‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 61 sur 227 · PHLÉBITE · texte numérisé non relu

PHLÉBITE

Ce nom donné, par M. Breschet, à l’inflammation des veines , a été dans ces derniers temps, l’objet de travaux importants. C’est aux recherches de cet auteur, à celles de MM. Ribes, Dance, Maréchal, Legallois, etc., que nous sommes redevables des lumières répandues sur cette maladie, et c’est d’après leurs intéressants travaux que nous allons tracer l’histoire de la phlébite.

Caractères anatomiques. Les parois des veines offrent une rougeur qui , tantôt se borne à la membrane interne , tantôt envahit toute l’autre membrane. Cette rougeur ne doit pas être confondue avec la teinte cadavérique que présentent les veines dans certaines circonstances. Dans l’inflammation , on voit que la couleur rouge dépend du sang qui se trouve contenu dans les petits vaisseaux capillaires répandus à l’extérieur de la tuni-

que interne de la veine. C’est dans les fines arborisations que forme ce réseau que l’on aperçoit d’abord les traces de l’inflammation ; plus tard , les autres tuniques de la veine sont envahies par elle. Alors l’épaisseur de la tuniques interne est plus ou moins augmentée , et elle l’est quelquefois au point de rendre béante l’ouverture de la veine à laquelle on aura fait une section.

La rougeur et l’épaississement ne sont pas les seuls caractères de l’inflammation des veines Quelquefois leurs parois sont lisses, d’autres fois elles sont inégales et en suppuration ; on y trouve des ulcérations plus ou moins profondes. Différents produits morbides peuvent y être sécrétés. Ainsi on y trouve de, fausses membranes , ayant plus ou moins de consistance, tantôt fort adhérentes aux parois des veines, tantôt étant simplement apposées. O11 y trouve du pus qui peut remplir tout le calibre de la veine, soit à l’état concret, soit à l’état liquide, soit pur, soit mêlé au sang.

Le sang contenu dans les veines enflammées est modifié par l’inflammation et par le contact des produits sécrétés. Il se coagule, d’où il suit que dans la phlébite, il y a interruption de la circulation dans les parties situées audessous, interruption qui ne sera que passagère, si l’inflammation est peu intense; et alors il arrive que le sang redevient liquide , qu’il rentre dans le centre de la circulation, et que tous les phénomènes morbides disparaissent. Si, au contraire , l’inflammation est intense , la veine s’oblitère et se transforme en un cordon ligamenteux , cessant dès lors pour toujours de pouvoir remplir ses fonctions circulatoires.

Les matières déposées dans l’intérieur des veines, pus , fausses membranes , sang vicié, sont transportées dans le torrent de la circulation ; dès lors la masse du sang est altérée, et les organes qu’il doit nourrir se trouvent lésés dans leur texture intime ou dans leurs sécrétions.

L’inflammation s’étend rapidement en remontant, des points primitivement affectés, vers le centre de la circulation. Le sang vicié emportant les produits dont il est chargé, traverse les cavités droites du cœur , arrive au poumon , entre dans le cœur gauche d’où il est chassé vers les capillaires où il porte le germe du mal, en y déposant les principes morbides dont il est chargé. C’est ainsi que la phlébite qui tend à se généraliser fait naître dans une foule de points à la fois des phénomènes inflammatoires; c’est ainsi qu’on peut se rendre compte de ces nombreux foyers de pus qu’on trouve chez les individus atteints de cette maladie. Ces foyers purulents se montrent dans différentes sortes d’organes, mais spécialement dans les organes parenchymateux, et en premier ordre dans les poumons.

MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

Les petits dépôts de pus y sont tellement multipliés que chaque fois qu’on enfonce le scalpel dans ces organes, il tombe sur un abcès. Du reste le poumon n’est pas altéré dans sa structure, le pus est seulement interposé et il occupe principalement le lobe inférieur. Quelquefois ces abcès sont accompagnés de petits endurcissements rouges.

On a quelquefois confondu ces abcès avec des tubercules ; mais, outre qu’ils en diffèrent par leur forme , leur volume et leur siège, ils suivent encore dans leur développement une marche inverse à celle de ces productions accidentelles qui commencent toujours par envahir le sommet du poumon , tandis que ces petits abcès débutent parla base de cet organe.

Après les abcès du poumon , ceux du foie sont les plus fréquents. Ils sont superficiellement placés , ont une forme moins arrondie et moins circonscrite que ceux des poumons et ressemblent à des masses irrégulières.

On en trouve aussi dans la rate qui constituent moins des abcès purs qu’une combinaison de sang et de pus alliés au détritus de l’organe; ils se présentent sous un aspect brunâtre. Ces foyers sont larges , irréguliers et souvent confondus ensemble. Ils sont d’ailleurs beaucoup moins communs que dans le poumon et que dans le foie.

Dans le cerveau, ils occupent principalement la substance de cet organe , à la superficie , dans les couches optiques et dans les corps striés. Ce n’est plus sous la forme d’un tubercule ou d’une masse irrégulière qu’on les troùve , mais bien à l’état diffus et sous la forme de gouttelettes dont le nombre varie à l’infini. Le cervelet en présente ordinairement un nombre moins considérable. On ignore si la moelle épinière en est affectée.

On en a trouvé aussi , quoique plus rarement, dans le cœur et dans les reins. Dans le cœur, ils ressemblent à ceux du cerveau; ceux des reins affectent de préférence la substance corticale.

A l’extérieur, on les rencontre fréquemment dans les articulations , et rarement ils n’en affectent qu’une seule. Ils envahissent ordinairement les plus grosses , mais il n’est pas rare d’en trouver dans les plus petites. Les abcès dans les articulations ne débutent pas tous en même temps , ils se succèdent dans leur apparition , en laissant quelquefois plusieurs jours d’intervalle.

On en rencontre dans le tissu cellulaire , mais sans siège déterminé. Us sont ordinairement multiples et remplis d’une grande quantité de matière.

Dans les muscles ils ressemblent à ceux des poumons, si ce n’est qu’ils ont un volume plus considérable.

Quel que soit leur siège, ces abcès ont une grande ressemblance entre eux , non seule-

ment par leurs caractères anatomiques , mais encore par leur mode de développement. Ils apparaissent avec tous les signes de la fluctuation avant qu’on ait pu soupçonner leur existence, et souvent sans douleur et sans chaleur.

Comment se forment ces abcès ou foyers purulents? quelle est leur nature? Ces questions sont diversement résolues. Si on n’admet pas que le pus, pris par la veine ou formé dans ses parois, est transporté en nature et de toutes pièces dans les divers organes où on le rencontre , il faut recourir à l’opinion qui admet que le pus, mêlé au sang et se répandant dans tous les organes , irrite par son contact les parties où il séjourne, et que de cette inflammation résultent les abcès consécutifs à la phlébite ’.

De tout ce que nous venons de dire , il résulte que l’inflammation de veines est locale ou générale, limitée et circonscrite, ou diffuse et tendant toujours à s’accroître dans le sens delà circulation veineuse.

Quant à son siège on l’observe dans les veines extérieures du bras , de la tête , de la face , du cou , des membres inférieurs ; les gros troncs veineux , telles que la veine cave, les jugulaires , la veine- porte n’en sont pas exempts. Elle est très-fréquente dans les veines de l’utérus.

Causes. La phlébite est le plus ordinairement produite par des lésions qui agissent sur la membrane interne des veines. Ces lésions peuvent altérer directement son tissu , soit par les piqûres des saignées , par la section, la ligature, la compression, la contusion ou le déchirement de ces vaisseaux; soit par le contact des matières âcres et irritantes à la surface de cette membrane , comme cela arrive après les amputations , les accouchements , lorsqu’il existe un cancer ramolli , une surface gangrénée ou suppurante; circonstances dans lesquelles les veines baignent dans un foyer purulent. Ces causes existent presque toujours, et presque toujours la phlébite est secondaire à une autre affection. Elle peut cependant survenir d’une manière spontanée et sans cause appréciable. Dans quelques circonstances la maladie locale est tellement bénigne que l’on est tenté de mettre sur le compte de la prédisposition les accidents graves qui en résultent. Mais il est important, de remarquer que , quelque limitée que soit en apparence l’inflammation de la veine, la sécrétion purulente qu’elle détermine vient se mêler au sang, le vicie, et que c’est ce sang vicié qui occasione les accidents généraux.

1 Nous ne croyons pas que M.Andral se soit expliqué d’une manière plus explicite sur cette question capitale, qui , selon l’expression de M. Cruveilhier , est le lien qui unit l’humorisme rationnel des modernes à l’humorisine aveugle et comme instinctif des anciens. A. L.

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