DU MODE MUTUEL
L'essence du mode mutuel, comme son nom l'indique, est que les élèves s’enseignent les uns les autres. Il consiste à partager les enfants de l'école par groupes, et à confier ces groupes à la conduite de quelques-uns des écoliers les plus capables, qui portent le titre de moniteurs, de sorte que, dans ce mode, l’instituteur n’enseigne pas lui-même, mais il prépare les monitours à remplir leur tâche, et surveille l'ouvrage des divers groupes.
Ce mode a pour avantage de tenir tous les enfants de l’école continuellement occupés à la fois. Il présente néanmoins le grave inconvénient—-1 © que les élèves des différents groupes
sont dirigés exclusivement par des moniteurs, qui ne sont que
des enfants comme eux. Malgré tout le soin du maître, souvent ceux-ci passeront pour trop peu instruits ct incapables d'enseigner convenablement ; ils seront généralement légers et sujets à se dissiper avec ceux qu'ils devraient instruire ; ou bien ils s'en feronÿ trop accroire, étant trop enflés de leur petits autorité ; ou enfin ils se laisserent aller à faire des passe-droit. IJies autres enfants se plaindront, les parents murmureront, ils accuseront l'instituteur de vouloir faire faire son ouvrage par d’autres et de ne pas gagner son salaire, 2° Les moniteurs eux-mêmes, enseignant sans cesse, n’ont pas asser de temps pour étudier, ct leurs parents ne manqueront pas &e dire qu'ils payent pour faire instruire leurs enfants. Sans doute, ils n’ont pas complétement raison, puisque, en enseignant, les moniteurs apprennent ct se perfectionnent ; mais l'objection est spécieuse,
Reconnaissons donc qu'il est difäcile 1° de trouver des élèves capables, par leur sagesse, leurs connaissances ct leur tact, de faire de bons moniteurs ; 2© de les préparer suffisamment à leur besogne ; 3° d’en avoir un nombre assez grand pour qu’ils puissent étudier pour leur propre compte ; 4® de les changer souvent, sans nuire aux divers groupes. Loin donc de laisser l'instituteur oisif, le mode mutuel demande un horime d’une activité surprenante, d’un coup d'œil remarquable, d’un talent extraordinaire.
ARTICLE 4e.