DES KYSTES DU FOIE
Cet article est emprunté â MM. Ferrus et Bérard.
Une première remarque frappe en étudiant les lésions organiques du foie, c’est la rapidité avec laquelle elles s’enveloppent d’un kyste * qui se manifeste même autour des collections de pus les plus aiguës dans leur marche; mais, indépendamment de ces kystes secondaires, il peut s’en développer de primitifs.
On a nié que des kystes séreux , autres que des poches hydatiques, aient été constatés dans le foie; mais des observations authentiques ont démontré l’existence de ces kystes. Une couturière, âgée de 42 ans, non mariée, et qui avait fait une chute surl’hypocondre droit quelques années avant , se présente à M. le docteur Hesse. Cette femme avait le ventre énormément distendu par une tumeur fluctuante du volume d’une tête d’enfant; l’anneau ombilical était dilaté et libre : la suffocation étant devenue imminente , une ponction fut pratiquée à travers l’anneau ombilical même, et il s’écoula environ vingt-sept litres d’un liquide inodore , mucilagineux et légèrement trouble. Pendant huit jours , près de cinq livres de sérosité s’écoulèrent chaque jour par la canule qui avait été introduite dans l’ouverture de la tumeur. La santé chancelante de la malade ne se rétablit pa,g; et un an après l’opération, elle succomba. RP. Hesse reconnut, à l’autopsie, que le foie remplissait à peu près lui seul toute la cavité abdominale; le lobe droit, extrêmement volumineux, présentait de la fluctuation : une incision donna issue à douze livres de sérosité , d’abord aqueuse , puis trouble et floconneuse, etc. Une particularité assez importante de celte observation , c’est que la veine ombilicale, redevenue perméable , était la voie par laquelle la première évacuation avait eu lieu lors de l’opération. Le fait qui doit être pris surtout en considération , c’est qu’il 11’est fait aucune espèce de mention d’hydatides ni de débris d’hydatides (Horn’s archiv., septembre et octobre 1829).
Sous le nom de kystes séreux accidentels , M. le docteur Hawkins (medico-chir. Transact.y vol. XV11I , part. 1™, p. 98 ) a encore décrit des tumeurs aqueuses enkystées, qui se développent sur le bord ou à la surface d’un foie sain, s’enfonçant quelquefois légèrement dans son tissu , et s’élevant rarement au-dessus de la grosseur d’une noix. Le liquide que contiennent ces kystes est souvent à peine coagulable par la chaleur, et l’on n’y trouve, par J’analyse chimique, que celle matière animale
particulière , à laquelle le docteur Marcel a donné le nom de matière viuco-extractive 7 qui ne se coagule point par la chaleur, ni ne se prend en gelée par le froid ou l’évaporation, etc.
M. Louis (sur la phthisie) indique aussi des kystes très-petits qu’il n’a trouvés que chez les phthisiques. Ces kystes étaient « d’un petit volume, d’une à trois lignes de diamètre, d’une consistance faible, de manière âne pou voir être séparés des parties environnantes , dans lesquelles ils adhèrent peu cependant , qu’avec beaucoup de précaution : ils avaient environ un millimètre d’épaisseur , et contenaient une matière comme fuligineuse. »
On a encore décrit des kystes du foie renfermant de la matière mélicérique, alhératomateuse (Bianchi , Glison , Fanton , Morgagni) ; mais tous ces kystes appartiennent évidemment aux hydatides , dont nous allons nous occuper.
HYDATIDES DU FOIE.
Le foie est , chez l’homme , de tous les organes, celui où l’on rencontre le plus souvent les hydatides (acéphalocystes).
Communément , c’est l’acéphalocyste multiple (A. socialis vel proliféra) qu’on observe* quelquefois , cependant , c’est l’acéphalocyste solitaire (A. eremita vel sterilis). Rarement, dans ce dernier cas même, le foie de l’homme en présente plus de deux ou quatre. Ruisch (Thés. anat. , p. 34) cite néanmoins l’observation d’un hydropique sur le cadavre duquel il trouva le foie converti en une multitude de vessies qui en avaient complètement fait disparaître la substance.
L’acéphalocyste multiple du foie peut en occuper la plus grande partie : c’est le lobe droit qui en est le siège ordinaire. Le nombre des hydatides contenues dans l’hydatide mèrevarie beaucoup : on en a compté parfois plus de mille. Leur volume est également variable , depuis la grosseur d’un grain de millet jusqu’à celle du poing. Le liquide dans lequel elles nagent n’est jamais parfaitement limpide, et offre toujours une teinte jaunâtre ; la quantité de ce liquide peut être énorme. Bianchi (Historia hepatica) rapporte l’observation d’un homme , dans un état de marasme , qui avait l’hypocondre tendu et gonflé ; le foie contenait une immense poche dont il s’écoula vingt pintes environ d’une matière formée de sérum et d’une gelée épaisse , qui n’était évidemment qu’un détritus d’acéphalocysles.
Les hydatides sont, en effet, susceptibles d’éprouver des altérations variées , et subissent alors des transformations qui les ont fait confondre avec le stéatome , l’athérome , le mélicéris, ou même des tubercules ramollies. De Haen (Ratio medendi) a rencontré des tumeurs ressemblant à des squirrhes, et qui con-