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LA VÉRITÉ

§ 1. — Nature de la vérité.

La vérité n'est pas une chose : ce livre, cette table ne sont pas des vérités; mais dire, penser que ce livre existe ou que cette table est noire, c'est dire, c'est penser des vérités.

La vérité consiste essentiellement à penser, que les choses sont ce qu'elles sont en réalité. « Dire que ce qui est, est, et que ce qui n'e.st pas, n'est pas, voilà la vérité », dit Aristote. Aussi peut-elle se définir : un rapport de conformité entre ce que V esprit pense et ce qui est.

§ 2. — Vérité logique et vérité ontologique.

La vérité suppose donc trois choses : un objet qui s'offre à une intelligence (1), une intelligence qui pense, et un rapport de conformité entre la pensée et l'objet.

(1) La connaissance sensible consistant, elle aussi, en une assimilation vitale du sujet connaissant à l'objrt connu peut dans un certain sens être dite vraie ou

LA VÉUITK. 001

1. Esl-co l'objet qui doit se conformer à l'intelligence, ou l'intelligonco qui tloit se conformer à l'objet? Il faut distinguer.

Il est évident, par exemple, que la statue a préexisté à l'état d'idée dans l'intelligonoe du sculpteur qui l'a faite, et que c'est la statue elle-même qui, pour exister, a dû se conformer plus ou moins à cette idée. Au contraire, pour le spectateur, c'est l'idée qu'il s'en fait, qui doit se conformer à la statue. Ainsi en est-il de la vérité.

Pour nous, spectateurs des choses, nos jugements ne sont vrais qu'autant qu'ils sont conformes aux objets; mais pour Dieu, créateur de tout ce qui existe, ce sont les objets qui se sont conformés aux idées d'après lesquelles toutes choses ont été faites. Gomme le dit Bossuet, nous, nous voyons les choses parce quelles sont; pour Dieu, les choses sont parce qu'il les voit. Nos jugements sont simplement affirmatifs de ce qui est; nous disons : est. — Les jugements de Dieu sont impératifs et créateurs; Dieu dit : sit! et ce qui n'était pas, est.

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