exhalation se formant tout-à-coup, comprimant le cerveau, déterminant l’ensemble des symptômes de l’apoplexie , et prenant le nom d 'apoplexie séreuse. Rarement elle déterminera une simple hémiplégie , parce que rarement l’épanchement n’aura lieu que d’un seul côté.
2° Exhalation se formant un peu moins rapidement , mais toujours d’une manière aiguë, et s’accompagnant de certains troubles du sentiment , du mouvement, de l’intelligence, enfin de tous les symptômes de méningite aiguë, et qui prend le nom d’hydrocéphale aiguë des enfants ou des adultes.
3° Enfin exhalation graduelle et insensible , constituant l 'hydrocéphale chronique , maladie très- différente chez l’enfant et le vieillard, liée chez le premier à un défaut de développement du cerveau, très-rare chez l’adulte, assez fréquente chez le vieillard , et caractérisé par un affaiblissement graduel de l’intelligence et des mouvements, puis parle coma, respiration stertoreuse qui amène la mort.
Toutes ces diverses formes réclament un traitement plus ou moins actif, qui consiste spécialement dans les révulsifs.
On pourrait répéter la même division pour l’exhalation qui a lieu dans les méninges rachidiennes et qui produit souvent la paralysie.