DE LA NÉPHRITE AIGUE
Caractères anatomiques. Le rein est rouge, rempli de sang et tuméfié. Son tissu se déchire avec facilité dans quelques circonstances , on y rencontre de petits foyers purulents disséminés dans son parenchyme , et quelquefois des calculs libres ou implantés dans sa substance qu’ils ont déchirée par leurs angles. Si l’inflammation a été trèsrintense , le pus peut se trouver réuni en abcès considérables et s’être répandu en même temps dans les calices et dans les bassinets.
La néphrite peut occuper un seul rein ou les deux à la fois.
Causes. Quoique la néphrite puisse attaquer tous les âges , on l’observe plus communément chez les adultes que chez les enfants et les vieillards. Les hommes y sont aussi plus sujets que les femmes ; elle est plus fréquente sur les sujets â tempérament sanguin. On a observé que les individus nés de parents goutteux.ou rhumatisants et que les goutteux euxmêmes y sont plus prédisposés.
L’influence des climats est évidente sur la production de cette maladie. Rare dans les pays chauds , elle est au contraire fréquente dans les pays froids , et surtout dans ceux où règne une température humide , comme en Angleterre et en Hollande. La raison physiologique de cette influence des pays froids et humides sur la production de la néphrite est facile à donner. Il existe entre la sécrétion de la peau et celle des reins une relation telle , que l’une d’elles s’accroît toujours en proportion de ce que l’autre diminue : or, dans les pays froids et humides , la transpiration cuta-
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
liée élant presque nulle , les reins , pour suppléer celte sécrétion, sont forcés à une activité continuelle; et corame de l’état physiologique exagéré d’un organe à son état morbide il n’y a qu’un pas, et que l’un conduit à l’autre , il en résulte que les reins , incessamment surexcités , doivent être constamment prédisposés à s’enflammer. Tout au contraire , dans les pays chauds , la sécrétion cutanée étant trèsabondante et celle des reins ne s’élevant presque jamais au-dessus de l’état physiologique, les phlegmasies de la peau s’y doivent montrer fréquentes et celles des reins très-rares , et c’est en effet ce qui a lieu. Mais à ces causes viennent s’en joindre d’autres très-puissantes et qui sont aussi, pour ainsi dire, communes aux pays froids et humides. Ces causes sont le gra,nd usage de thé et de bierre, boissons trèsdiurétiques, qui augmentent encore , par conséquent , l’action des reins déjà accrue par le défaut de transpiration cutanée. L’abus des liqueurs spiritueuses doit être encore rangé parmi les causes de la néphrite.
Les causes les plus fréquentes de la néphrite sont celles dont l’action s’exerce directement sur les reins, telles que les chutes sur la région lombaire et les plaies qui pénètrent jusqu’à cçs organes. Les auteurs disent qu’elle peut être produite par les violentes secousses de la danse, de l’équitation, et par les cahots d’une voiture mal suspendue, en roulant sur un terrain raboteux. Le9 substances qui exercent une action irritante sur les organes sécréteurs de l’urine , comme l’huile essentielle de térébenthine, les cantharides et la plupart des poisons narcotico-âcres ,les médicaments diurétiques administrés à trop fortes doses, certains miasmes , etc. , peuvent déterminer la néphrite. Elle est souvent produite par une suppression brusque de la transpiration cutanée ; souvent aussi elle est excitée et entretenue par la présence de graviers , et surtout de calculs anguleux dans les reins : on la voit quelquefois succéder à la disparition brusque d’une inflammation articulaire , goutteuse ou rhumatismale , comme aussi l’inflammation des testicules, celle de l’urètre et celle de la vessie, peuvent , dans quelques cas, se propager jusqu’aux reins.
Symptômes. Si l’invasion de la néphrite se fait brusquement , c’est par un frisson plus ou moins violent qu’elle débute. Bientôt une douleur vive , aiguë , lancinante ou bien obtuse , gravative, pongitive et profonde se fait sentir dans la région lombaire , d’un seul ou des deux côtés. Celte douleur se propage souvent à la vessie, à la verge, dans l’aine et au scrotum, quelquefois à la cuisse , et toujours du côté du rein enflammé, si un seul est dans cet état; celte douleur est augmentée par la pression , par le mouvement , lorsque surtout le malade est debout, par la toux, l’éternuement, le rire,
par les grandes inspirations , par les efforts pour aller à la garde-robe, et par toutes les secousses. Dans la partie souffrante , le malade éprouve une sensation de chaleur et de pesanteur, quelquefois de contriction ou de dilacération. L’écoulement de l’urine se fait goutte à goutte; elle est ordinairement rare , rouge, sanguinolente , et se supprime entièrement quand les deux reins sont enflammés; dans d’autres cas, elle est aqueuse, claire, limpide, et dépose un sédiment blanc et homogène ; dans les cas où il existe des calculs, elle laisse déposer au fond du vase de petits graviers inégaux , irréguliers et semblables à du sable.
La néphrite développe des phénomènes sympathiques plus ou moins intenses. Ce sont la rétraction du testicule et l’engourdissement de la cuisse du côté du rein enflammé , des nausées , des vomissements bilieux , le développement de gaz intestinaux , un sentiment de constriction à l’épigastre, des douleurs vagues dans le ventre , le ballonnement de cette partie , de la diarhrée avec ténesme , la sécheresse de la langue , une soif plus ou moins vive, et un pouls dur, plein et quelquefois petit et intermittent. La peau, ordinairement sèche et brûlante, est quelquefois couverte de sueur, et si le cours de l’urine est entièrement suspendu , la sueur en contracte souvent l’odeur ammoniacale. Dans quelques cas , la néphrite donne lieu au hoquet , à une toux sèche, à la gêne de la respiration , à la douleur de tête et à l’insomnie.
Nous avons dit que l’inflammation du rein pouvait dans quelques cas , donner lieu à des abcès dans la substance de cet organe. On pourra conjecturer qu’il en est ainsi, lorsque, après des symptômes de néphrite plus ou moins aiguë , au milieu desquels on a pu remarquer la plénitude du pouls et la chaleur halitueuse de la peau, la douleur devient pulsative , le pouls, plein et mou, lorsque des frissons se déclarent et alternent avec de petites sueurs , et lorsque le malade vient à éprouver la sensation d’un poids plus considérable dans la région du rein affecté. Le diagnostic ne sera plus douteux quand les urines deviendront lactescentes ou qu’elles déposeront des flocons de pus au fond du vase. Enfin , le diagnostic deviendra encore plus facile , si le tissu cellulaire qui environne le rein participe à l’inflammation, ce qui arrive le plus ordinairement, que la région lombaire s’empâte, se tuméfie ; que bientôt une tumeur distincte s’y dessine, et qu’une fluctuation profonde s’y manifeste.
On peut distinguer les douleurs que détermine la néphrite de celles occasionées par la présence de calculs dans le rein , à ce que celles-ci sont aiguës, pongitives, déchirantes j elles surviennent tout-à-coup et cessent de même; elles semblent suivre et dessiner les
DE LA NÉPHRITE CHRONIQUE
uretères*, elles diminuent dans certaines positions et augmentent dans d’autres. On ne conservera aucun doute sur la nature de l’affection , si en même temps l’urine se supprime subitement avec la naissance de la douleur et. coule de nouveau aussitôt que celle-ci s’apaise , et si surtout de petits graviers sont déposés sur les parois du vase de nuit.
Marche. La néphrite a ordinairement une marche continue.
La durée moyenne de la néphrite aiguë est de huit à vingt jours.
Sa terminaison la plus ordinaire est la résolution qui est annoncée par un sédiment abondant , épais et roussâtre dans les urines, par une hémorrhagie , par l’anus ou par l’urètre, une diarrhée ou une sueur abondante. Quand la maladie se termine par suppuration, ou bien le pus reste emprisonné dans le rein et le désorganise si on ne lui ouvre une issue, ou il se fait jour par le colon , ou bien il s’épanche dans la cavité abdominale , ou bien encore il vient former un dépôt à l’aine ou à la marge de l’anus ; enfin , dans les cas heureux, il descend dans la vessie par l’uretère et s’évacue avecl’urine.On a vu la néphrite, fort rarement, il est vrai , entraîner la gangrène de l’organe.
Pronostic. Quand la néphrite résulte de la blessure de l’organe , elle est presque toujours mortelle ; elle a rarement une issue funeste, au contraire , dans les autres cas.
Traitement. La néphrite aiguë réclame tout d’abord le traitement antiphlogistique dans toute sa rigueur. Saignées générales répétées, applications nombreuses de sangsues sur la région des reins , cataplasmes émoU lients, bains tièdes très-prolongés, demi-la-, vements émollients et narcotiques , diète absolue , boisions mucilagineuses émulsionnées, mais non diurétiques , voilà les moyens les plus rationnels et les plus généralement employés. Les premières saignées doivent être fortes j on pourra sans crainte tirer deux livres de sang à la fois, car par ce moyen on pourra peut-être faire avorter la phlegmasie et en prévenir la terminaison par suppuration. On ne doit pas craindre non plus de les répéter autant que l’inflammation l’exige et que les forces du malade le permettent. Quel ques auteurs, et M. Roche entre autres, disent qu’il convient de n’administrer les boissons qu’avec parcimonie, et surtout si les deux reins sont enflammés , pour ne pas obliger ces organes à un travail sécrétoire qui ne ferait qu’accroître leur inflammation ; il faut même , disent-ils , en priver complètement le malade et étancher sa soif en lui faisant sucer quelques quartiers d’orange , lorsque l’urine est entièrement supprimée, parce que ce signe annonce ou une inflammation excessive des deux reins , ou l’oblitération des uretères
par des calculs , et que , dans le premier cas, il importe de laisser reposer les organes de la sécrétion urinaire , et que , dans le second, il faut éviter d’accroître la quantité du fluide sécrété.
Mais d’autres praticiens ne partagent pas cet avis de ne donner que de petites quantités de boissons aux malades atteints de néphrite aiguë. Quelques-uns pensent, au contraire, que l’administration de boissons mucilagineuses abondantes concourt puissamment à diminuer l’inflammation , et ils se fondent sur ce fait incontestable que plus l’urine est rare et concentrée, plus elle est irritante. La théorie donc semble également favorable à ces deux préceptes ; c’est à l’expérience qu’il appartient de prononcer.
Aussitôt que l’inflammation est devenue moins intense , on pourra recourir aux révulsifs sans cantharides sur les extrémités inférieures , aux embrocations d’huile tiède camphrée sur la région des reins et à quelques légers laxatifs. Ces moyens auront d’autant plus de succès qu’ils seront employés plus près du déclin de la maladie.
Quand, malgré un traitement énergique, un abcès se forme dans la substance du rein , s’il acquiert un grand développement et qu’il fasse saillie ‘dans la région lombaire , il importe d’en faire l’ouverture aussitôt quela fluctuation se fait sentir.
DE LA NÉPHRITE CHRONIQUE-
Caractères anatomiques. Us sont à peu près les mêmes que ceux de néphrite aiguë. C’est dans cette forme de la maladie que se forment des abcès considérables , qui détruisent quelquefois le parenchyme entier de l’organe, et qui, au moyen du tissu cellulaire fusent souvent au loin sous la peau , ou perforant le péritoine, déterminent son inflammation, ou qui viennent s’ouvrir dans le colon.
La néphrite chronique peut être simple ou. calculeuse , elle peut être primitive ou consécutive à la néphrite aiguë.
Symptômes. La néphrite chronique simple et primitive ne donne lieu , en général , qu’à des symptômes assez obscurs et qui 11e diffèrent de ceux de la néphrite aiguë que par l’intensité. Souvent les malades n’accusent qu’une douleur médiocre dans la région des lombes et dans l’aine, accompagnée de rétrac-* lion du testicule , d’engourdissement de la cuisse et de l’émission d’urines sanguinolentes. Ces symptômes sont continus , ce qui les distingue de ceux occasionés par la présence de calculs. Mais ces symptômes , faibles d’a~ bord , prennent peu à peu une intensité plus grande , et à mesure que la maladie fait des progrès , un mouvement fébrile s’établit, la maigreur survient, le malade s’alite, des complications digestives ou péritonéales survien:
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
nent, et le malade succombe dans le marasme.
La durée de la néphrite chronique est toujours très-longue.
Traitement. On combat cette maladie par l’application de ventouses scarifiées aux régions rénales, des cautères , des sétons , et même des moxas. On prescrit un régime doux et végétal, des boissons aqueuses abondantes , un exercice modéré , et l’on cherche à provoquer la transpiration cutanée. Quand la maladie est sous l’influence de calculs rénaux, on emploie un traitement spécial que nous indiquerons plus bas*
DE LA CYSTITE.
Le mot cystite indique d’uhe manière générale l’inflammation de la vessie urinaire ; mais cette acception a été singulièrement restreinte par l’usage. Le plus grand nombre des auteurs réservent ce nom à l’inflammation aiguë de la vessie attaquant toutes les membranes qui composent cet organe. L’inflammation bornée à la tunique muqueuse est, au contraire , décrite sous le nom de catarrhe vésical.
Pour nous, nous prenons le mot cystite dans son acception la plus étendue , et nous désignons ainsi l’inflammation de la vessie urinaire, soit qu’elle s’étende à toutes les membranes, soit qu’elle n’en atteigne qu’une seule. Mais comme l’inflammation isolée de la membrane muqueuse de la vessie est une maladie pour ainsi dire distincte de la cystite générale ou profonde, par ses causes, par son traitement et par ses symptômes , nous la décrirons à part