‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 18 sur 227 · DU CHOLÉRA-MORBUS · texte numérisé non relu

DU CHOLÉRA-MORBUS

dans cette maladie : la dysenterie légère et la dysenterie grave.

Les symptômes de la dysenterie légère sontdes douleurs peu intenses dans l’abdomen, que la pression n’augmente pas sensiblement. Ces douleurs ont surtout leur siège vers le rectum. Les malades éprouvent au-dessus de l’anus la sensation d’un poids qui détermine des efforts fréquents , douloureux et presque toujours inutiles.La région de l’anus est chaude ; les malades y éprouvent quelquefois la sensation d’un déchirement au moment du passage des matières. Ils sont tourmentés par un besoin irrésistible d’aller à la selle , et après que les premières évacuations ont déterminé la sortie des matières fécales contenues dans l’intestin , ils ne rendent plus qu’un mucus sanguinolent, qu’une sérosité rougeâtre , quelquefois du sang pur. Ces matières sont ordinairement en très-petite quantité et peu en rapport avec les efforts prolongés et douloureux qu’elles ont nécessités. La vessie peut participer à cet état d’irritation , et les malades éprouvent alors un besoin continuel et douloureux d’uriner. Bientôt à ces symptômes locaux succèdent des symptômes généraux. Les malades s’affaiblissent, ils sont tourmentés par l’insomnie, il y a inappétence; le pouls est petit, souvent accéléré; il y a quelquefois des nausées et des vomissements. Ces symptômes persistent de quatre à huit jours , après lesquels le besoin d’aller à la selle et les douleurs abdominales ne se font plus sentir qu’à des intervalles de plus en plus éloignés; les excrétions deviennent de moins en moins douloureuses , l’appétit et le sommeil reviennent , et le malade se rétablit peu à peu.

Dans la dysenterie intense , les symptômes sont beaucoup plus graves. Elle sévit surtout dans les armées, dans les grands entassements d’hommes , dans les prisons , les vaisseaux , les villes assiégées , sur des individus en proie à des affections tristes , sous l’influence d’une mauvaise nourriture, etc. Sous de telles conditions , la dysenterie présente, dès son début , une fièvre plus ou moins intense ; les malades gardent le lit; les douleurs abdominales sont fort aiguës ; le besoin d’aller à la selle se fait sentir à tout instant ; les évacuations , très-douloureuses, sont rougeâtres ou brunes , quelquefois puriformes et d’une insupportable fétidité ; la soif est vive , le pouls fréquent, faible et irrégulier, la respiration accélérée , la face décomposée , la peau sèche, rugueuse et recouverte d’une sorte de vernis.

La dysenterie peut se terminer heureusement par la diminution graduelle de tous les symptômes, ou par la mort à une époque plus ou moins éloignée. Cette terminaison fatale s’annonce par l’aggravation de tous les syrop-

tomes, par une altération profonde de la face, par le hoquet , le météorisme , le refroidissement des extrémités , la petitesse et l’insensibilité du pouls.

Il sera toujours facile de diagnostiquer la dysenterie par les douleurs abdominales , le ténesme , l’excrétion douloureuse et difficile d’un mucus sanguinolent.

Le -pronostic varie suivant l’intensité de la maladie. La dysenterie épidémique est une maladie très-grave et très-meurtrière. La dysenterie sporadique ne présente presque jamais aucun danger.

Le traitement de la dysenterie doit varier selon qu’elle est légère ou intense. Dans la dysenterie légère, la diète complète , le repos, l’eau de riz , la décoction blanche , des demilavements mucilagineux, des émollients , les bains lièdes , les cataplasmes sur l’abdomen , et surtout l’extrait gommeux d’opium , à la dose d’un grain dissous dans quatre onces d’eau sucrée que l’on administre par cuillerées de demi-heure en demi-heure ; tels sont les moyens qui suffiront, dans l’immense majorité des cas , pour combattre celle affection.

Dans la dysenterie grave , les moeens que l’art emploie varient, ainsi que les formes qu’elle peut revêtir. Ainsi dans la dysenterie avec prédominance de symptômes inflammatoires , les évacuations sanguines générales et locales devront être mises en usage. Dans la dysenterie qui prend quelques caractères bilieux, on devra prescrire les boissons acidulés et les évacuations par haut ou par bas. Quand elle se présente avec prostration extrême des malades, avec affaiblissement et tout ce qui caractérise l’état adynamique, on devra s’abstenir de retirer du sang et on devra recourir aux astringents et aux toniques, tels que le quinquina, le simarouba , le cachou, le ratanhia, les vins généreux, auxquels on pourra joindre les lavements opiacés et quelquefois l’application d’un vésicatoire sur le ventre.

Les moyens les plus opposés ont été vantés dans le traitement de la dysenterie ; il n’est pas possible, dans l’état actuel des choses, de porter un jugement définitif sur ces moyens.

La dysenterie chronique s’observe principalement à la suite des épidémies- Elle a presque toujours une terminaison fatale, précédée par un amaigrissement extrême, par une altération profonde de la face , par l’anasarque et quelquefois le scorbut.

Page 1