‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 154 sur 227 · S CENTRES NERVEUX · texte numérisé non relu

S CENTRES NERVEUX

près ses relevés statistiques, a trouvé que l’âge le plus exposé à l’hémorrhagie était celui qui est compris entre cinquante-cinq et soixantecinq ans , puis entre quarante-cinq et cinquante-cinq , puis entre trente-cinq et quarante-cinq ans.

Sur un relevé de 69 cas , M. Rochoux est arrivé aux résultats suivants :

De 20 à 3o ans

2 ca*.

De 3o à 4o

De 4o à 5o

De 5o à 60

De 60 à 70

De 70 à 80

De 80 à 90

Total. .

De ces relevés, il résulte que la plus grande fréquence de l’hémorrhagie cérébrale se trouve entre 55 et 70 ans ; qu’elle est assez rare avant 3o ans , assez rare aussi après 70 ans , plus rare encore avant 20 ans. Nous avons eu l’occasion d’en observer un cas sur un enfant de 12 ans, qui s’était exposé nu-tête à un soleil ardent. Un cas semblable a été observé sur un enfant de 7 ans, qui après avoir joué longtemps au soleil , eut ensuite un violent accès de colère pendant lequel il mourut. Chose remarquable et fort rare, l’hémorrhagie siégeait dans un des hémisphères du cervelet. M. Tonellé , médecin à Tours, a publié une observation d’hémorrhagie cérébrale sur un enfant de 2 ans, M. Durnet sur un enfant d’un an , M. Serres sur un enfant de trois mois , et M. Billard sur un enfant qui venait de naître.

Hérédité. Il est très-difficile dans les hôpitaux d’avoir des renseignements sur les parents des malades, surtout près des individus atteints de l’affection qui nous occupe. Voici cependant quelques cas assez curieux dont il faut bien se garder de tirer aucune loi générale. P. Frank cite le cas de deux frères qui moururent de cette affection après avoir donné le jour à huit enfants qui succombèrent à cette maladie. On a cité le cas de deux frères morts d’hémorrhagie , qui étaient issus d’un père mort apoplectique. Vous trouverez dans la collection des thèses de i83o , qu’un élève de celte école a eu sa grand’mère , sa mère , sa sœur, mortes de cette affection ; qu’un de ses frères en avait été atteint, mais n’avait pas succombé ; et qu’une sœur très - jeune avait eu une fièvre cérébrale.

Symptômes. Les symptômes de l’hémorrhagie des centres nerveux peuvent être divisés en quatre séries :

lo Symptômes précurseurs, tels qu’étourdissements , congestions, etc. C’est ce qu’on a appelé effort hémorrhagique , molimen hémorrhagie wn. Ces phénomènes peuvent manquer complètement.

2° Symptômes fournis par l’épanchement sanguin lui-même , qu’il agisse en compri-

mant ou en déchirant la pulpe nerveuse ; symptômes existant , soit au moment qu’il a lieu , soit après.

3o Symptômes fournis par les complications ou les coïncidences, comme un ramollissement , une inflammation ou une congestion.

4° Enfin les symptômes qui traduisent les lésions consécutives à l’hémorrhagie, comme l’encéphalite, le ramollissement consécutif, etc.

Avant de passer à l’examen de ces symptômes, il importe de se demander si l'hémorrhagie des centres nerveux se traduit toujours par la manifestation de désordres fonctionnels ? Dans l’immense majorité des cas on peut répondre affirmativement. Il existe cependant quelques cas où l’hémorrhagie n’a donné lieu à aucun symptôme appréciable. M. Lenorraand a observé dans le service de Laënnec , une femme âgée de trente ans , sur laquelle existait une véritable diathèse hémorrhagique, qui s’était manifestée par des hémorrhagies de la bouche , des fosses nasales , de l’utérus et delà peau. Cette femme succomba aux pertes excessives de sang qui lui avaient donné le teint jaune-paille. A l’autopsie , on trouva un épanchement énorme dans les deux hémisphères du cerveau. Chez cette femme on n’avait observé d’autres symptômes que l’affaiblissement qui accompagne toute hémorrhagie (Yoy. Journal hebdomadaire , tome ier).

Les symptômes peuvent porter sur la vie de relation , sur la vie de nutrition et sur la vie de génération,

Symptômes fournis parla vie de relation.

Les désordres fonctionnels de cette catégorie sont ceux de la motilité , de la sensibilité et de l’intelligence.

Troubles de la motilité. Paralysie. La paralysie existe dans presque tous les cas; il en est cependant où elle manque , nous en parlerons tout-à-l’heure. Quand celle lésion survient tout-à-coup et qu’elle persiste quelque temps , elle est un symptôme caractéristique de l’hémorrhagie ; mais pour qu’elle soit considérée comme un symptôme pathognomonique , il ne suffit pas qu’elle existe , et qu’elle soit arrivée brusquement, il faut encore qu’elle persiste.

Nous avons dit que la paralysie pouvait manquer. Nous avons déjà vu le cas cité par M. Lenormand dans lequel non-seulement la paralysie n’existait pas , mais qui ne présenta même aucun symptôme appréciable. M. Secrétin a cité dans sa thèse (1827) , une observation dans laquelle il s’agit d’un individu qui succomba sans avoir présenté aucun trouble de la motilité. A l’autopsie , on trouva un caillot du volume d’un œuf de poule à la partie postérieure de l’hémisphère cérébral droit.

Nous 11e connaissons que ces deux cas dans

la science d’hémorrhagie cérébrale sans paralysie.

La paralysie une fois produite ne peut pas rester toujours semblable à elle-même. On l’a vue quelquefois intermittente quoique l’hémorrhagie eut persisté.

Tous ces cas doivent être considérés comme exceptionnels , car , en général , la paralysie ne cesse qu’avec la résorption du sang.

La paralysie apparaît au moment même de l’épanchement sanguin , et acquiert tout-àcoup une grande intensité. Si une nouvelle hémorrhagie s’ajoute à la première , la paralysie augmente.

Elle peut rester stationnaire, avoir des alternatives d’augmentation et de diminution , éprouver une diminution constante et graduelle.

Il peut arriver qu’on n’observe au début qu’un peu de faiblesse , qu’un très-léger engourdissement, une simple pesanteur dans les membres. On voit des individus , par exemple , qui ne peuvent serrer avec force les objets , qui laissent tomber leur canne ou ce qu’ils tiennent dans leur main ; ces phénomènes constituent le plus faible degré de la paralysie. Plus tard , les mouvements sont plus difficiles , jusqu’à ce qu’arrive l’impossibilité complète du mouvement.

La paralysie ou la simple diminution de la contraction musculaire peuvent n’avoir été précédées d’aucun autre désordre. D’autres troubles de la motilité , comme des convulsions,de la contracture, peuvent être observés, se liant plutôt à une lésion qui aura précédé l’hémorrhagie qu’à cette hémorrhagie’même.

La paralysie , phénomène fonctionnel qui traduit l’hémorrhagie , est non-seulement variable par son intensité , mais encore par les sièges différents qu’elle peut présenter et qui sont en rapport avec les parties de l’encéphale où l’épanchement a eu lieu. Aussi sous le point de vue de la paralysie, il importe d’étudier l’hémorrhagie :

1° Des hémisphères cérébraux ;

2° Du mésocéphale ;

3o Du cervelet ;

4o Des différentes portions de la moelle.

1° Paralysie résultant de l'hémorrhagie des hémisphères cérébraux. Elle peut être générale ou partielle. Elle est générale quand elle occupe les deux côtés du corps à la fois , et nous ne parlons ici que de la paralysie des membres , nous reviendrons plus tard sur celle des autres parties.

Cette paralysie générale a lieu, i° quand il existe un épanchement dans chacun des hémisphères ; 20 quand un seul hémisphère a été frappé d’hémorrhagie , mais si considérable que l’irruption du sang a été assez forte pour détruire la substance nerveuse jusqu’au

DE L’HÉMORRHAGIE DES CENTRES NERVEUX

ventricule correspondant , pénétrer dans ce ventricule , opérer la rupture du septum lu cidum et exercer une forte compression sur l’hémisphère opposé ; 3<> quand l’hémorrhagie, quoique bornée à un seul hémisphère, et n’agissant plus en pénétrant dans les ventricules, est néanmoins assez considérable pour comprimer les parties opposées du cerveau.

Quand cette paralysie double existe , les quatre membres soulevés retombent comme des masses inertes et restent en sidération.

Elle peut durer ainsi jusqu’à la mort ; elle peut se transformer en simple hémiplégie, ce qui se rencontre surtout dans le troisième cas d’hémorrhagie que nous avons admis.

Souvenons-nous d’ailleurs que la paralysie générale est bien plus fréquemment le symptôme d’une congestion que de l’hémorrhagie. A celle-ci appartient plus spécialement l’hémiplégie. C’est cette hémiplégie ou paralysie d’un seul côté qui arrivant tout-à-coup et persistant devient le symptôme caractéristique de l’hémorrhagie cérébrale. Disons aussi que les cas d’hémiplégie sont de beaucoup les plus fréquents.

Il est ordinaire que les deux membres du même côté soient frappés de paralysie ; il peut se faire cependant qu’il n’y en ait qu’un seul.

Dans les cas d’hémiplégie , il est très-fréquent d’observer la paralysie de la face du côté correspondant. La bouche dansce cas est déviée du côté non paralysé et cela tient au défaut d’antagonisme des muscles paralysés.

L’hémiplégie attaque le côté du corps opposé au siège de l’épa nchemen t ; en d’autres termes, la paralysie est croisée. 11 n’y a exception que pour la langue , exception sur laquelle nous reviendrons.

Ici se présente une grande question, quelle est la cause de ce croisement de la paralysie ? L’anatomie seule pouvait répondre , et naturellement on chercha à expliquer ce phénomène par l’entrecroisement des fibres à la partie supérieure de la moelle. Cette explication a été généralement admise. Mais dans l’anatomie nou& trouvons aussi un fait capital qui vient se jeter à l’encontre de celte explication. La face, en effet, se paralyse du même côté que les membres. Or , l’anatomie nous apprend que la septième paire qui distribue le mouvement à la face , naît de la moelle auôessus de l’entrecroisement , et les dissections les plus fines n’ont pu suivre aucune fibre de ce nerf au-dessous de cet entrecroisement. Pour la face donc , la paralysie devrait exister du même côté quel’épanchement, d’après l’explication de l’entrecroisement des fibres, et c’est ce qui n’a pas lieu. Cette théorie reçoit donc de ce fait une grave atteinte.

On peut cependant considérer comme une loi générale le fait de la paralysie croisée dans l’hémorrhagie cérébrale , tout eu reconnais-

sant que l’explication de cette loi est encore à chercher.

Existe-t-il des exceptions à cette loi générale? Oui. Nous trouvons dans les annales de la science quelques faits qui semblent lui porter un démenti. Ils sont au nombre de seize, dont quatorze ont été publiés et deux sont encore inédits. Voyons , par une rapide analyse , ceux qui se présentent avec toute l’authenticité désirable et ceux qui, manquant de détails assez circonstanciés , ne portent aucune atteinte à la loi générale.

1er Fait . Il est fort ancien et se trouve dans le Sepulchretum de Bonnet. Un homme, dit-il, reçut un coup sur la tempe gauche ; il fut atteint d’une paralysie à droite ; à l’autopsie on trouva un épanchement à droite.

En vérité , ce fait n’a pas une grande valeur; l’observateur ne dit rien du côté gauche et il peut bien se faire que la violence extérieure qui avait agi directement sur ce côté eût déterminé des altérations qui auraient pu rendre compte de la paralysie opposée.

2e Fait. 11 se trouve dans Forestus (livre X, chap.y 12). Celui-ci est plus important. Il s’agit d’un enfant de deux ans, qui avait présenté une hémiplégie droite et chez lequel on trouva un ramollissement de l’hémisphère droit.

Remarquons qu’à l’époque où écrivait Forestus , dont les observations sont trop peu lues, la loi du croisement de la paralysie avait déjà fixé l’attention, que Forestus dit positivement qu’on chercha avec soih si quelque altération n’existait pas du côté opposé , et que l’observateur affirme qu’on n’en rencontra aucune trace.

Observons aussi que Forestus parle d’un ramollissement , ce qui prouve que cette altération ne lui était pas inconnue.

Nous ne prendrons pas d’ailleurs dans les observations que nous allons citer, celles qui sont seulement relatives à l’hémorrhagie. Nous passerons en revue tous les cas de paralysie directe, quelle que soit l’altération qui se sera traduite par ce symptôme.

3e Fait. Il se trouve dans Morgagni, qui le rapporte d’après ouï-dire. Un individu , âgé de soixante-dix ans, fut subitement frappé d’une attaque d’apoplexie avec hémiplégie droite. Le malade succomba , et à l’autopsie on trouva un épanchement de sang dans les deux ventricules et un peu d’érosion dans la couche optique droite.

Morgagni ne rapporte pas ce fait avec la précision qui le caractérise. Cette observation est vague, et l’on s’aperçoit aisément que l’observateur n’a pas vu par lui-même.

4e Fait. Il est dû à Brunner qui l’a consigné dans les Actes des Curieux de la nature. Une femme de quarante-sept ans succomba tout-à-coup à une apoplexie, après avoir pré-

senté une paralysie à droite , dont elle était atteinte depuis quatre ans. L’autopsie fut faite avec le plus grand soin , car Brunner était un observateur fort exact. Il trouva et il décrit des kystes apoplectiformes anciens dans l’hémisphère droit du cerveau. A côté de ces kystes anciens était un caillot récent , lésion à laquelle cette femme avait succombé.

Cette observation est très-complète , l’hémisphère gauche fut soigneusement examiné, on n’y trouva aucune altération.

5e Fait. Morgagni rapporte dans sa cinquante-septième lettre qu’une femme âgée succomba après avoir présenté une paralysie droite. A l’ouverture du cadavre , on trouva un ramollissement dans l’hémisphère cérébral droit.

Morgagni a vu ce fait lui-même , il ne se borne pas à décrire la lésion qu’il a trouvée , il décrit encore l’état dans lequel se trouvait le reste de l’encéphale ; le côté gauche du cerveau ne présentait absolument rien.

6 * Fait. Appartient encore à Morgagni qui le raconte dans sa treizième lettre. Une femme de vingt-quatre ans , fut atteinte d’apoplexie avec hémiplégie droite. Après sa mort, on trouva un caillot de sang au niveau et en dehors du corps strié droit. Morgagni, averti par ses élèves, ne s’en rapporte pas à*ce qu’ils lui disent, il va voir lui-même, et ce n’est qu’après avoir bien constaté cette observation qu’il la consigne dans son livre en témoignant l’étonnement qu’elle lui cause.

Les faits suivants appartiennent à des observateurs modernes. *

7e Fait. Il a été publié par M. Bayle dans la Revue Médicale, 1824, tom. i;er. La paralysie avait eu lieu à gauche et l’autopsie ne démontra d’autre altération qu’un ramollissement de la moitié antérieure de l’hémisphère gauche.

8e Fait. Appartient à M. Rostan , Traité du ramollissement du cerveau , vingt-neuvième observation. Une femme, âgée de quatre-vingt-quatre ans, avait eu une hémiplégie droite ; à l’ouverture on trouva un épanchement ancien avec ramollissement de la partie inférieure du lobe postérieur droit.

9« Fait. II est rapporté par M. Leuret dans le Journal des Progrès. Ce fait est complexe. Un individu avait le bras droit paralysé et contracturé. Le bras gauche était exempt de toute lésion du mouvement. Il succombe , et à l’autopsie , on trouve dans l’hémisphère droit un ramollissement de la grosseur d’une noix , et à gauche un petit ramollissement de la grosseur d’une lentille. Ce cas n’est donc pas tout-à-fait concluant, car le ramollissement du côté droit peut avoir été chronique , et celui du côté opposé aigu. Or , on sait la grande influence que l’acuité de la maladie a sur la paralysie.

10e Fait. Winineyer raconte que sur un individu qui avait été atteint de paralysie gauche , on trouva un kyste ancien dans le lobe antérieur gauche. L’observateur ne parle pas avec assez de détails des recherches faites dans le côté opposé. Cette observation est incomplète.

Ile et 12e Faits. Ils sont rapportés par M. Blandin , et se trouvent dans les notes qu’il a ajoutées à Bichat. Ils concernent deux vieillards morts à Bicêtre , ayant présenté un épanchement dans le lobe postérieur de l’hémisphère du côté où avait existé la paralysie. Dans ces cas , la paralysie directe serait moins difficile ù expliquer, s’il est vrai, comme quelques anatomistes le soutiennent, que ce lobe reçoive ses fibres d’une partie de la moelle ou l’entrecroisement n’existe pas.

13e Fait. Encore inédit. Il nous a été raconté par M. Cruveilhier, qui l’a observé récemment. La paralysie existait du même côté que la lésion cérébrale.

14e et 15e Faits. Sont rapportés par M. De Chambre , qui les a recueillis à la Salpêtrière. Ces deux observations sont très -complètes. Elles sont relatives à des ramollissements cérébraux du côté droit , ayant déterminé la paralysie des membres correspondants.

16e Faït. II a été présenté par M. Fournet à la Société anatomique et n’a pas encore été publié.

Nous n’avons jamais rencontré des faits ' semblables , mais nous admettons ceux que nous venons de présenter. 11 faut donc reconnaître que dans l’état actuel de la science, par quelques circonstances qui nous échappent, mais qui ne peuvent être qu’anatomiques, la paralysie peut avoir lieu du même côté que la lésion anatomique.

La paralysie a lieu le plus souvent dans les deux membres à la fois ; elle peut avoir la même intensité dans l’un que dans l’autre, ou y'exister à des degrés différents. Il peut n’y avoir qu’un seul membre paralysé et le plus ordinairement alors c’est le supérieur. En général , l’hémorrhagie du membre inférieur est moins complète et moins lénace que celle du membre supérieur.

Quand l’hémorrhagie n’affecte qu’un seul membre, le supérieur ou l’inférieur, peut-on préciser le siège de l’hémorrhagie? Cette question a beaucoup occupé les observateurs modernes et a fait le sujet de travaux intéressants de MM. Serres, Rostan, Bouillaud, Pinel- Grandchamp , Foville, etc.

Quelques auteurs ont admis qu’il n’y avait hémiplégie complète que lorsque l’hémorrhagie était dans la partie moyenne du lobe du côté opposé ; que lorsque le membre abdominal était paralysé , c’était le corps strié qui était le siège de l’altération , et que c’était la couche optique dans la paralysie du raem-

DE L’HÉMORRHAGIE DES CENTRES NERVEUX

bre thoracique. Telle est l’opinion de MM. Foville, Pinel-Grandchamp et Serres. La question serait résolue d’après les observations rapportées à l’appui de celte opinion , si dix ou douze faits étaient suffisants pour établir une théorie.

Vous trouverez dans la Clinique Médicale, tome Y, l’analyse de soixante-quinze cas dans lesquels l'hémorrhagie a été bien circonscrite. En voici le résultat :

Dans quarante cas d’hémiplégie, vingt-une fois l’altération était limitée au corps strié ou s’étendait à la substance cérébrale placée audevant. Dix-neuf fois l’altération siégeait dans la couche optique, ou envahissait la pulpe nerveuse située en arrière de ce ganglion.

De ces quarante cas , on peut tirer la conséquence que l’altération des corps striés et des couches optiques a indifféremment déterminé l’altération des* mouvements des membres supérieurs ou des membres inférieurs.

Dans vingt-trois cas , le membre supérieur seul a été paralysé. D’après la théorie l’altération devrait siéger seulement dans la partie postérieure des hémisphères. En a-t-il été ainsi ? Dans deux cas , la lésion existait dans le lobe moyen du cerveau ; dans onze autres , la partie antérieure du cerveau fut seule lésée,- dans dix autres enfin, l’altération siégeait dans la couche optique.

Ainsi dans celte seconde catégorie l’expérience démontre autant de faits pour que contre la théorie.

Enfin , dans douze cas , le membre inférieur seul à été paralysé. L’altération a siégé dix fois dans le lobule antérieur ou dans la couche optique.

On voit que pour cette dernière série les faits sont plus d’accord avec la théorie. Mais il suffit des deux cas où avec le même trouble du mouvement on a trouvé une altération différente pour qu’on ne puisse pas l’ériger en loi.

Quelles conclusions tirer de ces faits ? S’il paraît très-rationnel d’admettre que des parties différentes du cerveau président aux mouvements du membre supérieur et du membre inférieur , puisque les fonctions de l’un étant abolies, les fonctions de l’autre peuvent rester intactes, il est néanmoins impossible, d’ans l’état actuel de la science de préciser , dans la masse encéphalique, les points qui commandent aux mouvements des diverses parties du corps. Si jusqu’ici les recherches n’ont point été suivies de résultats positifs, elles ont cependant leur degré d’utilité , ne seraitce que celui d’empêcher de se fourvoyer ».

Quand l’hémorrhagie a son siège dans les

1 Ajoutons que la méthode numérique présente certainement ici d’incontestables avantages, et qu’à elle seule peut être demandée la solution de ces problèmes.

circonvolutions seules, y a-t-il paralysie ? Dans une thèse soutenue en i832 , n° i33 , par M. Fabre , on trouve l’observation d’un individu mort hémiplégique , et chez lequel , à l’autopsie , on trouva dans une des circonvolutions de la partie latérale externe et un peu postérieure de l’hémisphère gauche, un petit caillot du volume d’un œuf de moineau : le reste de l’encéphale était parfaitement intact. M. Lallemand rapporte trois faits de ce genre (Lettre première , p. 63 , Lettre deuxième , p. 106 eti5i).Nous avons observé nous-même quelques cas analogues et tous ces faits se présentent comme une objection puissante à l’opinion qui place le siège des mouvements dans la substance blanche centrale. Cependant on a vu souvent la paralysie manquer lorsque la lésion des circonvolutions était chronique et bornée exactement à la substance grise ; d’où l’on pourait tirer celte conclusion , que si dans les affections aiguës la paralysie a eu lieu , c’est que la pulpe centrale avait été le siège d’une irritation plus ou moins vive. Dans le cas de M. Fabre , cependant , l’altération était ancienne.

Nous venons de passer en revue tout ce qui concerne la paralysie qui est sous l’influence d’une altération dans les hémisphères ; mais cette partie de l’encephale peut rester complètement intacte , la paralysie ayant lieu cependant.

L’hémorrhagie est -elle dans le mésocèphale? On peut admettre comme fait le plus général, que les quatre membres sont paralysés. Malheureusement , dans notre science , se présentent toujours des exceptions qui viennent infirmer toute la loi générale. Ainsi on a vu l’hémiplégie seulement être produite par une hémorrhagie du mésocéphale. Ces faits sont rares à la vérité , et l’anatomie peut même rendre compte de ces anomalies , puisque l’hémiplégie s’était produite quand l’hémorrhagie siégeait dans un des côtés du mésocéphale.

L’hémorrhagie du cervelet donne lieu à considérer deux questions : i° celte hémorrhagie produit-elle la paralysie ? 2° de quel côté l’observe-t-on quand elle existe.

Disons d’abord que les hémorrhagies du cervelet ne sont pas très-communes. Nous n’en connaissons que trente deux cas publiés jusqu’ici.

Ces questions sont très-difficiles à résoudre, et cette difficulté dépend de l’obscurité qui environne encore les fonctions du cervelet , malgré touteslesdiscussions soulevées par ce point de physiologie. A priori , et d’après les faits anatomiques , on devrait admettre que la lésion du mouvement existe du côté de la lésion organique , car les corps rectiformes qui concourent à former le cervelet , ne s’entrecroisent pas comme les pyramides antérieures.

Eh bien , cette opinion , appuyée sur la disposition anatomique de l’entrecroisement des fibres, déjà ébranlée au sujet de la face reçoit ici un nouvel échec ; car dans l'hémorrhagie du cervelet , la paralysie est croisée , comme dans l’hémorrhagie du cerveau.

De l’examen des faits publiés , il résulte que 1 ;

Douze cas manquent de détails suffisants pour dire s’il y avait ou non paralysie.

Sur ces douze cas , 7 fois la lésion existait dans le lobe médian ;

3 fois dans un des lobes latéraux ;

2 fois dans les lobes latéraux.

Sur ces faits, 6 appartiennent à M. Serres { Anatomie du cerveau, tome II) ;

1 à Dance ( Mémoire sur V hydrocéphale aiguë ) ;

1 à Sédillot {Ancienne Biobliothèque médicale ) ;

1 se trouve dans la Clinique médicale ;

1 à Abercrombie ;

1 à M. Caffort;

1 à M. Morgagni.

Dans vingt cas, l’existence ou l’absence d’une lésion du mouvement a été notée avec soin.

Dans trois cas seulement il y a eu absence de paralysie :

1er cas, publié par M. Bayle {Revue médicale, 1824, tome II) ;

2e cas, est dû à M. Michelet ( Thèse , 1827, n° 57);

3« cas, a été recueilli par M. Droullain {Thèse).

Dans dix-sept cas , la paralysie a été bien évidente et bien constatée, et sa forme a été l’hémiplégie.

Quant au siège de l’hémorrhagie ; elle a eu lieu :

I fois dans le lobe médian , Guyot ( Clinique des hôpitaux, tome 1er, n<> 90)5

16 fois dans un des lobes latéraux.

Sur ces seize cas, la paralysie était-elle directe ou croisée?

I I fois elle a été croisée ; mais de ces 1 1 cas il faut en soustraire 2 où existait en même temps une hémorrhagie du lobe cérébral correspondant ; ce qui réduit à 9 le nombre des cas dans lesquels la lésion existait isolément dans le cervelet.

Sur les 5 cas qui nous restent à examiner , et où la paralysie a été directe , il importe d’établir deux divisions, selon que le cervelet était seul lésé , ou bien selon que le cervelet

• Il nous est impossible de nous étendre autant que le professeur sur l’analyse de ces faits, car cette analyse se trouve dans le cinquième volume de la Clinique médicale , et nous ne pourrions la présenter ici sans nous exposer à reproduire ce qui se trouve dans cet excellent ouvrage. Nous ne pouvons que donner des résultats. A. L.

DE LA VIE DE RELATION

étant altéré d’un côté, le cerveau l’était de l’autre.

Dans la première division nous ne trouvons qu’un seul cas , et encore n’est-il pas irréfragable. Il se trouve dans la thèse de M. Tavernier , soutenue en 1825. Un homme, dit M. Tavernier, fut frappé , en 1812, de paralysie complète des membres gauches et de perte de la parole ; l’intelligence fut conservée. En 1820, le même individu fut atteint tout-à-coup de paralysie des membres droits , et mourut rapidement dans un état comateux. A l’autopsie on trouva dans le lobe cérébelleux gauche un ancien kyste apoplectique qui rendait raison de la paralysie gauche , qui datait de huit ans. Il importe de noter que c’est la femme du malade qui donna à M. Tavernier les renseignements sur la paralysie antérieure , et que cette femme a bien pu se tromper. Sans repousser entièrement ce fait, on doit dire qu’il n’a pas tous les caractères d’authenticité nécessaire aux observations sur lesquelles on veut fonder une théorie.

Dans la deuxième division se placent les cas où l’hémorrhagie a simultanément existé dans un des lobes latéraux du cervelet et dans un hémisphère cérébral.

Ces faits , au nombre de quatre , appartiennent :

1 à la thèse de M. Droullain;

1 à M. Quesne, observé à Bicêtre;

1 à M. Rostan ( Traité du Ramollissement du cerveau ).

1 à la Clinique médicale.

Dans ces quatre cas , le mouvement est resté intact du côté opposé à la lésion du cervelet , et c’est la seule altération cérébrale qui a produit le trouble des mouvements. Or, d’après le raisonnement , les membres des deux côtés auraient dû être paralysés; car lorsque l’hémorrhagie est bornée à un des lobes du cervelet, la paralysie a lieu sur les membres du côté opposé. Nous verrons d’ailleurs que cette circonstance n’est pas propre aux hémorrhagies; nous la remarquerons encore en parlant de l’atrophie.

Les conclusions de tous ces faits ressortent naturellement de l’examen que nous venons d’en faire, et vous voyez combien nous avons raison de dire que la pathologie des centres nerveux est encore dans un état provisoire.

L’hémorrhagie de la moelle épinière peut aussi produire la paralysie. Dans le plus grand nombre des cas , la paralysie est double , et elle frappe les membres supérieurs ou inférieurs, selon que l’hémorrhagie est située aux parties supérieures ou inférieures de la moelle.

Notons que l’hémorrhagie des cordons antérieurs a quelquefois donné lieu à l’hémiplégie ; que la paralysie a toujours été directe , et qu’elle s’est produite sous l’iniluence d’un

DE L’HÉMORRHAGIE DES CENTRES NERVEUX

épanchement d’un seul côté des cordons antérieurs.

De la Paralysie considérée sur d’autres points du corps que les membres. Ce que nous allons exposer s’applique surtout aux hémorrhagies du cerveau : celles des autres centres nerveux sont trop peu fréquentes pour avoir été suffisamment étudiées.

La paralysie des muscles de l’œil a été observée, mais rarement. Tous les muscles de l’œil ne se paralysent pas en même temps, parce que tous ne se contractent pas sous l’influence du même nerf. De là , le strabisme qu’on observe quelquefois dans les hémorrhagies cérébrales, qui est d’ailleurs moins fréquent dans cette maladie que dans d’autres affections du même organe. Nous avons observé la paralysie du muscle releveur de la paupière supérieure, qui fut le seul symptôme précurseur de l’hémorrhagie, et qui la précéda de quinze jours.

La paralysie des muscles des joues s’observe toujours du même côté que la paralysie des membres; alors, par défaut d’antagonisme, les muscles non paralysés tirent du côté opposé à la paralysie la commissure des lèvres. Quand le muscle buccinateur est paralysé , si les malades respirent , la bouche fermée , ce muscle se distend, les lèvres de ce côté restent entr’ouvertes, l’air sort avec bruit, et on dit alors que les malades fument la pipe . La mastication est gênée , le bol alimentaire s’interpose entre les arcades dentaires et les joues , et le malade est obligé de le repousser avec les doigts.

Il existe des observations extrêmement rares où la paralysie de la face a été opposée à celle des membres; il faut admettre que, dans ces cas, il existait une double lésion.

Les mouvements de la langue peuvent ne présenter aucune altération ; ces cas ne sont pas très-rares. Ainsi l’hémiplégie peut être complète et s’étendre à la face sans que les mouvements delà langue soient aucunement troublés. Dans d’autres circonstances , ils sont complètement abolis. Si l’on veut faire tirer la langue au malade , il éprouve une impossibilité absolue. Quelquefois , après de grands efforts, elle est projetée en avant avec violence.

Dans cet état, l’articulation des mots est impossible , et il faut bien se garder de confondre ce mutisme qui est sous l’influence de l’empêchement des mouvements mécaniques de la langue , avec celui qui provient du défaut d’association d’idées nécessaires à la production du langage. Celui-ci nous occupera plus tard.

La langue peut n’être paralysée que d’un côté, et alors si le malade tire cet organe audehors de la bouche, on le voit dévié. Celte déviation n’a pas toujours lieu du même côté;

le plus ordinairement c’est du côté paralysé ; dans quelques circonstances rares, mais dont il faut tenir compte, la langue se porte du côté opposé à la paralysie des membres. A quoi tiennent ces différences ? Probablement à l’étendue et au siège de la paralysie dans les faisceaux si nombreux des muscles de la langue.

La paralysie des muscles du col est rare. Quand elle a lieu , elle détermine des modifications dans la manière dont la tête est portée.

Les muscles respirateurs sont aussi trèsrarement paralysés ; la mort est promptement le résultat de cette paralysie qui amène l’asphyxie. La rareté de la paralysie de ces muscles ne doit pas surprendre, placés qu’ils sont sur les limites de la vie organique et de la vie animale , et pouvant être considérés comme la transition entre les muscles de ces deux vies.

Il n’y a que très - peu d’exemples de la paralysie des muscles du larynx. M. Moulin en a publié un cas. Elle détermine l’aphonie.

Les muscles de l’œsophage se paralysent dans les apoplexies très-graves. Celte paralysie empêche la déglutition , les liquides tombent dans l’estomac avec bruit. En général ce phénomène doit faire porter un pronostic très-grave. Il a précédé l’hémorrhagie , dont il fut le seul phénomène précurseur, dans un cas cité par M. Flandin.

Les muscles du rectum peuvent être frappés de paralysie , et dans ce cas il y a impossibilité d’expulser les matières fécales; d’où constipation.

La paralysie de la vessie se rencontre assez fréquemment pour qu’il soit nécessaire d’explorer cet organe avec soin , car la distension excessive occasionée par l’accumulation de l’urine pourrait déterminer sa rupture.

Quant à la paralysie de l’estomac , son existence ne repose sur aucune observation bien constatée.

Marche de la Paralysie. Vue fois produite, la paralysie , et spécialement celle des membres , peut durer plus ou moins longtemps et persister jusqu’à la mort. Elle peut disparaître , mais lentement , car sa disparition brusque doit faire penser qu’elle n’était pas sous l’influence d’une hémorrhagie cérébrale. La paralysie peut persister toujours la même pendant de longues années. Ainsi on a vu des individus qui ont été frappés d’apoplexie à l’âge de quarante ans, et qui ont vécu jusqu’à soixante-dix ans avec une paralysie aussi intense qu’au début.

La paralysie qui dure depuis longtemps, détermine sur le membre qui en est atteint une diminution de nutrition et par suite l’atrophie de ce membre. Celte atrophie commence à se

manifester dans quelques cas, rares à la vérité, seulement un mois après l’attaque ; nous en avons vu un exemple. Il est remarquable qu’une paralysie persistante peut être sous l’influence d’une altération très-légère du cerveau. Ainsi, sur un individu qui pendant vingt ans avait été paralysé, on ne trouva dans le cerveau qu’une ligne blanchâtre et dure , simple cicatrice qui avait rompu la continuité des fibres nerveuses.

La paralysie peut disparaître complètement J alors la cicatrisation du foyer hémorrhagique est parfaite , et l’action nerveuse peut se propager à travers cette cicatrisation.

La disparition graduelle de la paralysie a lieu dans un certain ordre. Ainsi , si elle occupait les joues , les lèvres , la langue et les membres, elle disparaîtra d’abord à la langue* puis à*la face , aux lèvres ensuite pour cesser aussi , d'abord au membre inférieur, puis au supérieur. Toutefois il ne faut pas croire que les membres inférieurs recouvrent tout-à-coup l’intégrité de leurs fonctions. Pendant longtemps encore ils sont faibles, et la progression est difficile. Ce n’est que peu à peu que disparaissent les troubles du mouvement.

Peut-on dire que dans tous les cas où les fonctions de la motilité sont revenues à l’état normal , la lésion organique ait complètement disparu ? L’anatomie pathologique prouve que dans certains cas , exceptionnels , il est vrai , on peut trouver encore des kystes remplis de sérosité.

La sensibilité peut présenter des lésions variées , quoique ces lésions soient moins constantes que la paralysie. Elles peuvent se manifester, et il importe de les étudier dans l’encéphale lui-même , à la peau et dans les organes des sens. Il faut les étudier aussi avant et après l’attaque :

1 o Dans l'encéphale. Avant l’attaque il peut arriver qu’on ne remarque vers cet organe aucun trouble de la sensibilité. Il arrive souvent aussi qu’on observe des pesanteurs de tête , de la céphalalgie, des étourdissements , des vertiges , et que ces phénomènes soient les préludes de l’hémorrhagie.

2° A la peau. Avant l’attaque , sa sensibilité n’est nullement modifiée dans la plupart des cas. Il peut se faire, néanmoins, qu’on observe un refroidissement facile des membres, de 1’engourdiss.ement ou des fourmillements. Ces troubles divers peuvent être bornés à la peau des doigts ou dans la continuité des membres, à un seul côté du corps , à celui qui plus lard sera frappé de paralysie ; ils peuvent se manifester au contraire dans les membres des deux côtés. Et n’oubliez pas que tous ces troubles peuvent être sous l’influence d’une simple congestion.

Ces troubles peuvent précéder l’attaque de quelques jours seulement , ou se manifester plusieurs années avant. 11 est quelquefois possible de prédire, par leur présence sur tel ou tel côté du corps , quel sera le côté. où aura lieu l’épanchement.

Dans quelques cas la sensibilité est diminuée , qûelquefois même abolie dans le côté du corps frappé de paralysie. Quand la maladie marche vers une terminaison heureuse , ces troubles de la sensibilité disparaissent avant ceux de la motilité. La sensibilité peut être diminuée d’un côté du corps, tandis que l’autre sera paralysé. Il peut arriver aussi qu’un côté perde d’abord la sensibilité et puis le mouvement , et que l’autre côté perde ensuite la sensibilité sans le mouvement.

Ce n’est pas seulement à la peau que peuvent avoir lieu les troubles de la sensibilité ; les muqueuses extérieures peuvent aussi en être atteintes. Ainsi, dans quelques cas, la conjonctive devient insensible aucontact du doigt.

3° Dans les organes des sens. — Vision. Avant l’attaque, la vue peut être altérée.Ainsi quelques individus croient voir voler des mouches devant leurs yeux , d’autres semblent voir le jour à travers des toiles d’araignées ; ceux-ci des bluetles, ceux-là voient tous les objets colorés en rouge , en vert , en noir, etc. On en rencontre qui, plus ou moins longtemps avant l’attaque , voient tous les objets doubles, affection passagère et intermittente chez les uns, constante chez les autres. On en voit enfin chez qui la perte de la vue est complète ; mais ces cas sont fort rares. Dans quelques observations on trouve que la vue a été plus active et plus vive quelque temps avant l’attaque.

Pendant l’attaqué , la vue peut être perdue complètement, et cela s’observe dans les cas où la mort arrive promptement. Elle peut ne se perdre que d’un côté, soit du côté paralysé, soit du côté opposé. On peut attribuer ce phénomène au lieu où s’est produit l’épanchement et à l’influence plus ou moins grande que cet épanchement peut exercer sur les différentes racines des nerfs optiques si nombreuses, dont les unes vont directement sans s’entrecroiser, et dont les autres s’entrecroisent. Ainsi, si l’hémorrhagie agit sur tel ou tel ordre de racines, la perte de la vue sera directe ou croisée.

Dans les cas de perte de la vue , peut-on assigner comme siège de l’épanchement les couches optiques ou les tubercules quadrijumeaux? La vue a été abolie sans que les tubercules quadrijumeaux eussent été altérés. M. Serres prétend qu’une condition de l’abolition de la vue est que la lésion se trouve au niveau de la commissure des couches optiques. La partie supérieure de ces ganglions pourrait être intéressée , d’après cet observateur , | sans que la cécité en fût le résultat. La cécité

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