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LA PROPOSITION

nous le savons par ailleurs et, en toute rigueur dialectique, nous devrions rexprimer à part dans une seconde proposition.

Il) La seconde méprise de Ilamilton est qu'il suppose, à tort, que l'attribut est toujours considéré au point de vue de l'extension. Or il n'en est rien. En effet, quand je dis : lliomme est raisonnable, je puis entendre que raisonnable est une qualité appartenant à riiomme : c'est le point de vue qualitatif ou de la compréhension; et je puis entendre que l'homme est une espèce appartenant au genre raisonnable : c'est le point de vue quantitatif on de l'extension. Dans le premier cas, le sujet homme, contient l'attribut raisonnable, comme la substance porte et renferme la qualité; dans le second cas, c'est l'attribut raisonnable qui contient le sujet homme, comme le genre contient l'espèce.

De ces deux sens, lequel faut-il préférer, et à quel point de vue faut-il se placer pour interpréter correctement le jugement? On peut répondre que les deux points de vue, et par suite les deux sens sont sans doute distincts, mais que, loin de s'exclure, ils s'impliquent mutuellement, et que la prédominance de l'un ou de l'autre dépend de l'intention de l'esprit qui prononce le jugement.

En général, quand l'attribut exprime une qualité, comme blanc, sage, heureux, etc., c'est le point de vue de la compréhension qui l'emporte. Ainsi quand je dis : l'homme est raisonnable, il m'importe bien moins d'affirmer que l'homme rentre dans la catégorie des êtres raisonnables, que de savoir que la raison rentre dans les attributs de l'homme; car, par là, je m'achemine vers la définition qui est le but de la science.

Au contraire, quand l'attribut exprime un genre ou une espèce, c'est un signe que le point de vue de l'extension est au premier plan. Si je dis : les baleines sont des mammifères, mon intention est évidemment de ranger ces animaux dans une catégorie déterminée, quoique implicitement et du même coup j'attribue aux baleines les caractères propres aux mammifères.

On le voit, sauf des cas exceptionnels, comme celui que nous venons de mentionner, l'attribut ou prédicat est généralement envisagé au point de vue de la compréhension. Lorsque, en vue de la conversion des propositions, il est question de l'extension de l'attribut, il s'agit, à proprement parler, non de celle qu'il a actuellement dans la phrase oîi il joue son rôle d'attribut, et où d'ordinaire il ne désigne qu'un élément de compréhension affirmé ou nié du sujet, mais de l'extension que l'on devrait lui <lonner si d'attribut il devenait sujet.

Voilfi pourquoi la quantification du prédicat, proposée par Hamilton comme une réforme universelle destinée à simplitier les règles du raisonnement, est un procédé factice, fondé sur «no vue psychologique superficielle. Ilamilton, dit Stuarl Mill.

croit que l'attribut « est toujours quantifia dans la pensée; que nous le pensons toujours fomme signifiant le tout, ooi coname ne signifiant qu'une partie des objets renfermés dans son extension ». S'il en était psychologicfuement ainsi, tous nos jugenvents se borneraient à affirmer que tel sujet fait partie de telle, classe d'objeis. Or il est évident, pour notre conscience, que telle n'est pas en général notre manière de procéder. Nous conclurons donc contre Hamilton, d'accord avec Stuart Miil et avec Kabier, que le point de vue de la compréhension est celui auquel l'attribut est le plus ordinairement considéré. De la considération de la compréhension, d'ailleurs, dépend celle de l'exteosion : comment, en effet, classer des objets en catégories, si l'on ne sait pas à quel titre on les range ainsi, c'est-à-dire si Ion ne connaît pas actuellement leur nature^ autrement dit, leur compréheiision ?

ART. III. — f>ÎTerse.s espèces «le proposition!^.

La proposition est simple lorsqu'elle ne fait qu'exprimer la convenance ou la non-convenance d'un attribut et d'un sujet.

Elle est composée quant à sa matière, lorsqu'elle compte plusieurs sujets ou plusieurs attributs;

Elle est composée quant à sa forme, lorsqu'en elle, une modalité affecte la manière même dont l'attribut est uni au sujet. Les propositions ainsi composées sont les propositions hypothétiques, les propositions modales et les propositions de relation.

§ 1. — Propositions composées quant à !a matière. ' Deux cas peuvent se présenter :

1. Ou bien la pluralité de sujets ou d'attributs apparaît clairement ipropositio aperte composita) : on traite alors sans hésitation la proposition composée comme équivalente à autant de propositions simples qu'elle a de sujets ou d'attributs. Ainsi Pierre et Paul sont français équivaut à Pierre est français et Paul est français.

2. Ou bien la pluralité de sujets ou d'attributs est dissimulée {propositio occulte composita, expombilisK Pour bien saisir le sens de ces propositions, l'on a souvent besoin de les « exposer », c'està-dire d'exprimer tout au long les propositions simples qu'elles renferment. — Les plus iiiiportamtes de ces propositions sont les exe hisives ; exemple : Dieu seul est grand. Les, deux proposition.*; simples contenues dans cette exclusive sont : « Dieu est grand » ; « les autres êtres ne sont pas grands ». Le contexte indique d'ordinaire sur lequel des deux membres porte l'affirmation ou la négation dans les propositions comjposées de cette manière.

DIVERSES ESPÈCES DE l'ROl'OSlTIONS. o07

t>. — Propositions hypothétiques. — Les propositions catégoriques sont celles qui affirment ou nient sans condition l'altrib'iat dn sujet; les propositions hypothétiques n'alTirment pas et ne nient pas d'une fa^on absolue, mais seulement dans une hypothèse donnée.

Ce sont les conditionnelles, les disjonctioes et les ronjonctiveii.

1, ].a proposition conditionnelle énonce raffirmation ou la négation sous condition.

PaT exemple, « si vous venez je serai content ».

Dans ces propositions :

a) La vérité dépend ?mif/«emc»/ de la vérité du lien conditionnel \n\ unit leurs deux membres :

b) De la vérité de la condition on infère justement la Térité du conditionné; et de la fausseté du conditionné, la fausseté de la condition ; mais la fausseté de la condition n'entraîne pas la fausseté du conditionné, ni la vérité du conditionné la vérité de la condition. »( 6^? vous venez je serai content » ; mais si vous ne venez pas, peut-être trouverai-je mon contentement dans l'accomplissement d'une autre condition.

'2. La proposition disjoîîctive est celle dont les membres sont unis par les conjonctions oî/,o?a fnen, soit... Elle propose un choix entre deux ou plusieurs alternatives.

On distingue :

a) La disjonctive /)ro;)/r dont les membres sont opposés contradictoirement et ne peuvent être, par conséquent, ni vrais ensemble, ni faux ensemble : « On tu étais à ton poste on tu nij étais pas... »

h) La disjonctive impropre dont les membres ne peuvent être faux cneemble, mais peuvent être vrais ensemble : « L'un de vous, — au moins, — me paiera. »

3. La proposition conjonctive nie la compossibiUté, c'est-à-dire la possibilité simultanée de deux ou plusieurs termes. La formule du principe de contradiction : « Une mémo chose ne p^iut pas, à la fois et sons le même rapport, éire et ne pas être », est une proposition conjonctive.

v^ 3. — Propositions modales. — On appelle propositions modales les propositions dont la copulr est déterminée par un adverbe ou une locution quelconque signifiant la nccessité ou la conlinijence, Vimpossihililé ou la possihilUé. exemple : « Im cause première existe nécessairement ». Ces propositions énoncent et l'afTirmation et le mode de cette alllrmation.

§ i. — Propositions de relation. — Les propositions appelées

par J. Lachelier, propositions de relation, énoncent, comme les modales, la manin-e dont l'attribut se rapporte au sujet.

1. Elles se distinguent des propositions d'inhérence, c'est-à-dire des propositions qui expriment simplement l'attribution au sujet d'une manière d'être qui lui appartient en propre, qui lui est inhérente.

(i Pierre est homme »; « Tout homme est mortel », sont des propositions d'inhérence ;

« Pierre est fils de Paul »; « Fontainebleau est moins grand que Versailles », sont des propositions de relation.

2. Les propositions de relation ressemblent aux propositions modales en ce que, dans ces propositions, ce ne sont pas les termes, mais le rapport établi entre ces termes par la copule qui se trouve être qualifié. Ce rapport est ici différent de la simple convenance ou non-convenance des termes.

« Quels sont, dit Lachelier, les termes dans une proposition telle que « Pierre est fils de Paul » ou « Fontainebleau est moins grand que Versailles »? La réponse, pour tout esprit non prévenu, est que ces termes sont « Pierre » et « Paul », dans un exemple, « Fontainebleau » et « Versailles » dans l'autre... Entre ces deux termes, quel peut être le rapport ? — Celui même qu'expriment les mots qui les relient l'un à l'autre et qui constituent ici la véritable copule... 11 n'y a pas de nécessité à ce qu'une proposition exprime toujours un rapport d'inhérence : elle peut tout aussi bien exprimer un rapport de causalité, d'égalité ou d'inégalité dans le nombre ou dans la grandeur, de succession ou de situation géographique... »

3. Il est sans doute grammaticalement possible de réduire ces propositions de relation à de simples propositions d'inhérence,

'en faisant passer, pour reprendre l'exemple de Lachelier, « moins grand que », « fils de » dans le prédicat. Mais au point de vue de la logique, cette opération ne semble pas correcte. En effet, « moins grand que », « fils de » ne désignent pas des manières d'être qui alTectent le sujet en lui-même, comme seraient celles que pourraient désigner d'autres locutions. Entre la phrase u Fontainebleau est moins grand que Versailles » et celle-ci « Pierre étudie très bien », il y a une grande différence. Dans cette dernière, il est clair que « très bien » appartient à l'attribut et ne modifie pas du tout la copule. La proposition ne signifie pas « Pierre est-très-bien étudiant », mais « Pierre est étudiant-trèsbien », Au contraire dans la proposition « Fontainebleau est moins grand que Versailles », « moins grand que » n'est pas une manière d'être qui affecte Fontainebleau en lui-même, mais c'est la modalité du rapport même qui unit Versailles et Fontainebleau. En d'autres termes, « étudier très bien » qualifie Pierre en lui-

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même, « être moins i;rand que Versailles « ne qualifie pas Kontainebieau en lui-même, mais seulement la com/>ar«/5on de Fonluinebleau à Versailles, c'est-à-dire le rapport qui unit Fontainebleau

à Versailles (1).

4. Conclusion. — Que ( moins grand que », « fils de » soient donc ou ne soient pas translerés grammaticalement à l'attribut, il n'en reste pas moins vrai que dans ces propositions le mode d'attribution est tout différent de ce qu'il est dans les autres. 11 est donc raisonnable d'admettre avec Lachelier ■( deux genres de propositions, en appelant les premières : propositions d'inhérence, et les secondes : propositions de relation (2). »

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