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CHAPITRE IV

LE JUGEMENT ET LA PROPOSITION ART. [. — lie •lujsi^'etnent (1).

s5 1. — Sa nature. — Le iugemeni consiste h affirmer une chose d'une autre, xoLTri^opCiv tî tivo;, dit Aristote. Dieu est bon, Vhom'me est raisonnable.

Le jugement renferme donc trois éléments : deux idées et une affirmation.

L'idée dont on affirme quelque chose s'appelle sujet;

L'idée que Ton affirme du sujet s'appelle attribut, ouprédicat.

Quant à ratrirmation elle-même, elle est représentée par le verbe ey/, appelé copule, comme unissant l'attribut au sujet.

2. On distingue lejugementaHa/y^ù/ue et le jugement synthétique.

Le jugement analytique est celui dans lequel l'idée de l'attribut, étantcontenue dans l'idée du sujet, en est tirée par analyse : Vhomme est raisonnable, Dieu est bon.

Le jugement synthétique est celui dans lequel l'idée de l'attribut, n'étant pas contenue dans l'idée du sujet, ne peut en être tirée et, par suite, doit lui être ajoutée par ailleurs : la terre est ronde ; Socrate mourut par le poison.

Il est clair que tout jugement analytique est, en soi et par sa nature, rationnel et a priori; car, pour analyser une idée, la raison se suffit sans aucun secours de l'observation; tandis que le jugement synthétique pourra être soit en matière nécessaire, soit en matière contingente selon les cas.

ij 2. — Règles formelles du jugement.

Au seul point de vue de l'accord de la pensée avec elle-même, qui est celui de la logique formelle, le jugement est soumis aux trois règles suivantes :

a] Tout jugement analytique est nécessairement vrai. En effet, la pensée ne serait plus d'accord avec elle-même si elle niait d'un sujet un attribut qu'elle a reconnu faire partie essentielle de sa compréhension.

b) Tout jugement synthétique dans lequel l'attribut n'est pas contradictoire à l'idée du sujet, n'est ni vrai ni faux dans l'ordre de l'existence contingente, mais simplement possible : c'est à

(t) Ici encore, nous nous bornons à rappeler ce qui inl(Messe directement la Logique formelle, et renvoyons à la Psycliologic et à la Logicjue critique pour tout ce qui re garde la nature, le mécanisme et les diverses espèces du jugement.

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l'expérience de décider de sa vérité en s'assurant si réellement Tattribut appartient ou non au sujet. Dans l'ordre des essences nécessaires, la garantie de ces jugements sera donnée par le principe premier de raison suffisante.

c) Tout jugement synthétique dans lequel Tattribut est contradictoire à la notion du sujet est absurde el nécessairement faur.

ART. Il, — I^^ proposition.

§ 1. — Sa nature. — La proposition est rea:"/jr(?5.v7on ou ZVw 0//ciafion du jugement . Or, le jugement se composant de deux idées et de l'affirmation de leur rapport, la proposition se composera de deux termes et du verbe, appelé aussi copule.

Il n'y a, en logique, qu'un seul verbe, le verbe substantif; tous les autres sont dits attributifs, parce qu'ils renferment à la fois le verbe et Tattribut. Cet unique verbe être employé comme copule, ne signifie pas exister, sa fonction exclusive est d'exprimer le rapport qui unit l'attribut au sujet; — quand il signifie exister^ il doit être considéré comme attribut. Ainsi la proposition Dieu csl, se décompose en celle-ci Dieu est existant.

§ 2. — Quantité et qualité des propositions.

1. Aupointde vue de la quantité, la proposition est généraleou particulière, selon que son sujet est pris dans toute son extension, ou seulement dans une partie restreinte et indéterminée de son extension. L'homme est raisonnable; tous les hommes sont mortels, sont des propositions générales. Quelques hommes sont vicieux, d'autres sont vertueux, sont des propositions particulières.

Remarque. — La proposition singulière est assimilée logiquement à la proposition générale. En effet, il importe peu pour la généralité d'une proposition, que l'étendue de son sujet soit grande ou petite, pourvu que, telle qu'elle est, elle soit prise tout entière. Or l'extension de la proposition singulière ne comprenant qu'un seul individu, on ne saurait la restreindre sans la supprimer, et dès lors elle se trouve nécessairement prise dans son extension totale. Exemple : Platon fut disciple de Socrate.

2. Au point de vue de la qualité on distingue la proposition affirmative et la proposition négative selon que le rapport affirmé est un rapport de convenance ou de non-convenance.

3. En combinant la qualité et la quantité, on peut donc distinguer quatre sortes de propositions que les scolastiques désignaient par quatre voyelles :

La proposition générale affirmative a paur symiwle A. La proposition g'énéra/e J7é</rt^fe E.

La proposition particulirre affirmative f.

r.a proposition parliciiUrm nrgative <•.

i; '.\. — Extension et compréhension des termes dans la proposition.

Si on étudie une proposition au point de vue de l'extension et de la compréhension de ses termes, on constate que l'attribut n'a pas toujours lamômeextensionni lamème compréhension que le sujet.

1. Soit la proposition (/cnci'a/c afjirmnCive: tous les hommes sont rnorfels ;

n' Le sujet hommes est pris dans son extension intégrfile, mais il n'en est pas de même de l'attribut mortel^. En d'autres termes, j'affirme que tous les hommes sans exception sont mortels, mais non pas que les hommes sont tous les mortels. Et de fait, il y a lautres mortels que les hommes, à savoir les animaux et les plantes.

Ii^ Quant à la compréhension, c'est l'inverse qui a lieu : l'attribut mortels est pris dans toute sa compréhension, et non pas le sujet I "mmes: cdiT j'alfirme bien que l'idée d'homme renferme tous les iiuuents qui constituent le mortel, mais non pas que tous les éléments qui constituent l'homme soient mortels; et de fait, il n'est pas mortel en tant que raisonnable.

-1. Soit maintenant la proposition grnrrnlc négative : Les hommes 'II' sont pas des brutes. C'est l'attribut brutes qui est nié dans toute

Il extension, mais «non plus dans toute sa compréhension; en n autres termes, je nie bien qu'aucune brute soit homme, mais je ni^ nie pas que plusieurs attributs de la brute ne conviennent à l'homme; par exemple, la vie et la sensibiliéé.

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