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CHAPITRE III

IMPORTANCE DE L'ATTENTION ET MOYENS DE LA DÉVELOPPER — OBSTACLES A L'ATTENTION

ART. I. — Importance de l'attention et moyens de la développer.

§ 1. — Importance de rattention spontanée.

De tout ce que venons de dire il ressort avec évidence que la volonté de faire attention ne s'exerce pas à vide. Si notre décision ne trouve pas pour s'y appliquer et les diriger un ensemble appro prié d'images motrices et une certaine richesse d'association d'idées intéressantes, les efforts déployés pour produire et entretenir l'attention resteront stériles. En d'autres termes, l'attention volontaire jjrovoque, dirige et renforce l'attention spontanée, mais ne la remplace pas.

L'attention volontaire joue un rôle décisif dans notre vie intellectuelle et inorale; c'est elle qui donne leur valeur scientifique à nos connaissances et leur valeur morale à nos actes.

1. Tous les objets que la nature présente à notre étude étant pour la plupart très complexes, l'attention est indispensable pour en obtenir cette connaissance claire et précise qui permet de comparer, de discerner les rapports et les différences, et par suite de définir et de classer. Elle est la condition de la mémoire, de l'imagination scientifique qui découvre les analogies et conçoit les hypothèses. C'est elle qui fait naître cet étonnement salutaire lequel, selon le mot de Platon, est le commencement de toute science et de toute philosophie. Bref, comme le dit Malebranche , Inattention est une sorte de prière naturelle par laquelle nous obtenons que la raison nous pclaire.

Sans doute, il ne faut pas exagérer son importance au point d'y voir la source unique de l'inégalité des esprits, et de dire avec Bufîon que le génie n'est qu'une longue patience. Le génie est un don exceptionnel de la nature, que la patience inintelligente

IMPORTANCE DE L'aTTENTION. 73

110 remplacera jamait». Ce qui est vrai, c'est que l'attention soutenue et persc^vérante peut développer considérablement la portée d'un esprit d'ailleurs médiocre, et qu elle est pour le génie luimême la condition de sa locondité. On demandait à Newton comment il était parvenu à découvrir la loi de l'attraction universelle : — En y pensant toujours, répondit-il.

■2. L'attention n'es,t pas moins nécessaire au point de vue moral. C'est elle qui nous aiïranchit de l'automatisme de l'instinct ou de l'habitude; c'est elle qui, en nous permettant de prendre conscience de notre moi, nous met en possession de notre personnalité, et nous rend ainsi vraiment maîtres de nous-mêmes et de nos opérations. Sans elle, en un mot, nos actes n'ont pas plus de valeur morale que nos connaissances n'ont de valeur scientifique.

Ajoutons que, par l'influence considérable qu'elle exerce sur l'imagination, l'attention bien dirigée est une ressource précieuse dans la lutte contre nos passions et souvent l'unique moyen que nous ayons pour les vaincre. « Avec l'attention, dit Condillac, on se corrige de ses mauvaises habitudes, avec l'application on en acquiert de bonnes. » Nous pouvons donc conclure, avec Bossuet, que c'est l'attention qui rend les hommes graves, sérieux, prudents, capables des plus grandes affaires et des plus hautes spéculalions.

Î5 3. — Moyens de développer l'attention.

C'est un fait que nous ne sommes pas tous également doués au point de vue de la puissance d'attention. Chez les uns, par suite de la grande mobilité de leur esprit, l'attention est lente à se fixer : chez d'autres, elle reste superficielle ou incapable de se soutenir longtemps. Comment parviendrons-nous à corriger ces défauts et à développer en nous une faculté si précieuse?

1. Et d'abord nous le pouvons, car l'attention volontaire n'esl autre chose que la volonté appliquant délibérément les facultés à leur objet; or rien n'est plus en notre pouvoir que notre volonté.

Sans doute, il ne dépend pas toujours de nous de fixer notre attention quand elle est inquiète et préoccupée, car une certaine attention est elle-même nécesaire à la volonté; mais, le plus souvent, nous pouvons la ramener de force, et ne pas lui permettre de longues ai)sences.

2. Du reste, c'est une loi que l'esprit est d'autant moins exposé à la distraction ([u'il est plus fortement appliqué à son objet, et qu'il s'y applique d'autant plus qu'il s'y intéresse davantage. Donc le moyen général de favoriser l'attention, de prévenir les divagations de l'esprit et de diriger indirectement l'attention sponlanrc elle-même, c'est de nous pénétrer de l'importance

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des choses qui nous occupent, afin d'arriver à y prendre un vif intérêt.

3. N'oublions pas non plus cette autre loi plus générale, que toute faculté se développe par l'exercice et s'atrophie dans l'inaction, et par suite, que nous ne parviendrons jamais à accroître notre puissance d'attention, à moins de résister à ses caprices et de la maintenir malgré elle sur les objets qui méritent de la fixer.

ART. II. — Obstacles à l'attention et maladies de l'attentioti.

§ 1. — Obstacles à l'attention. — Lopposé de l'attention, c'est Idi distraction. L'attention concentre sur un seul point toutes nos ressources intellectuelles : de là sa fécondité ; la distraction les disperse : de là son impuissance. Donc, énumérer les obstacles à l'attention revient à énumérer les sources de la distraction,

1. On peut distinguer deux espèces de distraction. Les uns sont distraits d'une chose par la concentration de leur attention sur autre chose : ils sont absorbés ; l^s autres sont distraits par Véparpillemenf de leur attention sur tout ce qui les entoure; ils sont plutôt dissipés. La première forme est la distraction des savants; la seconde est celle des enfants et des esprits légers. Mais, quelle que soit sa cause, la distraction a cet inconvénient de détourner l'esprit de ce qui devrait le fixer. Dans un cas comme dans l'autre, la faculté d'arrêt, le pouvoir d'inhibition fonctionne mol; le frein serre trop sur un point ou ne serre pas du tout. Le transfert de l'attention est trop difficile.

Donc la dissipation , c'est-à-dire cet état d'extrême mobilité de l'esprit qui le porte à passer sans cesse d'un objet à un autre sans s'arrêter sur aucun, et la. préoccupation, c'est-à-dire cet état d'un esprit absorbé par quelque pensée étrangère qui le rend incapable de s'appliquer à son objet, telles sont les deux causes principales de la distraction, et par suite, les deux grands obstacles à l'attention,

2. Il en est d'autres accidentels et passagers, tels que les sensations trop vives, le bruit, le mouvement, les spectacles variés, et surtout la douleur physique. Inversement, le calme, le repos du corps et des sens, le silence, l'obscurité : autant de conditions qui nous disposent naturellement à la réflexion.

3. Mentionnons enfin la fatigue résultant d'un long travail intellectuel. En effet, l'attention suppose une tension du système nerveux et en particulier du cerveau, laquelle ne peut se soutenir longtemps sans un certain épuisement. D'oîi le besoin de relâche, de récréation et en particulier de sommeil, qui n'est physiologiquement que la détente complète du système nerveux.

MALADIES m: LATTKNTION. lO

^ -. — Maladies de l'attention. — Outre les obslaclcs /Jassag^ers que nous venons d'énumérer, il en est de pi^t'inanfnts qui constituent de vérilaljles maladies de i attention. D'après Esquirol, loutes les maladies mentales se ramènent psychologiquement à Y altération de la faculté d'attention :

i. V idiotisme, ou stupidité naturelle, consiste dans une anémie congénitale du cerveau et du système nerveux, d'où résulte l'impuissance absolue de faire attention. L'idiot promène autour de lui un œil terne et distrait; son regard n'étant plus dardé par la volonté, il voit, mais ne regarde rien, ne s'intéresse à rien. C'est là, pour le dire en passant, ce qui explique que certains idiots passent impunément des semaines entières sans sommeil; l'at- Icntion chez eux étant nulle, il n'y a point de tension nerveuse, et par suite, aucun besoin de détente ni de repos cérébral.

2. La monomanie est l'état d'un esprit obsédé par une idée au point d'être fermé à tout ce qui ne s'y rapporte pas. Le traitement de cette maladie consiste à faire sortir à tout prix le monomane du cercle d'idées qui le tyrannisent, afin de rendre à son esprit son indépendance et sa liberté d'attention.

3. Lb. démence, ou folie proprement dite, est l'état d'un esprit traversé par un tel tourbillon d'idées et d'images incohérentes, qu'il ne peut se fixer sur aucune.

Toutes ces maladies sont le plus souvent incurables; en tout cas, elles ne peuvent être guéries, dit Flourens, qu'autant qu'on parvient à ramener Vinsensé à ^attention, par Vatlention à la réflexion, et par la réflexion à la raison.

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