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LES FACULTES DE L AME

«5 -• — Déduction des facultés.

1. Il est évident que si nous posons des actes si variés, c'est que nous en avons le pouvoir: car tout phénomène suppose une cause, et tout acte suppose un pouvoir qui lui soit proportionné. Ces trois groupes irréductibles de phénomènes supposent donc dans l'âme trois pouvoirs, trois facultés correspondantes, qui président à sa vie proprement psychologique. Ce sont la faculté de connaissance, principe de la vie cognilive; la sensibilité, ou faculté de jouir et de soufTrir, principe de la viea/fective: la volonté, ou faculté de se déterminer à agir ou à ne pas agir, principe de la vie active.

2. Ces pouvoirs d'agir s'appellent facultés, pour les distinguer : a, des propriétés physiques et chimiques, qui ne sont que des

manières plus ou moins passives dont les diverses substances inorganiques se comportent en présence d'autres substances : ainsi, on parle des propiné tés du chlore et de l'aimant ;

à) des fonctions physiologiques, qui sont autant de réactions spéciales de la matière vivante, en présence des excitations venues du dehors;

<:) tandis que la faculté est un pouvoir d'agir consciemment, dont l'agent conserve plus ou moins Vinitiative et le gouvernement. Voilà pourquoi le pouvoir de marcher est en nous une facultés et non une simple fonction comme la digestion ou la sécrétion de la bile, parce que nous avons le pouvoir de marcher ou de ne pas marcher, de marcher vite ou lenlement à notre gré.

Nous pouvons donc définir la faculté : te pouvoir qu'a l'âme de produire une certaine classe de phénomènes; ou plus exactement : te pouvoir qua rame d'accomplir certains actes ou de subir certaines modifications.

AKT. II. — Diverses classiOcations «les facultés.

Si Ton consulte l'histoire, on constate que les philosophes sont loin de s'accorder dans le classement des faits psychologiques, et par suite danslénumération des facultés de l'àme.

^1. — Platon admettait trois facultés, ou peut-être trois âmes distinctes :

Le voïïç (la raison), principe des idées et de la connaissance;

Le Ou{/.0(; (le cœur), principe des passions généreuses:

L'èTri6u[ji(a (laconcupiscence), principe des appétits inférieurs.

— On voit que la volonté libre n'a pas de place dans celle classification: c'est le grand défaut de la philosophie platonicir-nne de l'avuir confondue avec la raison.

'1. — Ahistote dislingue cinq facultés ou pouvoirs de l'âme :

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a) La faculté vcgilUU'wc, par laquelle le corps se nourrit, s'nccroît et se reproduit;

//) La faculté sensilive, principe de la sensation et de la connaissance sensible:

c) La faculté appé.litive, dans laquelle il distingue : a) l'appétit sensitif qm nous porte au bien sensible,

p) ïappciil intellectuel ou volonté, qui nous porte au bien suprasensible;

d) La faculté locomotrice, pouvoir de se mouvoir daiis l'espace:

e) Enfin la (a,cnlié raisonnable ou intelligence.

— Cette classification n'est pas irréductible. La faculté locomotrice, par exemple, relève de la physiologie ou de la psychologie, selon qu'il s'agit des mouvements réflexes ou des mouvements délibérés.

Quant à la faculté cégétatice, elle est sans doute un pouvoir psychique, mais elle ne saurait être appelée une faculté psijchologique par cette double raison, que les opérations auxquelles elle préside ne sont conscientes à aucun degré, et qu'elles échappent complètement à notre initiative et à notre direction.

§ 3. — Les scolastioues ont adopté la classification d'Aristote après l'avoir rectifiée et simplifiée.

1. Ils ramènent d'abord tous les faits psychologiques à deux grandes catégories :

Les opérations scnsitives, qui exigent le concours direct de l'organisme, et que l'homme partage plus ou moins avec les animaux, et les opérations intellectuelles, qui ne dépendent qu'indirectement des organes, et sont propres à l'homme. De là, deux pouvoirs fondamentaux, l'un stnsitif ei l'autre raisonnable.

ÎL. A son tour, chacun de ces pouvoirs ayant un double objet donne lieu à deux facultés distinctes : l'une cugnoscitloe qui tend au vrai, et Vautre appétitive qui tend au bien.

a) La sensibilité comprend donc deux facultés secondaires : la connaissance sensible, qui perçoit la réalité matérielle : c'est la perception externe; et Vappétit sensitif, qui tend au bien sensible : c'est le désir, la passion.

b) De son côté, le pouvoir raisonnable comprend ïintelligence qui perçoit les vérités supraseusibles, et ce qui, dans la réalité matérielle, est proprement intelligible; et Vappétit intellectuel ou rationnel, qui tend au bien spirituel, à l'absolu : c'est proprement la volonté.

Telle est la classification des facultés d'après saint Thomas et les grands scolastiques; c'est celle qu'adopte Bossuet.

— Cette classification en soi très logique et très solide ne fait pas à la "\ie a/feclioc la place qui lui conviendrait. Elle demande

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à «Hre complétée sur ce point par la classification moderne. En revanche, elle se montre bien supérieure à cette dernière en ce quelle dislingue nettement les opérations sensibles et organiques des fonctions spirituelles, auxquelles elle réserve exclusivement les noms d'inlcUigmce et de volonté.

i; 4. — Desi^artes l'ait de la jtensée l'essence même de l'àme; dès lors tous les phénomènes psychologiques ne sont pour lui que des manières de penser (1).

1. Descartes distingue deux formes fondamentales de la pensée, et par suite deux classes de faits, relevant de deux facultés maîtresses : ïintrlUgence et la oo/on/é.

Les faits intellectuels ont pour caractère d'èlre passifs et représentatifs, et les faits volontaires d'être actifs et appétitifs.

2. L'intelligence a deux degrés : Vintelligence proprement dite, qui se représente distinctement la nature des choses : c'est elle qui conçoit et qui raisonne; et la sensibilité, qui n'a que des représentations con/ase.y .• c'est elle qui est le principe des passions.

3. Quant aux attributions de la volonté, Descaries est moins précis ; il y range le désir et le jugement à côté du pouvoir de se décider librement.

ART. III. — Théorie des facultés.

Ces divergences relatives au nombre des facultés de l'ame ne doivent pas nous étonner outre mesure, et le positivisme a tort de s'en prévaloir pour condamner l'observation psychologique qui (conduit à des résultats en apparence aussi contradictoires.

]. Notons, en effet, que l'existence et le nombre de nos facultés ne sont pas des faits d'observation directe, mais l'objet d'une déduction fondée sur ce principe incontestable, que tout acte suppose dans l'être qui le pose un pouvoir proportionné, et que des actes essentiellement distincts supposent aussi des pouvoirs distincts. Quant à connaître la nature même de ces faculfés cl jusqu'à quel point elles sont distinctes entre elles et de l'Ame elle-même, ce sont des questions de métaphysique dont la psyihologie expérimentale n'a pas à se préoccuper.

Contentons-nous de dire qu'elles ne sont pas « de simples faits généralisés, des étiquettes commodes pour le classement des faits p.sychologiques, sans aucune valeur objective », ainsi que le prétendent certains contemporains, mais des formes diverses de l'énergie d'une même âme, des modes d'exercice distincts d'un seul

(1) Nolous que par pe>iS''e Dcscarles n'eiueinl ^Vki seulcmenl les oporalioiis iiiicUecliielle.s, mais tout faildo consiiencc. En ce sens ou concoilque loules les lai'ullésdtf r;iine soient riHlucliblcsà la peiiscc.

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el même principe d'activité, que nous séparons mentalement afin de les mieux étudier. Quoi qu'il en soit donc de la distinction, réelle ou non, de Tâme et de ses facultés, il nous suffît présentement de dire avec Bossuet que « l'entendement n'est autre que l'âme en tant qu'elle conçoit, — la mémoire, l'âme. en tant qu'elle retient et se ressouvient, — la volonté, l'âme en tant qu'elle choisit, — l'imagination, l'âme en tant qu'elle imagine; de sorte qu'on peut entendre que toutes les facultés sont au fond la même âme, qui reçoit différents noms, à cause de ses différentes opérations » {Conn. de Dieu et de soi-même, ch. i, § 20).

2. D'où la corrélation étroite qui existe entre les diverses facultés.

En réalité, tout fait psychologique est à la fois, bien qu'à des degrés divers, représentatif, affectif et impulsif : toute activité implique une certaine connaissance el une certaine émotion: de même que toute représentation est affective, toute image est motrice à quelque degré.

Bien plus, la vie humaine n'est possible et concevable que par le concours de nos trois facultés. « Tout l'homme, dit J. Simon, est nécessaire à l'homme, et dans chaque action de l'homme, l'homme tout entier se retrouve. Donnez-moi l'intelligence sans la volonté libre, vous faites de moi la plus misérable des créatures, Prométhée enchaîné sur son rocher. Donnez-moi la sensibilité sans l'intelligence, je ne suis plus qu'une chose frivole et légère, jouet de tous les orages, qui me laisse emporter sans savoir où, sans savoir pourquoi. Enfin, unissez en moi l'intelligence et la liberté sans la passion, j'aurai à la fois le pouvoir d'agir et la conception de l'acte qu'il faudrait faire, et cependant, je resterai indifférent et désœuvré, comme si entre cette volonté dont je dispose, et cette intelligence que je subis, il y" avait un abîme » [Le Devoir).

En résumé, on peut comparer l'homme tendant à sa fin au moyen de ses trois facultés à un vaisseau qui se dirige vers le port. La connaissance représente à la fois la boussole et la carte qui doivent le guider; la sensibilité est la force motrice^ le vent qui enfle sa voile, ou la vapeur qui actionne l'hélice; la volonté est le gouvernail qui imprime la direction à sa marche. Supprimez l'un ou l'autre de ces trois secours, le navire restera immobile, flottera au hasard, ou ira se briser sur l'écueil.

ART. IV. — Plan et division de la psychologie expérimentale.

Dans quel ordre convient-il d'aborder l'éttide de nos facultés y C'est là une question délicate, à raison même des rapports intimes que nous venons de constater entre elles.

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X L'homme est tellement un, dit Malebranchc, qu'on ne peut le loucher en un endroit, sans le remuer tout entier. » Et ailleurs : « Toutes nos facultés se tiennent, et souvent sont tellement subordonnées, qu'il est impossible d'en bien expliquer quelqu'une sans dire quelque chose des autres. » — D'où la diversité des avis.

Les uns, suivant l'ordre chronologique de l'apparition et du développement (le nos facultés, commencent par la vie affective. De fait, la sensibilité est la première qui se manifeste dans l'enfant. D'abord il soulTre et il jouit; bientôt ses yeux s'ouvrent, il objective, il connaît; enfin il veut, il agit.

D'autres préfèrent suivre Tordre logique du processus mental et débuter par la connaissance. En effet, dans tout acte mental normal et complet, nous commençons par connaître un objet : c'est la phase cognitive ou représentative. Puis l'objet connu nous émeut en bien ou en mal, il provoque le désir ou l'aversion : c'est la phase affective ou émotive. Enfin, cette émotion nous porte à vouloir ou à repousser : c'est la phase appétitive ou voiitive. C'est la marche adoptée par le programme; nous nous y conformerons.

Telle sera donc la division de la Psychologie expérimentale :

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