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LA PHILOSOPUIE ET LES SCIENCES

?; 1. — Rapports généraux.

1. Et d'abord, en déterminant la nature et les lois de lintelligence, la philosophie enseigne au savant les règles à observer dans l'emploi de ses facultés afin d'en tirer le meilleur parti possible. — En trarant les lois et les divers ordres de la certitude, elle lui apprend à ne pas céder trop facilement à certaines apparences de vérité, comme aussi à se contenter du genre de certitude que comportent les choses. — En discutant les questions de méthode, elle indique à chaque science les procédés les plus sûrs et les plus abrégés pour parvenir h son but.

2. De plus, il est certains principes premiers, certaines notions fondamentales qui forment la base et le supposé de toute science. Tels sont les principes d'identité, de contradiction, de causalité, de finalité; les idées de nombre, d'étendue, de force, de temps, pour les sciences mathématiques; les idées de matière, de substance, de cause, de loi, pour les sciences physiques; les idées de vie, de genre, d'espèce, de type, pour les sciences naturelles; et pour les sciences morales et sociales, les idées de bien, de droit, de devoir, de liberté, d'autorité, etc.

Tous ces principes, toutes ces notions, que les sciences inférieures reçoivent de confiance et sans les discuter, — à moins de faire de la philosophie, —- c'est à la philosophie qu'il appartient de les approfondir, d'en rechercher la nature, l'origine et la valeur; et cette étude intermédiaire entre la philosophie proprement dite et chaque science particulière, constitue ce qu'on appelle \di philosophie de cette science.

Ainsi, quand un savant quitte la pure observation et prend dans leur ensemble les divers phénomènes physiques pour se demander si ces faits sont aussi hétérogènes que l'expérience tendrait aie faire croire, ou si, au contraire, cette multiplicité ne cache pas une fondamentale unité, cette investigation ne relève plus proprement de la physique, mais de la philosophie de la physique.

Quand un naturaliste cesse d'observer les diverses espèces animales et végétales pour poser les principes généraux d'une classification, ou pour spéculer sur l'origine de la vie ou sur l'origine des espèces, il aborde \a philosophie de la nature.

Quand un historien, embrassant toute la masse des événements qui se sont déroulés au sein de l'humanité, se demande si on est en droit de les considérer comme orientés vers un but fixé d'avance, il fait la, philosophie de T histoire.

On le voit, en somme, la philosophie des sciences peut être rapportée, soit à la logique, soit à la métaphysique, selon qu'elle étudie la nature, les conditions, la méthode de cliaque science, ou qu'ellescrule les notions fondamentales sur lesquelles elle s'appuie.

iO INTRODUCTION*

§ 2. — Rapports spéciaux.

Outre ces rapports généraux que la philosophie soutient avec toutes les sciences, il en est d autres d'un caractère particulier, qui unissent plus intimement certaines sciences avec telle ou telle partie de la philosophie, en sorte que la connaissance de celle-ci devient nécessaire, non plus seulement à la philosophie de ces sciences, mais à ces sciences elles-mêmes.

1. Ainsi, il est évident que le physiologiste, à raison des rapports étroits qui unissent le corps à l'âme, aura un besoin spécial des lumières cle la psychologie; que le médecin est inexcusable d'ignorer l'influence de l'imagination et des passions sur le lerveau et le système nerveux, et qu'il reste au-dessous de sa lâche, si, à des désordres cérébraux ou intestinaux provoqués par des causes morales telles que le chagrin, la jalousie, la colère ou Tambition, il se borne à prescrire des remèdes purement physiques. Bacon l'a dit, Medicina in philosophia non fvndata res Infirma est. i( Plût au ciel, disait Leibniz, qu'on put faire que les médecins philosophassent ou que les philosophes médicinassent. »

2. De même, une certaine connaissance de la logique et de la psychologie est indispensable à quiconque est appelé par état à manier la parole publique. Car, si convaincre, plaire et persuader constituent la mission de l'orateur, il est clair que ce dernier ne saurait la remplir dignement à moins de connaître les lois du raisonnement et le mécanisme des passions qu'il doit raeltre en jeu. « Pour être orateur, disait Cicéron, il faut avoir une philosophie », c'est-à-dire une doctrine, une conviction sur Dieu, sur l'homme et sur sa destinée. Aussi n'hésite-t-ilpas à reconnaître

,que c'est à l'Académie qu'il a puisé le secret de son art : Fateor me oratorem, si mo o sim, non ex rhetorum ofjicinis, sed'ex Academiae spaliis crsiitisse.

Ce qui est vrai de l'orateur vaut également pour l'écnvain. Scribendi recte sapere est et principium et fons, dit Horace. Avant donc que d'écrire, apprenez à penser, conclut Boileau.

3. Et la science de la morale n'est-elle pas nécessaire au politique, à l'homme d'État? Comment gouverner, si l'on ignore le but dernier auquel doivent tendre les individus et les sociétés? Et de quelle manière gouvernera-t-on, si l'on n'est pas convaincu qu'après tout, la meilleure politique est encore celle qui a pour base la justice, et que les lois austèies de l'honnête sont aussi celles de la prospérité et du bonheur des peuples?

— Concluons que toutes les sciences ont besoin de la philosophie. Aujourd'hui surtout que, par suite de leur développement, le savant est tenu, sous peine de rester superficiel, de se cantonner dans une spécialité de plus en plus restreinte, il faut, s'il ne veut pas se fausser l'esprit en devenant exclusif, qu'il s'élève de

l.A rUlLOSOPUIE ET LES SCIENCFS. It

tomps en temps au-dessus de son objel propre, pour obtenir une vue d'ensemble et respirer l'air pur des principes (1).

« Tout homme, dit Haeon {de Difinilale et Avgmcnds scienliaru7»), qui s'imagine que l'étude de la philosophie est inutile, ne fail ]>as attention que c'est de là que se tire tout le suc et toute la force qui se distribue à toutes les autres professions et à tous les arts... Youlcz-vous qu'un arbre donne plus de fruit, en vain, vous occupez-vous des branches, c'est la terre qu'il faut remuer autour de la racine, v

ART. II. — l^a philosophie a besoin des sciences*

De ce qui précède, nous pouvons conclure que jamais le savanl 7i(' sera trop philosophe; hâlons-nous d'ajouter qu'à son tour/ Jamais le philosophe ne saurait être trop savant.

l. En eiiet, ne l'oublions pas, si la philosophie a une portée universelle, elle est loin d'être la science universelle; à côté d'elle les sciences particulières ont leur place, leur objet propre et leur tâche spéciale. Cette tâche consiste à déterminer les causes prochaines, à formuler les loi s de détail : c'est seulement quand elles y sont parvenues que le philosophe recueille leurs résultats pour les ramener à des causes supérieures, à des lois plus hautes et plus compréhensives, et, s'il est possible, jusqu'à l'unité de la cause suprême et de la loi universelle.

t. On peut dire que la philosophie est, par rapport auxsciencesl»articulières, ce que l'architecte est vis-à-vis des divers ouvriers.

Ceux-ci présentent les matériaux tout préparés, tout taillés; à l'architecte d'assigner à chacun sa place dans l'édifice, car lui seul a le coup d'oeil d'ensemble et le secret du plan total. Laissés à eux-mêmes, les ouvriers ne peuvent qu'accumuler des matériaux sans ordres et sans unité; privé de leur concours, l'architecte en est réduit a dresser des projets dont rien ne vient garantir la valeur réelle et pratique.

Ainsi en est-il du philosophe; s'il ne s'appuie sur les données [)Ositives de la science, ses by[)Othèses ont beau être ingénieuses t'L ses déductions irréprochables, il ne sort pas de l'abstraction ni de Va priori. Voilà pourquoi il ne saurait se désintéresser d'aucune science, ni rester indifférent à aucune de leurs découvertes. On l'a dit avec raison, « la meilleure marque de l'espril philosophique est d'aimer toutes les sciences ».

(1) Et rie fait, le» plus grands saranU ont été philosophes. 1 os ouvrages ilc Ncvvton cuntieniient des ronsidc^ratioiis mélaphvfîiqnes de la plus liautc portée. Galilco so vantait d'avoir consacré plus d'iinnt-cs à la [>hilosophie que de uiois à la physique. Les études de (leotTroy-Sjiint-liilair»: sur la philosophie anatKtniquc, celles de J.-B. Duma» sur la philo8t)phie de la chimie, celles de Cl. Rornard sur le principe de la vie, relèvent de la niélaphysique autant «pic de la science proprement dite.

APPENDICE Importauce de la philosophie.

Dans le chapitre précédent, nous avons étudié les services que la philosophie est appelée à rendre au xavant, quelle que soit sa spécialité; voyons maintenant son utilité pour l'homme en général, quelle que soit sa condition. Cette utilité est à la fois spéculative et pratique; elle résulte : 1° De l'importance des questions que traite la philosophie: 2" De rinduence intellectuolle et morale qu'elle exerce sur les individus; o» De son action sur la vie et la prospérité des nations elles-mêmes.

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