V I'EN'm'.i; \a la viiuirii i.ocMjiii;. liTl
i oiil'ondait tous los pIu'tuoiniMiPs psychologiques, aussi bicu ci;u\ de la vio sensible et ;itïi>ctive que ceux do la vie active, avec ceux de l'intelligence. Pour lui. tout sentiment, tout acte de volonté n'était que de la pensée plus ou moins conluse.
;J. Nous avons maintes lois constate l'insuffisance et la fausseté de ce point de vue : la vérité, ainsi que nous l'établirons en métaphysique, se trouve dans la doctrine d'Aristote et des scolastiques, d'après laquelle l'àme et le corps sont unis substantiellement, formejit un seul être parfaitement un et participent ensemble au.\ diverses opérations du composé humain. L'idée tiop étroite de l'âme, que Descartes s'était faite, éclate donc : l'àme n'est plus seulement la pensée actuelle, mais le principe vital complet de l'homme. Les opéiations vitales de ce vivant, corps et àrae, n'en restent pas moins distinctes entre elles et diverses, sans préjudice de l'unité stricte de l'être qui les produit.
3. Or, entre ces dinféi-ents pkénomènes vitaux, il en est de purement or^«niques qui no réclament à aucun titre le nom de pensée. Il enestde.'.enstéfes; sensations, perc^^ptions, images, que les animaux partagent avec nous. Sans dout« ces opérations revêtent dans l'homme un tout autre caractère que celui de la pure sensibilité animale; ils sont plongés dans le courant de la ronscience et ils }• sont pénétrés par l'inlluence de toutes les idées, de tous les sentiments dont ce courant est formé (1).
•4. Penser n'est donc ]tas la même chose que sentir, peicovoir et imaginei*. A proprement parler, ce n'est pas non plus vouloir. Tendre vers un être pour le posséder ou s'unir à lui dans sa réaiilé mènm, tel est le mouvement de la \olonté. Tout autre est c^lui de l'intelligence. Si elle réclame, elle aussi, l'union intime avec son objet, c'est pour le i)OSséder d'une toute aujLre manière, c'est pour le devenir en quelque sorte, non par une transformation physique, mais par une assimilation idéale qui n'est pas la possession matérielle, mais la connaissance (Voir le Mécanisme de l'inlelligenee, Tome II, p. 465).
II. — Ce qu'est la pensée. — 1. Le nom de pensée est doue réservé à ces opérations de la vie intellectuelle qui, bien qu'accompagnées et pénétrées parles phénomènes de la vie sensible, sont cependant en elles-mêmes imynrtlérielles. Produire ces opérations, c'est ce que l'on appelle penser.
Qu'est-ce donc que penser?
D'une manière générale on peut répondre que penser c'est cumprendre, s'expliquer les objets. Toute pensée, même la plus pauvre, est en somme la réponse aune question. Les scolastiques l'avaient bien vu; aussi nomment-ils le contenu de ro[)ération élémentaire de la pensée, la •• quiddité », le 'quod quld est », voulant faire entendre par là fiue la simple appréhension ellemême, l'idée incouiplexe fournit déjà la réponse à Va qweaWon qu'est-ce que cet objet? quid est?
i. Comprendre un objet, se l'expliquer peut avoir lieu de plusieurs façons et comporte diverses opérations :
o) Ou bien l'intelligence s'appliquant à l'objet présent le contemple d'un simple regard et, par ce simple regard, le comprend, se l'explique plus ou moins parfaitement. C'est VinluiHon.
Il) Ou bien l'intelligence n'a pas elle-même ce contact direct et inmiédiat
(1) Voilà pourquoi l'on a pu «lire que dan.s la moindre perception, dans la sensation même, on découvre l'àme tout entifre, comme dans les opérations les plus hautes et les plus spirituelles, le corps imprime sa mar(juc; l'àme, en effet, ne perd jamais sa nature et sa nature n'est |>a8 d'être unie accidcntellemcul à la uialicre et de soullrir de son étreinte, mais de l'appeler ciPinuic le CMUiplément naturel de son degré infime de spiritualité.
de l'objet, mais l'atteint seulement par le moyen de 'a perception sensible ot de l'idée abstraite. C'est la connaissance discursive. Parlons d'abord de cette dernière.
//. — La pensée discursive.
La pensée discursive comprend le concept, le jugement et \& raisonnement. Nous discuterons quelques questions d'une portée générale qui se sont posées à propos de ces différentes opérations.
1. — Existence et nature du simple concept. — 1. Par simple concept, l'on entend la simple expression intellectuelle incomplexe d'un objet. Par exemple, être, substance, cheval, rouge (1). Il semble bien que jamais de simples concepts ne se rencontrent en dehors de toute opération mentale plus complexe, endeho''s de tout jugement; mais dans le jugement,\ç sujet et l'attribut sont, en dernière analyse, de simples concepts. Qu'ils existent donc et que, dans le jugement, ils ne soient pas eux-mêmes nécessairement le produit d'un jugement formel antérieur, c'est ce que tous admettent. Mais ces simples concepts, éléments du jugement, sout-ils l'opération primitive, l'élément premier de la pensée, comme le prétendent les scolastiques; ou au contraire, ne sont-ils pas eux-mêmes le résultat d'une opération de l'esprit équivalente au jugement, par laquelle, inconscieTwmen^, l'intelligence humaine unirait, selon des lois absolues, universelles et nécessaires, les données sensibles, en ferait des synthèses a priori, dont la matière serait le divers de la représentation sensible, et la forme le caractère absolu selon lequel ces éléments de représentation sensible seraient unis, ou comme dit Kant,suésw»(essoMs des concepts^.
2. S'en tenir à cette seconde manière de comprendre le concept équivaudrait à nier qu'il y ait dans la, pensée des éléments premiers strictement incomplexes. Elle prend les concepts eux-mêmes pour des jugements inconscients, mais très réels. Dès lors, — le raisonnement n'étant lui-même qu'un jugement médiat. — la pensée n'aurait plus qu'une seule forme, le jugement. D'où la formule radicale de Kant, adoptée par la philosophie moderne :
Penser c'est juger.
Formule parfaitement acceptable pour ce qu'elle affirme, comme nous le verrons plus loin, mais fausse dans le sens exclusif qui lui est donné. » 3. Que vaut en effet cette théorie du concept?
Nous allons montrer qu'elle n'a en sa faveur qu'une raison tout à fait insuffisante et que, par contre, un argument décisif en faveur de la théorie opposée la réduit à néant.
a) Argument en faveur de la théorie kantienne du ccncept- jugement. — La seule raison d'apparence plausible en faveur de cette théorie consiste dans la difficulté qu'il y a pour notre esprit à comprendre ce que peut être en soi la. représentation intellectuelle d'un objet.
Réponse : a) Nul doute que cette difficulté existe, mais elle n est en elle-même
(1) Le simple concept, bien que n'étant pas à lui seul un discours, fait partie cependant de la connaissance discursive ; et ce, à deux titres :
1° En lui-même, il n'est pas une intuition pure et simple de la réalité, mais il résulte, à tout le moins, de ce travail spontané de l'esprit qui élabore la donnée d'expérience pour constituer en soi-même une représentation immatérielle de l'objet. (Voir, en Psychologie, l'Abstraction, p. 176).
■2° Dans le jugement et le raisonnement le simple concept doit être considéré comme l'élément premier dont se compose le discours. Il en fait partie, il est donc de même nature que lui, comme la partie intégrainte est de même nature que le tout qu'elle concourt à former.
l.A l'LN^KK ET LA VLIUTÉ LOGiyUK. 673
<nruno obscurité; elle no nioiUro pas qu'il y ait quelque clioso do contradic toiro dans la notion do reprôsontation intellectuelle.
p) Kien souvent cette objection est fondt^e sur une confusion : identifiant la notion de reprt^scntation avec celle d'imago sensible, on est porté à rejeter on bloc de la pensée proprement dite toute fonction représentative.
Y) Enfin, l'on peut se faire quelque idée positive de ce qu'est une simple représentation intelloctuelio. Le contenu de notre conscience, lorsque nous pensons « moi. ou bien « être ••, nous en donne un exemple. Voilà des notions qui certainement ne sont pas, ou tout au moins ne sont pas uniquement des images sensibles ; et qui, d'autre part, en elles-mêmes, sous leur formé la plus simple, ne sont pas des jugements. Elles ont cependant un sens • ce sens, c'est-à-dire ce que nous avons dans l'esprit lorsque nous les pensons est une représentation ou expression intellectuelle très simple de l'obiet ma} et de l'objet être. •'
Bref, la difficulté de concevoir la notion de représentation intellectuelle vient de la simplicité de cette notion. Elle n'est pas un argument valable contre la réalité de cette représentation, —si surtout, d'autre part, cette réalité s'impose. Or, elle s'impose en vertu d'une raison absolument décisive
6) Argument décisif m faveur du concept représentatif. — De l'aveu de tous l'acte parfait de la pensée est le jugement. Or, le jugement est impossible si les termes qu'il unit ne sont que des images et non des concepts représentatifs.
En effet, le jugement affirme des rapports intelligibles, c'est-à-dire calégoriquemmt posés comme universels et nécessaires, et non purement empiriques et sensibles, entre ses termes, sujet et attribut (1). Mais ces rapports ne sont tels que parce que la nature des termes les demande ainsi. — Supposez que les termes mêmes du jugement sont et demeurent des représentations purement empiriques, aucun jugement intellectuel n'est possible, mais seulement des rapprochements d'images comme en fait l'animal. — Si, par exemple notre esprit juge que deux et deux font quatre, ce n'est ni à cause d'une nécessité aveugle, ni parce que, dans ce cas particulier et pour cette fois il se trouve peut-être qu'il en est ainsi, mais parce que, d'une manière néces saireet univereelle, le terme « deux et deux » et le terme «quatre » exigent pour toujours, de par leur nature même, d'être dits égaux.
Il ne sert de rien de dire avec Kant que c'est l'esprit seul qui, par ses lois subjectives, unit ces données purement sensibles selon des lois absolues et établit ainsi entre elles des rapports universels et nécessaires. De quel droit en effet, l'esprit juge-t-il ainsi? Pour que pareille affirmation soit légitime il faut qu'elle soit imposée par l'objet même, c'est-à-dire exigée par les termes du jugement. Dès lors, il faut que ces termes soient eux-mêmes universels et nécessaires, et donc qu'ils ne soient pas d(? simples représentations .sensibles Comme, d'autre part, sous peine de reculer à l'infini, ils ne peuvent être des jugements implicites, force est bien d'avouer qu'ils consistent en des représentations universelles et nécessaires, c'est-à-dire intellectuelles.
II. — Jugement et raisonnement. — 1. Le concept, nous l'avons dit, n'exista' pas à part. U fait partie, dans le courant de la conscionco d'opérations complexes qui sont le jugement et le raisonnement. Ces deux'opérations d.'. l'esprit ont pour but d'unir entre eux, selon des rapports intelligibles, lessimples concepts. °
La pensée, avons-nous dit aussi, à la différence de la connaissance pure-
(1) Même le juseraeiil iii matière sensible et clLinseantc e.st ralfirmation d'uni» V(^ritê absolue et immual^le : il aftirme la vérité du lait au moment présent Or en vertu «Je la nature des cho^&saliïç^ principes premiers, il est vrai pour touin,ir>\,,, ce lait est, et est tel, maintenant. v>"rs(,u»
GOL'RS DR Pllll.OSOPIIU:. — T. I. ^3
674 LuGlOUE.
ment sensible, n'unit yiaf; les représentations concepluoUos d'une manier* empirique, mais scion kB lois absolues et objectives qui pont les principes premiers (V- p- 172). Elle doit aussi les". unir selon la nature qualitatihuedc leur
contenu.
i. Or, en face des termes, îsujet et attribut, à unir ainsi, deux cas peuvent
se produire :
a) ou bien l'intelligence, par simple comparaison de ces deux termes, voit s'ils se conviennent ou se repoussent. Dansée cas, le jugement est i7n»n^dî«< .• c'est le jugement propremmt dit ;
b) ou bien, ne l'apercovant pas immédiatement, elle doit les comparer tous deux à un troisième terme qu'elle sait convenir à lun des deux autres et qu'elle voit convenir ou non au second. L'esprit fait alors un ratsmmeinent.
Jugement immédiat et raisonnement sont donc '.des opérations de même nature : le raisonnement n'est en somme qu'un jugement médiat.
Aucune remarque d'intérêt général n'est à faire sur le raisonnement en tant qu'opération distincte dn simple jugrement. Seul le jugement app<'ll« quelques compléments.
II£. — Deux tliéories du ju'geiceiit. — Suivant qu* Icb admet, avec les scolastiques, la notion du concejA repréicnlalif, ou, avecKant,la notion du concept-jugement, on sert TiSitureWement am«né;àeipiiqner de façon diflérente le jugement, ce qui implique deux conceptionsdifférentes de lavérité. ±, Théorie scolastique du jugement et de la vérité. — D'après saint Thomas d'Aquin et l'ensemble des scolastiqucs, le jugementest l'opération par laquelle l'esprit unit ou oppose, componit aiit dimdit, le sujet et l'attribut en affirmant ou en niant la convenance entre la ivotion CKprimée par l'at>tributet la chose représentée par le concept du sujet (1).
Par le fait même qu'il juge, l'esprit possède la veriié comme il oonAàent à l'intelligence humaine de la posséder. En effet, non seulentent l'esprit est conforme, en fait, à l'objet connu, ce qui a lieu déjà dans le simple concept, mais de plus il se sait en possession de la vérité, car en affirmant ou niant la convenance|de son concept iVattvihxa) avec la c/tose (le sujet), l'esprit affirme implicitement dans son opération même (exercite) la convenance de ce qu'il pense avec ce qui est, « adsequativ reietin^ellectvs", c'est-à-dire la «ériW (2).
2. Théorie Kantienne du jugement et de la vérité. — a) Exposé: Pour qui n'admet de représentation que dans la connaissance sensible, la théorie scolastique du jugement et de la vérité ne présente pas de sens acceptable. Or, telle est la situation de Kant.
L'esprit étant radicalement coupé de la chose en soi, noimîne inacces-sible à l'entendement humain, la relation de vérité ne peut évidemment s'établir çntre la pensée et la chose, jmais seulement entre ce que l'esprit affirme de roèjWp^nse et cet objet pensé lui-même en tant qu'il est pensé : con\enance purement interne de l'esprit avec «oi-mfme-et non plus de ^esprit avec r©l>« jet en soi.
Quelques auteurs dogmatiques, même scolastiques, le Cardinal Mercier et à sa suite l'école de Louvain; et, en France, 'le 'P. Sertillanges «nt cru pouvoir suivre la philosophie mcdeine sur ce îenain. « Quand je dis ; ceci est; C€ci est tel, mon jrgem^nt est vrai si l'être que je "pose ainsi en moi-même comme jugeant est conforme, égal, adéquat à l'êtie qui est déjà posé en moi-' même comme concevant, que ma conception réponde ou ne réponde pas à une réalité extramentale . (A. D. Sertillanges). Une fois l'accord établi surja vérité et sur la nature du jugement, indépen-
(1) Somme Ihéologique, V partie, question^XVI, art. 2.
(î) . Vadaejuatio delà cléfinitioa ne iésigne pas ' une égalité mathématique, mn»«
une similitude (v,i a ôes degrés » (J. de Tonquédec).