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Les rêves s'alimenlent à deux sowrces

a] Ce sont d'abord nos souvenirs qui s'enchaînent capricieusement en vertu de l'association des idées, suivant le goût et les préoccupations habituelles du dormeur : la dernière idée de l'état de veille suggère la première idée du sommeil. Ce sont aussi les représentations imaginatives auxquelles ils donnent lieu avec les émotions plus ou moins confuses qu'elles provoquent.

h] Un second élément de nos rêves est emprunté aux vagues perceptions de la réalité et à certaines sensations sourdes qui ont lieu pendant le sommeil même. L'imagination s'en empare pour les incorporer tant bien que mal dans la trame du rêve commencé, ou pour en briser le cours et former une nouvelle série d'associations. C'est ainsi, dit-on, qu'une piqûre de puce tit rêver Descartes qu'il était percé d'un coup d'épée, et que Reid, souffrant de la migraine, rêva qu'il était scalpé par les sauvages. Si l'on fait de la musique près de quelqu'un qui dort, sans le réveiller, cette personne dira souvent au réveil qu'elle a assisté en rêve à un concert et y ajoutera d'autres détails.

'i. Le caractère propre du rêve, c'est rinco/terence; les éléments qui le composent forment un véritable chaos où les temps, les lieux, les personnes et les événements se superposent, s'enchevêtrent et se confondent d'une manière inextricable. Il est facile de le comprendre. L'usage de la raison et des facultés directrices étant suspendu, l'imagination, privée de son contrôle, s'abandonne sans frein à toutes les divagations et à toutes les extravagances. Ainsi, dit Garnier, si, à l'état de veille, je songe à une personne qui se trouve en Italie, l'Italie me rappellera Rome, l'arc de Titus, les juifs, Pilate, etc. Mais dans le rêve, toutes ces images se succèdent avec une rapidité telle qu'elles se confondent et se noient, pour ainsi dire, les unes dans les autres; la France se mêle avec l'Italie, l'Italie se change en Judée, Titus en Pilate, etc. (1).

3. Il n'est pas plus difficile d'expliquer ri//«/s«o/i que produisent en nous les rêves, et d'où vient que pendant le sommeil nous

(1) M (aul cependant rcconiiaitreque k'S lois londamenlales de la raison continuenl à rogir l'esprii, même peiidani le ri-ve. vu y raisonne souvonl avec justesse, parfois même avec une véritahle subtilité, et tel inatliéinaticien a déclaré avoir trouvé en rêve la solution de ccriaiii problème qu'il a^ait vainement cherchée pendant la veille. Mais gardons nous de prendre trop ;i la lettre ce qu'on raconte d'une soi-disant activité supérieure de Tesprii pendant le sommeil. Ces prétendus cliers-<rœuvre qu'on aurait accomplis en <lorn)anl se reduiseni d'ordinaire à peu de chose. Sans doute, il y a un travail latent de l'esprit qui s'opère spontanément pendant que nous dormons, niais il »f horne le plus souvent à mûrir les résultats ac<piis peinlanl la veille, i^'imagine^ que le sommeii donne des vues supérieures, des intuitu)ns de génie, ou découvre des rapports nouveaux cl im|uévus, c'est se faire illusion.

sommes invinciblement portés à prendre nos visions incohérentes pour des réalités. En effet, les sens extérieurs ne nous renseignant plus sur la réalité présente, nous sommes incapables de comparer les représentations Imaginatives avec les représentations sensibles, et de corriger celles-là par celles-ci, comme nous le faisons à l'état de veille. Ainsi s'expliquent l'intensité exceptionnelle des images qui se présentent pendant le sommeil, leur plus grande persistance que rien ne vient interrompre, leur illusion que rien ne vient redresser, et par suite, la tendance invincible de l'esprit à les objectiver, et à les prendre pour de véritables perceptions.

§ 3. — Le rêve et la rêverie. — Le rêve diffère de la rêverie. Ldi rêverie est l'état d'un esprit qui s'abandonne passivement et sans but au hasard de ses associations.

Chacun songe en veillant, il n'est rien 'de plus doux.

(La Fontaine.)

1. Le rêve a lieu pendant le sommeil. Nos sens étant fermés aux impressions du dehors, nous perdons conscience du temps et du lieu, nous sommes livrés, sans recours possible, à la tyrannie de l'image; elle nous absorbe, nous fascine et, faute de point de repère qui la refoule au second plan, elle nous fait l'effet d'une perception véritable. Au contraire, la rêverie suppose l'état de veille. Les données précises et actuelles que continuent de nous fournir les sens, nous retiennent dans le présent, dans la conscience du lieu où nous nous trouvons, et nous empêchent ainsi de prendre pour des réalités les imaginations de notre esprit. Voilà pourquoi nous pouvons rêver sans effroi aux objets les

' plus terribles, aux situations les plus désespérées; il n'en serait plus de même si nous rêvions de ces choses.

2. D'autre part, une certaine réflexion qui ne nous quitte jamais complètement à l'état de veille, conserve toujours dans la rêverie un ordre plus ou moins logique à nos associations, en sorte qu'elle ne participe pas à l'incohérence du rêve.

§ 4. — Le rêve et la perception réelle. — 1. Les sceptiques ont prétendu tirer de l'illusion du rêve une objection contre la certitude, et conclure que nul ne sait s'il dort ou sHl veille. Ils disent que, prenant nos rêves pour des réalités, rien ne nous assure que cette prétendue réalité soit elle-même autre chose qu'wn rêve bien lié.

C'est là un pur sophisme. Car, de ce fait que, dans l'état de sommeil, nous sommes incapables de comparer et, par suite, de discerner le rêve et la réalité, il ne s'ensuit nullement qu'il en

l'hallucination. 307

soit de même à l'étal de veille. Tout au contraire, la perception actuelle nous donnant la réalité présente, et d'autre part, la mémoire nous rappelant nos rêves passés, il nous est facile de constater, par comparaison, que ceux-ci étaient de pures illusions. 2. En elTet, la perception se distingue très nettement du rêve :

a) Par une conscience plus nette et plus réfléchie;

b) Par la liaison logique et chronologique qui unit entre elles toutes les données de nos sens pour en former un système cohérent ;

(•) Enfin, par ce fait, que nos perceptions concordent avec celles de nos semblables et sont confirmées par elles.

Au contraire, le rêve n'excite en nous qu'une conscience vague l't une émotion confuse. Son caractère distinctif est l'incohérence; aussi les rêves varient-ils à l'infini, suivant les individus, tandis que la réalité est identique pour tous. « Il y a un seul et même monde pour les hommes éveillés, disait Heraclite ; mais chaque homme endormi, se détournant du monde commun, va dans un monde qui lui est propre. »

Comme l'a remarqué Descartes, « notre mémoire ne peut jamais lier et joindre nos songes les uns avec les autres et avec toute la suite de notre vie, ainsi qu'elle a coutume de joindre les choses qui nou^ arrivent étant éveillés » 6" médit.).

ART. II. — L.'hallucinatioii.

Une forme morbide de l'influence du physique sur le moral, caractéristique, c'est [liallucinalion.

1. L'hallucination peut se définir: une perception sans objet. C'est une image purement interne, qui, par son intensité anormale, nous porte spontanément à l'objectiver, c'est-à-dire à l'attribuer à une cause extérieure.

Sans doute la réflexion peut nous convaincre que cette sensation manque de base objective, et, tant que l'intelligence n'est pas atteinte, l'halluciné n'est pas nécessairement dupe de l'illusion; cependant l'hallucination est toujours l'indice d'un état pathologi([uc du cerveau, et, pour peu qu'elle se prolonge ou se répète, elle finit par fausser le jugement du malade, au point de lui faire prendre pour des réalités ses représentations imaginaires; aussi, tôt ou lard, amène-t-elle la folie.

L'hallucination peut afTeder un seul sens, ou plusieurs à la fois; ordinairement celle d'un sens détermine celle de tous les autres.

2. L'hallucination se dislingue du rêve, en ce que celui-ci a lieu pendant le sommeil et celle-là dans l'état de veille. L'halluciné rcve tout éveillé, dit Esquirol. D'un côté comme de l'autre, il

y a objectivation d'images purement internes, mais avec cette différence que, dans rhallucination, c'est l'image qui est assez forte pour refouler au second plan les sensations et les perceptions concurrentes; tandis que, dans le rêve, c'est la sensation qui est assez affaiblie pour se laisser envahir et refouler par l'image.

3. Il ne faut pas non plus confondre l'hallucination avec la simple illusion. L'illusion est une interprétation fausse d'une perception normale; on voit, ou entend une chose réelle, on croit en voir ou en entendre une autre. Dans Thalluoination, on voit, on entend réellement, bien qu'il n'y ait pas d'objet ^1).

4. Comment expliquer ce singulier phénomène? On peut dire d'un mot que rhallucination est une sensation renversée. Dans ]o. sensation normale, un objet extérieur impressionne l'organe; cette impression se transmet au cordon nerveux, et de là au cerveau où elle détermine la sensation.

Au contraire, dans la sensation hallucinatoire, c'est des centres nerveux que part l'impression. Sous l'influence d'une lésion ou d'une infiainmation, le cerveau entre spontanément en action, et par une sorte de choc en retour, l'ébranlement se communique au nerf et de là à l'organe. A son tour, celui-ci, excité comme il Test d'ordinaire par l'action des objets extérieurs, renvoie au cerveau l'impression qu'il en a reçue, et, selon la loi commune, une sensation se produit : sensation de lumière ou de bruit, que, par habitude, nous objectivons spontanément. Ces perceptions rudimentaires deviennent comme un noyau autour duquel l'imagination groupe ses fictions et ses images, en vertu de certaines associations, et le malade croit voir des animaux et des fantômes, 'entendre des voix qui le menacent, etc. (2).

L'hallucination peut être provoquée artificiellement par Tingestion dans l'organisme de quelque substance agissant directe-

(1) Dans l'hallucination on voit si réellement, l'image visuelle est si réelle, qu'on peut dédoubler en interposant un prisme entre l'œil et l'objet imaginaire, agrandir ou diminuer ses dimensions au moyen d'une lorgnette, la ré/?fV/»»r par un miroir. L'image colorée peut mcme donner lieu à la sensation de la couleur complémentaire.

(■>) On a proposé à ce sujet plusieurs hypothèses :

a^ La théorie périphérique ou sensorielle place le siège de l'hallucination dans l'orijane même des sens. Mais, dans ce cas, on ne comjjrend plus comment il se fait que les amputés puissent épruuver de la douleur dans le membre qu'ils n'ont plus, et que ceux qui sont devenus sourds ou aveugles puissent avoir des hallucinations auditives ou visuelles, alors qu'ils sont dépourvus des organes correspondants.

//) Une autre hypothèse attribue l'hallucination à des causes purement psychique.s. La difficulté est alors d'expliquer certains cas curieux mais fréquents d'hallucination unilatérale, c'est-à-dire de malades qui ne sont hallucinés que d'un seul œil ou d'une seule oreille, et pour lesquels il suffit de fermer l'un des deux organes pour faire cesser le phénomène.

c) La seule théorie qui rende compte de tous les faits est la théorie psycho-$ensorioile qui invoque le concours réuni de l'élément psychi(|ue et de l'élément périphérique. — C'est celle (jue nous exposons ci-dessus.

l.K SOMNAMBULISME. lîOO

ment sur le cerveau et le système nerveux telle que l'opium, l'alcool, le haschisch, etc. Kilo peut même devenir chronique par l'usap^e prolongé de ces substances, ainsi qu'on le remarque chez les alcooliques invétérés et les fumeurs d'opium.

ART. III. — l^e somnambulisme.

Un autre état qui trouble profondément les rapports du physique et du moral, c'est le soninambii Usine, qu'on peut définir : un rêve en action. En elïet, celui qui rêve se contente de penser, d'imaginer et d'éprouver certaines émotions; le somnambule parle, marche, agit tout en dormant.

vi; 1. — Sommeil somnambulique et sommeil normal.

1. Le souimeil normal, nous l'avons vu, entraîne une paralysie générale, sinon absolue, des nerfs moteurs. Dans le somnambulisme, la motricité n'est pas suspendue; le somnambule conserve l'usage de ses membres; souvent même il est doué d'une agilité et d'une force extraordinaires.

2. Le caractère propre du rêve, c'est l'incohérence des images : les représentations s'assemblent et se dissocient au hasard; tandis que le rêve somnambulique s'opère sous l'empire d'une idée qui se déroule dans l'ordre le plus logique, et s'exécute en suivant tous les intermédiaires.

3. Dans le sommeil normal, Vanesthésie est générale et tous les sens sont assez également assoupis; au contraire, dans le sommeil somnambulique, certains sens demeurent en activité, mais ils ne sont ouverts qu'aux impressions qui se rapportent directement à l'idée du rêve et restent fermés pour tout le reste. Parfois même ils atteignent un degré remarquable àliypeveslhrsie, qui permet au somnambule de lire dans l'obscurité [nyctalopie), ou de percevoir les sons les plus ténus.

\. Le dormeur se souvient ordinairement au réveil de ce qui a fait la matière de son rêve; tandis que le somnambule perd complètement la mémoire des actions accomplies pendant son sommeil, bien qu'elle puisse lui revenir dans une nouvelle crise. D'autre part, nous avons vu en son lieu que, dans l'état de somnambulisme, les souvenirs les plus lointains et les plus fugitifs peuvent revivre et se représenter à l'esprit avec une (idélité surprenante. De fait, la mémoire des lieux qu'il traverse et des obstacles qu'il doit éviter est si précise et si exacte chez le somnambule, qu'elle supplée tous ses sens et suffit à le guider dans les passages les plus compliqués et les plus périlleux (li.

(1) C'est si bien l.i niémoire imap;inatlve qui guide le sonnianil)iile, que, si l'on vient à changer de plare l'un do ces mcnbies qu'il ci>nnaît et à le mettre sur son p.issape.

il s'v IkmhIi' et <'i-\,-\\\f.

Comment expliquer ces contrastes étranges et ces alternatives d'anesthésie et d'hyperesthésie, de paralysie et d'agilité, d'oubli et de mémoire qui caractérisent le sommeil somnambulique?

La cause en est la présence d'une préoccupation, d'une idée tellement intense, tellement obsédante, qu'elle canalise à son profit toute l'activité disponible de l'âme, en sorte que la vitalité sensitive et motrice se trouve décuplée dans tous les actes qui se réfèrent à la réalisation de cette idée, tandis qu'elle est suspendue et paralysée dans tous ceux qui y sont étrangers. C'est ainsi que dans sa crise somnambulique, la Macbeth de Shakespeare ne voit que ce qui a trait à son crime, la tache de sang sur sa main, l'eau pour la laver, etc., et passe sans les apercevoir à côté de ceux qui la surveillent (1).

§ 2. — Deux sortes de somnambulisme. — On distingue deux sortes de somnambulisme : le somnambulisme naturel ou spontané, le somnambulisme artificiel ou provoqué.

1. Le premier se développe de lui-même sous l'effet d'une violente préoccupation; il peut aussi résulter d'une prédisposition héréditaire. En général, il est le signe d'une santé ébranlée ou le symptôme de quelque maladie nerveuse à son début. Il est plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, chez les enfants que chez les personnes âgées.

2. Le somnambulisme artificiel est provoqué au moyen de procédés spéciaux; il est plus connu aujourd'hui sous le nom d'hypnotisme.

ART. IV. — li'hypnotisme.

Par hypnotisme (de uttvoç, sommeil), on entend tout un ensemble de faits et d'états, tels que le somnambulisme, la catalepsie, la léthargie, etc., dont la science n'a pas encore réussi à déterminer exactement les causes et les lois. Mesmer le premier en signala l'existence (1779) ; d'où le nom de mesmérisme qu'on donna d'abord à ces phénomènes plus ou moins mystérieux.

Mesmer prétendait les expliquer par une sorte de fluide, de magnétisme animal, comme il disait, lequel, émanant de lopérateur, allait agir à distance sur le cerveau et la volonté du sujet, au moyen de certaines passes prétendues magnétiques.

Plus tard (1845), après une nouvelle étude des faits, Braid, de Manchester, en attribua la cause non plus à l'action de l'opéra-

(1) On remarque quelque chose d'analogue dans le sommeil ordinaire. La mcre endormie se réveille au moindre vagissement de son enfant, alors que le bruit des voitures ou d'un train de chemin de fer, auquel elle est accoutumée, ne trouble en rien son sommeil.

l/lIYI'NOTISME. 401

leur, mais à un état morbide du sujet lui-même. A l'entendre, le sommeil hypnotique appelé aussi hraidis/ne) est le résultat de l'engourdissement du cerveau provoqué par un procédé purement physique, tel que la fixation d'un point brillant, ou toute autre sensation monotone, déterminant une attention pénible et prolongée.

si 1. — Théorie physiologique. — Dc nos jours, l'écoIe de Paris avec Charcot '187S) et les médecins de la Salpètrière s'accordent avecBraid pour assigner à l'hypnotisme une cause purement ^j/i?/siologique. Ils prétendent que cet état a pour condition nécessaire quelque maladie nerveuse qui prédispose le sujet au somnambulisme naturel, en sorte que la moindre cause suffît à l'y plonger, et que toute l'action de l'hypnotiseur se réduit à produire cette cause insignifiante qui déterminera la crise.

Ils distinguent l'hypnose simple, caractérisée spécifiquement par la suyjgestibilifé, et ce qu'ils appellent la grande hypnose, ou l'hypnotisme pleinement développé, qui comprend trois phases successives et nettement caractérisées, à savoir : la catalepsie, la léthargie et le somnamijulisme lucide.

1. La crt/a/<?/j^(e s'obtient de plusieurs manières; soit en faisant fixer au sujet un objet brillant placé à une faible distance de ses yeux; soit en faisant retentir à ses oreilles un son intense et imprévu, tel qu'un coup de cloche ou de gong; soit en lui frottant doucement les globes oculaires et en lui enjoignant énergiquement de dormir (1).

Les caractères de l'état cataleptique sont : l'impassibilité, une grande souplesse des muscles, qui permet aux membres de prendre toutes les positions qu'on leur donne, eu même temps qu'une certaine rigidité les y fixe plus ou moins longtemps, fussentelles très incommodes. De plus, il est à remarquer que le sujet se trouve suggestionné par les divers mouvements qu'on lui fait exécuter, par les attitudes qa'on lui fait prendre, en sorte qu'il suffit de joindre ses deux mains ou de lui fermer le poing, pour lui suggérer par là même l'idée de la prière ou de la menace avec tous les sentiments correspondants. On voit alors sa physionomie exprimer spontanément le recueillement ou la colère, en même temps que ses membres en prennent l'attitude.

2. Pour faire passer le sujet de la catalepsie h la léthargie, il suffit dc lui fermer les yeux. Dans cet état, toute vie psycho-

(1) L'idf^e suggérée q\\'<<\\ peut et (|it'i)n va dormir paraît nc-cessaire au surcés dc l'opéraUon, el personne au début, à m')ins d'être d'une exlrome ftihlesse nerveuse, ne Baurail être hypnotise contrairement à sa volonté lormellc. Neanm iins. il parait démontre iiu'on peut, en certains cas et après un long exercice, obtenir le sommeil hypnotique à l'insu du sujet.

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logique se trouve abolie; le système névro-musculaire acquiert une susceptibilité telle, que les tissus sous-jacents et les muscles les plus indépendants de la volonté frémissent et se contractent au moindre attouchement.

3. Enfin le somnambulisme lucide s'obtient en exerçant une légère pression sur le sommet de la tête. Il y a anesthésie ou plutùt anahjésie complète ; les sens de la vue et de l'ouïe deviennent d'une acuité extrême, et le système musculaire acquiert une vigueur bien supérieure à celle dont le sujet disposait à son état normal. C'est ce troisième état de Thypnose qui est le plus favorable à la suggestion. Quant au réveil, on le provoque par une simple injonction ou encore en soufflant sur les yeux du sujet.

§ 2. — Théorie psychologique. — L'école de Nancy, représentée par les docteurs Bernheim, Liébault, Liégeois, etc., comprend Ihvpnotisme d'une tout autre manière.

1. D'abord elle conteste la réalité des trois phases auxquelles l'école de Paris prétend ramener la grande hypnose ; ou du moins, elle ne l'admet que chez les sujets artificiellement formés.

D'après elle, l'état hypnotique ne se borne pas à favoriser la suggestion; il en est lui-même l'effet direct, et tous les phénomè^nes de l'hvpnose peuvent s'obtenir par la simple suggestion, c'est-à-dire en s'adressant à l'imagination et à la crédulité des

.sujets.

2. Elle en conclut que la cause de l'hypnotisme n'est pas physiologique et morbide, mais surtout psychologique, bien qu'il s'obtienne plus facilement et avec plus d'intensité chez les sujets névrosés et hystériques, à raison de l'influence directe du système nerveux sur l'imagination. Elle admet que tout le monde est plus ou moins suggestible et hypnotisable, selon son degré d'imagination, et qu'en somme, il n'y a pas de différence absolue entre le sommeil hypnotique et le sommeil normal.

3. Enfin, dernière divergence, à en croire Charcot et l'école de la Salpètrière, le sujet peut toujours discuter l'ordre et même refuser d'obéir, si l'acte suggéré est en contradiction avec son caractère; tandis que, d'après Bernhein et l'école de Nancy, telle est la puissance de l'imagination et de la suggestion, qu'une fois hypnotisé, le sujet est absolument au pouvoir de l'hypnotiseur, et devient capable de tout ce qui lui est suggéré, quelles que soient son honorabilité et sa force de caractère.

s 3, Conclusion. — Sans prétendre nous prononcer définitivement pour l'une ou l'autre opinion, ni refuser à la théorie physiologique de l'école de Paris toute part de vérité, nous avouons nos préférences pour l'explication psychologique de l'école de Nancy.

l'hypnotisme. 403

KUe a lo mérile de démontrer le pouvoir presque illimité de l'imagination sur l'organisme, c'est-à-dire du moral sur le physique, ot do rendre mieux compte de la force des images et des idées.

1. En ofTet, le caractère le plus saillant de l'état hypnotique consiste dans l'extrême facilité avec laquelle celui qui y est plongé admet et exécute toutes les suggestions, qu'elles se rapportent du reste au présent, i\ l'avenir ou même au passé.

a) Ainsi, que l'on suppose un esprit vide de toute idée, auquel on suggère l'idée d'un acte quelconque, par exemple de lever le bras, cette idée, étant seule et sans contrepoids, se réalisera infailliblement : le bras se lèvera. De même, il suffit d'alTirmer à l'hypnotisé qu'il voit ou qu'il ne voit plus, qu'il sent ou qu'il ne sent plus, pour qu'il voie des objets fictifs et n'aperçoive plus ceux qu'il a devant lui, pour qu'il éprouve des douleurs imaginaires, ou soit insensible à toutes les impressions. Qu'on lui suggère qu'il est enfant ou vieillard, général d'armée ou prédicateur en chaire, il en prend tous les sentiments, il en joue le personnage.

b) On peut aussi suggérer à l'hypnotisé l'idée d'une action à faire à une époque future que l'on précise; la suggestion demeure comme endormie dans sa mémoire, et, à l'heure dite, fût-ce après des semaines et même des mois, elle revit spontanément, obsède son esprit et ne lui laisse pas de repos qu'il n'ait accompli l'acte commandé.

c) La suggestion peut même avoir un eff'et rétroactif et persuader au sujet qu'à tel moment de sa vie passée, il a vu telle chose ou fait tel acte; et cette illusion de mémoire s'impose à

^son esprit comme un vrai souvenir qu'aucun raisonnement ne )arvient à ébranler.

2. Tels sont les faits. Or, qu'on relise ce que nous avons dit plus laut de l'imagination sensitive, et en particulier, des effets moteurs le l'image (pp. 129 et 130), et l'on se convaincra que le rêve hyp-

^notique n'est en somme que l'application exacte des lois que nous avons constatées.

i; 4. — Usage et dangers de l'hypnotisme.

1. De ce qui précède, il ressort que les pratiques hypnotiques présentent par elles-mêmes de grands dangers physiques, moraux et même sociaux, et qu'elles peuvent donner lieu aux plus graves abus.

a) Au point de vue physique, elles ébranlent profondément le système nerveux de celui qui y est soumis et risquent de réveiller en lui les névroses latentes. Elles exaltent outre mesure son imagination et ses facultés sensilives au grand détriment de ses facultés intellectuelles et volontaires. Elles laissent après elles des traces souvent ineffaçables, et, pour peu qu'elles se répètent, font

contracterau sujet cette grave infirmité d'être hypnotisable à merci et à la moindre provocation. Enfin elles prédisposent à la folie.

b) Le danger moral réside surtout dans cet ascendant prolongé et probablement irrésistible que l'hypnotiseur garde sur le sujet, même en dehors des crises. Or cet état d'asservissement complet à la volonté d'autrui est, en soi, profondément immoral; on n'a pas le droit d'aliéner sa liberté au profit de qui que ce soit.

c) Quant aux dangers sociaux, on conçoit que l'hypnotisme peut devenir, entre des mains criminelles, un instrument d'autant plus terrible, qu'immédiatement après l'acte, le sujet a souvent oublié. Aussi les expériences publiques sont-elles interdites en plusieurs pays.

2. On voit dès lors qu'il faut de graves raisons pour justifier Vusarje de l'hypnotisme; et que, là même où il est légitime, on ne saurait l'entourer de trop de précautions.

a) En conséquence, les expériences d'amateurs faites simplement powr yoù-, ne peuvent en aucun cas être excusées; la seule curiosité ne saurait donner le droit de s'exposer soi et les autres à de pareils dangers.

6) Les expériences scientifiques elles-mêmes ne sont pas affranchies des lois de la morale; car, au-dessus de l'intérêt de la science, il y a le respect de la personne humaine qui ne permet pas de la traiter en moyen, en sujet, en matière d'expériences. Sans doute il est permis au savant de profiter des occasions qui se présentent spontanément, et des cas de somnambulisme naturel, si fréquents à notre époque névrosée ; mais il faut blâmer sans réserve les odieuses manipulations auxquelles se livrent certains hypnotiseurs de profession.

r c) Enfin il peut se présenter des cas, assez rares du reste, oîi l'emploi de l'hypnotisme comme moyen thérapeutique est légitime ; mais alors même, il faut que le traitement soit prescrit et dirigé par un médecin éclairé, prudent et d'une honorabilité reconnue: de plus, il ne doit comporter aucune pratique qui n'ait directement pour but la guérison du malade. Dans le doute il est préférable de s'abstenir, car, après tout, il vaut mieux laisser un enfant à sa paresse que de le rendre névropathe.

ART. Y. — lia folie.

§ 1. — Diverses espèces de folie. — La folie est un désordre général ou partiel, mais chronique, des facultés mentales. Pinel en distingue quatre espèces nettement caractérisées :

1. La manie,, ou folie proprement dite, est un délire universel avec agitation et accès de fureur plus ou moins fréquents, résultant d'un désordre complet des facultés intellectuelles et affectives.

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