CLOU HYSTÉRIQUE
Il existe le plus ordinairement avec l’hystérie ; mais quelquefois cette affection s’en sépare et se présente d’une manière isolée.
Le clou hystérique consiste dans une douleur qui occupe un point très-circonscrit de la tête. Son siège le plus ordinaire est l’un ou l’autre pariétal. Use montre rarement au front et aux temporaux. Sydenham est le premier qui ait comparé cette douleur à celle causée par un instrument piquant qu’on enfoncerait dans le cuir chevelu. Souvent celte douleur est mobile ; rarement on la voit occuper plusieurs points à la fois. Comme la migraine , elle s’accompagne de vomissements, souvent de bile verte, porracée. La durée du clou hystérique varie. Il y a des individus chez | qui elle ne se prolonge que quelques minutes; chez d’autres elle dure sept ou huit jours. Sou traitement rentre complètement dans celui de la migraine.
AUTRES CÉPHALALGIES.
Il y a quelques années , j’ai observé un individu qui fut pris de céphalalgie tellement atroce, qu’il poussait des cris continuels. Cet individu ayant succombé, nous l’examinâmes
avec beaucoup d’attention. On ne trouva rien du côté des nerfs , des méninges et du cerveau ( Traité de l’hydrocéphale aiguë, par M. Charpentier, page 60).
A côté de ces cas , il y en a d’autres où il existe des lésions qui échapperaient à la vue , sans des recherches très-minutieuses. Ainsi on trouve dans le tome XXIX des Archives de Médecine, l’observation d’un individu mort d’une céphalalgie atroce, avec commencement d’amaurose et de surdité, chez lequel il n’existait qu’une coloration ardoisée de la substance grise. Voici maintenant un autre fait qui prouve que certaines céphalalgies peuvent être périodiques , ne pas offrir pendant longtemps de lésions, et en présenter ensuite toutà-coup. Un homme fut atteint d’hémicrânie périodique, qui dura fort longtemps , et dont il ne guérit que lorsque des concrétions calculeuses eurent été évacuées par les fosses nasales.
RACHIALGIE.
On appelle ainsi une douleur nerveuse qui se fait sentir le long delà colonne vertébrale. On l’a comparée, mais à tort, à la colique saturnine. Cette douleur peut affecter tout le trajet de l’épine , ou affecter la portion cervicale , dorsale, lombaire. Quelquefois la rachialgie est bornée à une seule partie de la moelle ; c’est l’hémi-rachialgie. Ces rachialgies partielles ne s’annoncent pas toujours par les mêmes symptômes. Dans la rachialgie cervicale, il y a douleur à la nuque , qui s’irradie vers le cou et même vers les membres supérieurs et le tronc , et peut même se compliquer d’autres désordres. Quelquefois il y a convulsion des membres. Le cœur est souvent le siège de palpitations. II y a des étouffements. Les symptômes des rachialgies dorsale et lombaire sont à peu près les mêmes. Il y a cependant quelques phénomènes particuliers. Les urines et les matières fécales peuvent être involontairement rendues ou ne pas l’être. Les membres inférieurs sont plus particulièrement affectés dans la rachialgie. La pression n’augmente pas la douleur , tandis que les mouvements, les changements de position l’exaspèrent. Je me hâte d’ajouter que ces symptômes sont ceux de beaucoup d’autres altérations de la moelle.
Les douleurs que constitue la rachialgie sont remarquables par leur grande mobilité , et disparaissent sans laisser aucune trace. Or, s’il y avait une lésion profonde, on ne verrait pas ces phénomènes se dissiper aussi rapidement. Ces douleurs peuvent aussi se rencontrer et disparaître à plusieurs reprises. On a vu cette rachialgie alterner avec le tic douloureux et d’autres affections nerveuses.
Celte douleur peut durer quelques jours , quelques mois : mais il est à craindre , dans
ce cas , que ce ne soit une lésion organique.
Traitement. On fera des frictions sur la colonne vertébrale avec le baume tranquille , le laudanum , l’huile de jusquiame, et on donnera le cyanure de potassium, les narcotiques. L’expérience a prouvé que les bains frais peuvent avoir une bonne influence. Les bains froids , les bains froids de surprise , les douches sont utiles. Si la douleur persiste et qu’il se manifeste un trouble du mouvement , il faut attaquer la rachialgie comme si elle devait se montrer plus grave. On placera des cordons de sangsues sur la colonne vertébrale; on fera des frictions avec le tartre-stibié , le croton tiglium ; les vésicatoires, les cautères et les moxas sont avantageux.
DE L’ACRODYNIE.
On a appelé ainsi une maladie épidémique qui a régné à Paris pendant deux étés de suite (1828, 1829) , et dont le symptôme prédominant était une douleur à la paume des mains et à la plante des pieds. Cette maladie n’a pas d’analogue connu, ne s’était jamais montrée , et quand elle eut cessé , ne s’est plus montrée que rarement et par cas isolés.
Cette douleur était comparée par les malades à celle que l’on aurait éprouvée si l’on eût enfoncé des aiguilles ou des épingles ; elle augmentait par la pression , diminuant au bout d’un certain temps, disparaissantmême, mais la peau ne reprenant pas pour cela son état normal de sensibilité. Elle devenait au contraire plus ou moins insensible, rouge, et l’épiderme se détachait par larges lambeaux ou tombait d’une seule pièce. Il se formait audessous un nouvel épiderme qui tombait à son tour, et cela pouvait se renouveler ainsi trois ou quatre fois. La sécrétion de la matière colorante de la peau changeait de nature. La peau devenait d’un brun noirâtre , et se rapprochait delà couleur des Nègres.
Il y avait des individus chez lesquels on ne remarquait rien autre chose que la douleur des mains et des pieds.
Chez d’autres, en même temps la muqueuse intestinale se montrait souvent affectée , soit au début, soit pendant la durée de la maladie. Mais cette altération intestinale était plus fréquente au début. On a vu des vomissements survenir , la langue rouge , douleurs épigastriques, diarrhée avec ou sans douleurs intestinales.
Chez un très-grand nombre on ne remarqua qu’un simple dérangement dans l’appétit ; et chez d’autres ce léger symptôme ne s’offrit même pas. Ainsi les altérations dans les voies digestives n’étaient donc pas la chose essentielle dans cette maladie. Le symptôme constant était la douleur aux pieds et aux mains.
Cette épidémie a régné pendant deux étés
cessant entièrement pendant l’hiver. Elle fut remplacée par la grippe, qui elle-même fit place:au choléra.
Sa durée était d’un mois à six semaines et plus.
Le pronostic n’était pas grave ; nul individu n’en est mort.
Celte maladie a frappé un très-grand nombre de personnes.
Causes. Complètement inconnues. Tout ce que l’on sait , c’est qu’elle a sévi sur les classes les plus pauvres et en général dans les quartiers où la population est entassée. II n’est pas prouvé qu’elle ne soit pas contagieuse.
La nature de celte maladie a beaucoup occupé les médecins; le symptôme prédominant qui était la douleur, faisait penser que c’était une maladie du système nerveux. Les recherches les plus minutieuses faites sur les cadavres des individus morts, non pas de cette maladie , mais pendant qu’ils l’avaient , n’ont rien constaté, et rien fait découvrir sur la nature de cette maladie.
Beaucoup de traitements ont été employés pour combattre cette épidémie , mais il faut le dire , aucun n’a réussi. On se bornait vers la fin de l’épidémie à prescrire des bains simples ou émollients , avec des fomentations , des frictions , des cataplasmes émollients et narcotiques.
IIIe CLASSE.— NÉVROSES CARACTÉRISÉES PAR LES LÉSIONS DU MOUVEMENT.
On peut ranger ces lésions dans deux grandes espèces :
lre espèce. Mouvement conservé, mais perverti ;
2« espèce. Mouvement aboli.
Ire Espèce. — DES CONVULSIONS.
Qu’est-ce pour nous, symptomatiquement parlant? Ce sont des mouvements violents involontaires, peu durables, avec alternatives de contraction et de relâchement , d’ailleurs avec ou sans perle de connaissance , et portant le nom d ''éclampsie lorsqu’il y a perte de connaissance , toujours sans écume à la bouche.
Les convulsions doivent être soigneusement étudiées sous le rapport de leurs causes. Au nombre de ces causes on doit ranger la différence d’âge ; ainsi , les enfants y sont bien plus sujets : chez eux on voit des convulsions apparaître dans un état parfait de santé et disparaître sans laisser de traces.
Les convulsions prennent naissance sous l’influence de différents états que présente l’économie.
Influence du système nerveux. Il peut y avoir dans le système nerveux qu’on apporte en naissant une disposition aux convulsions. On la remarque celte disposition, chez les
DE LA VIE DE RELATION
enfants qui ont une tête très-développée , qui présentent une grande excitabilité , qui ont la peau fine , blanche , le système musculaire peu développé. Ils ont dans le regard quelque chose de particulier , de hagard , ils ont de fréquents tressaillements , dorment peu , se réveillent souvent en sursaut, ont le sommeil interrompu par des rêves , ou se réveillent en poussant des cris , sont poursuivis par des terreurs paniques, et présentent des alternatives de couleur de la face , qui paraissent être en rapport avec les oscillations de la congestion.
Les voies digestives sont souvent altérées ; diarrhée fréquente. Il faut faire ici une remarque importante , c’est que ces divers phénomènes du système nerveux coïncident avec des altérations du tube digestif.
Indépendamment de tout cela, on reconnaît encore d’autres causes. Toutes les maladies aiguës laissent à leur suite une prédisposition plus grande aux convulsions. Une forte émotion, à tous les âges , mais surtout dans l’enfance , est une cause des convulsions. La frayeur, la colère, la jalousie , souvent le seul fait de l’imitation, quelquefois la simulation d’une convulsion , et ce dernier fait , tout singulier qu’il paraisse, n’en est pas moins réel.
Peut- il se faire que les émotions fortes de la mère pendant la grossesse agissent sur l’enfant qu’elle porte et le prédispose aux convulsions ?
Faut-il placer l’hérédité aux nombres des causes prédisposantes ? Oui ; on ne peut révoquer en doute que plusieurs maladies nerveuses se transmettent par hérédité.
On a vu des cas où le père et la mère étant parfaitement exempts de convulsions ont donné naissance à des enfants qui ont été moissonnés par des convulsions *.
Par cela seul que des convulsions se seront montrées deux ou trois fois , c’est une raison de craindre la récidive, car c’est une loi dans l’économie, que le système nerveux a une grande tendance à la répétition des actes qu’il a exécutés déjà.
Les douleurs physiques peuvent donner lieu aux convulsions, mais ici rien de stable, rien de fixe , car une douleur atroce ne produira rien sur certains sujets , et d’autres auront des convulsions à la douleur la plus légère 3.
1 J’en connais un exemple remarquable, c’est celui de M. et Mme Lettu, marchands de papiers peints, rue Sainte-Marguerite, n° ï3, qui ont donné le jour à cinq enfants , qui tous ont péri dans des convulsions.
a A ce sujet , M. Andral nous a cité l’exemple d’une dame chez laquelle le narcotisme a été produit par une once de diascordium pris en lavement. La susceptibilité de cette dame était telle, qu'elle a été dix-huit fois à la selle après l’administration d’un grain de kermès fractionné en dix doses , en J>4 heures. A. L.
LÉSIONS DU
Influence de l’appareil digestif. On a vu fréquemment des convulsions survenir pendant le travail de la dentition. Toutes les inflammations gastro - intestinales aigues ou chroniques peuvent donner lieu aux convulsions. Les sécrétions biliaires, les matières fécales accumulées peuvent donner lieu aux convulsions. Un enfant de 9 ans fut pris de convulsions intenses. En explorant son ventre, je trouvai de petites tumeurs inégales, bosselées, que je reconnus pour être dues à un amas de matière fécale, il élaij d’ailleurs constipé depuis huit jours. Les laxatifs, en enlevant la cause, firent complètement cesser les convulsions.
Influence de l’appareil respiratoire. Rien de particulier à noter.
Influence de l’appareil circulatoire. L’accélération du sang peut troubler l’action des centres nerveux, de manière qu’il en résulte des convulsions. Les fièvres intermittentes y prédisposent singulièrement , et elles sont même quelquefois un caractère des fièvres intermittentes pernicieuses. Chez l’enfant un simple mouvement fébrile peut y donner lieu. Ainsi, il faut placer la fièvre comme cause des convulsions. Certes, on a eu raison de rattacher la fièvre comme symptôme d’une infinité de maladies ; mais on voit des individus chez lesquels le délire survient après 24 heures de fièvre ; il en est absolument de même pour les convulsions.
L’état de pléthore générale a été regardé avec raison comme cause de convulsions. Certains enfants naissent pléthoriques. Si chez eux on lie trop vite le cordon, on voit survenir des convulsions quelquefois mortelles.
En faqp de ce fait de l’état de pléthore , on doit reconnaître que l’état d’anémie est aussi cause des convulsions. Ce n’est pas la première fois que dans les maladies du système nerveux, nous voyons des causes opposées produire des effets semblables. Cet état d’anémie peut se présenter spontanément ; ainsi la chlorose que nous avons considérée comme une altération de l’hématose précède si souvent les convulsions , que l’on peut dire que la chlorose y prédispose singulièrement. Les enfants dont la peau ne contient en quelque sorte aucune molécule de sang , dont la couleur ressemble à celle de la cire, sont remarquables parleur facilité à contracter des convulsions. Dans d’autres cas , cet état d’anémie n’est plus spontané mais vient à la suite de maladies chroniques , les convulsions en sont le résultat immédiat. Elles surviennent aussi lorsqu’un individu est tout-à-coup privé d’une grande quantité de sang , comme dans les hémorrhagies. Les animaux qu’on soumet à ces expériences succombent au milieu des convulsions; chez les enfants une hémorrhagie légère peut les déterminer. Il n’est pas de