DES RAPPORTS DE L'INSTITUTEUR AVEC LE PUBLIC
Un instituteur doit tenir par-dessus tout À jouir de l'estime générale dans la paroisse où il enseigne ; or le moyen pour lui de l’acquérir c’est d’avoir une conduite irréprochable. Alors, sans doute, il n'évitera pas entièrement les critiques, car partout il y a de mauvaises langues; mais du moins possèdera-t.il la confiance de tous les hommes honnêtes et bien pensants. Un autre excel. lent moyen de désarmer la malignité c’est de faire preuve, continuellement ct envers tous, d’une grande modestie et d’une stricte politesse. Le maître ou la maîtresse sans prétentions, bien élevés et remplis d’égards, ne peuvent manquer, tôt ou tard, de voir disparaître les injustes préventions qu'on aurait pu avoir d'abord contre eux.
Que l’instituteur sc tionne encore éloigné de tous les partis qui peuvent exister dans la localité; #il avait l’imprudence de se
mêler une seule fois à ces divisions toujours regrettab!-s, il s'aliénerait à jamais les esprits d'un grand nombre, et crécrait contre lui des préjugés ineffaçgables. Il n’éviterait pas même cet écueil en usant de diplomatie et en cherchant à plaire à tous les partis, se prononçant tantôt pour ceux-ci, tantôt pour ceux-là, suivant les personnés avec qui il s’entretiendrait; en voulant ainsi ména, ger la chèvre et le chou, il serait sûr de déplaire à tout le monde. Il faut donc qu’il ait l'indépendance de son opinion, mais qu'il la garde pour lui-même.
Quant aux élections municipales, parlementaires ou autres, il peut voter, s’il est qualifié, et quelquefois ce sera même nne obliza.on pour lui, c'est-à dire, si le bien évident du pays ou de la paroisse le demande; maïs qu’il n’en vienne jamais à se faire un partisan violent, qu’il évite soigneusement les discussions politiques, et qu'il soit le même pour tous les enfants de son école, à quelque couleur qu'ils appartiennent. Comme fonctionnaire publie, il se doit à tous sans distinction.
L'instituteur sera heureux chaque fois qu'il lui sera possible de se rendre utile à la paroisse. Son modique traitement, ses faibles ressources ne lui pérmettront pas toujours d'écouter les penchants de son cœur; cependant que, dans toutes les circonstances critiques, dans Îes grandes calamités, dans les entreprises publiques, il se montre libéral, généreux, même au prix de sacrifices personnels.
Mais s’il ne peut faire tout ce qu’il désirerait sous le rapport pécuniaire, il peut être bien utile d’une autre manière, nous voulons dire, par son instruction. Combien de personnes vien. dront lui demander de leur lire ou de leur écrire une lettre ; combien de fois on le pricra de préparer une requête aux trois branches de la Législature, ou de remplir les devoirs de secrétaire dans quelque assemblée publique! Il fera bien de se prêter volontiers à ces demandes, au moins aussi souvent qu’elles ne l’exposcront pas à se compromettre. Un maître peut encore rendre de grands services en ouvrant, durant l'hiver, une classe du soir pour les jennes gens ; mais qu'auparavant il consulte ses
forces physiques. Quant à donner des leçons particuliéres à des personnes du sexe, jamais, à moins que ce ne soit devant leur mère. .
ARTICLE 7e.
DES RAPPORTS DE L'’INSTITUTEUR AVEC LES AUTRES INSTI- TUTEURS ET INSTITUTRICES
lo Le prédécesseur.—Non-seulement un maître ne doit pas travailler à faire perdre la place à un de ses confrères, comme nous l'avons déjà dit, mais il ne doit pas non plus décrier son prédécesseur, ni faire de comparaisons odieuses avec sa propre manière d'agir. L’orgueil ou l'envie seraient les seuls motifs de telles remarques, dont l'effet finirait par être contraire à celui qui se les permettrait.
20 Le successeur.—Certains maîtres ne sont pas moins jaloux de leur successeur que de leur prédécesseur. On dirait vraiment que les succès de celui qui les remplace leur enlèvent de leur mérite, et sont une cause de tristesse pour ceux. Alors ils cherchent à se faire un parti hostile au successeur, ils le déprécient autant qu'ils peuvent, enfin ils s’efforcent de toutes manières de l'empêcher de prendre racine dans l’arrondissement : conduite basse et indigne !
30 Les autres instituteurs.—Tous les membres de la classe enseignante, laïques ou religieux, doivent se considérer comme des frères, formant une seule grande famille, dispersée sur tous les coins du pays pour travailler tous ensemble à une œuvre commune, le bien de la jeunesse. Parmi les instituteurs donc point de divisions, de mesquines jalousies, de misérable coteries ; mais de l'entente, de la charité, de l'union pour l'avantage de la profession tout entière. Que celui qui est plus capable n’hésite jamais à donner une explication, un conscil, de l’aide à celui qui
1 soin ;que tout instituteur trouvo dans chacun de ses ‘Les un ami sincère, un consolateur dans ses peines ct ses aus Ni vous cnscignez près de l'église, estimez-vous heu-
reux de voir, le dimanche ct les jours de congé, les autres instituteurs se réunir chez vous, et de pouvoir converser avec eux de l'école et des écoliers.
Une des choses qui peuvent le plus contribuer à maintenir cette union si désirable parmi les instituteurs, est sans contredit l'établissement des Conférences en rapport avec les Ecoles
Normales. Là chacun apporte le tribut de ses talents et de
ses connaissances ; 1à on apprend à se connaître, à se compter, à s'aimer ; là on discuste les questions les plus intéressantes à la classe enseignante ; là enfin on retrouve deux ou trois fois par année des confrères, de véritables amis, qui savent encourager, aider, consoler:
40 Les institutrices.—S'il est désirable que les instituteurs fassent ainsi société ensemble, et les institutrices entre elles, il y aurait plus d’un inconvénient si les maîtres n'étaient pas extrêmement prudents à l'égard de celles-ci. Ils ne peuvent avoir les uns et les autres, dans leurs relations mutuelles, trop de réserve ni de circonspection, particulièrement s’il y a double école dans la
même maison. Une réputation perdue est bien difficile à: recouvrer.
Rien de ce qui regarde les Instituteurs n’est indifférent, ni leur conduite publique (nous venons de le voir), ni leur conduite privée même. Partout et toujours le monde à les yeux fixés sur eux, prêt à censurer le moindre écart ; ce qu’on tolère volontiers dans tout autre jeune homme, dans toute autre jeune fille, on le critique dans eux, on le condamne. Qu'ils ne se plaignent cependant pas trop de cette sévérité du public envers eux ; rien n’est plus propre à les maintenir dans les bornes du devoir, dans les convenances de leur état, que cette exigeance même.
ARTICLE ler.