‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 191 sur 227 · BU TÉTANOS · texte numérisé non relu

BU TÉTANOS

Cette affection est caractérisée par la rigidité des muscles soit d’une partie, soit de tout le corps.

Selon le siège de cette rigidité , le tétanos a reçu des noms divers ; il s’appelle trismus , quand il affecte les muscles de la mâchoire ; opisthotonos , quand c’est la moitié du corps qui se renverse en arrière ; emprosthotonos , quand elle se renverse en avant ; pleurostho tonos , quand c’est vers les côtés ; et tétanos droit, lorsque le corps se tient droit comme % une planche.

Cette affection a évidemment son siège dans les centres nerveux. C’est principalement dans la moelle épinière qu’elle réside , car des observations nombreuses ont toujours rencontré le cerveau intact.

S’il est facile de déterminer son siège , il n’en est pas de même de sa nature ; elle peut être cependant révélée par l’ouverture des corps. Toutes ces ouvertures n’ont pas conduit au même résultat. Il y a quelques faits complètement négatifs , où l’on n’a pas absolument trouvé aucune lésion dans les centres nerveux. J’ai publié moi-même un fait de ce genre dans la clinique médicale ; ce cas était surtout remarquable parce qu’on trouva l’estomac excessivement rouge, et présentant tous les signes de la gastrite la plus intense.

A côté de ces cas négatifs il en est d’autres où l’on a trouvé des lésions. Dans le tome XX des Archives de médecine on trouve l’observation rapportée par Thompson, médecin amé-

ricain, où l’on trouva une sécheresse remarquable de l’arachnoïde rachidienne et cérébrale qui était semblable à du parchemin. Cette sécheresse était particulière à cette séreuse, car les autres ne présentaient rien de semblable.

Bien souvent on a trouvé des rougeurs par injection vasculaire , rougeurs qui résidaient dans les membranes de la moelle , dans la moelle épinière même, particulièrement dans la substance blanche. Si celte injection eut été occasionée par un effet mécanique , elle aurait existé aussi dans le centre crânien , c’est ce qui n’avait pas lieu.

Dans quelques cas on a trouvé une vive rougeur dans un certain nombre de cordons nerveux , soit à ceux qui se détachent immédiatement de la moelle , soit aux nerfs qui se distribuent aux membres. Cette rougeur existait surtout dans le névrilemme extérieur et partiel.

M. Carron du Villards a vu les ganglions sémilunaires rouges. J’ai vu un cas semblable.

Billard a cité deux observations de tétanos de deux enfants , à l’ouverture desquels on trouva un épanchement de sang dans la moelle. Il existe d’autres cas du même genre , ainsi que des cas où l’épanchement était séreux.

Il faut surtout noter les cas où l’on a trouvé des épaississements , des pseudo-membranes, des dégénérescences puriformes , etc. , enfin tout ce que l’on trouve à la suite d’une violente inflammation. M. Dubreuil a eu l’occasion d’ouvrir dix-sept cadavres de tétaniques; dans trois d’entre eux on trouva un dépôt de matière blanchâtre et solide entre l’arachnoïde et la moelle épinière. Dans les quatorze cas restants on trouva des congestions plus ou moins fortes. M. Avon , dans sa thèse , a cité un cas de tétanos avec des fausses membranes enveloppant la moelle épinière. Il est évident que dans ces cas de tétanos, la moelle épinière était en proie à une violente inflammation.

Dans quelques cas on a trouvé le ramollissement de la moelle. M. Lepelletier, du Mans, Mémoire sur le tétanos; M. Alençon , Thèse; M. Pâtissier , tome Y du Bulletin de la faculté; M. Monod, Bulletin de la société anatomique } en ont cité des exemples.

On a aussi cité quelques cas où le siège du ramollissement était beaucoup plus limité , et ces faits d’anatomie pathologique se sont trouvés d’accord avec les recherches physiologiques qui tendent à prouver que les cordons antérieurs président à la mobilité, et les cordons postérieurs à la sensibilité. En effet , dans quelques cas de tétanos , on a trouvé le ramollissement aux cordons antérieurs. M. Combettes en a cité un cas ; un médecin, italien en a cité un autre.

M. Lobstein a vu , dans l’autopsie d’un tétanique, un abcès considérable situé derrière le corps des vertèbres et qui comprimait la moelle épinière. Le sujet qui fait l’objet de cette observation , avait en même temps une vésicule séminale remplie de pus , et dans les derniers temps de sa vie , il s’était livré à la masturbation avec une sorte de fureur.

Dans un assez grand nombre de cas de cette maladie , connue sous le nom d 'arachnitis spinale , on trouve beaucoup de symptômes communs au tétanos.

Depuis quelques années on s’est livré à un grand nombre de recherches pour reconnaître la nature de cette maladie ; il semble que l’on touche au but. Les signes de phlegmasie se sont montrés un si grand nombre de fois qu’il ne s’agit plus que de savoir s’il en est toujours ainsi ; dans tous les cas jusqu’ici observés , si les signes d’inflammation n’ont pas été toujours constatés, on peut dire néanmoins qu’ils l’ont été dans le plus grand nombre.

Pour expliquer le tétanos, on a cherché des lésions ailleurs que dans les centres nerveux. Ainsi , M. Pâtissier lui donne pour cause l’inflammation du cœur et des gros vaisseaux ; le fait sur lequel il se fonde n’est pas concluant. L’ouverture du cadavre fut faite trente-six heures après la mort , et on trouva le cœur très-rouge, à la vérité, mais cette rougeur doit plutôt être considérée comme un phénomène cadavérique que comme une lésion anatomique.

Toutes les altérations possibles , et les plus diverses ont été considérées comme causes du tétanos , les gastrites , les érysipèles , etc. M. Laurent pense qu’il reconnaît souvent pour cause la présence des vers intestinaux.

Causes extérieures. Les plaies, les blessures , les violences extérieures , peuvent occasioner le tétanos ; il porte alors le nom de tétanos traumatique. Mais, une de ces causes ne suffit pas pour produire le tétanos , il faut encore admettre des circonstances qui favorisent la production de celte maladie, ainsi sont les excès de froid, de chaleur, les changements brusques de température , un mauvais pansement , etc.

11 n’y a pas de lésion extérieure pour si légère qu’elle soit qui ne puisse le produire. Ainsi , on l’a vu survenir après l’application d’un séton, l’ulcération d’un bubon vénérien, l’extraction d’une dent, après la piqûre d’une aiguille , l’extraction d'un polype du nez , après une fracture. On cite le cas d’une jeune femme chez laquelle il survint à la suite d’une blessure occasionée par une chaussure trop étroite. Un autre à la suite d’une chute sur la région lombaire.

Dans le cas où le tétanos ne reconnaît pour cause aucune lésion extérieure, il a suffi

pour le produire de la simple action du froid après la chaleur. Joseph Franck a rapporté le cas de deux individus qui , forcés de se jeter dans une rivière pour se soustraire à des poursuites, furent pris de tétanos sur l’autre rive. Des soldats s’étant endormis sur un sol froid et humide furent pris au réveil de tétanos.

Certaines substances ingérées ont une action évidente sur la production du tétanos. Il faut distinguer deux cas, l’un où ces substances agissent d’une manière accidentelle si la prédisposition existe , l’autre où ces substances, non seulement sont causes occasionelles, mais encore ont une influence spéciale sur la maladie : de ce nombre sont la noix vomique, la strychnine , la brucine et la fausse angusture.

Les organes, par leur état morbide, peuvent être des causes occasionelles. Au premier rang sont les inflammations du tube digestif qui n’ont pas besoin , pour produire le tétanos , d’être bien intenses. On a cité le cas d’un soldat qui fut pris de tétanos après une indigestion de raisins verts.

Enfin , on appelle tétanos spontané celui qui survient sans cause appréciable.

A quelle cause rapporter cette variété de tétanos connue sous le nom de mal de mâchoires , que l’on observe surtout aux Antilles chez les enfants ? 11 est probable que les brusques changements de température , si fréquents dans ce pays, ne sont pas la seule raison de celte affection ; l’entassement , la malpropreté y contribuent pour le moins autant. Ce qui, le prouve , c’est qu’à Wilna où le climat est si différent , cette affection se retrouve chez les nouveau-nés des juifs, qui présentent ces conditions d’entassement et d’insalubrité.

Symptômes. L’invasion du tétanos est ordinairement brusque et instantanée. Chez quelques sujets cependant , et cela arrive surtout dans les cas de tétanos dus à des. causes peu actives , il peut exister quelques prodromes comme des engourdissements dans les membres , des espèces d’accès irréguliers de rigidité musculaire devenant de plus en plus violents et de plus en plus rapprochés. Chez les blessés , on observe quelquefois qu’ils deviennent tristes, moroses, qu’ils éprouvent des terreurs soudaines et sans motifs, qu’ils perdent l’appétit et le sommeil , qu’ils présentent des mouvements convulsifs dans les mâchoires, le cou , les muscles de la déglutition , et que ces phénomènes deviennent de plus en plus fréquents etdurables jusqu’à l’invasion définitive de la maladie.

Dans la plupart des cas, le tétanos débute par le trismus. Pendant plusieurs jours il peut rester borné à ce degré ; mais , bientôt la rigidité se propage aux muscles de la face, à ceux du cou , du tronc, des membres qui se

LÉSIONS DU MOUVEMENT

raidissent , deviennent immobiles, et le téta-^ nos devient général.

Alors , le corps tout entier reste immobile, droit ou renversé dans des sens divers ; les plus grands efforts exercés pour le fléchir ou lui donner quelque autre attitude sont impuissants; on voit les muscles convulsés, durcis et comme pelotonnés sur leur centre.

Les contractions du tétanos , si violentes et si prolongées qu’elles .soient , présentent cependant , à des intervalles irréguliers , des moments de détente plus ou moins marqués et d’une sorte de relâchement général , qui permettent au malade de faire quelques mouvements et de prendre quelques boissons. Mais bientôt la raideur revient plus intense.

L’intelligence se conserve intacte jusqu’au dernier moment de l’existence. Dans quelques cas cependant , le délire survient.

La sensibilité cutanée peut rester intacte ou s’altérer.

La circulation est ordinairement troublée : il y a de cènt à cent vingt pulsations.

La respiration est ordinairement gênée , et le devient d’autant plus , que les malades approchent de la mort. On peut même dire qu’ils périssent presque tous par asphyxie, les muscles pectoraux éprouvant une trop grande perturbation.

La durée peut être de quelques heures , de quelques jours ; elle peut se prolonger à quelques mois. La durée moyenne est de quatre à cinqjours.

Il se termine ordinairement par la mort. Le retour à la santé est le cas le plus rare. Il y a cependant quelques cas de guérison.

Traitement. A varié selon les idées que l’on se faisait de la nature de la maladie. Ainsi , les émissions sanguines ont été employées à profusion par les médecins qui considèrent le tétanos comme une inflammation. Plusieurs cas ainsi traités ont été guéris. M. Lepellelier du Mans a cité un cas où il tira douze livres de sang en six fois. Le malade fut guéri.

M. Martin a rapporté plusieurs observations de guérison ainsi obtenues. Il administrait un bain tiède, et pendant le bain, qui durait plusieurs heures , il tirait, à chaque heure , trois onces de sang.

M. Lisfranc a présenté dernièrement à l’Académie de Médecine un homme qu’il a guéri du tétanos, en employant le traitement antiphlogistique le plus rigoureux. En dix-neuf jours il a fait huit saignées de quatre palettes chacune environ , et dans le même temps il a appliqué 792 sangsues tout le long du rachis, excepté 5o qui ont été appliquées à l’épigastre.

Ces faits divers me forcent à convenir que si j’avais un tétanos à traiter , je n’emploie-

rais pas d’autre moyen que le régime antiphlogistique dans toute sa rigueur.

Il est bon de ne pas borner l’application des sangsues au rachis , et de les porter à la nuque , aux mâchoires , autour de la plaie , s’il en existe.

Les narcotiques ont été beaucoup préconisés et beaucoup employés. Quelques cas de guérison ont été obtenus par ce moyen. On peut les employer , soit seuls , soit conjointement avec les évacuations sanguines. Un fait singulier quant à l’administration de l’opium, c’est que dans cette maladie il ne produit pas son effet ordinaire. On l’a administré à la dose de trente grains, sans endormir le malade.

L’incertitude dans le traitement s’explique par l’incertitude des altérations que l’anatomie pathologique nous découvre.

Un médecin italien dit avoir obtenu deux guérisons en employant la morphine par la méthode endermique.

L’acide prussique n’a jamais réussi.

Les révulsifs sur les intestins peuvent être convenablement employés dans quelques cas. Les révulsifs à la peau , les bains de vapeurs surtout , ont été très-employés.

Il existe encore quelques moyens beaucoup vantés, et que l’on peut regarder comme empiriques ; tels sont :

Le mercure poussé jusqu’à la salivation , dont un^médecin anglais dit avoir retiré de si grands avantages ;

La teinture de cantharides ;

Le phosphore ;

Le sous-carbonate de fer ;

Le sous-carbonate de potasse ;

L’arsenic ;

L’huile de térébenthine à l’intérieur.

Enfin, M. Cruveilhiera obtenu un plein succès chez un malade dont le tétanos était fixé aux muscles pectoraux , en lui faisant cadencer la respiration.

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