‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 17 sur 227 · DE LA DYSENTERIE · texte numérisé non relu

DE LA DYSENTERIE

La dysenterie est caractérisée par l’excrétion fréquente et laborieuse d’un mucus sanguinolent , d’une sérosité rougeâtre , avec douleur cuisante et chaleur vive à l’anus.

L’anatomie pathologique démontre évidemment des traces d’inflammation , particulièrement dans le gros intestin. La membrane muqueuse est colorée d’un rouge plus ou moins foncé , et recouverte d’une certaine quantité de matières semblables à celles qui étaient excrétées pendant la vie; elle est épaissie et quelquefois tapissée par de fausses membranes. On peut y trouver des ulcérations , surtout dans les dysenteries épidémiques. Ces ulcérations, d’abord petites, s’étendent bientôt en plaques plus ou moins larges, et dans quelques circonstances, on trouve l’intestin rectum presque entièrement ulcéré. L’ulcération est tantôt bornée à la muqueuse , tantôt elle atteint les autres tuniques, et parfois il y a perforation. On a observé, dans quelques cas, que cette inflammation pouvait se terminer par gangrène. Les ganglions mésentériques sont tuméfiés , rouges et quelquefois ramollis pendant les premiers temps de la maladie; plus tard ils deviennent noirs.

Les ténesmes qui accompagnent la dysenterie font présumer que la membrane muqueuse seule n’est pas altérée dans cette maladie, et que la membrane musculeuse doit participer à cette altération. L’anatomie pathologique a démontré en effet que celte membrane présente souvent des traces d’inflammation.

La dysenterie est sporadique, endémique ou épidémique.

Les causes de la dysenterie sont nombreuses et fort diverses. Il faut les rechercher dans l’influence exercée par les aliments , par les différentes conditions de l’atmosphère, par les

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

climats, les habitations, les souffrances morales , etc.

Les aliments de mauvaise qualité, les fruits verts, l’abus des fruits mûrs, le pain mal cuit ou fait avec des farines avariées, les viandes gâtées et les eaux corrompues peuvent déterminer la dysenterie. L’armée prussienne fut décimée en 1792 , en Champagne , par une dysenterie causée par l’abus du raisin vert ; l’armée française qui , en i83o , traversa la Provence pour aller à Alger , fut atteinte de dysenterie occasionée par l’abus des oranges et des fruits du midi. Quelquefois, chez des individus affaiblis, un simple écart de régime , un aliment indigeste déterminent la dysenterie. Elle est occasionée parfois par la présence d’un corps étranger qui irrite le gros intestin. L’abus des purgatifs drastiques , des liqueurs alcooliques , des vins très-généreux ou mal fermentés, doit aussi être rangé parmi les causes les plus puissantes de cette maladie.

Doit-on attribuer aux émanations putrides qui s’élèvent des substances animales en putréfaction, la faculté dé déterminer la dysenterie? Je crois que , sur ce point d’étiologie la science manque de données suffisantes, et que si, dans quelques circonstances, on a puattritribuer la dysenterie à cette cause , il en est d’autres, dont on doit tenir compte, où des individus soumis pendant longtemps à l’influence de ces causes, n’en sont nullement incommodés. Je citerai pour exemple les étudiants en médecine et les médecins qui se livrent aux recherches d’anatomie pathologique chez lesquels la dysenterie n’est pas plus fréquente que dans d’autres professions. Je me suis informé si les équarisseurs de Montfaucon y étaient plus sujets que d’autres individus ; ils jouissent en général d’une santé parfaite. Je crois , qu’en somme , on a beaucoup exagéré l’influence délétère des émanations putrides , et qu’il en est d’elles comme de la plupart des autres causes qui n’agissent efficacement, dans la production des maladies, que lorsqu’il y a prédisposition à les contracter.

Pringle attribue une grande influence , comme causç de dysenterie, à l’impression du froid humide sur le corps. 11 fait observer qu’à la bataille de Dettingue , un très-grand nombre de militaires français qui furent exposés, pendant toute une nuit, à une pluie abondante , furent atteints de dysenterie , tandis qu’un corps d’armée , campé à quelque distance , qui n’avait pas été soumis à la même cause , en fut exempt.

On n’a pas remarqué qu’aucun âge , qu’aucun sexe, qu’aucun tempérament prédisposassent d’une manière manifeste à la dysenterie.

L’influence de l’habitation dans les lieux bas et marécageux, sur la production de la dy-

senterie , se fait sentir plus particulièrement sur les étrangers que sur ceux qui sont nés dans ces conditions.

La dysenterie peut se montrer dans toutes les saisons , mais pas avec une égale fréquence. Ainsi, on l’observe incomparablement plus souvent en été qu’en hiver. Le docteur Ozanam a donné l’histoire des cinquante principales épidémies dysentériques observées en Europe. On trouve que, sur ce nombre, trente-six ont régné en été , douze en automne , 1111e en hiver et une au printemps. Le docteur Annesley qui rapporte que 13,900 individus furent atteints de dysenterie au Bengale de 1820 à 1825 , a trouvé qu’il y en avait eu 2,400 pendant la saison froide, 4,5oo pendant la saison chaude et sèche, et 7,000 pendant la saison chaude et humide.

Quant aux climats , il est incontestable que les climats chauds ont une grande influence sur la production de la dysenterie. C’est là qu’elle est plus intense et plus meurtrière. Elle est endémique en Égypte et dans les contrées équatoriales. Remarquons que dans ces contrées , elle exerce ses plus grands ravages sur les européens nouvellement arrivés. •

Enfin , comme cause de dysenterie, tous les observateurs ont fait mention de fatigues excessives , de marches forcées , de passage brusque d’une température chaude à une température humide et froide , d’inquiétudes morales, de la nostalgie , etc., etc.

Un grand nombre de médecins célèbres ont considéré la dysenterie comme contagieuse. Pringle, Zimmermann, Cullen, Frank , Hoffmann, Pinel, Desgeneles et une foule d’autres partagent cette opinion. Ils ont cité des cas où la dysenterie s’était manifestée après qu’un individu s’était assis sur le bassin contenant les matières rendues par un dysentérique. Il ne m’est pas possible d’admettre la contagion de la dysenterie , telle au moins qu’elle se présente à notre observation , sous la forme sporadique. Les faits journaliers, la fréquentation des hôpitaux donnent un démenti formel à cette opinion \

La dysenterie est quelquefois précédée par une diarrhée considérable et par quelques symptômes généraux , tels que frisson , douleur, faiblesse. D’autres fois l’invasion est brusque, et la maladie se caractérise sur-lechamp.

11 est important de distinguer deux formes

* Que penser de l’opinion de Linné qui attribuait la dysenterie à un animalcule particulier, assez semblable à l 'acarns de la farine, et qui existerait en trèsgrand nombre dans les excréments des maladies? Je ue sais si , depuis Linné , aucun naturaliste a fait dej recherches à ce sujet , et a voulu vérifier si cet homme illustre , cet observateur si exact a pu réellement voie ce qu’il dit avoir vu. A. L.

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