DU MODE MIXTE
Comme nous venons de le voir, le mode simultané seul ne peut suffire dans les écoles, telles que généralement constituées. Pendant que le maître instruit une classe, comment peut-il surveiller assez les autres ? Comment peut-il les tenir suffisamment occupées? Comment y maintiendra-t-il l’ordre ? Tandis que toute son attention est absorbée par l’enseignement qu’il donne à une classe, comment peut-il la diviser, et en accorder une partie au reste de l’école ?
D'un autre côté, le mode purement mutuel ne peut guère convenir, puisque l’enseignement fout entier y est confié à des moniteurs, et que le maître ne se réserve que la direction générale.
Il est donc désirable de trov :r un composé de ces deux modes, de sorte q:'ils puissent se corriger, se suppléer l’un l’autre. Aussi le mode mixle ou simullané mutuel paraît-il être le plus convenable à toute école tant soit peu nombreuse : c’est celui dans lequel l'instituteur enseigne lui-même successivement à chaque groupe, tandis que les autres groupes sont sous la conduite de moniteurs.
Dans ce mode il est plus aisé de maintenir Ja discipline, vu que les enfants qui, dans le moment, ne sont pas sous la direction immédiate du maître, sont surveillés par les moniteurs, et de faire faire des progrès rapides aux élèves, puisqu'ils sont loyjours occupés et loujours dirigés, soit par l’instituteur lui-même, soit par les moniteurs.
Ajoutons quelques remarques fort importantes.—1° L'instituteur ne doit jamais s'occuper si exclusivement du groupe qu'il instruit, qu’il ne puisse en même temps avoir l’œil à ce qni se passe dans toute l'école; en d’autres mots, il ne doit pas abandonner les moniteurs entièrement à eux-mêmes.—2° Il doit se réserver toutes les explications nouvelles, et ne charger les moniteurs que de faire lire, écrire, réciter les leçons, répéter les explications du maître, et faire faire des applications et des exercices.—839 Que l'instituteur ne partage pas son école en un trop grand nombre de classes; car il lui faudrait trop de moniteurs, et il y aurait moins d’émulation parmi les enfants.—4° Cependant, qu’il ne fasse pas des classes trop nombreuses, parce que les moniteurs auraient de la peine à les conduire. De dix à quinze élèves par groupe, ce serait suflisant.—5° Les moniteurs doivent être choïsis avec soin. L'âge et la taille sont à considérer un peu, maïs surtout le caractère, la sagessse et le talent.—69 Ils doivent
être de plus préparés À leur besogne. Le maître leur expliquera donc leurs droits, leurs devoirs, et la manière de conduire leur groupe. Il n’est pas nécessaire qu’ils soient {ous très-avancés: des enfants qui lisent bien, par exemple, suffisent pour faire dire les lettres, épeler, lire couramment même. Mais pour les premiers groupes, il faut plus de qualités chez les moniteurs.—7° Ceux-ci ne doivent jamais êtres autorisés à punir, encore moins à frapper les enfants qu’ils surveillent. Qu'ils prennent note des manquements, et qu’ils en fassent rapport. Le maître doit regarder comme un devoir de soutenir les moniteurs et de faire respecter leur autorité, excepté dans le cas évident de prévarication.—8° Les mêmes moniteurs doivent être habituellement chargés des mêmes groupes; un changement arbitaire, surtout fréquent, causerait un grand dommage aux écoliers.
—90 Il doit y avoir assez de moniteurs pour que chacun n'ait à diriger un groupe que de temps en temps, et qu’il aïît le loisir d’étudier beaucoup pour lui-même et de suivre régulièrement ses propres classes.—10° L'instituteur ne doit pas omettre de surveiller personnellement tous les groupes, et d’en faire fréquemment le tour, afin de s’assurer par lui-même de la manière dont les moniteurs s’acquittent de leur tâche.—11° Ordinairement, qu’il les reprenne et les gronde privément, afin de ne pas leur faire
perdre la considération des autres 6lèves.— 12° Si les dimensions de l’école le permettent, ce qui est grandement à désirer, les enfants sortent des tables pour se placer en groupes, soit en un rang, soit en plusieurs (les plus petits en avant), soit en ligne droite, soit mieux en demicercle. Le moniteur se met de façon à les voir tous, et à avoir la tête de la classe à sa gauche. De cette manière, les enfants se délassent, tantôt demeurant à leurs siéges, tantôt se groupant debout en dehors des tables. Sinéanmoins l’es- . pace ne 8e prête point à cet arrangement, on ne fait sortir qu'un groupe à la fois, tandis que les autres travaillent à leurs pupitres avec les moniteurs.
Le mode simultané-mutuel exige presque nécessairement plusieurs tableaux noirs; cependant, lorsque la chose est absolument impossible, on peut y suppléer en faisant écrire les élèves sur leurs ardoises,
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