LE BEAU ET L' UTILE
jouissance n'esl pas eàitliélique : une odeur, une saveur, la fraîcheur ou la chaleur peuvent ôtre agréables, elles ne seront jamais belles. On jouit du beau par la seule contemplation; tout plaisir résultant de la satisfaction de quelque besoin est étranger à la beauté.
2. Sans doute, le plaisir sensible accompagne toujours plus ou moins le plaisir esthétique; mais alors même ils restent distincts.
a) Us ne croissent pas proportionnellement. Un morceau de grande musique, exécuté sur un méchant instrument, peut provoquer une émotion considérable, tandis que le plaisir sensible sera médiocre, certaines dissonances, peu agréables à l'oreille, pouvant avoir une haute valeur expressive.
b) Ces deux sortes de plaisirs peuvent même se faire échec ; et il arrive qu'une sensation trop vive étoufTe la jouissance esthétique.
3. L'animal goûte aussi bien que nous la sensation agréable; le plaisir du beau est un sentiment que l'être intelligent peut seul éprouver. La première est subjective, variable selon les dispositions du sujet sentant : elle engendre la satiété; le second a un caractère absolu, identique pour tous : l'àme ne saurait s'en rassasier.
4. L'objet qui n'est qu'agréable excite l'appétit, le désir; on l'aime pour soi-même; au contraire, l'amour qu'inspire le beau est désintéressé, il provoque l'admiration, le ravissement, l'enthousiasme. Voilà pourquoi la recherche du plaisir sensible abaisse et souvent dégrade celui qui s'y livre, tandis que la passion du beau élève, grandit, ennoblit.
§ 2. — Le beau et l'utile.
Quoi que prétendent les ulilitaristes, le beau ne peut être confondu avec Vutile.
1. De fait, que de choses utiles qui ne sont pas belles : un panier, une poulie, l'air, l'eau, etc. ; et inversement, que de choses belles qui n'ont rien d'utile, comme une moulure ou un bronze d'art.
Il est vrai que les deux notions peuvent se vérifier dons un même objet, mais c'est toujours sans se confondre, et souvent même la beauté y fait échec à l'utilité. La raison en est que le beau plaît par sa forme et non par sa ïnatière : on en jouit en le conteviplanl ; tandis qu'on jouit de l'utile en émisant, ou même en le consommant. Voilà pourquoi les deux jouissances s'excluent ordinairement. On dit par exemple : ce fruit est trop beau, il serait dommage de le manger.