‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 194 sur 227 · UE LA PARALYSIE · texte numérisé non relu

UE LA PARALYSIE

La paralysie est , dans un grand nombre de cas , le résultat des lésions que nous avons déjà étudiées. Peut-elle exister indépendamment de ces lésions ? Oui ; l’observation a démontré que la paralysie pouvait constituer à

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elle seule une lésion spéciale j en d’autres termes, qu’elle n’était point toujours symptomatique , mais que quelquefois elle était idiopathique.

On peut prouver que la paralysie est , dans certaines circonstances, idiopathique, par l’anatomie pathologique , par les symptômes qu’elle détermine , enfin par le traitement qu’on lui oppose avec succès.

Un des travaux les plus remarquables qui aient été faits sur ce sujet , est celui de M. Lélut , médecin de Bicêtre. A l’ouverture des corps d’individus morts paralytiques , il n’a absolument trouvé aucune lésion appréciable, qui pût rendre compte de la paralysie. D’autres observateurs ont cité des cas semblables où les centres nerveux et les cordons nerveux étaient exempts de toute altération. Il est donc admis aujourd’hui dans la science, que la paralysie peut exister sans laisser de lésion appréciable sur le cadavre.

Pour les symptômes , très-souvent le trouble du mouvement est le seul qui existe; mais celle circonstance n’est point suffisante. Ce qui est plus important à prendre en considération , c’est la marche de la paralysie. Il y a des paralysies qui vont et viennent; elles sont inconstantes, mobiles, fugitives. Or, rien de semblable ne s’observe dans les paralysies qui sont sous l’influence d’une lésion organique.

Les causes de ces paralysies sont très-diverses. Il en est qui succèdent à des névralgies. Ainsi , dans une partie ayant été plus ou moins longtemps le siège d’une névralgie , la paralysie peut succéder à cette dernière lésion. Le rhumatisme musculaire peut être également remplacé par la paralysie. Celle observation n’avait point échappé aux anciens médecins, qui nous en ont transmis plusieurs exemples dans leurs ouvrages.

Dans les Indes-Orientales, sur les bords du Gange, et dans un pays peu éloigné de nous, en Espagne , règne une maladie épidémique intermittente qui affecte les membres et l’intestin en même temps, en les frappant de paralysie. On appelle celte affection du nom de béribéri. Les Anglais nous ont transmis des volumes sur cette maladie , dont ils n’ont éclairé, il faut le dire, ni l’étiologie ni le traitement. Elle règne aussi dans les pays froids de l’Orient. Dans nos pays on observe quelque chose d’analogue après un saisissement subit par le froid.

Il y a des substances qui , ingérées dans l’économie et absorbées , ont la propriété de déterminer la paralysie. Dans ce cas est le plomb, qui produit la paralysie des membres supérieurs. Toutes les préparations saturnines sont dans le même cas. Il est probable que l’altération que détermine ce métal s’exerce sur la fibre musculaire.

Les émotions fortes peuvent déterminer la

paralysie sans qu’il y ait lésion des centres nerveux. Sous cette influence on peut voir survenir la paralysie de la langue , la paralysie de la face. La paralysie de la langue , par exemple, peut disparaître presque aussitôt qu’elle est survenue ; elle peut même disparaître sous l’influence d’une autre émotion. Souvent , dans ces cas , en soumettant l’individu à l’influence de l’électricité, la paralysie peut disparaître instantanément. Mais retenez bien que ce n’est que dans le cas de paralysie sans lésion pathologique. J’ai vu des cas où , à l’instant même qu’un courant galvanique traversait la langue , la parole revenait. Ces cas de paralysie instantanée , sous l’influence d’une cause morale , ne rappellent-ils pas la syncope déterminée par l’annonce d’une triste nouvelle ou d’une forte émotion ?

Je connais un cas dans lequel il s’agit d’une jeune personne paralysée depuis longtemps des membres , qui a recouvré le mouvement sous l’influence du magnétisme animal. Mais il importe de remarquer que cette jeune fille avait l’imagination très-vive, et qu’il peut n’y avoir eu dans ce cas qu’un effet moral. Ici, je note un fait , me réservant de traiter à fond la question du magnétisme animal.

Au reste , plus on remonte dans le passé , plus on rencontre de ces faits remarquables de guérisons de la paralysie par des moyens très-curieux , et qui se rapprochent plus ou moins du magnétisme. Il existe un livre imprimé dans le XVIIIe siècle, où sont consignés tous les faits extraordinaires de paralysies guéries. Je ne veux vous en citer qu’un, et remarquez bien qu’ici nous ne voyons les circonstances de cette guérison , qu’en physiologiste et en pathologiste.

Une demoiselle , Louise Hardouin, était paralytique depuis fort longtemps. En 1723, quatre médecins constatent sa paralysie, et la déclarent incurable. A cette époque, se passaient les célèbres miracles du diacre Paris. La malade voulut aller à son tombeau , et avant d’y aller, elle fait constater le fait de la paralysie par des témoins , dont le principal était un M. Parent, juge à la cour des comptes. Cette demoiselle ne pouvait même pas marcher avec des béquilles ; on la roulait dans un fauteuil. Placée sur le tombeau du diacre Pâris, elle se sent guérie , sort de l’église Saint-Médard , sans aide, va jusque chez elle, rue Geoffroy-Lasnier, et monte au second étage. Voilà un fait, s’il est authentique, qui prouve que le trouble fonctionnel peut ne pas être en rapport avec tla lésion organique, et que la maladie que nous étudions peut être produite par une lésion matérielle autre que celle que, dans l’état actuel de la science , nous pouvons apprécier par le scalpel.

Cette paralysie peut être^partielle ou générale.

Partielle, elle peut être bornée aux muscles moteurs de l’œil ; de là le strabisme. Après une fièvre typhoïde grave , on voit des individus être pris de strabisme. J’ai ouvert une femme qui avait présenté cette circonstance ; mais je n’ai trouvé aucune altération qui pût expliquer le strabisme.

La paralysie peut affecter les muscles de la face , la langue. Elle peut frapper un ou plusieurs membres.

Paralysie de la face . Elle a son siège dans le nerf facial qui , comme on le sait , résulte de la cinquième paire et de la portion dure de la septième paire. Cette septième paire est spécialement destinée au mouvement des muscles de la face , tandis que la cinquième préside à la sensibilité.

Les lésions les plus diverses du nerf luimême ou des parties qu’il traverse , peuvent produire cette paralysie.

Elle débute ordinairement d’une manière subite : la bouche se dévie subitement , et , dans la plupart des cas , c’est en s’éveillant que les malades s’aperçoivent de cette déviation. Cette paralysie commence le plus souvent à partir du trou stylo-mastoïdien. Elle a pour résultat d’arrêter les mouvements du muscle buccinaleur qui ne se contracte plus. L’action de siffler est impossible ; les paupières ne peuvent plus se fermer , si ce n’est pendant le sommeil; phénomène dû alors au relâchement du muscle élévateur de la paupière supérieure. Le muscle sourcilier, le muscle frontal sont frappés de paralysie ; les mouvements de la langue restent intacts; l’œil est rouge, larmoyant , parce que les paupières ne peuvent essuyer le globe oculaire.

Les causes occasionelles de cette affection sont fort obscures. On l’a vue survenir après une impression du froid.

La durée est variable ; elle cesse quelquefois après quelques jours ; dans d’autres circonstances elle se prolonge plus ou moins longtemps.

Traitement. Des traitements divers ont été essayés contre celte paralysie. On a appliqué des vésicatoires et des moxas sur la face. On a fait usage de courants électriques. Le docteur Montault qui a fait un travail estimable sur cette paralysie, a prouvé par des observations que cette paralysie pouvait disparaître spontanément , et sans qu’on ait besoin de recourir à des moyens thérapeutiques.

IVe CLASSE. — NÉVROSES AYANT LEUR SIEGE

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