MOUVEMENT. 39B
l’oxyde de cuivre ammoniacal, la solution ammoniacale de Pearson , le nitrate d’argent, les préparations mercurielles , le sulfate de quinine , les cantharides , ont été employés et préconisés par un grand nombre de médecins.
M. Elliotson prétend que le sous-carbonate de fer administré dans une centaine de cas n’a jamais échoué lorsque la chorée était récente, que les malades^ étaient jeunes et de bonne constitution. M. Baudelocque a aussi administré ce médicament, et dit s’en être bien trouvé.
Les bains froids ont été longtemps employés , et on y avait renoncé quand ils ont été de nouveau préconisés par Dupuytren , qui enseignait qu’il n’y avait pas de chorée qui leur résistât. Il les donnait aussi par surprises. Les douches , les affusions froides , les bains tièdes , les bains de mer ou de rivière , la natation , la gymnastique et tous les exercices du corps ont été employés avec des succès divers.
Enfin , pour terminer cette énumération , M. Baudeloquea le premier conseillé les bains sulfureux, et ce praticien en a obtenu des succès incontestables. Dans l’espace de cinq mois 27 malades furent soumis à leur usage , et a5 fois la guérison eut lieu.
Ils sont donnés tous les jours, le dimanche excepté ; leur durée est d’environ une heure.
Dü TREMBLEMENT.
Cette maladie, qui est très-commune, a été à peine indiquée par les auteurs. Elle consiste dans une modification telle du système musculaire , qu’une partie des muscles du corps , ou tous ensemble , sont pris de tremblement.
Ce tremblement peut survenir sous l’influence des causes les plus diverses.
Il peut être le résultat de certains actes cérébraux , tels qu’une passion vive, une émotion, une colère violente , une vive frayeur.
Il est d’autres causes qui agissent en perturbant ou en affaiblissant le système nerveux : et de toutes ces causes , la plus puissante est la masturbation. Il arrive souvent après les fortes maladies aiguës, après les hémorrhagies considérables.
C’est sous l’influence de cette diminution de l’influx nerveux que se produit ce tremblement connu sous le nom de tremblement sénile,’ tremblement qui peut apparaître à une époque peu avancée de la vie.
Il est des causes qui résident dans les muscles eux-mêmes. Ainsi il survient quelquefois après de grandes fatigues musculaires.
On a vu des femmes être prises du tremblement à chaque retour des règles.
On l’a vu survenir , chez quelques individus , après la suppression de quelques sécrétions habituelles.
3g4 MALADIES DES ORGANES DE LA VIE DE RELATION.
Parmi les causes extérieures , les violences sur la colonne vertébrale , les températures basses, etc., certaines substances , telles que l’abus du café, du thé, quelquefois de l’opium.
On a dit aussi , mais ce n’est pas prouvé , qu’il survenait souvent chez les ouvriers employés dans les manufactures de tabac.
Il survient très-communément après l’inspiration de vapeurs mercurielles. Ce qu’il y a de remarquable , c’est que les vapeurs mercurielles respirées ne déterminent pas la salivation , mais le tremblement , tandis que le mercure soit ingéré dans l’estomac , soit absorbé par frictions, détermine la salivation et non le tremblement. Cependant on a cité quelques cas très-rares où le tremblement était survenu, le mercure ayant été pris par ce dernier moyen.
Il est quelquefois survenu, les individus ayant été soumis à l’influence des préparations de plomb.
Toutes ces causes diverses n’expliquent rien et ne nous apprennent rien sur la nature de celte maladie ; car qu’y a-t-il de commun entre elles?
Voyez encore chez les malades atteints de fièvres graves , à mesure qu’ils s’affaiblissent et qu’ils se prostrent , voyez comme le tremblement survient, et comme il devient de plus en plus fort. Et ceci est un phénomène important à noter , car lorsque ce tremblement est arrivé , c’est un indice certain qu’il ne faut plus faire d’évacuations sanguines.
Il est des cas où un tremblement partiel se manifeste. On voit des individus chez lesquels le poids le plus léger, un canif, une plume , etc. , déterminent le tremblement de la main.
Symptômes. Le nom de la maladie les indique.
11 peut être général, ce qui est rare, ou partiel , ce qui est beaucoup plus commun. Chez les vieillards il est borné à la tête. Il peut l’être à quelques muscles de la face.
Il est beaucoup plus fréquent aux membres, surtout aux supérieurs. Il peut être borné à un bras , à une main.
Chez quelques individus il existe à l’état de repos et d’activité. Chez d’autres , l’état de repos le suspend.
Il peut être périodique ou continu.
Durée. Une fois produit, il peut ne plus cesser , comme aussi il peut cesser , et alors sa durée est aussi variable que les causes qui l’ont produit. S’il est dû à une émotion , il est peu durable ; il l’est plus , au contraire , s’il a été produit par une hémorrhagie. Il survit longtemps s’il est dû à la peur. La durée du tremblement mercuriel n’est pas limitée ; elle dépend du temps où l’individu aura été soumis à la cause. Dans un cas cité par
M. Foville, et où- le tremblement fut dû au mercure pris et non respiré , il dura huit mois.
Le traitement doit varier selon les causes qui l’ont produit. On peut employer plusieurs méthodes , qui se résument en excitante , débilitante , perturbatrice.
Si ce tremblement a un siège , et toute lésion de fonction doit avoir une lésion d’organe, ce siège doit être dans la moelle épinière. Il suit de là que c’est vers ce point qu’il faudra quelquefois agir. Des vésicatoires, des applications chaudes, le repassage sur la colonne vertébrale mis en usage pour le choléra, pourront être utiles. Certaines substances qui agissent sur la moelle , telles que la noix vomique et la strychnine, pourront être convenablement employées.
Quant au traitement du tremblement mercuriel , il s’agit souvent d’éloigner la cause pour le guérir. En général on prescrit une diète lactée, des bains tièdes. Les purgatifs ont été employés souvent avec succès. On s’est aussi servi des antispasmodiques. Mais ce qui a été le plus souvent employé, c’est la décoction des quatre bois sudorifiques associée aux bains de vapeurs.
Plusieurs médecins allemands administrent le soufre. Après un régime doux et quelques purgatifs , ils donnent un scrupule de fleurs de soufre uni à un scrupule de nitrate de potasse.
Dans le tremblement purement nerveux , on s’est bien trouvé des bains sulfureux.
affections qui consistent en mouvements désordonnés y ou contractions permanentes de certains muscles.
D’abord on peut observer des mouvements convulsifs isolés, et dont le point de départ est dans le muscle même. C’est ainsi que les paupières peuvent être le siège de petites convulsions désignées sous le nom de clignotement; ces convulsions peuvent se montrer aux autres muscles de la face , dans le tendon des muscles (soubresaut des tendons), quelquefois dans le corps charnu des muscles (palpitations musculaires J , il est quelquefois plus général.M.Desalleurs, fils, a cité dans le tome XIX des Archives de médecine , l’observation d’une fille de 26 ans qui, pendant la convalescence d’une fièvre grave, fut prise d’un mouvement continuel de flexion et d’extension de la jambe gauche. Cette affection dura 5 ans, au bout de ce temps les yeux rougirent, s’enflammèrent, une ophthalmie aiguë se déclara, qui fut remplacée par une palpébrite chronique. Ce qu’il y a de remarquable dans cette observation , c’est que lorsque des phénomènes morbides se déclarèrent aux yeux ceux de la jambe cessèrent. I
Il existe des cas rares où tous les muscles
LÉSIONS DU
du corps participaient à un mouvement désordonné. Une femme, âgée de trente-deux ans, éprouvait de cinq en cinq minutes un mouvement d’extension subit , complet de tout le corps. L’observateur ne pouvait pas mieux comparer ce qui se passait dans cette femme qu’à la commotion qu’on éprouve par une forte décharge électrique. Il n’y avait au reste aucun trouble de l’intelligence et de la sensibilité. Cette affection dura deux ans , au bout desquels et après avoir essayé de toute espèce de moyens, on fit des frictions avec la pommade slibiée,ces frictions déterminèrent une éruption ; en même temps on donna pendant quelques jours six grains de sulfate de quinine. L’affection céda à ce traitement.
Tout cela se passe plus souvent dans un certain nombre de muscles , les autres y restant étrangers. Il en résulte changement de forme , de situation , de rapport. On l’a d’abord observé à la face: de là une grimace permanente, surtout distorsion de la bouche. H est très-important de savoir cela pour ne pas s’en laisser imposer ; car la déviation de la bouche étant un symptôme de maladies graves, il faut savoir que cette déviation peut être due à d’autres causes. C’est quelquefois le muscle élévateur de la mâchoire inférieure, qui présente cette contraction; plus rarement ce sont les muscles abaisseurs , alors tout-àcoup la bouche s’ouvre grandement, et les efforts qu’on fait pour la fermer sont vains. J’ai vu un cas de ce genre dans la convalescence d’une pleurésie. C’est tantôt aux muscles du cou qu’est bornée cette contraction : le torticolis peut dépendre de celte cause. On trouve des faits de ce genre dans le tome III de la Gazette médicale.
Contraction des muscles des membres supérieurs. Ici il y a des cas où l’on a vu tout-àcoup les épaules s’élever de manière à déterminer la distorsion. Ces cas, on les a observés chez des jeunes filles à l’époque de leur menstruation. Cette distorsion , au lieu de venir tout-à-coup peut venir graduellement. Dans d’autres cas , la contraction a eu lieu dans les muscles fléchisseurs : d’où flexion de l’avantbras sur le bras , et de la main sur l’avantbras. On trouve un certain nombre de faits de ce genre dans le tome VIII du Journal hebdomadaire. On voit d’abord que ces cas sont relatifs à de jeunes sujets de quatre à seize ans ; ce sont des filles en général. Dans tous , les accidents sont survenus au milieu de la santé. Les individus ont commencé à ressentir un picotement ou un engourdissement ; puis est survenue une crampe qui s’étendait du coude à l’extrémité de la main. Puis arrivait la contracture dont nous avons parlé. Si l’on voulait ramener les muscles à leur situation naturelle , on éprouvait une grande rési stance ; et si on faisait des efforts , on faisait
MOUVEMENT. 3g5.
éprouver une Yive douleur. La durée a été variable, depuis quelques minutes jusqu’à quelques heures, un jour, même plusieurs jours. Il y a eu des cas où ces phénomènes ont disparu , pour revenir plus ou moins longtemps après.
Aux membres inférieurs. — Mêmes phénomènes à peu près. Le cas le plus singulier est celui donné par M. Fallofc , dans le Journal complémentaire, année 1829. Une fille de dix-neuf ans eut une suppression de règles à la suite d’une frayeur. Elle fut prise, chaque mois après et à peu après à l’époque où ses règles devaient venir, d’une contraction spasmodique des membres inférieurs. La flexion des jambes sur la cuisse était si forte, que les talons venaient toucher les fesses. Dans l’intervalle il y avait santé parfaite. Dira-t-on qu’il y avait là congestion? Ce qu’il y a de certain , c’est que les règles ayant reparu , les convulsions cessèrent.
Les muscles du tronc. Les convulsions ou les contractions peuvent se fixer sur les muscles qui vont du tronc aux membres supérieurs ; de là , différents mouvements à ces membres. J’ai vu une jeune fille dont les deux bras s’étaient subitement rapprochés du tronc. Ceux qui vont du tronc aux membres inférieurs , et ces mouvements peuvent simuler des luxations diverses. On a vu des individus , bien portants jusques là, être pris tout-à-coup d’un raccourcissement d’un des membres inférieurs. Ce raccourcissement peut être étendu d’un demi-pouce à deux pouces. En pareil cas, il est important de mesurer la distance qu’il y a de la rotule à l’épine iliaque antérieure et supérieure ; de mesurer la distance qu’il y a entre la crête iliaque et les côtes ; voir si cette distance est égale des deux côtés. La direction du membre peut être normale ; le pied peut être porté en dedans. Ce raccourcissement cesse en général quand 011 fait coucher le malade. Il cesse aussi par une forte traction sur le membre. En le palpant , on le trouve gonflé et douloureux , douleur qui se rapproche des crampes ou des rhumatismes.
Tantôt il est permanent ; tantôt il va et vient.
Il y a des cas où les deux membres sont simultanément atteints , d’autres cas où c’est aujourd’hui un membre , demain un autre.
Ce caractère, quand il existe , suffira pour le distinguer des luxations. C’est surtout avec les luxations de la symphyse pubienne qu’on pourrait le confondre.
Durée. Très -variable : tantôt quelques heures, tantôt plusieurs jours , même plusieurs mois.
L’invasion peut être brusque ; d’autres fois elle est lente et graduelle.
Quelques circonstances peuvent coïncider avec ces contractures : la plus fréquente est
le rhumatisme. Dans un cas cité , le malade devenait maigre, dépérissait, avait la fièvre et une légère diarrhée. On découvrit qu’il se livrait à l’onanisme avec fureur.
Dans d’autres cas il n’y a pas de circonstance appréciable . J’ai vu à la Charité un cas où cette maladie ne fut qu’un des accidents d’une affection nerveuse générale. Une femme, âgée de trente-sept ans , ayant eu une aliénation mentale, entra à la Charité , accusant des étouffements et des palpitations , de telle sorte qu’on pouvait soupçonner un anévrysme du cœur. Peu à peu les symptômes du côté du cœur disparurent. Elle fut prise en même temps d’une douleur atroce à la tête , douleur que nous avons nommée clou hystérique. Cette douleur disparut elle-même pour faire place à une douleur vive et poignante dans la poitrine. Tout cela disparut , et on reconnut une paralysie du membre thoracique droit. L’intelligence était parfaite. Celle paralysie disparut pour être remplacée par une extension subite et permanente de ce membre droit , et enfin raccourcissement du même membre. En même temps anesthésie de quelques parties de la peau. Au bout de quelques jours, ce raccourcissement cessa ; rien de nerveux ne se manifesta. La malade sortit guérie.
Je ne vois pas que jusqu’à présent on ait constaté de raccourcissement spasmodique chez des hommes; c’est toujours chez des femmes. Les plus jeunes avaient treize ans , les plus âgées trente-sept ans.
Voyez sur celte affection Piorry , Recueil de la Société de Médecine de Paris> t. LXlVj
Thèse j 1829, par Tibel ;
Dalmas, Journal hebdomadaire , t. 1er.
Traitement. Tout ce qui convient aux maladies nerveuses déjà exposées. On peut plonger les malades dans des bains dont on variera la température , douches , frictions de belladone et d’axonge ; lotions avec une solution de cyanure de potassium. Les moxas ont très-souvent réussi.
Rire nerveux ou convulsif. Dans le t. XVII des Archives , il y a une observation d’une jeune fille qui fut prise d’un rire convulsif inextinguible. Le médecin lui plaça un bandeau sur les yeux ; le rire cessa.
Éternument. On voit des individus chez lesquels il dure si longtemps, qu’il devient Inquiétant. Dans le t. XXIII de la Bibliothèque médicale , on cite l’exemple d’une jeune fillede vingt-un ans prise d’un éternument qui dura onze jours. On la fit vomir; elle fut guérie.
Hoquet. Contraction subite du diaphragme, accompagnée de l’introduction bruyante de l’air par l’ouverture rétrécie de la glotte. Il se montre quelquefois comme symptôme de certaines maladies graves, dans certains cas de péritonite , de pleurésie , de blessures du
diaphragme. Nous n’avons à nous occuper ici que du hoquet spasmodique.
Ce hoquet , seul phénomène morbide , peut survenir sans cause connue, dans le cours d’une affection nerveuse. On l’a vu survenir par imitation. Il peut durer plusieurs jours , ou plus longtemps encore : il y a des cas de durée d’un mois , six mois , treize mois , dixhuit mois , quatre à cinq ans. Lorsqu’il dure ainsi, l’individu s’y habitue.
Il est des cas où il est accompagné de symptômes graves. Les malades sont tourmentés d’une douleur vive à la région du diaphragme. Veulent-ils manger? le hoquet survient après le repas , et si fort qu’H provoque des vomissements. Veulent-ils parler ? le hoquet arrive aussitôt. En un mot, tout ce qui agit sur les nerfs est cause du hoquet; et comme l’individu vomit , la nutrition ne s’opère pas , il maigrit et dépérit.
Voici un cas tellement bizarre , qu’il ne mériterait pas croyance , s’il n'avait eu pour témoin un homme digne de foi , le docteur Hellis de Rouen.
Un enfant de sept ans, fils de fermier, éprouve au dos un sentiment particulier qu’il compare au frottement d’un corps soyeux. Partie du dos , cette sensation monte à l’épigastre > et arrivée là , le hoquet survient. Ce phénomène dura trois ans. A cette époque cette sensation franchit l’épigastre, va au cou, et se répand dans toutes les parties du corps. Longtemps concentrée au tronc , elle le quitte, arrive aux membres supérieurs et descend , comme un chatouillement , jusqu’aux doigts , et arrivée là , le hoquet commence. Un jour , machinalement , l’individu ferme la main ; le hoquet ne survient pas. Cela dura ainsi neuf ans, et si le malade oubliait de fermer la main, le hoquet survenait. Le hoquet survenu , en serrant la main, il le suspendait. C’est dans ces circonstances qu’il fut soumis aux soins du docteur Hellis. Il appliqua une ligature au poignet, qui ne produisit rien. Quelques phénomènes survinrent pendant deux ans , après lesquels tout disparut , et des nodosités survinrent aux doigts , comme aux vieux goutteux (Tome II , 1825 , Revue médicale ).
Traitement. Moyens moraux; usage des boissons froides , acides ; glace, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur; substances excitantes, musc, castoréum. Dupuytren en a guéri un cas par l’application du cautère actuel sur l’épigastre.
2e Espèce. — ABOLITION DU MOUVEMENT.