‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 202 sur 227 · DE LA CATALEPSIE · texte numérisé non relu

DE LA CATALEPSIE

La catalepsie (du grec , je sai-

sis, j’arrête), est une affection des centres nerveux , caractérisée par une raideur tétanique générale ou partielle des muscles , dans laquelle les membres conservent, pendant l’attaque , la position qu’ils avaient auparavant, ou celle qu’on leur fait prendre durant l’attaque, avec suspension plus ou moins complète de l’intelligence et de la sensibilité.

La catalepsie se présente sous forme d’accès et dans des intervalles plus ou moins éloignés. Dans l’intervalle des accès , les cataleptiques jouissent ordinairement d’une bonne santé.

Les symptômes de la catalepsie sont fort complexes. Pour en donner une idée juste , nous allons décrire une attaque de cette affection.

Après quelques phénomènes précurseurs , comme de la céphalalgie , des agitations d’esprit , de l’embarras dans la tête , des douleurs , des palpitations, des bâillements, quelques convulsions ou des crampes, quelquefois sans prodromes, le malade éprouve une perte plus ou moins complète de connaissance ; son cou et ses membres se raidissent ; ses yeux deviennent fixes et se dirigent en avant ou en haut. Tantôt la respiration et la circulation s’exécutent plus ou moins facilement , tantôt ces deux fonctions ne sont plus appréciables et sont comme suspendues. Dans d’autres circonstances , le pouls est fort et fréquent , et les artères de la tête surtout battent avec beaucoup de force. La flexibilité des

membres plus ou moins grande leur fait souvent conserver la position qu’on leur donne pendant l’attaque. Dans quelques cas, au contraire , ils sont rigides et 11e peuvent plier. Dans quelques circonstances enfin, leur rigidité n’est pas assez grande , et ils s’abandonnent à leur propre poids. Les positions les plus diverses peuvent être données au corps d’un cataleptique. Les membres et le tronc peuvent se fléchir de tous côtés , en avant, en arrière , à droite , à g^jiche. La force de contraction musculaire est tellement modifiée que les cataleptiques peuvent rester plus longtemps dans une position donnée ou imprimée que dans l’état normal. Dans quelques cas rares, l’intelligence, il est vrai, n’est pas troublée, mais dans le plus grand nombre des cas, le cataleptique 11e conserve aucun souvenir de ce qui s’est passé pendant la durée de l’accès. En effet, les uns ne profèrent pas la moindre parole ; d’autres prononcent quelques mots , mais sans ordre. La sensibilité générale est abolie. C’est en vain que chez ces malades on pince la peau, ils paraissent complètement insensibles. Pour les sens spéciaux on observe les mêmes désordres. Ainsi , du côté de la vue, la pupille ne se contracte plus ; l’ouïe est abolie , l’odorat n’est plus sensible aux excitants les plus énergiques.

Cet accès dure pendant un temps variable. Chez les uns il commence et finit en même temps ; chez d’autres il dure des heures et pendant des jours entiers. Après l’accès la peau redevient sensible , les différents sens spéciaux reprennent leurs fonctions. Souvent , pendant un certain temps à dater de la fin de l’accès , un léger délire se manifeste; ce qui peut servir de caractère différentiel entre la catalepsie et l’épilepsie.

La catalepsie peut être la seule maladie et exister à l’état de simplicité. Elle peut coïncider avec d’autres maladies , comme complication.

Relativement au pronostic, il existe une différence bien grande entre la catalepsie et l’épilepsie. La première, en effet, offre plus de chances de guérison que la seconde.

Les causes qui produisent la catalepsie sont prédisposantes et excitantes. Les premières sont toutes-les conditions qui caractérisent le tempérament nerveux et mélancolique ; aussi trouve-t-on plus de cataleptiques chez les femmes et chez les enfants , qui possèdent en général à un haut degré ces conditions. Les causes excitantes sont les affections vives de l’âme, telles que la frayeur, le chagrin , la colère, l’indignation , les études et les méditations , l’état de contemplation , enfin tout ce qui agit directement et fortement sur les fonctions cérébrales. L’amour et les idées religieuses sont aussi des causes excitantes de la catalepsie.

4o8 MALADIES DES ORGANES

Au sujet de la dernière de ces influences , voici ce qu’on lit dans les Annales de la ville de Toulouse: «L’an i4»5, il arriva dans l’église des Cordeliers de Toulouse un accident digne de remarque. Un religieux disant la messe , après l’élévation du calice , comme il faisait la génuflexion ordinaire , demeura raide et immobile , les yeux ouverts et élevés vers le ciel. Le frère qui servait la messe le voyant trop longtemps en cet état, le secoua plusieurs fois par la chape, mais il n'en resta pas moins dans la même immobilité. Ceux qui entendaient la messe s’en étant aperçus , il se fit une grande rumeur dans l’église ; tout le monde criant miracle Mais un méde-

cin, nommé Natalis, s’étant approché du religieux et lui ayant tâté le pouls , dit qu’il n’y avait point de miracle à cela, et que ce n’était qu’une maladie de ce moine , fort difficile à guérir. On l’enlève sur cela de l’autel, et on y en met un autre pour achever la messe , ainsi qu’il est ordonné par le rituel. Mais à peine celui-ci a-t-il achevé l’oraison dominicale , que le voilà frappé du même saisissement, en sorte qu’il fallut aussi l’emporter Cepen-

dant il fallait achever la messe : tous les moines effrayés osaient à peine regarder l’autel. Enfin on en choisit un des plus vigoureux pour l’achever. L’opinion des médecins fut, à l’égard du premier , qu’il avait été surpris dans le moment d’une maladie qu’ils appellent catalepsie , et pour le second , que ce pouvait être un effet de la peur et de son imagination blessée. »

La marche et la terminaison de la catalepsie sont très-variables. Quelquefois le malade n’a éprouvé qu’une seule attaque,. à la suite de laquelle il est revenu à la santé ou est mort. Pinel a cité le cas d’un magistrat qui , outragé pendant l’exercice de ses fonctions , resta immobile d’indignation , et tomba ensuite dans un état d’apoplexie à laquelle il succomba. En général , la durée de la maladie , le nombre et la fréquence des attaques sont indéterminés. Quelquefois, après avoir duré longtemps , elle se convertit en hystérie , en mélancolie ou en épilepsie. Dans quelques cas elle a été remplacée par l’hypocondrie, et dans quelques autres par une lésion telle de la nutrition, que les malades arrivaient au tombeau dans un état profond de marasme.

Il sera presque toujours facile de distinguer la catalepsie de l’extase , de l’asphyxie , de la syncope , de l’apoplexie , de l’état de mort réelle et de l’hystérie.

Dans l’extase, en effet, l’intelligence , au lieu d’être suspendue , est , au contraire, fortement et exclusivement dirigée vers la contemplation d’un objet qui procure des jouissances imaginaires qui se traduisent par l’exaltation de l’enthousiasme. Il n’existe d’ailleurs aucun trouble dans les mouvements.

DE LA VIE DE RELATION

Dans l’asphyxie, il y a presque toujours suspension de la circulation et de la respiration ; en outre , il y a flexibilité des membres. Il en est de même de la syncope qui, de plus, présente une pâleur extrême.

La paralysie plus ou moins étendue et la flexibilité des membres suffiront pour la distinguer facilement de l’apoplexie.

L’état de mort réelle est difficile à distinguer de certaines attaques de catalepsie où la respiration et la circulation sont insensibles , où le corps est presque froid, la peau pâle et les articulations raides. De funestes méprises ont été commises à cet égard, et plusieurs cataleptiques ont été enterrés vivants. Dans ces circonstances il importe d’examiner avec soin l’état convulsif des yeux et l’expression delà physionomie , de bien apprécier les circonstances antérieures , la manière dont les accidents ont fait invasion, l’état de santé habituel; il importe surtout de ne consentir à l’inhumation que lorsqu’on aura la certitude que des signes évidents de putréfaction se sont manifestés.

Quant à ce qui concerne le diagnostic différentiel de la catalepsie et de l’hystérie, les auteurs de l’art. Catalepsie du Dictionnaire en 25 volumes , pensent que ces deux affections ont le même siège , sont plus d’une fois produites par le même genre de causes, et nécessitent le même mode de traitement ; que les différences qu’elles présentent sont surtout dans leurs formes. Dans l’une ce sont des convulsions cloniques ou avec mouvements ; dans l’autre, des convulsions toniques ou sans mouvements : voilà la principale différence. Us disent avoir eu plusieurs fois occasion d’observer la liaison qui existe entre ces deux affections. Ils ont vu des malades hystériques qui avaient d’abord été cataleptiques ; d’autres qui avaient des attaques en partie cataleptiques et en partie hystériques. Ils ont vu une femme qui a été cataleptique, puis hystérique , et qui a fini par être épileptique.

Pour terminer l’histoire de la catalepsie nous empruntons les réflexions suivantes aux auteurs que nous venons de citer.

« La catalepsie est une complication assez fréquente de la monomanie. Nous avons nourri pendant près de trois mois, à l’aide d’une sonde œsophagienne, un jeune monomaniaque cataleptique , et qui conservait presque constamment une immobilité parfaite pendant qu’on injectait par le nez les matières alimentaires liquides. Sur quelques insensés , les phénomènes cataleptiques ont pour cause une lésion de la volonté , et alors , telle est la puissance des idées fixes, qu’elles portent le sujet à conserver, pendant plusieurs heures de suite, les mêmes attitudes. Un pharmacien encore jeune tombe dans le délire partiel , pendant plus d’un an son attention semble entièrement ab-

NÉVROSES COMPLEXES

sorbée par des idées fixes , et chaque jour il lu«i arrive, soit en marchant , soit en s’habillant, soit en commençant son repas , de prendre des poses musculaires quelquefois très-fatigantes , et qu’il conserve souvent pendant vingt minutes, une heure , plusieurs heures. Quelques aliénés simulent la catalepsie, qui a été dans plus d’un cas imitée à dessein par des hystériques. Pour distinguer l’immobilité calculée, mais maladive, que présentent les monomanes d’avec la véritable catalepsie, l’on s’adresse à la sensibilité. Presque toujours le malade craint l’impression d’une vive douleur , et il fait quelque mouvement pour s’y soustraire.

« D’après le raisonnement , en théorie, Il faut admettre que les accidents qui constituent la catalepsie partent de l’encéphale , et qu’ils se rattachent à une triple lésion de la sensibilité, de l’intelligence et des mouvements. Dans les cas de catalepsie intermittente, le désordre du cerveau doit disparaître ou revenir comme les accès. Le plus ordinairement il doit affecter les deux hémisphères , mais il doit siéger dans un seul côté de la tête, lorsque les symptômes musculaires sont bornés à une moitié du corps. Quelques auteurs ont pensé que la catalepsie et l’hystérie ne différaient que par la forme , le mode d’expression extérieure , et qu’elles se ressemblaient par leur nature. Ce langage n’est pas exact. Il est évident qu’une liaison apparente qui existe entre deux affections maladives n’établit aucunement leur identité , et si la catalepsie et l’hystérie se ressemblaient par leur cause organique , elles ne se manifesteraient point au dehors par des signes aussi dissemblables. Ainsi désormais, l’on ne peut se refuser à admettre , pour expliquer l’épilepsie , la catalepsie , l’extase , etc. , une lésion spéciale , pour chacune de ces maladies. Nous prévenons , du reste , qu’on rapporte souvent à la catalepsie une foule d’accidents nerveux qui n’appartiennent aucunement à cette affection.

« Les recherches cadavériques ont appris peu de chose sur la nature de l’affection cérébrale qui détermine les phénomènes cataleptiques. Cette affection étant rarement mortelle par elle-même , surtout dans un court espace de temps, l’on n’a pas eu d’occasions assez fréquentes de faire de pareilles recherches ; et , dans ces cas même , les lésions des organes sympathiquement affectés ont plus particulièrement fixé l’attention de l’observateur. Une autre raison du défaut de connaissance sur l’état du cerveau dans cette affection, c’est que l’organisation de ce viscère, trop peu connue encore dans ses détails , l’était bien moins de ceux qui nous ont laissé le fruit de leurs recherches sur le sujet qui nous occupe. Quelques auteurs ont néanmoins trouvé plusieurs lésions de cet organe à la suite de la

catalepsie. Une femme présenta des symptômes de catalepsie; son cerveau n’offrit aucun dérangement appréciable. Un jeune maniaque cataleptique , dont les accidents avaient offert de nombreux retours, mourut, ily a quelques années, dans les infirmeries de Charenton. La pie-mère fut trouvée épaisse et injectée ; la substance grise superficielle était peu consistante et rosée ; la substance blanche présentait des couches vasculaires nombreuses et remplies de sang ; enfin, le septum médian était mou ; lésions très-répandues dans la folie avec paralysie générale. Sur un second aliéné aussi cataleptique , nous avons trouvé la substance corticale violacée , et la substance blanche fort injectée.

« La nature organique de la catalepsie ne nous est donc pas suffisamment connue ; nous ne connaissons bien ici que les désordres fonctionnels du cerveau, et non ses désordres d’organisation. Cullen rapporte cette maladie au genre apoplexie ; Sauvages la range dans la classe des débilités , ordre des affections comateuses ; Pinel en fait une névrose cérébrale comateuse. Peletier considère la catalepsie comme une irritation du cerveau , avec engorgement habituel des vaisseaux de cet organe , ce qui le dispose aux mouvements convulsifs ou cataleptiques , qui résultent , suivant ce médecin, de la compression de l’origine des nerfs. Cette dernière opinion , si elle n’est pas fondée, est la plus satisfaisante ; elle indique au moins quelque chose de positif, et ne laisse point l’esprit dans le vague.

« Petetin conseille particulièrement pour guérir cette maladie, les évacuations sanguines', les bains froids à la glace , l’application de la glace pilée sur la tête , et l’électricité. Les évacuations sanguines dégorgent les vaisseaux cérébraux ; il conseille de les faire au moyen de sangsues plutôt qu’à l’aide de la lancette. L’une des raisons qui lui font préférer le premier moyen , c’est que le dernier effraie souvent les malades , et leur cause une émotion fâcheuse. Il assure que les forees , loin de diminuer, augmentent avec la sortie du sang. Nous avons eu plusieurs fois occasion de vérifier ce fait. Les sangsues seront appliquées en petit nombre , et l’application sera renouvelée tous les cinq ou six jours, dans l’intérieur des narines , aux pieds , aux cuisses , ou autour de la tête. Par l’emploi des baifls à la glace et de la glace pilée sur la tête , après l’usage des saignées, ce médecin dit avoir beaucoup diminué, ou même avoir fait cesser les attaques , et fait disparaître en quelques minutes les raideurs musculaires qui persistaient après que celles-ci étaient passées. Il dit avoir fait cesser sur-le-champ des attaques avec une ou au plus deux commotions électriques, et guéri assez promptement la maladie à l’aide de rélectricité administrée en

4io MALADIES DES ORGANES DE LA VIE DE RELATION.

bain; et il assure que l’usage des bains tièdes, des pédiluves sinapisés , des purgatifs , a toujours produit de fâcheux effets. A peine les pieds entraient-ils dans l’eau , que le malade ressentait un coup dans la tête , était pris de céphalalgie, et quelquefois d’attaques. Les purgatifs ont aussi causé des accidents graves , de violentes attaques. Sauvages a de même obtenu de mauvais effets de l’emploi des bains tièdes. Nous avons assez de confiance dans les évacuations sanguines , dans les applications de glace sur la tête ; nous ne saurions dire quels sont les avantages des bains à la glace et de l’électricité. Malgré l’autorité de Petetin et de Sauvages , nous pensons que les bains à peine tièdes ou au plus à vingtquatre ou vingt-cinq degrés , et les pédiluves plutôt irritants que chauds, peuvent être sou* vent très-utiles.

« Les malades éviteront avec soin toute excitation sensoriale , intellectuelle et morale un peu vive. Le laitage , les fruits doux , des aliments de facile digestion , et pris en petite quantité, les boissons presque entièrement aqueuses , composeront leur régime habituel. S’il existe une constipation plus ou moins opiniâtre , des lavements à l’eau froide, quelquefois rendus purgatifs, seront administrés. On pourra essayer l’usage des pilules drastiques , et le continuer s’il n’en résulte aucun inconvénient. Nous avons rarement vu les antispasmodiques produire de bons effets dans les affections cérébrales dites nerveuses , souvent ils causent des accidents ; et quand ils soulagent , ce n’est que momentanément ÿ et en laissant une plus grande susceptibilité morbide.

« On néglige , ce nous semble , beaucoup trop de mettre en usage l’insufflation pulmonaire. Il est une foule de cas de ralentissement ou de suspension complète des mouvements respiratoires , suite de désordres cérébraux ou rachidiens , qui doivent causer la mort seulement par ces troubles de l’exercice d’une fonction si essentielle à la vie. Dans quelques cas même , le cerveau et le rachis peuvent n’êlre que très-légèrement affectés ; mais le sang noir qui a pénétré ces organes les a tués. C’est ce qui arrive probablement sur les sujets qui meurent à la suite d’une affection morale, d’une attaque d’épilepsie, d’une commotion du cerveau sans qu’on trouve d’altération notable dans cet organe , c’est aussi ce qui peut arriver dans la catalepsie. Au lieu donc de laisser sans respirer ces cataleptiques, chez qui la respiration s’exécute à peine , faites insuffler de l’air dans le thorax, suppléez ainsi l’action musculaire respiratoire , momentanément suspendue par l’état convulsif.

« Une nourriture succulente , l’usage modéré du vin, nous paraît convenir aux personnes âgées, aux aliénés débilités par le

retour continuel et la prolongation des accès de catalepsie. Plusieurs malades que l’on néglige de nourrir à l’aide d’une sonde œsophagienne , tombent graduellement dans un état affreux d’amaigrissement et finissent par succomber. La catalepsie qui éclate pendant le cours d’une fièvre intermittente, cède comme elle, à ce qu’il paraît , à l’administration des sels de quinine et des autres préparations de quinquina.

Plusieurs des phénomènes qui caractérisent l’attaque de catalepsie , particulièrement la raideur convulsive partielle ou générale du système musculaire, s’observent dans plusieurs autres affections du cerveau , telles que l’irritation de cet organe causée par certains poisons ingérés dans l’estomac , l’encéphalite qui n'aurait point atteint la période de suppuration. »

de l’épilepsie.

Celte maladie a été rapportée de tout temps aux maladies convulsives. Cependant il faut savoir, d’une part, que les convulsions ne sont pas le seul phénomène dans cette maladie , qu’il existe aussi des lésions de la sensibilité et de l’intelligence ; et , d’autre part , il faut aussi savoir que les convulsions n’existent pas toujours. Dans les hôpitaux consacrés au traitement de ces maladies, on appelle petit-mal l’épilepsie qui se présente sans convulsions.

Cela posé , que doit-on entendre par épilepsie? Nous dirons qu’un individu est épileptique , quand , à des époques éloignées ou rapprochées , périodiques ou irrégulières , il présente une perte subite de connaissance, avec des convulsions tantôt générales , tantôt partielles et bornées, je ne dis pas à un muscle , mais à une fibre d’un muscle , ces^onvulsions n’étant pas constantes et pouvant manquer , ayant l-a respiration stertoreuse , la bouche remplie d’écume, et présentant une santé parfaite dans l’intervalle des accès , ou bien des désordres fonctionnels plus ou moins graves.

Cette maladie a toujours manifestement son siège dans l’encéphale , quoique son point de départ puisse être ailleurs. De là , deux grandes divisions dans cette maladie : idiopathique, quand le point de départ est dans le cerveau; symptomatique, quand il est fixé ailleurs.

Cette maladie laisse-t-elle dans le cerveau des traces spéciales qui puissent faire dire : cet individu est mort épileptique , comme on dit : cet individu est mort d’une hémorrhagie cérébrale? Non; la science n’en est pas encore là, car l’épilepsie ne présente pas de caractère anatomique. Et non seulement on ne trouve pas de lésion spéciale , mais dans quelques circonstances on ne trouve aucune lésion

NEVROSES COMPLEXES.

qui puisse être considérée comme causé occasionelle.

11 suit de cela , que dans le cerveau de quelques épileptiques, on n’a absolument trouvé aucune lésion , et notez cependant que les recherches ont été faites par des hommes excessivement habitués à ces sortes d’investigations. Aussi M. Foville , après avoir disséqué un grand nombre de cerveaux d’épileptiques, avance formellement que celte maladie n’a point de lésion spéciale.

D’un travail très-étendu de MM. Bouchet et Cazauvielh, il résulterait que l’épilepsie serait due à une altération notable des hémisphères cérébraux, altération qui consisterait, tantôt en un ramollissement , tantôt et plus souvent dans l’induration. Mais, outre que dans quelques cas par eux-mêmes observés , cette altération ne s’est point rencontrée , la plupart des cas qu’ils ont publiés, étaient compliqués , soit d’aliénation mentale , soit de lésion de la sensibilité.

S’il est des cas où l’on ne trouve absolument aucune lésion , il en est un bien plus grand nombre où on en trouve, mais encore une fois aucune de spéciale. Ainsi toutes ces lésions diverses que nous avons déjà étudiées , depuis la plus simple jusqu’à la plus compliquée, peuvent se trouver dans l’épilepsie. Quel rôle jouent ces altérations dans la production de l’épilepsie? On dirait qu’elles mettent en jeu la cause inconnue sous l’influence de laquelle se développe cette maladie.

Quand la maladie se termine par la mort , on doit distinguer deux cas : ou le malade meurt pendant l’accès , ou il meurt dans l’intervalle des accès. Si l’individu est mort dans l’intervalle, le cerveau peut être parfaitement sain , ou présenter des altérations. S’il est mort pendant l’accès , on voit une congestion évidente ; tous les vaisseaux du cerveau sont gorgés de sang. Cette congestion est-elle la cause de l’épilepsie ? Non , car elle s’accroît à mesure que l’attaque se prolonge , et elle arrive à son summum d’intensité quand elle finit. C’est un simple effet qui a succédé à la véritable cause de l’épilepsie.

Il est donc de toute nécessité d’admettre une cause spécifique , car dans beaucoup de cas, l’épilepsie arrive sans qu’on puisse apprécier une cause occasionelle. Cette cause prédisposante étant admise , il est important d’étudier les causes occasionelles.

Ces causes occasionelles , tantôt ne font que rappeler l’épilepsie, tantôt la font paraître pour la première fois.

On doit admettre ici deux cas :

Le premier est celui dans lequel le cerveau est troublé avant tout autre organe ;

Le deuxième , dans lequel c’est un organe quelconque qui est troublé le premier.

Premier cas , commençant par le trouble du cerveau .

Un travail intellectuel opiniâtre , peut ou rappeler l’épilepsie , ou la faire naître : On a cité des individus qui ne pouvaient travailler après le repas sans être pris d’accès épileptiques. Les émotions fortes, la peur, surtout pendant l’enfance , une forte excitation de la sensibilité : Van Swielen a rapporté le cas d’un individu qui était devenu épileptique à la suite d’un chatouillement à la plante des pieds. Un bruit fort, intense , imprévu : un enfant d’un an à l’oreille duquel on tira un coup de pistolet, fut pris, un moment après, d’épilepsie qui dura toute sa vie. On a vu un individu chez lequel la vue d’un objet rouge suffisait pour rappeler l’épilepsie. Chez d’autres, ce sont des odeurs fortes qui la déterminent. Une femme éprouvait des accès en sentant l’odeur du chanvre. Un individu avait la peau du conduit auditif externe si sensible, que lorsqu’un vent froid s’introduisait dans ce conduit, il était pris d’accès épileptiques. Les douleurs vives peuvent la déterminer. J’ai connu une femme épileptique qui avait en même temps un cancer au sein ; on pouvait prévoir les accès parla récrudescénce de la douleur du sein. Une des causes occasionelles les plus puissantes sont les fatigues, les exercices violents, les veilles prolongées. Tissot a cité le cas d’une jeune fille qui fut prise d’épilepsie après avoir plongé ses pieds dans l’eau froide.

D’autres agents qui , passant par le tube digestif sans le modifier sensiblement, vont porter leur action sur le cerveau , peuvent devenir des causes occasionelles de l’épilepsie. Tels sont les liqueurs alcooliques , le café , certains poisons , certains médicaments narcotiques. Un individu fut pris d’épilepsie après avoir pris une dose assez faible d’extrait de jusquiame. L’insolation, un air renfermé et trop chaud, sont aussi des causes occasionelles.

Voilà bien des causes diverses , mais elles convergent toutes en ce qu’elles agissent sur le système nerveux. Elles ont une influence telle, que si l’individu a une prédisposition à l’épilepsie , elle se montrera.

Deuxième cas. Le cerveau n’étant pas primitivement troublé.

Il n’est point d’organe dont l’altération ne puisse modifier le cerveau au point de déterminer la production de l’épilepsie.

Au nombre de ces organes on doit placer au premier rang le tube digestif. Les irritations nombreuses sont des causes occasionelles principales , l’indigestion , les vers intestinaux , etc. Tissot a cité l’exemple d’un individu qui pendant longtemps ne put manger que du pain non levé* du miel et des raisins. Venait-il à manger autre chose , Pé-

4i2 MALADIES DES ORGANES

Pilepsie survenait. Les maladies du foie , des reins , de la vessie , peuvent être la cause occasionelle de cette maladie. On l’a vue survenir pendant que la vessie présentait des calculs, et cesser quand elle en était débarrassée.

Qui ne sait quelle influence puissante les organes génitaux exercent sur la production de l’épilepsie? L’onanisme est principalement et surtout une des causes occasionellesles plus fréquentes.

On considère aussi comme causes occasionelles les lésions de la périphérie du corps , les tumeurs sous-cutanées. Pouteau rapporte l’observation d’un homme âgé de trente ans , qui reçut un coup sur le sommet de la tête. Pendant que la plaie ne se cicatrisa pas , rien d’extraordinaire n’arriva. Mais à peine le futelle , que survint l’épilepsie, qui dura pendant un an. Pouteau, consulté , fit r’ouvrir la cicatrice au moyen de la pierre , et l’épilepsie disparut. Par négligence, ou autrement, la plaie se cicatrisa de nouveau , et l’épilepsie revint. Pouteau fit mettre un pois dans la plaie qu’il changea en cautère, et l’épilepsie ne revint plus.

Voici quelques faits qui n’ont pas d’analogues dans la science.

Dans le tome LXII de la Bibliothèque médicale, on. trouve le fait suivant. Un jeune homme de vingt-sept ans éprouvait des accès épileptiques toutes les fois que le temps était fortement orageux. Chez lui , l’électricité atmosphérique agissait sur une dent cariée dont l’extraction fit cesser l’épilepsie. •

Un homme qui avait contracté une maladie vénérienne et qui avait un bubon à l’aîne, fut pris d’épilepsie quand, par un traitement approprié , le bubon eut été guéri.

Voici la classification adoptée par M. Esquirol :

Deux espèces : 10 idiopathique ; 20 symptomatique.

Plusieurs variétés :

lre Siège et point de départ dans l’appareil digestif ;

2e Angioténique ;

3e Siège et point de départ dans le système des vaisseaux blancs $

4e Siège et point de départ dans l’appareil reproducteur ;

5e Siège et point de départ dans la périphérie du corps.

Toutes ces causes diverses exercent une influence plus ou moins grande, selon quelques dispositions de l’économie.

Selon les âges , la tendance à l’épilepsie est d’autant plus grande que l’individu est plus jeune. Sur soixante -six cas observés par MM. Bouchet et Cazauvielh , le plus grand nombre eut lieu depuis la naissance à l’âge de cinq ans. Ce nombre fut en diminuant à mesure que l’âge augmentait.

DE LA VIE DE RELATION

Sur ces 66 cas , 38 dont le début eut lieu avant la menstruation , 28 après.

L’épilepsie est-elle héréditaire ? Il règne du vague ù cet égard , car aucun relevé statistique bien large n’a encore été fait.

En voici un qui roule sur 14 femmes épileptiques.

Ces 14 femmes ont produit 58 enfants , 3q sont morts en bas âge avec des convulsions ; sur les 21 restés vivants, 14 n’ont éprouvé ni épilepsie nj accidents nerveux , 7 ont eu des maladies nerveuses, 2 seulement ont été épileptiques.

Il y a dans la science quelques autres faits qui tendraient à prouver l’hérédité de cette maladie.

Les influences éprouvées pendant la grossesse peuvent- elles délerminel1 l’épilepsie ? Cette question est encore douteuse.

La nourrice peut-elle transmettre celte influence avec le lait? Il n’y a qu’un fait cité par Portai , qui puisse donner à réfléchir sur cette question. Dans une famille nombreuse composée de huit 'enfants bien portants, le plus jeune, encore à la nourrice , fut pris d’épilepsie sans cause appréciable. Le médecin s’avisa de rechercher si la nourrice n’était pas épileptique ; on ne put pas prouver qu’elle le fût, mais on trouva que la sœur de la nourrice l’était.

Ces différentes causes occasionelles ontelles une influence plus grande selon les saisons? On a remarqué qu’en général les accès sont plus fréquents au printemps. Cela n’est cependant pas sans exception.

Il est d’observation que le plus grand nombre d’accès a lieu pendant la nuit. Est-ce à l’influence de la nuit ou du sommeil que l’on doit attribuer celle fréquence? Il est probable que c’est au sommeil.

Les deux sexes n’y sont pas également sujets: les femmes l’emportent de beaucoup.

Symptômes. Us doivent être étudiés à quatre époques différentes :

1° Avant l’accès; .

2° Pendant l’accès ;

3o Après l’accès ;

4° Dans l’intervalle des accès ,

1» Avant l'accès . Ces symptômes n’existent pas toujours. Ils peuvent être nuis , et alors l’accès est subit, foudroyant. Quand ils existent , ils sont très-variés. Et d’abord du côté du cerveau, ce sont surtout des signes de congestion cérébrale qui se remarquent. Ainsi , quelques minutes avant l’accès , les malades sont pris de vertiges , de céphalalgie, ont les yeux et la face injectés. Chez quelques-uns on remarque une modification de la sensibilité. Ainsi il y a des individus qui très-peu de temps avant l’accès , sont pris d'une douleur plus ou moins intense , soit de froid , soit de chatouillement. Tout cela peut être éprouvé sur

NÉVROSES

des points du corps très-divers. Ainsi, pour les uns ce sera au sinciput, pour d’autres à l’occiput , pour celui-ci àla lèvre supérieure , pour celui-là à une mamelle ; chez d’autres , ce qui cependant est rare , ce sera vers une des articulations scapulo-humérales. Ce qui est bien plus commun , c’est que les malades éprouvent des douleurs aux mains , soit aux deux , soit à une, quelquefois bornées à un doigt, soit dans le membre supérieur , soit dans le membre inférieur , à la partie interne des cuisses, au mollet, aux orteils, à la plante des pieds, etc., etc.

Dans tous ces cas , il arrive que cette sensation se propage de bas en haut. Les malades sentent qu’elle va gagner deux points principaux : le cœur et le cerveau. Quelques-uns ne sentent rien du côté du cœur , mais tout, au contraire du côté du cerveau. Quand cette sensation est arrivée au cœur , les malades sont pris de palpitations violentes. Parvenue au cerveau , il y a subitement perte du sentiment et de l’intelligence , syncope profonde.

C’eslàl’ensemble de tous ces prodromes que l’on a donné le nom d'aura epileptica. Encore une fois , ils n’existent pas toujours; les cas où ils manquent sont même les plus fréquents.

Quelques malades, avertis par l’expérience, sentent l’approche de l’accès. Alors on en a vu qui , lorsqu’ils éprouvaient une douleur vers un doigt ou un orteil, se faisaient une ligature au-dessus de la douleur, et empêchaient ainsi l’accès. Ces cas , tout inexplicables qu’ils soient, n’en sont pas moins réels. On a vu aussi un cas de guérison opérée par l’application d’un moxa à la nuque , lieu où le prodrome de l’accès se manifestait.

Ces phénomènes ne sont pas les seuls. Il y a des individus qui n’éprouvent qu’une céphalalgie intense: chez d’autres et surtout chez les femmes , ce sont des maux de reins. Ceuxci éprouvent une notable exaltation de la sensibilité cutanée, tandis que d’autres éprouvent de la diminution. Quelques-uns présentent des hallucinations variées qui portent sur la vue , l’ouïe , l’odorat. Il y en a qui sentent des odeurs agréables ou fétides , sans qu’aucune émanation odorante existe. Il y en a d’autres qui sont tourmentés par des bruits singuliers de cascades , de fusées , de coups de canon , de coups de fouet , d’un vent qui souffle avec violence. Plus d’une fois on a observé des individus qui, au moment de l’accès , voyaient un cheval près de les écraser. Tissot a rapporté le cas singulier de ce jeune homme qui, avant l’accès, croyait voir venir à lui, avec une grande rapidité, un carosse dans lequel était uu homme en bonnet rouge. Ceux-ci aperçoivent une vive lumière , ceux-là un fantôme , etc.

Chez d’autres , ce qu’on observe avant 1 accès, c’est un affaiblissement de quelque

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sens , soit de la vue , soit de l’odorat : etc.

Quelquefois le prodrome consiste en une modification du mouvement. On voit des individus qui , avant l’aècès , éprouvent une faiblesse musculaire ; d’autres une paralysie partielle, d’autres qui ont le mouvement exalté ou perverti , et qui ont des convulsions et des crampes partielles. Un individu , pendant les cinq minutes qui précédaient l’accès, éprouvait le besoin de courir; un autre était forcé de tourner sur lui-même; chez plusieurs , c’est une convulsion particulière des muscles du larynx qui produit des cris bizarres et sauvages.

L’intelligence peut encore être modifiée avant l’accès. Les individus peuvent être dominés par une idée fixe , peuvent éprouver des affections morales , de la tristesse, une mélancolie profonde ; ils peuvent être inconstants, mécontents de tout, des autres et d’eux-mêmes, être très-irascibles, contrariés par tout.

Le prodrome peut consister en un simple trouble du sommeil , tel que l’insomnie , sommeil agité , rêves pénibles , etc.

Il y a des individus dont le prodrome principal consiste en des palpitations ; chez d’autres , il portera sur les voies digestives.

Chez d’autres , l’urine sera rejetée involontairement. L’économie participe tellement tout entière à la scène qui se prépare, que la circulation capillaire elle-même peut être troublée. Ainsi, chez quelques épileptiques le retour de l’accès est caractérisé par des rougeurs à la peau.

On a cité le cas d’un individu qui avait une urticaire avant l’accès; un autre chez lequel le haut des narines et la partie située entre les deux sourcils se gonflaient et devenaient rouges ; d’autres dont les veines du front se gonflaient, d’autres chez lesquels c’étaient les veines du hras et de la main.

Tels sont les accidents variés qui constituent les prodromes de l’épilepsie quand ils existent.

2° Symptômes qui se montrent pendant l'accès et qui le caractérisent. L’accès d’épilepsie , quoique ayant des caractères fondamentaux , n’est pas toujours tellement semblable à lui-même , qu’il ne faille en établir diverses formes.

Nous devons en reconnaître trois :

lre Grand-mal;

2e Petit-mal, vertiges , étourdissements ;

3e Absences.

lre forme. — Grand-mal , accès d'épilepsie proprement dit. Soit qu’il y ait eu ou non des prodromes; que le malade ait été ou non averti , il tombe sans connaissance , et avant, il pousse souvent un cri qui a quelque chose d’étrange et d’effrayant. Ce cri peut manquer, et alors on entend un gémissement sourd.

En même temps apparaissent chez lui diverses lésions du mouvement , du sentiment et de l’intelligence.

1° Du mouvement. Trois temps à distinguer :

le*- temps. Raideur cadavérique ;

2e — Convulsions;

3e — Affaissement musculaire.

Dans le premier temps , le malade est couché sur le dos , la tête fortement rejetée en arrière ; les yeux largement ouverts , présentant quelque chose de farouche, et dans le strabisme; la bouche fortement écartée, la langue faisant saillie au-dehors, les dents serrées contre elle et la déchirant. Le reste du corps participe à ce phénomène : les membres supérieurs et inférieurs sont raides. Tout cela dure un peu de temps ; après lequel le deuxième temps, celui des convulsions , commence. Celte face tout-à-l’heure immobile, offre des mouvements musculaires variés ; les grimaces les plus diverses , qui sont dues à une force musculaire si grande, que l’articulation de la mâchoire inférieure en est quelquefois luxée. En même temps les membres sont convulsés; les bras sont pris de fortes secousses qui se succèdent au nombre de cinq ou six. Dans les membres inférieurs, ces convulsions sont moins prononcées que dans les membres supérieurs. J’ai vu un cas où les convulsions n'existaient qu’aux membres inférieurs. Les muscles du tronc participent à ces convulsions. Il y a des cas où les convulsions n’existent que d’un seul côté. Ces deux temps ensemble peuvent durer d’une à dix minutes.

Le troisième temps est caractérisé par l’affaissement musculaire. Ce système musculaire, brisé par les efforts violents des convulsions , tombe dans le relâchement , l’affaissement. Ce troisième temps peut durer plus longtemps que les deux autres.

Lésions du sentiment. — Pendant ces trois temps, le sentiment est complètement anéanti. On peut piquer, dilacérer, brûler les malades, ils n’en ont pas conscience : la sensibilité cutanée est totalement abolie. Il en est de même du sens de l’ouïe , de l’odorat , de la vue.

Lésions de l’intelligence.— -Elles sont beaucoup plus profondes. Le malade perd connaissance depuis le premier temps jusque vers le milieu du troisième. Quand l’affaissement musculaire commence , ainsi que le coma , à se dissiper, peu à peu le malade revient à lui, et quand il regarde , il est comme stupide , il prononce des mots sans suite ; il n’est tourmenté que d’un seul désir, celui de se reposer. Alors ordinairement, il s’endort, et il se réveille ordinairement avec l’intelligence saine.

Quelquefois le coma persiste pendant un cer-

DE LA VIE DE RELATION

tain temps. On appelle cet état, accès apoplecti forme.

Dans cet état , que deviennent les fonctions de nutrition ? La circulation peut être troublée, et elle l’est toutes les fois que le prodrome n’a pas consisté en une congestion cérébrale. Dans la raideur , il y a pâleur de la face ; mais dans le passage du temps de raideur au temps de convulsion , apparaissent des signes de congestion. On remarque une teinte violacée qui couvre la face, le cou, quelquefois tout le corps. Dans ce moment , des palpitations violentes peuvent avoir lieu. Le pouls a ordinairement une grande fréquence.

Lésions de la respiration. — Si l’accès est mortel , c’est par la respiration qu’il le devient. Pendant la raideur elle peut être suspendue, comme anéantie. Dans les convulsions elle est saccadée , inégale , laborieuse. Dans l’affaissement musculaire , elle devient large, abondante;l’expirationeslquelquefois bruyante ; et c’est alors qu’apparaît ce phénomène caractéristique de l’épilepsie; l’écume à la bouche.

11 y a des dndividus qui pendant l’accès , rendent les matières fécales , l’urine , le sperme , etc.

Cet accès peut durer d’une à deux minutes jusqu’à quinze et vingt. On trouve décrits dans les auteurs des accès qui ont duré plusieurs heures , des jours , plusieurs jours. Ils se sont trompés. Dans ces cas-là ce sont des séries d’accès qui arrivent à la suite les uns des autres. Quelle doit être alors la fatigue , la brisure des malades qui présentent ainsi celte série d’affections! La mort arrive fréquemment dans ces circonstances.

2e forme. — Petit-mal ; étourdissements , vertiges .

Cette forme des accès est très-curieuse. On peut dire d’abord que ces petits accès précèdent ordinairement les grands. Il est difficile d’en donner le caractère et d’en faire une description générale. On voit les individus perdre subitement connaissance , perdre le sentiment, présenter la raideur, les convulsions; mais tout cela partiellement. Il n’y a pas de coma dans cette forme.

3^ forme. — Absences. Le malade qui en est atteint s’arrête tout-à-coup dans ce qu’il fait. Il éprouve un anéantissement subit du sentiment et de l’intelligence , sans que pour cela le mouvement soit altéré. On doit remarquer que cette troisième forme n’est souvent qü’intercalée dans des accès plus forts.

Ces trois formes s’entremêlent , et l’on voit rarement la deuxième et la troisième isolées de la première.

3° Symptômes après V accès. Le symptôme constant, invariable et que je regarde comme caractéristique de l’épilepsie , c’est l’oubli

NÉVROSES

profond de ce qui est arrivé. Ce que le malade se rappèle, c’est de s’être trouvé mal.

Il éprouve ordinairement un peu de fatigue au réveil. On observe quelquefois un phénomène singulier : certains individus ont après l’accès, l’intelligence plus développée , plus lucide.

On a quelquefois observé quelques accidents. L’intelligence a pu se troubler, la sensibilité se modifier. Dans quelques cas, il est survenu une horreur pour les liquides ; dans d’autres , quelques lésions du ^mouvement , des tics ; d’autres ont présenté le strabisme ; quelques-uns ont été hémiplégiques, d’autres ont eu des taches rouges sur la peau ; ceux-là le pourtour des yeux et du nez, piqueté. On cite un cas où l’accès fut suivi d’hémoptysie abondante.

4o Phénomènes qu’on observe dans l’intervalle des accès. C’est un état très-satisfaisant de santé si les accès sont rares ; mais plus ils se rapprochent , plus la santé générale s’altère. C’est surtout vers l’intelligence que se remarquent les altérations.

Marche. Elle peut être divisée en celle dont le retour est régulier , et en celle dont le retour est irrégulier, suivant la fréquence. Quelques individus n’ont qu’un accès dans la vie, d’autres un tous les ans, un tous les mois, enfin tous les jours et plusieurs fois par jour. L’épilepsie peut se suspendre pendant un grand nombre d’années. Quand elle est ainsi suspendue, on ne doit pas dire qu’elle est guérie , car on a vu les accès reparaître après douze et quinze ans d’interruption.

Il est des cas où les accès deviennent de plus en plus forts , d’autres où ils deviennent de plus en plus faibles; il en est enfin qui ont des alternatives de force et de faiblesse.

Il est certaines circonstances qui exercent une influence heureuse sur l’épilepsie. Ainsi on l’a vue cesser par cela seul que les malades étaient pris de fièvres intermittentes. Certaines maladies aiguës sont dans ce cas. Chez les enfants, la rougeole et la scarlatine ont une heureuse influence sur les accès. Diverses maladies du tube digestif les ont fait disparaître. La grossesse est quelquefois une circonstance favorable : ce cas n’est pas sans exception.

Terminaison. L’épilepsie peut se terminer par la guérison. Cette heureuse terminaison se remarque surtout chez les enfants; car lorsque l’épilepsie franchit l’âge de puberté sans être guérie, on a beaucoup moins de chances de guérison. On a vu des enfants chez lesquels l’épilepsie cessait à l'âge de sept à huit ans ; elle se montrait ensuite à l’âge de la puberté. Après la puberté, la guérison est très-rare. Un des cas de guérison les plus remarquables est celui cité par Tissot, d’un individu qui resta épileptique jusqu’à l’âge de trente ans. A cet âge les accès cessèrent tout-

X)MPLEXES. 4i5

à-coup et ne reparurent plus. L’individu parvint à un âge très-avancé. Dans le plus grand nombre de cas , malheureusement elle ne guérit pas. En se prolongeant , elle détermine diverses maladies, et il est vrai de dire qu’en général les épileptiques n’arrivent pas à un âge avancé. Quelques-uns meurent pendant l’accès.

Traitement. Pendant l’accès, il est trèssimple. On n’a aucun moyen de le suspendre. Dans le plus grand nombre de cas , on doit se borner à empêcher le malade~de se blesser.

Il faut renoncer à ces substances excitantes vulgairement administrées , et qui ne peuvent produire que du mal. Cependant quand l’accès est trop intense ou qu’il se prolonge trop, lorsqu’on a à craindre que l’état comateux ne détermine l’apoplexie , alors il faut agir , il faut désemplir le système sanguin et ouvrir la veine , soit pendant les convulsions , ce qui est difficile, soit après les convulsions. 11 est certain que la saignée a l’avantage de faire cesser cet état comateux. Si après l’accès aucun accident ne se présente, il n’y a rien de mieux à faire que de laisser dormir le malade» Si , au contraire , il y a quelques signes de congestion vers le cerveau ou les poumons , il ne faut pas hésiter à recourir aux évacuations sanguines. On emploie aussi avec succès les révulsifs , les sinapismes. Il est d’autant plus important de recourir aux révulsifs, qu’il n’est pas prouvé que le coma soit lié à une congestion cérébrale. Chez une femme épileptique morte pendant le coma , on n’a pas trouvé la moindre trace de congestion ; mais en revanche on a trouvé un épanchement de sérosité extrêmement considérable dans les ventricules.

Avant l’accès y a-t-il quelque chose à faire ? Quand Y aura epileptica se déclare, on peut, en agissant sur cette espèce de courant nerveux , faire avorter l’accès d’épilepsie.

Entre les accès. Il est très-important de bien faire attention aux causes qui produisent la maladie , car le traitement doit être aussi varié que ces causes. Il en est de l’épilepsie comme des convulsions ; et nous ne pourrions entrer ici dans tous les détails que comporte ce sujet.

Il est cependant important de dire quelques mots des révulsifs cutanés. Les vésicatoires peuvent être d’un grand secours. Morgagni , d’après un médecin napolitain, cite un cas de guérison pàr ce moyen. On a employé avec quelques avantages les sétons, les moxas, les ventouses à la nuque. Les cautères à la pierre ou actuels ont aussi procuré quelque soulagement. Quant au cautère actuel , il est important d’observer que si l’on a cité quelques observations de guérison par ce moyen , il en est un bien plus grand nombre où ce moyen a été préjudiciable. L’exaspération de la mala-

4i6 MALADIES DES ORGANES DE LA VIE DE RELATION.

die et quelquefois la mort, ont été le résultat de son emploi sur lequel il faut être trèsréservé.

Au reste , ces révulsifs peuvent être appliqués sur différents points du corps. Je pense qu’il faudrait les éloigner de la tête. On a cité le cas d’un individu qui fut guéri par une brûlure à la cuisse. La brûlure détermina une large plaie qui suppura pendant longtemps et qui se cicatrisa peu à pèu. Quand elle le fut entièrement, l’épilepsie reparut.

On a quelquefois réussi en appliquant les révulsifs à l’endroit même où Y aura epileptica prenait naissance.

Un individu , âgé de 46 ans , était épileptique depuis quatorze ans. 11 était devenu stupide ; on le trépana , et celte opération fut suivie de guérison de l’épilepsie et de retour aux facultés intellectuelles.

On a quelquefois réussi à guérir les accès en détruisant la partie à laquelle Vauraepileptica prenait naissance. On a réussi en coupant le nerf radial ; quelquefois en enlevant une tumeur.

Bains. Les bains très-chauds ne conviennent pas. Il faut excepter le cas où il s’agirait de rappeler ou de favoriser une éruption cutanée ; mais alors il faudrait faire des affusions froides sur la tête. Les bains tièdes n’ont eu aucun succès ; il en est de même des bains frais. Quant aux bains froids , qui ont été beaucoup préconisés , on n’en a retiré que de médiocres avantages. Les bains de mer n’ont aucune vertu par eux-mêmes , mais ils agissent par la distraction que le voyage procure aux malades ; car, quoique l’épilepsie soit une des maladies les plus rebelles à la médecine , on ne peut cependant nier que l’imagination n’y joue un très-grand rôle. M. Esquirol a observé que toutes les fois qu’on employait un médicament nouveau chez les épileptiques , son administration était suivie de quelque soulagement.

Il faut explorer avec une grande attention tous les organes, combattre les complications qui pourraient survenir , porter son attention surtout vers l’utérus, la régularité des règles ; employer un régime doux, etc. , etc.

D’autres médecins ajoutent à ces moyens des spécifiques auxquels ils attribuent le pouvoir de guérir l’épilepsie. Ces moyens ont presque tous échoué quand d’autres médecins ont voulu en faire usage. Comme histoire de l’art , et pour ne pas s’exposer à faire des essais infructueux, il est assez curieux de passer ces agents thérapeutiques en revue; non pas que je veuille vous énumérer toutes les drogues que la crédulité ou le charlatanisme ont mis en vogue. Je ne vous parlerai certainement pas de la râclure des os du crâne, du sang humain, ni du mœconium des enfants nouveau-nés. Dans l’impossibilité où je suis de classer méthodi-

quement tous ces prétendus anti-épileptiques , je vais tout bonnement adopter l’ordre alphabétique.

Acide carbonique ; acide hydro-cyanique.

L’administration de ces deux substances repose sur un fait théorique et physiologique. On a dit : puisque ces deux substances ont pour effet principal d’énerver , d’affaiblir le système musculaire, il sera utile de les administrer dans l’épilepsie. Le succès n’a pas répondu à cette idée à priori. D’ailleurs il était facile de voir que l’épilepsie 11e consiste pas entièrement dans les convulsions.

Ambre gris. Il a été donné sans succès.

Antimoine et ses préparations. De toutes, c’est le tartre-stibié à hautes doses que l’on a le plus employé. L’oxyde blanc d’antimoine a aussi été préconisé.

Argent (nitrate d’). Il a été quelquefois employé sous forme liquide, mais bien plus souvent en pilules , uni à une poudre inerte ou à un extrait végétal. Il convient mieux de lui donner pour excipient une poudre inerte, car presque tous les extraits végétaux ont la propriété de décomposer ce sel.

M. Lombard de Genève l’a administré depuis un seizième de grain, deux fois par jour, jusqu’à un quart de grain, huit fois dans les vingt-quatre heures.

Ce médecin l’a administré à 24 malades dont n seulement épileptiques. Sur ces 24 malades, 5 eurent des douleurs d’estomac, qui ne tardèrent pas à se dissiper, 5 autres eurent la diarrhée légère ; un seul éprouva une constipation constante pendant l’administration du nitrate , sans que les fonctions digestives parussent être troublées.

A côté de ces cas, il en est d’autres où l’emploi de ce médicament à plus haute dose, a déterminé des accidents graves du côté des voies digestives.

Ce qu’il y a de remarquable dans les observations de M. Lombard , c’est qu’aucun de ses malades n’a présenté ce teint plombé ou noirâtre que l’on observe quelquefois après l’administration du nitrate d’argent , sans qu’on puisse attribuer ce résultat négatif aux précautions prises contre la lumière solaire, encore moins aux doses administrées , ou à la durée du traitement. La seule circonstance qui ait pu mettre ces malades à l’abri de cette coloration , est le soin qu’a pris M. Lombard d’interrompre le traitement pendant quelque temps.

Quant aux effets thérapeutiques du nitrate d’argent , relatifs à l’épilepsie , voici ce que M. Lombard a remarqué sur les onze cas qu’il a observés. Sept en ont pris plus d’un scrupule , et quatre, sur ces sept, plus d’un gros. Les effets ont été nuis chez trois malades , et plus ou moins avantageux chez les huit autres. Sur ces huit malades , sept virent leurs

NÉVROSES

accès s’éloigner ou diminuer d’intensité. Chez un seul ils disparurent complètement, et n’avaient pas reparu depuis dix-huit mois à l’époque où M. Lombard publia son mémoire.

On peut faire à M. Lombard une objection sérieuse. Rien n’est plus variable , plus irrégulier que le retour des accès d’épilepsie; or rien ne prouve que les effets qu’il attribue au nitrate d’argent soient réellement dus à cet agent (Voyez Gazette médicale } 1832 , n° 70).

Armoise. Effets nuis.

Assa-fœtida. Employé surtout en Angleterre.

Camphre. Plus nuisible qu’utile.

Castoréum. C’est un puissant antispasmodique. Son emploi dans l’épilepsie n’a donné aucun résultat satisfaisant.

Cuivre et ses préparations , surtout le sulfate de cuivre ammoniacal. Rien de positif.

Poudre de dyctame. Pour mémoire.

Digitale. Rien.

Electricité . A été employée sous différentes formes : une fois elle a été nuisible ; dans quelques cas , elle paraît avoir été utile.

Le fer et ses préparations. Rien de positif.

Gui du chêne. Complètement abandonné.

Jusquîame. Rien.

Eau distillée de laurier cerise. Rien.

Mercure. Souvent]employé. Action douteuse.

Musc. Tissot le vantait beaucoup. Dans le tome XIX des Archives , on trouve des observations où son administration paraît avoir été suivie de succès.

Narcisse des prés. Pour mémoire.

Opium. En général doit être proscrit , à moins qu’il ne faille agir sur une vive douleur qui serait le point de départ de la maladie.

Feuilles d’oranger. Effets trop faibles.

Pivoine. Idem.

Plomb (acétate de). Effets nuis.

Prussiate de fer. On n’a rien de décisif.

Quinquina. Pourrait être utile si l’épilepsie se montrait périodique , régulière.

Rhue;

Succïn ;

Bi-succinate d’ammoniaque ;

Sedum âcre ;

Stramonium ;

Strychnine ;

Tous ces médicaments ont été administrés sans succès.

Térébenthine. M. Foville dont le scepticisme est connu , a réussi à guérir un épileptique par l’emploi de ce médicament:

Valériane. Tissot avait une grande confiance en ce médicament.

Zinc (oxyde de). Quelques médecins l’ont beaucoup vanté, lorsque d’autres n’en ont retiré aucun avantage.

de l’extase.

Le mot extase indique déjà en quelque sorte la physionomie de cette maladie. Qu’arri-

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