LOIS DE L'ATTENTION
Nous ne sommes pas de purs esprits, mais nous sommes corps et âme; les lois de l'attention seront donc physiologiques et psychologiques.
ART. I. — liOis physiolog'iques.
L'attention est conditionnée par un certain nombre de phénomènes physiologiques. D'après Th. Ribot, « les concomitants physiques de l'attention peuvent se ramener à trois groupes : phénomènes vaso-moteurs, phénomènesrespiratoires, phénomènes ynoteurs ou d'expression. Ils dénotent tous un état de convergence de l'organisme et de concentration du travail. »
1. Phénomènes vaso-moteurs ou de circulation : le sang atïlue aux organes, — spécialement aux centres cérébraux, qui entrent en jeu, — et se retire de la périphérie.
2. Phénomènes respiratoires : « Le rythme de la respiration change, il se ralentit et subit parfois un arrêt temporaire... Le bâillement qui suit un efîort soutenu d'attention est probablement l'effet du ralentissement de la respiration. Souvent, en pareil cas, nous produisons une inspiration prolongée, pour renouveler amplement l'air de nos poumons. Le soupir, autre symptAme respiratoire, est, comme l'ont fait remarquer plusieurs auteurs, commun à l'attention, à la douleur physique et morale : il a pour
fin d'oxygéner le sang narcotisé par l'arrêt volontaire de la respiration » (Ribot).
3. Phénomènes moteurs : ce sont ces phénomènes de mouvement qui manifestent le plus nettement le caractère de convergence et de concentration essentiel à l'attention.
Selon qu'elle se porte sur un objet extérieur [observation altentive) ou qu'elle regarde au dedans [réflexion], l'attention s'accompagne de mouvements différents et en jjartie opposés. Ce sont :
a) Pour l'attention en dehors, l'adaptation des organes des sens, convergence et accommodation des yeux, tension de Toreille... Le front contracté se ride, les yeux s'ouvrent largement, ainsi que la bouche ; — inhibition générale des mouvements : l'auditoire dont l'intérêt est saisi devient immobile, cesse de tousser, etc.
b) Pour l'attention en dedans, les sourcils se froncent, la bouche se ferme et les lèvres se serrent. En général, comme dans le premier cas, inhibition des mouvements du corps ; parfois cependant, certains mouvements, la marche par exemple, favorisent la réflexion.
ART. II. — L<ois ps^ehologiques.
Elles se résument en une seule qui est la loi de concentration, d'où suivent :
1. Le rétrécissement du champ de la conscience, qui se traduit par le caractère déjà mentionné de monoîdéisme analytique, exclusif et absorbant.
2. L'intensité plus grande des opérations attentives : " a] Dans la perception, les détails prennent du relief;
h) Dans la sensation affective, l'impression est plus vive ;
c) L'attente du phénomène psychologique à venir, dans ce que l'on n.omme attention expectante et préperception , accroît la rapidité et la facilité de la sensation en adaptant d'avance les facultés du sujet. En effet, la sensation attendue et pressentie est, comme le mot l'indique, partiellement sentie et commencée; elle s'achève donc plus facilement et plus rapidement. Quelquefois même l'attente est assez intense pour produire d'elle-même la sensation attendue, laquelle devient ainsi hallucinatoire.
à. La loi du rythme. Une attention un peu longue à un même objet ne peut être absolument continue sous peine d'émousser et d'anéantir le fait de conscience lui-même. En réalité, l'attention prolongée subit des fluctuations et des interruptions. L'exemple classique est celui du tic tac d'une montre auquel on prête attention. On remarque que tantôt il se fait entendre avec force, tantôt faiblement et que, par moments, il cesse d'être perçu. Cette loi
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du rvthine s'applique à tous les modes et à lous les degrés de laltonlion.
•i. L'wf/ucnce de la volonté lihre sur l'attention. Bien que la première pensée d'une chose ne soit pas au pouvoir de notre volonté, cependant nous pouvons appliquer librement nos facultés à tel objet actuellement appréhendé. Pour faire durer cette attention, la volonté fera appel à des facteurs d'intérrt. Si cet intérêt est trop lointain, son intluence sera pratiquement nulle, et la persévérance dans l'attention deviendra une lutte incessante contre les assauts de la dis fraction.
AHT. III. — I^eiux théories de l'attention.
s; 1. — Théorie physiologique.
Condillac ne voit dans l'attention qu'une sensation prédominante. Taine adopte cette manière de voir et insiste longuement sur le mécanisme physiologique en vertu duquel une image s'impose ainsi et devient obsédante. Ribot. à son tour, reprend cette explication et prend à tâche de montrer qu'elle sulïit à rendre compte même de l'attention oolontaire. Selon lui, d'accord avec Maudsley, « la force que nous appelons attention est plutôt une vis a fronte qui attire la conscience qu'une vis a tergo qui la pousse... La conscience est le résultat, non la cause de l'excitation. Le langage psychologique à la mode renverse cette proposition et met, comme on dit vulgairement, la charrue devant les bœufs; car, dans la réflexion, il ne s'agit pas, comme on l'admet habituellement, de diriger la conscience ou l'attention sur l'idée, mais de donner à l'idée une intensité suffisante pour quelle s'impose à la conscience. »
i; 2. — Théorie psychologique.
On vient de voir que la théorie physiologique met l'accent sur ce qu'il y a d'organique, de matériel et de fatal dans la genèse et la direction de l'attention, même de l'attention volontaire. L'e.\plication quelle fournit mentionne, il est vrai, un pouvoir original de direction qui consiste, dit Ribot, « à choisirXas étals appropriés et à les maintenir l'par inhibition) dans la conscience », mais celte sorte A\iveu de l'intervention du libre arbitre passe inaperçu dans la théorie, quand il n'est pas contredit par la négation pure et simple de l'action de la volonté libre sur l'alteution.
La tiiéorie ps]ichologiqnc, sagement comprise, recounait la part de vérité contenue dans l'explication physiologique. 11 est trop clair que les manifestations motrices ne sont pas seulement des effets ou des causes de l'attention, mais qu'elles en sont des éléments constituants nécessaires : elles en sont la partie organique,
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le corps. Une fois de plus nous touchons du doigt la vérité de la doctrine scolastique de Yutnié du composé humain. Mais au mécanisme organique longuement et complaisamment décrit par la théorie physiologique, l'explication psychologique apporte son complément nécessaire, en mettant en lumière cette activité directrice qui choisit et favorise les associations utiles et sans laquelle le phénomène de l'attention volontaire ne se conçoit même pas.