CHAPITRE XVIII RÉCRÉATIONS, CONGÉS ET VACANCES
Loin qu'il y ait de l'inconvénient à laisser aux enfants quelques moments de récréation avant la classe, nous croyons qu'il y a un grand avantage à leur fournir ainsi l’occasion de s'agiter un peu, et qu'ils n’en seront ensuite que mieux disposés à l'étude. Mais il ne faut pas, pour cela, qu'ils prennent un exercice trop violent, ni qu’ils s’y livrent avec passion.
Pour de telles récréations, il est bien désirable qu'il se trouve devant l’école, ou en arrière, un terrain vaste et uni, où les écoliers puissent prendre leurs ébats en toute liberté sous l'œil de l'instituteur. Ce terrain devrait être divisé par une clôture élevée, lorsqu'il y a des enfants des deux sexes.
On doit interdire aux élèves tous les jeux peu décenis, périlleux, nuisibles à la santé, ou qui exigeraient un trop grand déploiement de force physique. Les sauts sont souvent dangereux, à moins qu'on ne se bande le corps, et qu'on ne s'y accoutume graduellement.
La récréation est un temps ordinairement critique pour la morale ; voilà pourquoi nous demandons que le maître ou la maîtresse y exerce une surveilance intelligente et continuelle. C’est aussi un temps bien favorable pour étudier les caractères, parce que les enfants, au milieu de l'entraînement du jeu, y découvrevt mieux leurs inclinations.
Serait-il à propos d'accorder quelques minutes de répit au milieu de la classe, pour que les élèves y conversent, et qu’ils en profitent en même temps pour boire et satisfaire à des besoins naturels ? Nous croyons qu'une semblable pratique, prudemment suivie, ne présenterait que des avantages, pourvu qu'elle reuconrât les vues des commissaires.
Quant aux congés, ils ne devraient pas être trop multipliés, et devraient être donnés à jour fixe, autant que possible. Rare. ment l’instituteur devrait-il en priver les élèves, et jamais sans
s'y faire autoriser, Le Surintendant de l'Education ou son député, l'Inspecteur, les commissaires, et peut-être les Visiteurs, sont les seuls, croyons-nous, qui aient légalement le droit d'accorder un congé dans les écoles sous contrôle, On s'aperçoit facilement du tort que de longs et fréquents congés causent aux écoliers, en les/interrogeant le lendemain d'une de ces interruptions d'école ; ils répondent généralement mal, et ont beaucoup moins d'application et de goût pour l'étude.
L'époque des vacances se fixe par les commissaires ; mais il serait fort à souhaiter qu'un règlement uniforme fût imposé à cet égard. Les uns les partagent en deux ou trois parties ; d’autres les donnent en des saisons extraordinaires, par exemple, au milieu de l'hiver ; d'autres enfin les raccourcissent ou les prolongent sans mesure, ou cherchent à les déduire du salaire de ceux qui enseignent, en les engageant à des époques différentes de celles que la loi indique. Tout ceci est extrêmement désavantageux aux enfants, qui sont par là, soit trop détournés de leurs études, soit privés de jouir complétement de cet utile repos, et surtout à l'instituteur, qui se voit ainsi injustement frustré d’une partie de sa modeste paye, où mis dans l’imposibilité de profiter de cette saison de délassement, dont il a pourtant si grand hesoïin. Ces fantaisies de certains commissaires exposent encore les Inspecteurs à faire des voyages inutiles et à trouver les écoles fermées lors de leur passage. Six semaines de vacances semblent être le minimum qui puisse être raisonnablement alloué, :