‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 99 sur 227 · TUBERCULES , OU DE LA. PHTHISIE PULMONAIRE · texte numérisé non relu

TUBERCULES , OU DE LA. PHTHISIE PULMONAIRE

Avec les pathologistes modernes nous donnerons le nom de phthisie pulmonaire à la maladie caractérisée par la présence de tubercules dans le poumon.

On sait que les anciens désignaient par ce mot, qui veut dire amaigrissement ( de je sèche, je flétris) , tout état de consomption et de marasme qui était le résultat d’une maladie du poumon, qu'elle qu’en fût la cause, ou d’une maladie quelconque. Ainsi vous trouverez dans les anciens auteurs la phthisie laryngée, pulmonaire, gastrique, hépatique, intestinale , splénique , rénale , etc. , pour

exprimer l’état d’amaigrissement produit par des lésions du larynx , des poumons , de l’estomac , du foie , etc.

Dans des temps plus rapprochés de nous , Bayle avait divisé la phthisie en autant d’espèces qu’il peut y avoir de lésions organiques des poumons , capables , comme il le croyait, d’ameper la mort , par suite de leur développement. Ainsi il admettait des phlhisies tuberculeuses , granuleuses, cancéreuses, mélanées, calculeuses et ulcéreuses. Nous avons déjà vu ce qu’il fallait penser de celte manière de voir , et depuis Laënnec les pathologistes pensent généralement qu’il n’y a qu’une seule espèce de phthisie , la phthisie tuberculeuse, et l’existence des tubercules dans les poumons est la cause qui constitue le caractère propre de la phthisie.

Anatomie pathologique de la phthisie pulmonaire.

§ 1er. Dans le poumon, nous avons à étudier les tubercules eux-mêmes , et le poumon autour deux.

1° Les tubercules. Les tubercules offrent trois périodes bien distinctes dans leur existence ; une période de développement ou de crudité ; une période d’élimination ou de ramollissement ; une période d’excavation ou de caverne. Notons que nous n’étudions ici le tubercule que comme ayant son siège dans le poumon ; car il ne présente pas dans tous les organes ces trois périodes.

lie période. — De développement ou de crudité. Les tubercules sont alors de petits corpuscules d’un blanc jaunâtre , arrondis , d’une consistance ferme, et assez durs à écraser , sans trace d’organisation ou de texture , disséminés ou réunis en masses plus ou moins considérables, ou intimement combinés avec le parenchyme pulmonaire à l’état d’infiltration et occupant seulement quelques lobules, ou tout un lobe ou même un poumon tout entier.

Leur nombre est très-variable, tes cas où l’on n’en rencontre qu’un seul sont extrêmement rares, car il est presque toujours possible d’en trouver d’autres en examinant attentivement.

Ils siègent ordinairement au sommet du poumon; quand on en rencontre en même temps dans les lobes inférieurs , ils sont toujours dans une période moins avancée de leur existence que ceux des lobes supérieurs.

Quel est l’état primitif des tubercules ? Les opinions sont fort diverses sur ce sujet. D’après Laënnec, les tubercules commencent par de petits grains transparents , gris, quelquefois même diaphanes ou presque incolores, de grosseur variable depuis celle d’un grain

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de millet jusqu’à celle d’un grain de chenevis et qu’il a nommés granulations miliaires. Selon ce médecin célèbre , quelques-unes de ces granulations présentent , au milieu de celles qui sont encore diaphanes et tout-à-fait incolores, un reflet opalin, ou une légère teinte grisâtre qui ne permet plus de les distinguer des tubercules ordinaires ; en les incisant , dit-il , on trouve souvent au centre , un point jaune et opaque qui indique leur prochaine transformation en tubercules jaunes. Selon Laënnec encore, on trouve dans certaines circonstances des tubercules jaunes et opaques dans les poumons , tout aussi petits que les granulations et parfois ramollis ; les poumons qui sont le siège des granulations , contiennent en même temps des tubercules, et comme ces derniers, les granulations sont disséminées ou agglomérées en masses plus ou moins considérables; enfin on les trouve aussi avec les mêmes variétés de couleur et de transparence dans les plèvres , dans le péritoine , et dans les ulcérations intestinales des phthisiques.

M. Louis a donné à cette opinion de Laënnec l’autorité de son observation , et il dit avoir vu presque toujours les granulations d’autant plus grosses , plus nombreuses , plus jaunes à leur centre et plus opaques qu’elles étaient plus rapprochées du sommet des poumons, là où les tubercules ont ordinairement leur siège.

Quelque imposante que soit l’opinion de ces observateurs , nous avons été forcé de la repousser, et la nature des granulations pulmonaires nous paraît toute différente de celle qu’ils ont admise. Nous pensons que ces granulations ne sont point une production accidentelle, qu’elles ne sont pas le premier degré du tubercule , car alors on devrait les retrouver partout où existe celui-ci , ce qui n’a pas lieu , comme le pensait Laënnec , puisqu’on ne les observe que dans le tissu pulmonaire. Les granulations sont constituées par des vésicules pulmonaires indurées et hypertrophiées , et constituent une des formes anatomiques de la pneumonie , la pneumonie vésiculaire . Les granulations des membranes séreuses ne sont autre chose que des rudiments de fausses membranes, et celles qui ont leur siège dans les membranes muqueuses sont constituées par des follicules hypertrophiés. D’ailleurs , constamment nous avons trouvé ces granulations rouges et molles avant qu’elles deviennent grises et dures. Enfin , l’apparence des granulations se manifeste artificiellement après l’incision ou la déchirure des lobules pulmonaires.

M. Rochou a consigné dans le Journal hebdomadaire une autre opinion sur l’état primitif des tubercules. Suivant ce médecin, avant la granulation grise de^ Laënnec , on

trouve dans la place qu’il doit occuper un petit corps du quart ou tout au plus du volume d’un grain de millet , de couleur rougeâtre jaune, ayant quelque chose de luisant propre à certaines concrétions sanguines albumineuses, résistant , assez ferme et s’écrasant néanmoins sous l’ongle, ou plutôt s’aplatissant sans laisser couler de liquide, disparaissant presque entièrement par la pression, et uni enfin au tissu de l’organe par une foule de filaments celluleux ou vasculaires qui l’environnent en formant autour de lui une sorte de tomentum. Notre observation n’est pas d’accord avec celle de M. Rochoux, et nous n’avons jamais rencontré ces petits corps dont il parle.

M. Donné pense que le tubercule n’est au commencement qu’une particule de fibrine provenant d’une petite hémorrhagie.

Un médecin anglais, le docteur Baron, a avancé que le tubercule était d’abord constitué par un kyste à parois transparentes qui sécrète ensuite la matière blanche grisâtre. Les recherches des médecins français sont loin de confirmer ces opinions. M. Dupuy , il est vrai, a souvent constaté, chez les animaux, des hydatides et des tubercules dans les mêmes organes et même des dépôts de matières tuberculeuses dans des kystes hydalidiques; mais ce qui est un cas fréquent chez certains animaux , est un cas extrêmement rare chez l’homme.

M. Magendie, et M. Cruveilhier admettent que les tubercules, avant de se présenter sous la forme de masses solides et de petits corps arrondis d’un gris blanchâtre , sont à l’état liquide ou de pus , et ne se solidifient que par suite de l’absorption de leurs parties les plus ténues. Nous adoptons cette opinion dans ce sens, savoir : que tout ce qui compose notre corps doit avoir été primitivement liquide, et que le tubercule ne doit pas échapper à cette loi. Mais tout en admettant cette liquidité primitive du tubercule, peut -on expliquer, peut -on démontrer comment il passe de l’état liquide à l’état solide ? Non , les recherches sont impuissantes , ou du moins l’ont été jusqu’ici, et toutes les fois que l’on peut apercevoir le tubercule, on le rencontre à l’état solide.

Quel est le siège précis du tubercule ? L’observation démontre que cette matière peut également se produire à la surface de la membrane muqueuse des voies aériennes , soit dans les bronches, soit dans les vésicules pulmonaires elles-mêmes; dans le tissu cellulaire qui unit entre elles diverses parties du poumon ; enfin nous croyons qu’il peut aussi se former dans des ganglions lymphatiques de l’intérieur du poumon. On sait que M. Broussais, guidé par l’analogie de ce qui se passe dans les ganglions mésentériques consécuti-

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vementà une inflammation intestinale, a généralisé cette idée, en établissant que les tubercules pulmonaires avaient leur siège constant dans le système lymphatique de l’appareil respiratoire. Nous pensons que si M. Broussais s’était contenté de dire que quelquefois les ganglions lymphatiques se tuberculisent consécutivement à une bronchite , il serait resté dans le vrai.

De tout ce que nous venons d’exposer, il faut conclure que le tubercule ne paraît être qu’un simple produit morbide déposé , qu’il n’a rien d’organique , que quelquefois il est enveloppé d’un kyste , ce qui est infiniment rare ; que les vaisseaux sanguins qu’on a cru y voir ne sont que les vaisseaux d’une portion du parenchyme pulmonaire qui s’est trouvée emprisonnée quand les tubercules , d’abord simples, se sont approchés et agglomérés, car jamais on ne trouve de trace vasculaire dans un tubercule simple.

Les tubercules une fois développés s’accroissent, et ne présentant à leur origine que le volume d’une tête d’épingle , ils arrivent quelquefois à celui d’une orange. Comment se fait cet accroissement ? Bayle , dont les idées sur ce sujet ont été adoptées par Laënnec, conrparait le tubercule à un germe , le douait de la faculté de se développer par une force intérieure, à la manière , en un mot, des corps organisés et vivants, par intus-susception. Nous avons vu qu’il y a absence complète de toute organisation dans les tubercules , d’où la nécessité de rejeter cette théorie. Le tubercule ne peut s’accroître qu’à la manière des corps inorganiques, par juxta-position ou par agrégation. Ainsi r sous l’influence d’une cause quelconque , la formation première du tubercule a lieu ; cette cause continuant d’agir , et le tubercule entretenant un certain degré d’irritation dans les tissus qui l’environnent , de nouvelles molécules de matière tuberculeuse s’accumulent et s’agglomèrent autour de lui et en accroissent le volume. La réunion et la fusion de plusieurs tubercules produisent les grosses masses tuberculeuses. De sorte que tout tubercule se trouve infiltré au milieu des tissus. Quand l’agglomération a eu lieu , on peut reconnaître au sein de la masse tuberculeuse , des traces de ces tissus , dans lesquels sont encore apparents les vaisseaux dont parfois les tubercules sont sillonnés. D’autres fois ces tissus , emprisonnés et comprimés, cessent d’être apercevables ; on ne trouve plus qu’une masse homogène de matière tuberculeuse. Dans quelques cas, cette masse tend à s’isoler de plus en plus des parties vivantes qui l’environnent et un kyste s’organise autour d’elle.

A mesure que les tubercules se développent* ils dépriment les tissus qui les entourent ; les cellules du tissu cellulaire s’effacent , le cali-

bre des vaisseaux sanguins diminue , et ils finissent par s’oblitérer complètement : alors le poumon devient moins perméable au sang autour des masses tuberculeuses.

2e Période. — De ramollissement et d’élimination. Nous venons de décrire les tubercules à l’état de crudité ; mais des changements importants s’opèrent en eux , et après un temps plus ou moins long, tantôt peu de temps après leur formation , tantôt après être restés longtemps stationnaires , ils commencent à se ramollir.

En général , le ramollissement marche du centre à la circonférence, quoiqu’il puisse commencer par un point quelconque de la masse tuberculeuse et par toute sa périphérie. La matière tuberculeuse devenant de plus en plus molle et humide , paraît onctueuse, semblable à du fromage mou , et devient enfin tout-à-fait semblable à du pus, ou quelquefois à un liquide presque incolore , au milieu duquel sont suspendus des débris opaques , et encore consistants , de matière tuberculeuse.

Quelle est la cause qui produit immédiatement le ramollissement des tubercules? Bayle et Laënnec admettaient que les tubercules avaient en eux-mêmes la cause de leur ramollissement comme de leur développement.

MM. Broussais et Bouillaud l’attribuent à l’in flammation. Suivant M. Rochoux , ce phénomène s’opère ordinairement sans concours d’action ,*ni changement de texture du tissu environnant, sous l’influence de conditions probablement analogues à celles qui déterminent la carie des dents. M. Lombard de Genève, dont nous adoptons l’opinion , pense que les tubercules agissent comme des corps étrangers sur les tissus qui les environnent , qu’ils les irritent, et déterminent une sécrétion de pus qui délaye mécaniquement la matière tuberculeuse.

Le phénomène du ramollissement* s’étant opéré , le pus cherche à se frayer une issue ; alors arrivent d’autres phénomènes qui constituent une autre période.

3« Période. — D’ulcération. Celle-ci commence par un travail analogue à celui qui amincit et perfore la peau en contact avec le pus d’un abcès. Autour de la matière tuberculeuse liquéfiée le parenchyme pulmonaire est rongé et détruit ; les tuyaux bronchiques participent bientôt à cette destruction , et livrent un passage facile , par leurs orifices béants , à la matière tuberculeuse qui est rejetée au-dehors par l’expectoration.

Les cavernes pulmonaires résultent de la fonte de plusieurs tubercules agglomérés ou d’une grosse masse tuberculeuse , ainsi que de l’ulcération qui détruit le parenchyme du poumon , de la communication qui s’établit entre plusieurs de ces foyers , enfin de l’expectoration de la matière tuberculeuse ramollie. On

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a dit que ces cavernes étaient formées tout simplement par le refoulement du tissu pulmonaire, mais cette opinion est complètement fausse , car l’air y pénètre et en sort , ce que l’auscultation constate irrévocablement par le gargouillement qu’elle fait entendre.

Le nombre de ces cavernes est variable. Quelquefois elles sont multiples , et alors elles offrent peu d’étendue. D’autres fois on n’en trouve qu’une , mais fort considérable et toujours entourée d’autres tubercules plus ou moins avancés qui en se ramollissant et en venant se fondre dans cette cavité contribuent encore à son agrandissement. C’est de cette manière que les poumons peuvent quelquefois être réduits à l’état de simple enveloppe.

Dans la plupart des cas , ces cavernes présentent à leur intérieur des inégalités et des anfractuosités qui indiquent que leur formation résulte de plusieurs autres excavations. On les trouve traversées en différents sens par des prolongements parenchymateux , espèces de brides s'étendant aux deux parois opposées des cavernes qui se rompent quelquefois et qui présentent alors une extrémité flottante au milieu de l’excavation. Souvent dans leur épaisseur sont logés de gros vaisseaux dont les parois considérablement épaissies ne livrent passage qu’à une petite quantité de sang. Ces vaisseaux peuvent même être complètement oblitérés, et dans quelques cas , rares à la vérité , ils peuvent , après avoir été érodés , former un épanchement sanguin dans la caverne et parfois une hémorrhagie assez considérable pour provoquer la mort instantanément.

Le siège de ces cavernes a lieu dans la plupart des cas, au sommet du poumon; rarement en les trouve au lobe inférieur , quelquefois au voisinage de la plèvre qui , dans certains cas, peut constituer seule la paroi externe de la caverne. On peut les trouver aussi au milieu du parenchyme pulmonaire.

La matière contenue dans les cavernes est un mélange de pus , de mucus , de matière tuberculeuse , de sérosité épaissie et de sang; on y trouve des fragments de parenchyme qui dans certaines circonstances, peuvent être expectorés. C’est dans ces circonstances seulement que se vérifie cette banale et vieille croyance des commères qu'on crache les poumons.

Enfin, dans quelques cas, les cavernes peuvent être trouvées entièrement vides , ce qui est fort rare.

Les parois des cavernes tantôt laissent voir le tissu pulmonaire induré , rouge et infiltré de matière tuberculeuse ; tantôt elles sont tapissées par une fausse membrane blanchâtre, mince , molle et friable , ou adhérente et formée de plusieurs couches. Sur ces parois se rencontrent les ouvertures de quelques tuyaux

bronchiques, des vaisseaux considérables oblitérés ou non. Les ouvertures des tuyaux bronchiques peuvent faire communiquer les cavernes entre elles , quand il en existe plusieurs , avec des gros vaisseaux comme l’artère pulmonaire, avec les bronches, ce qui arrive très-fréquemment, avec la cavité pleurale. Dans cette dernière circonstance, il peut arriver ou bien qu’une grande caverne communique avec une portion de la cavité pleurale , circonscrite par des brides celluleuses, ou bien qu’une petite caverne tuberculeuse s’ouvre tout-à-coup dans la cavité pleurale, libre d’adhérences et donne lieu à un pneumothorax foudroyant. Enfin une caverne peut s’ouvrir et se frayer un chemin fistuleux pour venir s’ouvrir à l’extérieur sur les parois du thorax.

Les cavernes peuvent s’étendre, se rétrécir, rester stationnaires ou enfin, dans des cas malheureusement trop rares, se cicatriser et disparaître.

La cicatrisation des cavernes pulmonaires avait été considérée comme possible par plusieurs auteurs anciens. Yan Swiéten parle d’ulcères des poumons cicatrisés , mais ces idéesé taient entièrement théoriques et conçues à priori. Laënnec, se fondant sur le résultat de l’observation fournie par plusieurs autopsies, a démontré que cette cicatrisation était possible et en a constaté l’existence. RI. Louis n’en a jamais rencontré d’exemples dans les nombreuses autopsies qu’il a eu l’occasion de faire. Quant à nous , nous en avons rencontré plusieurs cas, et nous admettons avec Laënnec que la cicatrisation de cavernes pulmonaires peut avoir lieu.

Cette cicatrisation s’opère par plusieurs degrés. L’intérieur de la caverne étant complètement vide de pus, ses parois se recouvrent d’une membrane cellulo-vasculaire. Plus tard, la cavité a disparu et d’on ne trouve plus qu’une simple ligne cellulo-fibreuse où se terminent brusquement de grosses bronches , ou bien une masse plus ou moins grosse cellulofibreuse, calcaire ou cartilagineuse, où aboutissent encore des bronches. Les choses se passent ordinairement ainsi au sommet du poumon qui est affaissé, froncé, adhérent à la plèvre costale et qui en s’affaissant a laissé entre lui et la plèvre un espace vide qui se comble par un tissu cartilagineux de nouvelle formation.

Tels sont les changements que l’on a trouvés opérés sur des sujets qui, après avoir présenté tous les symptômes de la phthisie pulmonaire, ont guéri, et ont succombé plus ou moins longtemps après à une autre maladie.

Constatons d’ailleurs que la cicatrisation ayant lieu, il peut arriver que le sujet soit radicalement guéri et pour toujours , ou bien qu’après avoir présenté toutes les apparences

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de la guérison , il redevienne phthisique plus ou moins longtemps après ; ou bien encore que la cicatrisation s’opérant sur un point du poumon , d’autres tubercules se forment sur d’autres points, et que d’autres cavernes leur succèdent.

Vous ne confondrez pas cette cicatrisation tuberculeuse avec le phénomène qui résulte de la dilatation des bronches , non plus qu’avec le froncement et l’affaissement qu’on trouve sur les poumons des vieillards , chez lesquels cet organe tend à s’atrophier.

D’après ce que nous venons de dire sur la cicatrisation possible des cavernes , doit-on tirer cette conséquence , que pour guérir de la phthisie pulmonaire , il faut nécessairement que les tubercules se ramollissent , et que des cavernes se soient opérées ? Nous avons vu des individus qui , après avoir présenté tous les symptômes rationnels de la phthisie , ont guéri, et sont morts beaucoup plus lard. A leur autopsie, nous avons trouvé des concrétions calcaires au sommet du poumon. N’estil pas possible d’admettre que le phosphate calcaire devenant prédominant , la sécrétion tuberculeuse puisse s’éteindre ? Est-il possible encore que les tubercules puissent être résorbés sans se transformer ? C’est ce qu’il est impossible de prouver dans l’état actuel de la science, car les preuves à l’appui de cette opinion, manquent entièrement.

2o État du poumon autour des tubercules. Dans la période dite de crudité , le parenchyme pulmonaire ne présente ordinairement aucune altération. Mais lorsque le ramollissement a eu lieu , lors surtout qu’il existe des cavernes , le tissu pulmonaire présente des altérations graves et nombreuses. L’emphysème partiel ou général est une des plus fréquentes. L’œdème partiel ou général se rencontre aussi assez souvent. Il peut être borné au lobule tuberculeux seulement. Ordinairement le poumon est manifestement enflammé autour des masses tuberculeuses , et il peut présenter les trois degrés de la pneumonie aiguë. La pneumonie chronique est très-commune autour des tubercules. On la rencontre , soit que les tubercules soient encore à l’état de crudité et dans le cas même où ils sont en très-petit nombre , soit à une époque-plus ou moins avancée de leur ramollissement. Doit-on considérer , dans ce cas , la pneumonie comme cause des tubercules ? C’est une question que nous aurons à décider plus tard.

§ II. Altérations dans les autres parties de l’appareil respiratoire.

1° Trachée-artère . La membrane muqueuse de la trachée-artère est assez souvent ulcérée ; alors aussi elle présente ordinairement une couleur d’un rouge vif, à moins qu’il n’y ait

qu’un petit nombre d’ulcérations ; cas dans lequel elle peut conserver la blancheur qui lui est naturelle. C’est d’ailleurs dans la partie inférieure de la trachée-artère , c’est-à-dire dans les points où se trouvent les ulcérations les plus nombreuses et les plus larges , que la rougeur est plus marquée. Quelquefois à cette rougeur se joignent un léger épaississement et une diminution peu considérable de la consistance de la membrane muqueuse.

Quand les ulcérations sont petites, elles sont ordinairement réparties d’une manière uniforme dans tout le pourtour de la trachéeartère ; elles sont arrondies ou ovalaires , et leur diamètre ne dépasse guère une ligne. A leur niveau la membrane muqueuse est détruite, leur fond est formé par du tissu cellulaire épaissi ou non , et leurs bords sont taillés à pic, de manière que ces ulcérations semblent faites comme par un emporte-pièce.

Quand les ulcérations sont plus considérables , elles ne se trouvent pas également dans toute l’étendue de la trachée. C’est à la portion charnue de ce conduit que l’on trouve les plus larges , et la membrane musculaire est quelquefois hypertrophiée.

Un ou plusieurs cerceaux cartilagineux peuvent être entièrement dénudés, amincis , en partie détruits, offrant même une solution de continuité dans leur longueur.

2o Larynx . Le larynx présente aussi des ulcérations , mais moins fréquemment que la trachée , et coïncidant presque toujours avec ces dernières. Leurs caractères sont absolument semblables à ceux de la trachée. Leur siège le plus ordinaire est à la réunion des cordes vocales , aux cordes vocales ellesmêmes , surtout à leur partie postérieure , la base des cartilages arythénoïdes , la partie supérieure du larynx , l’intérieur des ventricules. Dans quelques cas, une ou plusieurs cordes vocales peuvent être entièrement détruites, et la base des cartilages arythénoïdes être entièrement à découvert.

3° Épiglotte . Les ulcérations de l’épiglotte sont assez fréquentes indépendamment même de celles du larynx et de la trachée. Ces ulcérations sont tantôt superficielles , tantôt profondes. Quand elles sont superficielles, la membrane muqueuse qui les environne n’est point épaissie ; c’est le contraire quand elles sont profondes.

Leur siège est presque toujours à la face laryngée de l’épiglotte , et le plus ordinairement dans la moitié inférieure. Leur largeur est d’une ou deux lignes. Dans quelques cas , la membrane muqueuse de l’épiglotte disparaît entièrement , et le fibro-cartilage même peut être détruit dans une partie de sa circonférence.

4° Plèvre. L’adhérence des poumons aux plèvres se rencontre presque constamment.

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

Cette adhérence est partielle , très-étendue ou générale. Elle a lieu, soit au moyen d’un tissu cellulaire plus ou moins serré, soit au moyen d’une fausse membrane.

Au reste , ces adhérences sont toujours en proportion avec les altérations pulmonaires. Quand on n’en trouve pas, on ne trouve pas non plus de grandes excavations ; quelquefois même on n’en trouve pas du tout. Si les adhérences sont faibles et peu étendues , les excavations sont ordinairement petites. Enfin sont-elles plus ou moins étendues, alors aussi les excavations sont constantes et ordinairement de vaste dimension.

La pleurésie a lieu, chez un grand nombre de sujets,* dans les derniers jours de l’existence. Elle se traduit par la présence d’une fausse membrane plus ou moins considérable, jaunâtre, molle et plus ou moins épaisse ; par un épanchement d’une certaine quantité de sérosité roussâtre , trouble ou claire , et même d’un véritable pus.

§ III. Altérations de l’ appareil circulatoire.

1° Le cœur. L’augmentation du volume du cœur est un fait assez rare quoiqu’on ait mis la phthisie au nombre des causes de l’anévrysme de cet organe. L’atrophie du cœur est bien plus fréquente que l’hypertrophie.

Quelquefois le cœur est flasque et mou 5 d’autres fois il est plus ferme que dans l’état ordinaire, ce qui arrive ordinairement quand il y a épaississement des parois de l’une ou de l’autre de ses cavités. Cet épaississement se rencontre d’ailleurs plus fréquemment pour le ventricule gauche que pour le droit.

L’amincissement des ventricules se rencontre plus rarement, et quand il a lieu c’est plus fréquemment à gauche qu’à droite.

2° Le péricarde. On peut trouver des adhérences du péricarde avec le cœur. On peut trouver aussi ces deux organes tapissés par une fausse membrane , et présentant toutes les traces d’une péricardite.

3° L’aorte. Dans la majorité des cas elle est saine. Quelquefois elle présente une rougeur plus ou moins intense dans une portion plus ou moins grande de son étendue. Cette rougeur se continue quelquefois dans les gros troncs qui naissent de l’aorte.

L’aorte peut présenter des plaques cartilagineuses , des ulcérations et des points osseux. Ces altérations se rencontrent surtout à la bifurcation de l’aorte.

Souvent aussi onia trouve rétrécie dans son calibre.

4° La rate. Sur 90 cas observés parM. Louis, le volume de la rate a été augmenté 16 fois , diminué i5 fois , à l’état normal 59 fois. Sa consistance augmentée ou diminuée à peu près également. Souvent cet organe présente des tubercules , surtout chez les enfants.

§ IV. Altérations de V appareil digestif.

Les lésions de cet appareil sont à peu près constantes chez les phthisiques. M. Louis est arrivé à ce résultat remarquable , qu’elles existent chez les quatre cinquièmes des malades.

1° Le pharynx. Il est ordinairement à l’état normal. Dans des circonstances rares on trouve sur sa muqueusedes ulcérations petites, nombreuses , assez uniformément distribuées sur toute son étendue.

2° L’œsophage. Ses altérations sont aussi rares que celles du pharynx. Quelquefois on le trouve recouvert d’une sorte de fausse membrane ayant le même aspect que les plaques couenneuses qui se développent souvent dans la bouche.

Dans quelques cas on a trouvé l’amincissement et le ramollissement de la partie inférieure de l’œsophage.

3° L’estomac. Il peut être considérablement augmenté de volume, et se trouver au-dessous de sa position habituelle , à ce point que la grande courbure peut se trouver au niveau de la crête de l’os des îles.

La membrane muqueuse de l’estomac peut être amincie , ramollie , détruite même. Elle peut présenter une rougeur plus ou moins vive. Au lieu d’être amincie , elle peut , au contraire , être épaissie. Enfin elle peut présenter des ulcérations.

Le siège le plus ordinaire du ramollissement est la partie supérieure et le grand culde-sac de l’estomac. Cette ulcération envahit une plus ou moins grande étendue de l’organe ou bien se présente sous la forme de bandes.

Quelquefois la membrane muqueuse de l’estomac offre dans une étendue plus ou moins considérable des saillies variables par la forme et par la dimension, ordinairement arrondies, d’une à deux lignes de. diamètre, et semblables aux bourgeons charnus des plaies. Ces saillies ont été observées dans des conditions fort différentes de l’estomac, soit qu’il fût très-distendu , soit qu’il fût très-rétréci (M. Louis).

Les ulcérations de la membrane muqueuse de l’estomac ont été trouvées , dans la douzième partie des cas , par M. Louis , tantôt uniques, tantôt très-mullipliées. Autour de ces ulcérations, la membrane muqueuse conserve ordinairement son épaisseur normale.

Cette membrane muqueuse de l’estomac peut aussi être rouge dans une plus ou moins grande partie de son étendue , et cette rougeur peut souvent être rapportée à l’inflammation de cet organe.

40 Duodénum. Presque toujours à l’état normal. Sur -soixante cas, M. Louis n’y a observé que trois fois des ulcérations.

5o Intestin grêle. Sa membrane muqueuse

DES TUBERCULES PULMONAIRES

peut être ramollie , épaissie, plus ou moins rouge. Elle peut présenter de petits abcès, des tubercules et des ulcérations.

Le ramollissement de la membrane muqueuse de Linteslin grêle a été trouvé 8 fois sur g5 cas, à un degré plus ou moins considérable ; et dans tous les cas il existait dans toute l’étendue de l’intestin. Dans quelques cas, au ramollissement se joignent un épaississement assez considérable et une rougeur plus ou moins vive, résultats évidents de l’inflammation.

L’épaississement sans rougeur ni ramollissement est beaucoup plus rare.

Dans des cas assez fréquents , on trouve la membrane muqueuse rouge , sans altération de consistance ou d’épaisseur.

Les tubercules , à tous les degrés de leur développement , se rencontrent à peu près dans toute l’étendue de l’intestin grêle , mais plus nombreux près du cæcum que partout ailleurs. M. Louis les a rencontrés 36 fois , sur g5 sujets.

Les ulcérations de l’intestin grêle sont encore plus communes, car M. Louis les a observées 78 fois sur 95. Ces ulcérations sont d’autant plus nombreuses, plus étendues et plus profondes, qu’on serapproche du cæcum.

On peut trouver aussi l’intestin grêle perforé.

6° Gros intestin. Les altérations du gros intestin sont à peu près les mêmes que celles de l’intestin grêle. La membrane muqueuse peut être rouge, épaissie, ramollie , présenter des tubercules et des ulcérations. Quant aux fistules à l’anus , nous ne les avons presque jamais rencontrées , et notre observation est d’accord avec celle deM. Louis.

En résumant les altérations dont le tube digestif peut être le siège dans la phthisie pulmonaire, on trouve que l’estomac est quelquefois distendu et situé au-dessous de la position qui lui est naturelle ; que sa membrane muqueuse peut être rouge , mamelonnée , ramollie, épaissie, ulcérée, et que, d’après les observations de M. Louis, elle ne serait parfaitement saine que dans la cinquième partie des cas. Que les cinq sixièmes des individus présentent des ulcérations plus ou moins nombreuses et larges dans l’intestin grêle ; qu’elles sont presque aussi fréquentes dans le gros intestin , dont la membrane muqueuse est très -souvent ramollie au point d’être réduite en une espèce de mucus.

L’apparition de ces diverses lésions a souvent lieu en même temps dans le poumon et l’intestin. Elles peuvent être consécutives aux altérations du poumon , comme aussi elles peuvent les précéder.

§ V. Altérations des glandes lymphatiques.

Des glandes mésentériques. Sur 102 su-

jets , M. Louis les a trouvées tuberculeuses 23 fois. Avec cette altération , elles présentaient un volume plus considérable. Cette transformation tuberculeuse est générale ou partielle : ce dernier cas est plus fréquent. Cette altération se rencontre principalement sur les glandes les plus rapprochées du cæcum, et son existence coïncide avec une durée longue ou courte de la maladie. Disons aussi que la tuberculisation des glandes mésentériques coïncide beaucoup plus fréquemment chez l’enfant que chez l’adulte avec les tubercules pulmonaires.

Les glandes méso-cœcales , méso-colites et lombaires peuvent présenter les mêmes altérations.

2° Glandes cervicales. 8 fois sur 80 , on les a trouvées tuberculeuses , plus volumineuses et d’une couleur plus ou moins foncée.

3o Les glandes axillaires sont presque toujours à l’état normal.

4° Les glandes bronchiques , comme nous l’avons déjà vu , peuvent être le siège de tubercules. Elles peuvent aussi présenter une couleur anormale.

§ YI. Altérations des appareils sécréteurs.

lo Le tissu cellulaire peut quelquefois présenter des tubercules.

2o L'arachnoïde et la pie-mère sont souvent le siège de fausses membranes. Quelquefois on trouve de la sérosité dans la partie supérieure de l’arachnoïde , et la pie-mère peut être rouge, épaissie et injectée.

3° Le péritoine. Sur la cinquième partie des sujets observés , on trouve un épanchement de sérosité plus ou moins considérable dans le péritoine. On peut y trouver aussi de fausses membranes, du pus et des adhérences plus ou moins anciennes. L’ascite est trèsrare, et ne se rencontre guère que dans les cas de complication de maladies du cœur. Quelquefois on trouve un léger œdème des malléoles.

4° Foie. L’altération la plus fréquente de ce viscère est sa transformation graisseuse. M. Louis l’a rencontrée 4o fois sur 120 cas. On le trouve alors pâle et piqué de rouge à l’extérieur comme à l’intérieur. Sa forme reste normale , mais son volume est presque toujours augmenté , quelquefois même du double de son volume ordinaire : c’est surtout le grand lobe qui subit cette augmentation. On voit alors que le foie recouvre presque toute la face antérieure de l’estomac, qu’il occupe l’épigastre , qu’il dépasse les fausses côtes et atteint la rate et la crête des os iliaques.

Sa consistance est ordinairement altérée; on le trouve mou et se rompant très-facile-

ment. Toujours la transformation graisseuse s’étendait à la totalité de l’organe.

Il importe de remarquer que la transformation graisseuse du foie est presque exclusive à la phthisie pulmonaire , et que cette altération est beaucoup plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.

Elle s’observe sur les sujets dont la maladie a été très-longue , comme sur ceux chez qui elle a eu une courte durée.

Outre cette altération , qui ordinairement existe seule , le foie peut être le siège de tubercules , de kystes hydatiques , etc.

En général , chez les sujets qui ont une transformation graisseuse du foie, la bile de la vésicule a une couleur noirâtre, une consistance poisseuse , et tient le milieu entre un corps liquide et un corps solide.

En générai , la vésicule et les canaux biliaires sont dans l’état normal. Dans un cas , nous avons trouvé de la matière tuberculeuse dans les parois de la vésicule et dans les canaux biliaires.

5° Les reins. Très-rarement on a trouvé une petite quantité de matière tuberculeuse non ramollie dans les capsules surrénales.

Très-rarement aussi les reins présentent des altérations. Celles qu’on y a trouvées sont une rougeur anormale, une augmentation de consistance , la présence de kystes , et de la matière tuberculeuse.

6° La vessie est presque toujours saine.

7° Le pancréas n’a jamais présenté d’altérations.

§ VII. Altérations des organes génitaux.

Sur quarante sujets dont la prostate, les vésicules séminales et les conduits déférents ont été examinés , trois offraient une plus ou moins grande quantité de matière tuberculeuse dans la prostate, et sur l’un d’eux cette matière existait à la fois dans la prostate, les vésicules séminales et les conduits déférents.

Les organes génitaux de la femme sont presque toujours à l’état normal , si ce n’est que l’utérus a ordinairement un volume moindre. Quelquefois on trouve dans l’épaisseur de cet organe et dans les ovaires , de la matière tuberculeuse.

§ VIII. Altérations des centres nerveux.

Les ventricules du cerveau peuvent présenter une quantité plus ou moins grande de sérosité. La substance cérébrale peut être le siège d’une injection* Sa consistance peut être diminuée, et le ramollissement porter sur des parties diverses de cet organe. On y trouve quelquefois des hydatides et des tubercules , rarement chez l’adulte , plus fréquemment chez l’enfant.

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