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NATURE ET OBJET DE LA CONSCIENCE

La conscience psychologique a été définie: le pouvoir qu'a l'âme de se 'percevoir elle-même agissante ou modifiée. Elle nous apparaît comme le sentiment qui accompagne nos faits intimes à mesure qu'ils se produisent et qui nous avertit de ce qui se passe en nous. Ainsi, je pense, je souffre, je veux et je sais que je pense, que je souffre et que je veux.

ART. 1. — Caractères distînctîfo et objet propre de la conscienee.

v; I. Ses caractères. — 1- La conscience consiste dans la

propriété que possèdent certains faits de s'apparattre à eux-

LA CONSCIENCi:. 5^

m. mes, ou n»icux d'apparailro immédiulemenl et, pur Je dedans au swjrt dans lequel ils se passant : c'est le caractère propre du phénomène psychologique, tandis que le phénomène physique ou biologique n'apparaît pas ain.^i au sujet, mais seu/k^ ment A l observateur qui le saisit par dehors.

Il s'ensuit que la perception extérieure suppose certains inlefméd.a.res, de milieux qu'il laut traverser, d'organes quif Îrui contrôler, d impressions et de sensations qu'il faut plus ou moins interpréter ; tandis que les données de la conscience ^ont absolu ment iviviédiatcs et nUiutivcs. Ici, l'objet de la connaissance s'iden tifie avec la connaissance elle-même. Souffrir et savoir crue ie souflre sont une seule et même chose, et ne pas savotr queie souffre, cest ne pas souffrir; impossible de connaître actuene ment une chose sans savoir que je la connais. La raison en est qu'un phénomène de conscience nest. comme tel, que la cons ' cience de ce phénomène et que. sans la conscience que j'en ai non seulement il serait inaperçu, mais il n'existerait pas On nenf donc appliquer en toute vérité au fait de conscience ce que Berfve ley disait à tort du phénomène exlérietir : esse eut percini- tout son èfcre est d'être perçu. ' '

2 Un autore caractère de la conscience, c'est sa certiiud. absolue. En pareille matière, le doute est impossible contradic toire. même, puisque l'objet connu n'est rien en dehors de fe connaissance qu'on en a; tandis que,à raisonméme des infermediaires- qtiil aut traverser pour le saisir, on peut, à la rigueur toujoui-s douter du phénomène extéi-ieur. Bien plus, la certitude de la conscience est la condition de loute autre certilude VobZ extemur ne pouvant être connu qu'autant qu'il est d'aborï devenu fait de cons«i«nce. ai^uiu

3.. Ruiîn, dernière conséquence, le domaine de la C(,n.cience est essenliellement personnel, hnpénctrahle, incomnncnicablTcl qu un «Il voit, tous les yeux peuvent le voir: mais le fait de cons cience ne peut être perçu que par celui qui eïi est le suiel ot n a conscience que de soi-même, agissant ou modifié '

/.. De là les limUes de cette faculté. La conscience n'atteint pas directement les objets extérieurs; nous avons seulemen concience de concevorr Dieu, de percevoir les objets matéri s Voilt comment, bien que coextensive à toutes nos facultés ]a cons cience n a cependant pas le même objet qu'elles. Kncore' une fo^s" elle se borne à percevoir le moi agissant ou modifié, c'esl-à S le inoi, ses actes el ses étals. csi-a-dire

?^ 2. - Remarque sur l'objet de la conscience A propos de 1 objet propre de la conscience, disons un mo^ d une théorie singulière. "^^^'

D'après plusieurs philosophes : Hobbes, Bain, H. Spencer, Taine, Ribot et d'autres, la conscience saisirait, non pas précisément tel ou tel état de conscience considéré isolément et en luimême, mais seulement le changement, le choc, résultant du passage d'un état à un autre état. Aies entendre, un état de conscience qui dure est en réalité une non-conscience. « Sentir continuellement la même chose et ne rien sentir, reviennent exactement au même », dit Hobbes. Un bruit monotone endort : il n'est plus perçu; que le bruit cesse ou soit remplacé par un autre, la conscience reparaît.

— Que penser de cette opinion?

Les faits que l'on cite sont en partie exacts, en partie fort exagérés, et la conclusion qu'on en tire nous paraît fausse et même contradictoire.

1. Nous accordons volontiers qu'un état est d'autant plus fortement senti qu'il contraste davantage avec l'état qui le précède immédiatement. Une lumière paraît d'autant plus vive que nous sortons d'une obscurité plus profonde, et un bruit nous frappe d'autant plus qu'il succède à un plus grand silence. Il est vrai encore qu'en se prolongeant, un état de conscience tend à s'affaiblir; mais il ne s'ensuit pas qu'il devienne absolument inconscient. L'expérience prouve, au contraire, que les plaisirs et les douleurs ne sont pas nécessairement instantanés, et par suite, qu'ils ne cessent pas d'être sentis par là même qu'ils durent un certain temps. La vérité est qu'on peut en perdre la conscience distincte et réfléchie sans cesser d'en avoir un sentiment sourd et confus.

2. Du reste, la théorie de Hobbes implique une véritable contradiction. Comment, en eff^et, dilïérencier deux états, à moi-ns d'avoir d'abord une certaine connaissance de l'un et de l'autre pris séparément? Comment saisir le passage du premier au second, à moins de percevoir d'une certaine manière le premier et le second? Et n'est-il pas contradictoire de prétendre saisir une relation (différence ou similitude), sans avoir perçu plus ou moins confusément les termes de cette relation?

ART. II. — Deux modes de la cousuiene?.

La conscience est spontanée ou rétléchie.

1. La conscience spontanée, appelée aussi sens intime, est celte forme de la conscience qui accompagne les phénomènes proprement psychologiques, et sans laquelle nos actes nous seraient comme étrangers, ne seraient pas pour nous.

La conscience réfléchie, ou réflexion, est ce retour délibéré

LA C.ONSUlENi^F. olî

do lame sur elle-même, pour s'observer allentivement (1). Elle suppose, outre l'acte de la conscience spontanée qui lui fournit son objet, l'attention qui s'y applique, et. si cet acte n'est plus présent, la mémoire qui le rappelle.

2. De là les di/féretices qui distinguent ces deux formes de la conscience.

a) La conscience spontanée, étant inséparable du fait psychologique, lui est nécessairement égale en durée comme en intensité, tandis que la conscience réfléchie, ne saurait lui être toujours proportionnée sous ce double rapport. De plus, elle ne peut s'appliquer qu'à un nombre de faits relativement restreint.

b) Les données directes du sens intime sont synthétiques, et par suite, plus ou moins vagues et confuses; au contraire, la réflexion, procédant par analyse, nous fournit des notions nettes et précises.

c) Enfin, l'animal est doué de la conscience spontanée, sans laquelle il n'éprouverait ni plaisir ni douleur : l'homme seul est capable de se replier délibérément sur lui-même pour se regarder penser, agir et sentir.

o. On voit ce qu'il faut répondre à la question de savoir si la con.science est une faculté proprement dite.

Il est certain que, sous sa forme spontanée, la conscience n'est pas précisément une faculté, ni même un fait spécial ; car jouir, penser, vouloir, et avoir conscience de jouir, de penser et de vouloir, sont une seule et même chose. En soi, elle est le caractère spécifique des phénomènes psychologiques ; elle exprime cette propriété quils ont dêtre éprouvés et sentis, en même temps qu'ils sont.

Il n'en est plus de même de la conscience réfléchie. D'une part, elle implique un vrai dédoublement du sujet qui s'observe: d'autre part, l'âme et ses phénomènes qui constituent l'objet de cette observation n'étant réductibles ni à la réalité extérieure que perçoivent les sens, ni aux rapports nécessaires que saisit la raison, il faut bien admettre une faculté de connaître correspondant à ce troisième objet.

.MvT. III. La conscience ii'est pas un épiphf'nouièiic.

D'après Maudsley, Hibol et quelques psychologues contemporains, la conscience, loin d'être un caractère essentiel et constitu-

(l)Ce mot de n'-flexion est une nu-laplioro très heiiieusp.c.Tr l'acte de Ki ronscience riifléthie représente vraiment un double mouvement : une s(»tie de siù et un retour en soi. Ainsi, quand j'ccouic une mciodie et que j'adnnre un paysage, je sors do moi, je m'oublie. pr)ur m'absorhcr dans ces objets; si maintenant, par un acte noiiveau, j'oliscrve, non plus ce» objets extérieurs, mais l'acte môme par lequel je les observe, je rentre en moi-même pour étudier ma propre opc^ration.

lif du fait psychologique, n'est en somme qu'un élément accidentel et fortuit qui se surajoute au phénomène physiologiqu e sans modifier en rien sa nature. A les entendre, le processus cérébral fait toute la réalité objective du phénomène mental : la conscience n'en est que la face subjective, un simple reflet, un « épiphénomène », comme ils disent, une sorte d'éclairage intérieur qui se borne à le rendre visible dès qu'il atteint une certaine intensité, à peu près comme un morceau de métal devient incandescent dès qu'il atteint un certain degré de chaleur.

— Cette hypothèse peut paraître ingénieuse; en réalité, elle est îa<ddcalement insuffisante à expliquer les faits.

1. Et d'abord, on a beau déclarer que la conscience e.st un simple re flet qui se surajoute accidentellement au processus cérébral sans modifier en rien sa nature et qui ne témoigne aucunement d'une vie proprement psychologique, — après lout, on ne peut nier qu'il y aut là quelque chose de nouveau, quelque chose qui apparaît et qui n'existait pas auparavant, et donc un véritable phénomène, d'une nature spéciale dont il faut expliquer l'origine, et déterminer les conséquences.

2. En effet, au début de la psychologie (pp. 20 et 24), nous avons énuméré les caractères qui empêchent absolument de confondre le fait de conscience avec le fait physiologique; celui-ci, mécanique, quantitativement mesurable, et celui-là qualitatif, se refusant à toute mensuration quantitative; entre eux, la différence est donc irréductible. Sans doute le fait de conscience peut être conditionné par quelques mouvements nerveux, mais il est irapossible d'admettre qu'il en soit un produit direct ou une simple transformation.

3. L'apparition du fait de conscience, loin d'être une modification accidentelle du processus cérébral, manifeste donc une vie supérieure à la vie purement phj'siologique. Alors que les érénements physiques et physiologiques se contentent d'exister, le fait de conscience, lui, existe et se connaît, bien plus il n'existe que ipour autant qu'il se connaît et cette propriété merveilleuse de transparence pour lui-même constitue son essence et sa réalité.

On voit que, loin d'être le simple reflet d'un phénomène psychologique qui ne change en rien sa nature, le fait de conscience est en réalité un phénomène d'un tout autre ordre qui suppose un pouvoir spécial et qui témoigne en nous d'une vie proprement î^=.7chologique dont l'âme est le principe et le témoin.

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