‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 204 sur 227 · COMPLEXES · texte numérisé non relu

COMPLEXES

minée par l’action de l’utérus sur lui. Je ne répétérai pas , pour faire comprendre cette idée très-simple , que cela se passe ainsi , comme le rire et les convulsions produites par le chatouillement , comme les efforts convulsifs de vomissement provoqués par la titillation de la luette , une modification de l’estomac, une hernie étranglée, une modification de la matrice elle-même , à différentes périodes de la grossesse , etc. Le vomissement s’opère dans tous ces cas, tout aussi bien que sous l’influence d’un tubercule du cerveau, dans d’autres, sous celle de l’injection de l’émétique , dans les veines , chez un animal qui n’a plus d’estomac. Mais , de ce que cette partie des symptômes de l’hystérie qui se rattache à l’action pervertie de l’encéphale est un effet secondaire, il en résulte la possibilité que cet effet secondaire reconnaisse quelquefois d’autres causes que l’influence de l’utérus, il en résulte la possibilité que, dans certaines circonstances, le même état de l’encéphale, soit primitif, et c’est ce qui finit toujours par arriver chez les sujets très-nerveux depuis longtemps sujets à l’hystérie. La persistance de l’hystérie exagère encore le tempérament nerveux des malades ; et ils arrivent, à cet égard, à un état de susceptibilité encéphalique tel, que la plus légère impression extérieure , un bruit agaçant , une odeur fétide , donnent ce qu’on appelle des attaques de nerfs. Tous les jours aussi , dans les mêmes cas, on voit ces attaques ou au moins quelques mouvements nerveux chez des malades dont une idée seule renverse subitement la tête , le tronc en arrière, agite les bras de mouvements variés, etc. Une idée seule peut amener de plus violents désordres dans le système musculaire : elle peut suffire quand le tempérament nerveux est devenu exorbitant pour provoquer une crise complète.

« On conçoit d’après cela que les médecins qui, n’attachant aucune importance aux désordres viscéraux observés chez les hystériques , ne reconnaissent cette maladie qu’à la condition d’attaques convulsives, puissent prétendre avec raison que c’est une affection encéphalique , et soient fondés à trouver cette maladie chez l’homme.

« Mais leur raisonnement à cet égard ne me touche pas plus que ceux au moyen desquels établissant sur de bonnes raisons que les vomissements sont immédiatement provoqués par une modification encéphalique, on en conclueraitque les vomissements dans la péritonite sont étrangers à cette phlegmasie , qu’ils constituent une affection nerveuse idiopathique.

« On trouve , dans les traités qui rendent ainsi l’encéphale responsable de tous les phénomènes de l’hystérie , la preuve que les partisans exclusifs de celte opinion ont réduit

l’hystérie à une partie de ses symptômes, à ce qu’on appelle les mouvements nerveux , les attaques de nerfs , et se sont évertués à prouver que ces mouvements nerveux, ces attaques de nerfs sont subordonnés à l’encéphale ; peine bien superflue sans doute , car ils ne peuvent à cet égard rencontrer de contradicteurs. Cette subtilité de théorie ne séduira jamais les praticiens, et ne les détournera pas des vues dont l’expérience démontre chaque jour les avantages. Il est donc bien important d’être pénétré de ces principes , que des symptômes de deux ordres constituent l’hystérie, les uns portant particulièrement sur les viscères, les autres sur les fonctions de l’encéphale ; que les premiers seuls suffisent pour constituer une forme d’hystérie , qu’une autre forme de la maladie résulte de l’addition à ces symptômes de ceux qui portent sur les fonctions encéphaliques.

« Mais ces derniers seuls ne caractérisent pas l’hystérie ; ils sont de purs phénomènes nerveux : mille causes différentes peuvent les oceasioner. »

Telles sont les idées de M. Foville qui s’éloignent sensiblement de celles de M. Andral , et qui ont pour conséquence d’admettre deux formes principales de l’hystérie , une convulsive et l’autre sans convulsion.

Symptômes. Dans l’examen des symptômes de cette maladie , il y a deux choses à étudier, d’une part les phénomènes nerveux qui se montrent pendant le cours habituel de la vie, puis d’autre part l’exaspération de ces phénomènes nerveux ; ce qui caractérise l’attaque d’hystérie, attaque plus ou moins semblable à l’attaque d’épilepsie.

Dans le premier cas , les phénomènes sont infiniment variés et sont ceux qui caracléririsent chaque maladie nerveuse en particulier.

Ainsi , pour l’intelligence , il est rare que les actes intellectuels s’accomplissent, chez les hystériques , comme dans l’état normal. Ces individus sont , en général , remarquables par l’exaltation de leurs passions. Ils éprouvent une haine violente, ou une amitié ardente pour les personnes qui les entourent. Souvent ces deux sentiments opposés se succèdent avec rapidité, et les hystériques sont, pour la plupart, très-mobiles dans leurs affections.

La sensibilité est aussi en général trèsexaltée chez les hystériques, de là l’hyperslhénie dont je vous ai déjà fait l’histoire. Quelquefois cependant on voit des hystériques présenter l’état opposé, c’est-à-dire, l’anesthésie. Enfin la sensibilité peut présenter une troisième modification , c’est-à-dire être pervertie, et ce que nous venons de dire pour la sensibilité générale s’applique aussi aux sens du gcût, de l’olfaction , et à la vision ,

DE LA VIE DE RELATION

qui peuvent présenter ces trois modifications.

Le trouble des mouvements est considéra* ble et important à examiner ; nous y reviendrons tout-à-l’heure.

Les désordres de la vie de nutrition sont fort nombreux. Ainsi la gastralgie est une affection commune chez les hystériques. Il est très-fréquent de les voir atteintes de vomissements opiniâtres et qui ne cèdent à aucun moyen , vomissements qui , dans quelques circonstances , disparaissent subitement.

Les voies digestives présentent aussi un phénomène qui caractérise l’hystérie , c’est le développement d’une très-grande quantité de gaz qui produisent cet état connu sous le nom de tympanite. Dans ces circonstances, le ventre peut acquérir un volume égal à celui qu’il présente au neuvième mois de la grossesse. Une chose bien remarquable , c’est que le ventre peut s’affaisser sans que des gaz soient expulsés par la bouche ou par le rectum ; il faut donc admettre qu’ils sont résorbés. D’autres hystériques , au contraire , rendent une grande quantité de gaz insipides et inodores. On voit des femmes hystériques continuellement tourmentées par une éructation fatigante. J’ai eu occasion de voir une jeune fille dans ce cas. L’éructation chez elle durait des mois entiers sans cesser un seul instant.

Les hystériques éprouvent fréquemment des palpitations de cœur, qui peuvent simuler une maladie organique : l’auscultation même pourrait induire en erreur. Le cœur, dans ces circonstances, présente de véritables convulsions.

La respiration est souvent troublée chez les hystériques , de là les dyspnées fréquentes , les suffocations qu’ils présentent.

Les sécrétions sont aussi modifiées , et la plus caractérisée de ces modifications est la sécrétion de l’urine, qui devient tenue et claire comme de l’eau de roche. La cause de cette modification est complètement inconnue.

Tous ces symptômes variés que présentent les hystériques sont remarquables par leur marche et leur inconstance. Un jour, en effet, c’est un organe qui sera influencé par la maladie, un autre jour ce sera un autre organe. J’ai vu le cœur être occupé pendant des mois entiers par une douleur nerveuse.

Nous avons à examiner un phénomène plus particulier à cette maladie et qui donne une sensation spéciale connue sous le nom de boule hystérique . Dans d’autres maladies nerveuses on en constate de temps en temps l’existence , mais dans l’hystérie elle a un caractère spécial. Le point de cette boule peut être à l’épigastre, à l’hypogaslre, ou dans toute autre partie de l’abdomen , mais partant tou-

NÉVROSES COMPLEXES

Jours du ventre , et qui s’élevant comme une vapeur semblable à Y aura epileptica, se porte dans le thorax dans tous les sens , tantôt ici , tantôt là , et s’arrête à l’œsophage où elle produit l’effet de la strangulation. Cette sensation est si prononcée , que les hystériques disent souvent : je sens la boule qui parcourt ma poitrine et me monte à la gorge. Il y a dans la production de ce phénomène quelque chose de particulier qui échappe à nos explications. Quelques médecins ont voulu l’expliquer par une contraction des fibres des différents muscles que parcourt cette boule; mais cette explication est loin d’être démontrée. Du reste, celte boule peut se faire sentir par intervalles ou .continuellement. Chez les uns elle est supportable, chez les autres elle est très-pénible. Dans quelques cas cette sensation augmente d’intensité et donne lieu à l’explosion de l’attaque.

Examinonsmaintenant les symptômes d’une attaque d’hystérie.

Ces attaques sont constituées par des accidents variables non-seulement par leur intensité, mais encore par leur nature. On a généralement admis trois degrés dans les attaques d’hystérie; nous allons les passer successivement en revue.

Dans le premier degré , qui est le plus faible , on observe l’accroissement de symptômes que nous avons déjà notés. On remarque des bâillements , des pandiculations , des pleurs ou des rires sans motif, un mouvement convulsif de la face. Un peu plus tard la respiration se gêne , le ventre se gonfle , les mouvements deviennent automatiques , l’intelligence s’affaiblit, les idées 6e dérangent, et en même temps apparaît la sensation de la Wule hystérique. Cet état peut durer quelques minutes ou plusieurs heures ; quelquefois les malades poussent des cris , et l’attaque se bornant là chez quelques individus , elle se termine tantôt par urt écoulement abondant de larmes chez lès uns, d’urine chez les autres. Mais d’autres fois ces symptômes ne sont que le prélude, pour ainsi dire, de ceux qui vont suivre , et alors commence une autre série de phénomènes.

Deuxième degré. La sensation de la boule hystérique devient plus forte, la face et le cou se gonflent, la respiration devient de plus en plus difficile et ne s’opère plus que de temps en temps par des inspirations tantôt brusques et saccadées , tantôt longues et profondes. Des cris perçants et très-caractéristiques se font entendre ; les malades tombent et paraissent sans connaissance , quoique souvent ils entendent ce qui se passe autour d’eux. Alors surviennent des mouvements convulsifs , généraux ou partiels, tout-à-fait différents de ceux de l’épilepsie. Ce sont, en effet, des contorsions violentes et irrégulières , des mouve-

ments brusques, énergiques et si violents que la force de plusieurs personnes ne suffit pas quelquefois pour retenir les malades et pour les empêcher de se blesser.

La terminaison de ce deuxième degré est la même que celle du premier.

Le troisième degré est caractérisé par la perte de connaissance , et l’hystérie dans ce cas se rapproche beaucoup de l’épilepsie. Dans ce degré la peau peut être frappée d’insensibilité générale. Les malades peuvent offrir aussi les phénomènes que nous avons observés dans la catalepsie , ils peuvent présenter le trismus et des mouvements tétaniques généraux. Celte ressemblance de ce troisième dege.’é de l’hystérie avec l’épilepsie lui a fait donner avec raison le nom d 'hystérie épileptiforme. Dans ce degré une paralysie plus ou moins complète peut survenir et disparaître plus ou moins longtemps après l’attaque ; c’est une des formes de la paralysie nerveuse dont je vous ai déjà parlé. La respiration peut cesser, la circulation s’arrêter, le pouls être insensible ; c’est là le dernier terme des attaques d’hystérie. Au bout de quelque temps tout rentre dans l’ordre.

Le retour des attaques a lieu à des intervalles irréguliers. C’est surtout aux époques des règles qu’elles se montrent plus fréquemment, et chez quelques hystériques , c’est toujours avant, chez quelques autres toujours après les règles.

La durée de l’hystérie est variable ; il est rare qu’elle se prolonge au-delà de la quarantième année.

Elle détermine fréquemment des maladies ‘ducœur, de l’abdomen ou delà poitrine.

Quand elle a duré longtemps , elle produit aussi une si grande irritabilité du système nerveux que les causes les plus légères suscitent des mouvements d’impatience et des palpitations de cœur , qui amènent quelquefois la syncope.

La mort est rarement la terminaison de l’hystérie ; celte terminaison funeste n’arrive que par le progrès des maladies organiques auxquelles l’hystérie a donné naissance.

Traitement. Nous avons à établir pour l’hystérie les mêmes principes que pour les différentes maladies nerveuses que nous venons d’étudier. Il faut prendre en considération plutôt la constitution de l’individu et les symptômes dominants que l’hystérie ellemême. Ainsi , par exemple, si on a affaire à un individu pléthorique, on devra pratiquer de larges émissions sanguines. Si c'est , au contraire , à un individu d’une constitution faible , on emploiera une médication tout opposée. On donnera les ferrugineux , on prescrira les toniques. Chez les individus qui ne présenteront pas la prédominance de l’un ou I de l’autre de ces deux tempéraments , on em

ploiera les antispasmodiques, tels que l’éther, la valériane , l’eau de fleurs d’oranger, etc. Il arrive fréquemment que par leur emploi on modifie la maladie.

Pendant l’attaque d’hystérie il faudra garantir les malades des dangers que leur fait courir la violence de leurs convulsions. On les contiendra sur leur li(„ soit à force de bras , soit par la camisolle. On leur fera respirer un air frais, on enlevera les liens et les vêtements serrés autour de leur corps et on placera leur tête dans une position élevée. On leur projetera de l’eau froide à la figure , on leur fera sentir l’éther et on pourra instiller quelques gouttes de celte liqueur dans la bouche. Chez les sujets pléthoriques et sur ceux qui présenteraient des symptômes de congestion , il ne faudrait point hésiter à ouvrir une des veines , soit du bras, soit du pied.

Les moyens hygiéniques doivent jouer un grand rôle dans le traitement de cette maladie. Nous emprutons à M. Foville le passage suivant sur ce sujet :

« L’exercice du corps doit être considéré comme un excellent moyen de traitement ; de simples promenades à pied , l’équitation , la natation, les bains de mer, les eaux, les voyages, seront conseillés suivant les saisons et la fortune des malades.

« Enfin , dans les cas très-fréquents où il existe déjà, chez les hystériques, un commencement d’hypertrophie du cœur, ou que, sans hypertrophie , l’activité du cœur est habituellement excessive, la digitale rend souvent de très-grands services.

« Il existe encore une multitude de moyens prônés contre l’hystérie; les moyens qui réussissent le mieux indépendamment dqs lavements froids, sont tous ceux qui sont propres à la fois à régulariser les mouvements du corps en même temps qu’ils procurent à l’esprit une agréable distraction ; ainsi les voyages, les bains de mer, les eaux. Il va sans dire que les plus grandes précautions devront être prises pour éloigner les impressions morales susceptibles par leur nature de stimuler la sensibilité de l’utérus; ainsi , certaines lectures , certains spectacles. La plupart des auteurs recommandent le mariage comme remède souverain à l’hystérie.

« Georget se trouve encore à cet égard en opposition avec les auteurs, et toujours pour

la même cause ; mais de la part de ceux

qui prennent l’utérus pour point de départ des accidents de l’hystérie, et qui ont vu souvent après le mariage , les fonctions de cet organe se régulariser, et les accidents disparaître , le conseil du mariage est très-rationnel. C’est surtout aux filles pléthoriques très-sanguines , que ce moyen réussit ; mais il faut qu’elles deviennent mères , et remplissent dans toute leur étendue leurs devoirs de mères ,

qu’elles allaitent elles-mêmes leurs enfants. Quant aux hystériques , chez lesquelles l’habitude de la souffrance du cerveau a amené une grande exaltation de la sensibilité de cet organe , chez lesquelles en même temps tous les caractères d’un tempérament nerveux , exalté , existent , on est moins certain chez elles du succès du mariage ; à celles-ci on ne doit le permettre qu’avec réserve , tandis que pour les autres c’est le remède le plus naturel et le plus efficace. »

Par l’hystérie se termine l’histoire des maladies des centres nerveux; il nous reste à étudier les maladies des cordons nerveux dont nous allons commencer l’histoire.

Page 1