DE LA DYSENTERIE
Cette maladie est plus commune chez les enfants ; elle se montre sous forme aigue ou chronique.
Forme aiguë. Elle peut apparaître tout-àcoup sans cause connue ; elle peut se manifester à la suite d’une suppression brusque de transpiration ; comme cela arrive lorsque le corps, étant baigné de sueur, on s’expose à un air humide et froid. Dans Cette brusque diminution de perspiration cutanée le flux pourra ne pas être établi subitement à la muqueuse , mais se porter au contraire vers les séreuses ; il peut aussi se porter sur la muqueuse intestinale et constituer la maladie qui nous occupe. On ne peut pas admettre , dans ce cas , que le flux soit produit par l’inflammation, et il ne nous semble pas déplacé d’avancer que de même que la peau, la muqueuse intestinale peut suer , et suer abondamment sans qu’il y ait aucune trace d’inflammation. 11 arrive souvent que quand un épanchement séreux disparaît toul-à-coup, il survient à l’intestin un flux séreux semblable à l’épanchement et de même nature que lui. D’autres causes peuvent encore déterminer le flux intestinal. Ainsi on rencontre des personnes qui ne peuvent pas être soumises à une influence morale un peu vive sans qu’un flux séreux ne s’établisse, de la même manière que la peau se couvre de sueur dans les mêmes circonstances.
L’enterorrhéeaiguë se manifeste tout-à-coup par des évacuations très-abondantes qui ne sont précédées que de gargouillement ; chez l’adulte le pouls est remarquable par sa petitesse, chez les jeunes enfants ces évacuations abondantes déterminent un état comateux ou des convulsions.
Sa durée est ordinairement de peu de jours ; quelquefois ellc-est suivie d’une véritable inflammation intestinale ; la mort même peut survenir au milieu d’un flux , et si on ouvre le cadavre, on ne sera pas peu étonné de trouver la muqueuse pâle et exempte de phlogose. Il n’avait pas échappé à Pinel que ce flux juge souvent des accidents de névralgie.
Le traitement devra varier suivant la gravité de la maladie. Si le flux est léger , s’il affaiblit peu le malade, il suffira de l’entourer de chaleur, de le mettre à la diète et de lui donner des boissons chaudes aromatiques. Si, au contraire., le flux est abondant, que les accidents qu’il détermine soient graves , il faut s’abstenir surtout des émissions sanguines, appliquer des sinapismes aux membres, et recouriraux préparations opiacées que l’on administrera par la bouche et parle rectum.
Forme chronique. Les mêmes causes qui produisent la gastrorrhée chronique déterminent l’enterorrhée chronique. Si le mucus sécrété parla muqueuse nasale, buccale et pharyngienne peut varier impunément de quantité chez certains individus , il n’en est plus de
même du mucus intestinal dont la présence irrite la surface de l’organe et y produit l’enterorrhée chronique. Le symptôme prédominant de cette affection est une diarrhée continue ou par intervalles. C’est assez souvent à la suite d’une phlegmasie qu’on la voit survenir, et quand elle est abondante les malades s’affaiblissent.
L’habitation dans un pays chaud exerce une grande influence sur la guérison de l’enterorrhée chronique. Il faut administrer des pilules composées d’un demi-grain d’alun , d’un grain d’ipécacuanha, d’un quart de grain d’extrait gommeux d’opium , une chaque jour. On pourra augmenter les doses successivement. On se trouvera bien aussi, dans certaines circonstances , d’administrer 12 , i5, 24 grains d’ipécacuanha. Les vésicatoires et les frictions sèches aromatiques répétées plusieurs fois le jour, conviendront aussi.