‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 133 sur 227 · DES HYDATIDES DU FOIE · texte numérisé non relu

DES HYDATIDES DU FOIE

tenaient, les unes , des vessies pleines de sérosité , d’autres une matière grasse , d’autres une matière sablonneuse.

Les hydatides sont toujours renfermées dans un kyste qui peut avoir plusieurs lignes d’épaisseur , composé de lames superposées , fibreuses , et souvent incrustées de phosphate de chaux par plaques irrégulières. La cavité de ce kyste est hérissée d’anfractuosités sur lesquelles se moule l’acéphalocyste-mère sans 7 adhérer.

Le foie , devenu le siège d’hydatides , a le plus constamment augmenté de volume et de poids : le contraire peut cependant s’observer.

Douve du foie. Si l’animalité des hydatides a pu être contestée , le développement d’helminthes dans le foie des animaux est démontré par l’existence de la douve , que tous les observateurs ont signalée , et qui se rencontre particulièrement dans le foie des moutons, des bœufs, des cochons, des lièvres , etc., et qui a également été constatée chez l’homme.

Cette espèce de vers séjourne dans la vésicule du fiel et dans les conduits hépatiques, au milieu même du parenchyme : cependant Bremser émet quelques doutes à cet égard pour la douve hépatique de l’homme. La douve observée chez ce dernier, et décrite , est de la longueur d’une à quatre lignes , de la largeur d’une demi-ligne à une ligne. Sa forme est celle d’une lancette dont les extrémités seraient obtuses. L’ouverture antérieure est ordinairement tournée en dedans , et obliquement ; l’ouverture postérieure . ou ventrale , est un peu proéminente. Un peu plus bas sont quelques taches d’un blanc opaque, et un paquet de vaisseaux ou de tubes d’une couleur jaune ou brune (oviductes qui manquent chez quelques individus). Les vaisseaux qui se trouvent sur les côtés paraissent former les tubes alimentaires. M. Otto croit avoir observé sur ces vers un système nerveux, que Gœdde n’admet pas. Les douves qu’on observe sur les animaux sont ordinairement grandes et plus volumineuses : elles ont quelquefois un pouce de longueur sur quatre à six de largeur. Toutefois on peut rencontrer de très-petites douves avec des grandes dans un même foie ; et Zeder a prouvé alors que les premières étaient les petits des autres.

La douve du foie chez l’homme est une affection rare. Malpighi paraît en avoir observé quelques cas. Bauhin ( Sepulch . Boneti) en a parlé ; mais il n’est pas bien sûr que ce qu’il a vu soit véritablement des douves. Il n’en est pas de même des observations de Bidloo(cferici Hist. lati lumbri , p. 1 19) de Wepfer (dans les Éphémérides de la nature) , de Pallas (De infest. vivent.) , de Chabent (Rudolphi), de Buc’hoz et de Brera. Tous les faits de douves du foie , que ces auteurs ont décrits chez l’homme, sont appuyés de détails qui ne

laissent aucun doute sur leur véritable nature.

C’est chez les animaux qu’on a surtout étudié l’espèce d’helminthe dont il s’agit. Les conduits biliaires qu’occupent les douves s’élargissent quelquefois d’une manière extraordinaire; une mucosité épaisse enduit leurs parois qui peuvent s’épaissir considérablement. Les incrustations uniformes qui pénètrent ces parois sont rapportées par Bremser au durcissement de la mucosité ; le foie devient inégal , et si l’on presse les saillies qui surmontent sa surface, on entend une crépitation qui provient du brisement de petites lames osseuses. Ces incrustations sont tellement étendues parfois , que l’on peut obtenir alors , par la dissection , de véritables tubes osseux. Ces tubes peuvent affecter une sorte de disposition rameuse ; tel est le cas décrit par le docteur Freesle de Mecklembourg , qui compare à une main d’homme la réunion des tubes formés par les conduits biliaires , ossifiés chez un bœuf affecté de douves.

Lorsque l’altération des conduits biliaires est portée à ce degré, les douves périssent , et l’on ne rencontre souvent que cette altération pour témoigner de l’existence antérieure de ces vers. .

Le signe principal , à l’aide duquel on pourra reconnaître les kystes de quelque nature qu’ils soient , est une tumeur élastique et résistance. La fluctuation y sera très-manifeste ; et , dans le cas d’hydatides , leur collision donnera parfois la sensation d’une crépitation particulière.

Les kystes et les hydatides peuvent exister longtemps dans le foie sans déterminer de graves symptômes ; mais , à la longue, le dépérissement s’empare du malade, autour du corps étranger le foie s’enflamme et suppure, et la mort arrive. Dans quelques circonstances, le kyste qui contient les hydatides se rompt , et alors elles tombent dans le péritoine, l’enflamment , et les malades succombent à une péritonite; quelquefois elles s’ouvrent passage dans les voies digestives, et sont rejetées par les vomissements ou les selles, ou par les bronches à la suite d’une inflammation ulcérative du foie, du diaphragme et du poumon; elles peuvent enfin se frayer une issue à travers les parois abdominales.

Au reste, on a trouvé sur des cadavres des traces évidentes de cicatrisation des kystes , ce qui démontre que cette altération n’est pas nécessairement mortelle.

Le traitement des kystes du foie est entièrement chirurgical. Voici ce qu’en disent MM. Ferrus et Bérard.

Les succès incontestables obtenus par l’évacuation artificielle des foyers purulents du foie devaient conduire à tenter celte même pratique dans le cas de kystes séreux accessibles à l’opération. — Les cas de guérison de

MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS

quelques-uns de ces kystes , après leur rupture spontanée à travers la paroi abdominale, pouvaient encore appuyer cette opinion. D’un autre côté , l’ouverture de kystes hydatiques, faite par erreur du diagnostic , dans le but de donner issue à des abcès supposés , a été si promptement suivie d’accidents funestes , comme les auteurs en ont rapporté beaucoup d’exemples , que cette opération paraissait devoir être repoussée par la prudence ; mais l’état du malade et les circonstances qui nécessitaient l’opération dans ces cas , et qui n’avaient pu être ménagées , pouvaient expliquer les revers dont ces tentatives avaient été suivies. Quoi qu’il en soit , dans ces derniers temps, M. Récamier a non seulement pratiqué l’ouverture des kystes hydatiques du foie , mais encore il a érigé cette opération en précepte , et cinq succès bien authentiques (Revue médicale, janvier 1825) sont de nature à encourager à la pratiquer de nouveau. Il existe deux méthodes pour cette opération : l’une appartient à M. Récamier, l’autre à M. Bégin.

M. Récamier s’assure d’abord que la tumeur saillante à la paroi abdominale est bien réellement un kyste hydatique ; pour cela , il pratique une ponction exploratrice en plongeant, dans le point le plus proéminent , un troisquarts presque capillaire ; on place ensuite sur la. canule une ventouse pour attirer le liquide que contient la tumeur, et dont les qualités explorées font reconnaître une sérosité plus ou moins limpide. — L’existence d’un kyste contenant une matière susceptible d’être évacuée étant reconnue , il importe que l’adhérence delà tumeur du foie avec la paroi abdominale soit préalablement solidement établie ; pour obtenir ce résultat , on place, sur le milieu de la saillie qu’elle forme , un large morceau de pierre à cautère. — On fend l’escarre qui se forme, puis on fait une seconde ou même une troisième application du caustique, jusqu’à ce que, les tissus successivement détruits , l’action de la potasse étendue au péritoine ait déterminé l’inflammation locale des feuilles contigus de cette membrane. Enfin , un point des parois du kyste est mortifié, et livre passage aux hydatides, dont on favorise la sortie par des injections. Pour empêcher l’entrée de l’air , qui a été si funeste dans tant de cas de rupture spontanée, M. Réçamier a soin de maintenir le foyer , autant que possible , constamment rempli d’un liquide d’abord émollient , et plus tard légèrement irritant et antiseptique.

La moindre quantité de liquide progressivement nécessaire pour remplir le foyer donne la mesure du resserrement de ses parois.

Celte méthode a été l’objet de beaucoup d’objections. La méthode exploratrice a d’abord inspiré des craintes. — Quelques faits

malheureux de ponction analogues, cités dans les auteurs , entre autres par Ruisch ( Opéra anal, med.-chir ., obs. 65, 6, 61), ont motivé ces craintes ; mais , dans aucun cas , les accidents redoutés ne se sont montrés; et , comme le fait observer M. Récamier , la ponction ici se réduit à une simple acupuncture, dont l’ouverture , trop étroite , ne peut permettre le moindre épanchement à l’intérieur. C’est surtout l’action de la potasse caustique dont on a craint l’extension illimitée sur la surface péritonéale. Des expériences directes pouvaient seules éclairer la question. M.Cruveilhier, qui les a entreprises, a constaté que ces nouvelles craintes étaient exagérées , et s’est convaincu que des quantités , même considérables , de caustique n’avaient toujours qu’un effet borné ; aussi , après avoir été l’antagoniste de l’opération proposée par M. Récamier , l’a-t-il adoptée pour un grand nombre de cas. Toutefois , cette opération est grave, et les chances de réussite seront toujours subordonnées à l’ancienneté de la maladie , à l’état du kyste ( s’il est suppuré , il y a peu de chances ) , à la constitution du sujet, enfin aux complications qui pourrontexister.

La méthode de M. Bégin avait pour but d’éviter l’emploi du caustique; une incision de deux à trois pouces environ est faite à la peau sur le point le plus saillant de la tumeur; on divise ensuite , avec précaution , les couches musculeuses , comme dans l’opération de la hernie ; arrivé au péritoine , le chirurgien le soulève avec des pinces à disséquer, et y fait une ouverture en dédolant ; si l’épiploon ou l’intestin se présentent , ils sont doucementrepoussés ; à l’aide de la sonde cannelée, on achève l’incision du péritoine : la tumeur se présente au fond de la plaie ; on panse à plat, et le malade est tenu au régime des opérations graves. Deux ou trois jours après, l’appareil est levé ; le péritoine s’est enflammé par le contact de l’air , le kyste a contracté des adhérences avec les bords de la plaie : c est alors qu’on y plonge le bistouri ; le liquide contenu évacué, on introduit dans l’ouverture une mèche de linge effilé , et l’on panse avec des plumasseaux ( Journal hebdom ., loin. I , pag. iï7).

Si dans ce mode opératoire l’étendue des incisions peut être moins calculée, l’action directe de l’instrument tranchant sur le péritoine, et surtout l’entrée libre de l’air dans sa cavité, sont des circonstances qui doivent faire redouter une péritonite générale , bien plus que dans la méthode précédente ; et, enfin , si ce procédé est le seul applicable aux tumeurs qui ne sont pas en contact immédiat avec les parois abdominales , ne vaudrait-il pas mieux , ainsi qu’on l’a sagement exprimé déjà , respecter ces tumeurs que de tenter de les ouvrir (Dict. en 25 vol. , tom. XIII ).

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