RAPPORTS PLUS OU MOINS IRRÉGULIERS DU PHYSIQUE ET DU MORAL
Le corps est l'intermédiaire obligé entre l'âme et le monde extérieur : c'est par lui que l'âme est informée de ce qui se passe au dehors, et c'est par lui qu'elle est en état d'agir hors d'ellemême.
Mais cet intermédiaire n'est pas toujours fidèle : les renseignements qu'il transmet à l'âme sont parfois inexacts; parfois aussi il lui refuse son concours. C'est ce qui arrive notamment dans un certain nombre d'états particuliers tels que le sommeil et le rêve, \ hallucination, le somnambulisme, V hypnotisme et la folie.
ART. I. — fjc soinineil et le rêye.
i:^ 1. — Le sommeil. — Le sommeil normal n'est une maladie, ni au point de vue pliysiologique, ni au point de vue psychologique; il consiste dans le repos périodique du cerveau, dans la détente temporaire de tout le système nerveux. Le sommeil se traduit :
1. Physiologiquement, par Vanesthésie partielle du système nerveux sensilif, et la paralijsie plus ou moins complète du système musculaire.
a) L'homme endormi n'est plus accessible aux excitants ordinaires de la vue, de l'ouïe, du toucher, etc. : il ne voit plus, il n'entend plus, ne sent plus; mais cette anesthésie n'est que partielle : il y a aflaiblissement, non pas abolition complète de la conscience, car, [)Our peu qu'on accroisse leur intensité, les excitations sont pennes, et le dormeur est tiré de son sommeil.
b) La paralijsie des nerfs moteurs n'est pas moins évidente : les yeux se ferment, le corps s'alTaisse elles membres pendent inertes; le système musculaire n'obéit plus aux commandements
de la volonté. Cependant cette paralysie, elle aussi, n'est pas complète; car nous accomplissons dans le sommeil bien des mouvements semi-conscienls, et les fonctions organiques de circulation, de respiration et de sécrétion continuent à s'exercer, quoique notablement ralenties.
1, De là résultent un état psychologique spécial et une modification notable dans l'activité de nos lacullé.s supérieures.
rt) La conscience n'agissant plus sous forme réfléchie, nous perdons la notion de temps écoulé, et, jusqu'à un certain point, celle de notre identité personnelle. De là vient que les heures de sommeil passent si rapidement, et d'autres fois, que certains rêves paraissent avoir exigé un temps considérable, alors qu'en réalité ils n'ont duré qu'un instant.
b) La volonté existe bien au sens large : on veut marcher, parler, agir, etc., mais elle est incapable de se faire obéir. Faute d'attention et de réflexion, elle n'est plus libre, ni, par suite, responsable; elle cède fatalement aux suggestions de l'imagination.
c) Bref, pendant le sommeil, l'exercice de nos facultés se trouve plus ou moins paralysé; seules l'imagination et la mémoire puisent dans l'anesthésie des organes sensoriels et dans l'absence de réflexion un surcroît d'activité considérable (1).
3. Relativement aux causes du sommeil, on admet généralement que c'est le sommeil du corps qui détermine celui de l'esprit.
ai Or, la cause du sommeil physiologique est la fatigue cérébrale, et le besoin qu'a le système nerveux de se détendre périodiquement, de se refaire par le repos.
b) Quant aux circonstances qui favorisent le sommeil, on peut citer, en général, toutes celles qui diminuent ou suspendent l'exercice de nos facultés mentales. Telles sont : le calme de l'esprit, l'absence d'émotion et de surexcitation nerveuse, la monotonie des impressions, le silence, l'obscurité, etc.
Le sommeil peut avoir aussi certaines causes artificielles et morbides : l'ingestion des narcotiques, tels que l'opium, le chloroforme, ou encore l'ivresse et certaines maladies cérébrales.
?; 2. — Le rêve. — Le rêve n'est autre chose que Tensemble
des phénomènes conscients que nous éprouvons pendant le sommeil.
Par rapport aux rêves, on peut se poser trois questions prin-
(1) Entre le sommeil profond et l'état de veille complète, il existe une infinité de degrés, et par suite, les phénomènes que nous venons d'énumérer i>euvent présenter plus ou moins d'intensité. L'anesthésie dos ori,'anes, en particulier, subit des variations tort sensibles suivant l'état nerveux du dormeur. On peut même concéder que le sommeil est parfois si profond et le lepos des facultés si complet, que le jeu de rimagiuation est lui-même suspendu et qu'il y a absence totale de rêve; mais le cas est rare, s'il existe. Car, s'il nous arrive souvent de ne plus nous rappeler au réveil les rô'\es de la nuit, c'est sans doute qu'ils ont été trop légers et trop fugitifs pour laisser dans la mémoire des li-aces duraJbles.