‹ Cours de philosophieChapitre 274 sur 328 · III. — Conceptualisme · texte numérisé non relu

III. — Conceptualisme

§ 1. — Exposé. — Les conceptualistes, Abélard (1079-1142) et surtout Guillaume d'Ockam (1280-1347), prétendent tenir le milieu entre les deux opinions extrêmes que nous venons de rappeler. A les entendre, les universaux ne sont ni des êtres réellement existants, ni de purs mots, mais des concepts qui ne représentent pas des êtres réels non plus que des aspects réels des êtres réels, mais qui les signifient seulement et, comme disent les conceptualistes, supposent pour eux, c'est-à-dire tiennent leur place dans la pensée et dans le langage. « Pour avoir la doctrine d'Ockam, il suffit de supprimer l'existence des universaux ante rem et in re, de s'at-

(1) Plusieurs philosoplies contemporains, qui se prononcent ua faveur du conceplualisme, sont en réalité d'accord avec nous. En effet, il est inoontestal)le que l'universel, comme (el, n'existe vraiment <iue dans le cnncp/tt, et 'lu'il ne doit son caractère de généralité qu'à l'élaboralion que lui lait subir l'esprit, tn ce sens psycfiologiqtie, on peut donc avec raison se déclarer coticeptualiste.

Mais d'autre part, il n'est pas moins vrai que ce concept a un fondement réel, et que ce qu'il exprime existe réellement dans les objets quant à sa matière sinon quant à && forme abstraite et générale; cl voilà pourquoi au point de vue iip't/tijhij siqueqin seul nous occupe ici, c'est au réalisme modéré «pi'il faut demander la solution du problème des t.'niversauv.

i'tdi LUliluLh.

tacher exclusivement à leur existence post rem, d'en faire do simples êtres de raison, entia rationis... Disciple de Duns Scot, il s'en tient au conceptualisme nominaliste, qui était un des moments de la doctrine de son maître... 11 n'est pas nécessaire que le général, objet de la science, ait une existence réelle, il suffît que les individus qui, dans le jugement, sont représentés par un même concept, existent réellement. Scientia est de rébus singularibus, quod pro ipsis singularibus tennini supponunt. Les partisans d'Ockamsont appelés Terministes... La. supposition , c'est la représentation de ce qui est enfermé dans Vexten^io7i d'un concept, au moyen du mot désignant ce concept. »

Ces paroles de Janet et Séailles décrivent un mode de penser dans lequel l'idée ou concept ne serait qu'un pur signe n'ayant de valeur objective que par son application à l'objet dans le jugement. Nous croyons aussi que c'est là le terme auquel tend la pensée conceptualiste. Il faut avouer cependant que cette conclusion brutale, qui sera, nous le verrons plus loin (p. 674), celle de Kant, n'est adoptée systématiquement par aucun conceptualiste ancien.

^2. — Critique. — La réfutation du conceptualisme tient dans cette simple remarque que si les concepts n'ont pas de valeur représentative des objets, ils n'ont même pas la valeur purement significative que leur reconnaît le conceptualisme. Ils n'ont plus en effet par eux-mêmes aucun titre à être affirmés ou niés de tels et tels objets; dès lors le jugement lui-même ne peut plus avoir qu'une vérité de pure convention et la connaissance perd toute valeur objective. Comme, d'autre part, la valeur objective de la connaissance est solidement fondée (Voir plus haut, pp. 186 et 218 et Tome II, pp. 30 i, 314 et 335;, il s'ensuit que le conceptualisîne doit être absolument rejeté.

APPENDICE l^a i>enMée et la Yérît* lo|;ique.

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