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LE JUGEMENT

rapport entre le sujet et Tattribut est perçu sans intermédiaire, ou qu'il a fallu, pour le saisir, comparer l'un et l'autre à un moyen terme par le raisonnement. — Ainsi : le tout est plus grand que Vune de ses parties, est un jugement immédiat; Dieu existe, les tivis angles rf'u» triangle sont égaux à deux droits sont des jugements médiats.

b) Le jugement intuitif ei le jugement discursif, selon qu'il ne fait qu'exprimer une simple expérience, une intuition des sens ou de la conscience, ou qu'il compare entre elles des idées abstraites, passant de cette comparaison médiate ou immédiate [discuri^endo) à l'affirmation du rapport qui les unit. — Je souffre, le soleil luit, sont des jugements intuitifs; la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre, tous les corps se dilatent à la chaleur, sont des jugements discursifs.

§ 2. Jugements analytiques et synthétiques.

Une distinction plus importante est celle des jugements analytiques, et des jugements synthétiques, proposée pour la première fois par Kant.

1. Le jugement analytique est celui dans lequel l'idée de l'attribut s'obtient par l'analyse de l'idée spécifique du sujet ; ce qui suppose qu'elle est contenue dans la compréhension de cette idée. Exemples : Les corps sont étendus; Dieu est bon; 4 = 2 -\- 2.

Dans ces jugements, l'attribut n'ajoute donc rien à l'idée du sujet, il ne fait qu'en développer plus ou moins le contenu. Aussi sont-ils appelés explicatifs ou identiques, d'une identité totale ou partielle.

2. Le jugement synthétique est celui dans lequel l'idée de l'attribut n'étant pas contenue dans l'idée spécifique du sujet ne saurait en être tirée, et par suite, doit lui être ajoutée par ailleurs. Exemples : je souffre; le renard est rusé.

Dans ces jugements, l'attribut ajoute donc quelque chose à l'idée du sujet; aussi les appelle-t-on extensifs.

3. Il s'ensuit que les caractères a priori et a posteriori, se rapportant à la manière dont est prononcé le jugement, ont une valeur purement subjective et variable suivant les individus; tandis que les caractères analytique et synthétique, se rapportant à la nature essentielle du jugement, ont une valeur objective et indépendante de celui qui le prononce. Un ignorant peut n'arriver qu'a posteriori et par le secours de l'expérience à prononcer tel jugement qui, de soi est analytique; tandis que l'idéal du savant est de formuler a priori, par la seule force de la déduction, tout jugement qui est analytique de sa nature (1).

(1) • Il arrive, dit Rocce, qu'il est des vérités évidentes pour les sages seulement car l'attrltiut peut ctre en soi identique au sujet sans que nous le sacliions. • COURS DE PHILOSOPHIE. — T. I. 15

226 rsYCUOLOiiiE.

APl'ENDICE

iâVf ju^eiuent et la cooiparaiNOn.

I. — Exposé de la controverse. — Une question controverséi; cho/: les modernes consiste à savoir si tous les jugements sont le i-ésultat d'une comparaison, ou s'il en est que nous prononçons spontanément sans qu'il soit nécessaire de comparer entre elles les idées qui les composent, et par suite, s'il est à piopos de distinguer deux catégories irréductibles de jugements : des jugements spontanés ou priniilifs et des jugements comparatifs et réfléchis.

1. Locke et les philosophes de Port-Royal; chez les contemporains, MM. Janet, Rabier et d'autres, prétendent, après Aristote et les anciens, que tout jugement proprement dit, supposant dans l'esprit la présence de certaines idées ab&traites et générales, est nécessairement comparatif; que, selon la définition de Locke, « le jugement est la perception d'un rapport de convenance ou de non-convenance enti-e deux idées déjà perçues et comparées entre elles •; ou, comme s'exprime la Logique de Port-Royal, « qu'après avoir conçu les choses par nos idées, nous comparons ces idées ensemble, et, trouvant que les unes conviennent et que les autres ne conviennent par entre elles, noUwS les lions ou délions ; ce qui s'appelle affirmer ou nier, et généralement juger. •

2. De leur côté, Th. Reid, V. Cousin et bon nombre de modernes affirment que, si logiquement le jugement suppose l'idée, psychologiquement et chronologiquement l'idée est postérieure au jugement; que toute idée nous est donnée dans une synthèse primitive, dans un jugement spontané, nécessairement antérieur à toute abstraction et à toute comparaison ; telles sont, par exemple, les affirmations : J'existe ; je souffre; il fait froid; la neige est blanche. Ce n'est qu'ultérieurement que, revenant sur ces jugements concrets et spontanés, l'esprit les désagrège par l'abstraction, en élabore les éléments pour en former des idées abstraites et générales, qu'il unira et recomposera ensuite dans des jugements réfléchis et scientifiques.

3. En effet, disent-ils, si l'on admet que l'esprit débute par des idées abstraites et générales :

' a) Il devient impossible d'expliquer ces jugements élémentaires : je souffre, j'e,ciste, etc. Car, qu'est-ce qu'un moi abstrait'? Et comment, en .comparant ridée abstraite de ce moi avec l'idée abstraite d'existence ou de souffrance, arriverai-je jamais à conclure que c'est bien moi qui existe et que cette souffrance est vraiment mienney L'unique moyen est donc de percevoir, dans un seul et même acte, le moi souffrant, le moi existant, et d'affirmer la convenance de ces deux réalités pai' le fait que je les perçois unies dans un même être concret.

6) D'autre p.irt, u'est-il pas évident que nous commençons par connaître le concret, puisque l'idée abstraite n'est elle-même que le résultat de l'élabolation que nous faisons subir aux données concrètes de l'expérience? Et comment, à moins de s'enfermer dans un cercle vicieux, admettre que les idées abstraites s'obtiennent par l'analyse de jugements, qui, eux-mêmes, supposent déjà dans notre esprit l'existence de ces idées?

— La conclusion est qu'il faut admettre deux sortes de jugements : des jugements ;jr/??it<t/s, spontanés, concrets, que nous portons non sur des idées, mais sur les choses elles-mêuies, et des jugeiuents réfléchis et comparatifs, qui ont pour matière des idées abstraites et générales et auxquels seuls s'applique la définition d'Aristote, de Port-Royal et de Locke.

II. — Discussion. — A notre avis, ces objections ne suffisent pas à modifier l'ancicane théorie d'après laquelle tout j-ugement proprement dit est comparatif.

Li: RAISO>!VEMENT. 2i7

1. En efïet, judieare est componere, dis&it l'École; tout jugement est essentiellement une synthèse qui consiste à rapprocher un attribut d'un sujetor toute synthèse suppose une analyse préalable. Impossible de rapprocher attribut du sujet, à moins de l'en avoir d'abord détaché, de l'avoir généralise afin de pouvoir l'appliquer aux différents sujets de même espèce • car I attribut de tout jugement est toujours une idée plus ou moins générale oui ne peut s'obtenir sans une certaine comparaison. '

Donc, tant que les qualités de lobjet restent indivisées dans notre esorit sans distinction de sujet et d'attribut, il y a bien perception concrète, il n'v a pas de véritable jugement, précisément parce qu'il n'y a pas de synthèse nJi.n! tH P«"^/*VV""''°'' Î^^"' '^ prétendus jugements d'existence, dont f.w ;; î", ^* S*'",""' ^^^ •ï"*'' '^'""^ P^'"*' l«s appréhensions i«<./-

lectuelles immédiates de la conscience équivalent émineminent à des jugements tormels; et que, d'autre part, nous sommes naturellement portés à objectiver nos sensations et a croire à la réalité de ce que nous voyons Or nar elle mèm€, cette tendance ne constitue pas précisément une affirmation mais seulement une disposition à affirmer, et l'on ne .saurait assimiler la perception

rSS Uf?.nrHf-'"^'™'"',P''"P'*^"^""' ^^^' ^ °^°"^^ ^-^ reconnaître à 1 animal la faculté de juger, par la même qu'il a celle de percevoir

^^^^''^J'' i'^Sement formel n'ef ni psychologiquement, ni chronologiqueaent la première opération de l'esprit; en réalité, tout jugement, supposant la présence d'idées abstraites et générales, est nécessairement compara'}

o. Nous aussi, nous admettons que toute connaissance débute par le concretce que nous prétendons, c'est que ce concret n'est pas saisi primitivement sous forme de jugement, mais sous forme de perception spontané? dos ^ens ou de la conscience, laquelle, étant synthétique, est par là même plus ou moins con use. D ou le besoin de l'analyser, de séparer mentalement las éléments dont elle se compose, de les comparer, de les généraliser, afin de les recomposer dans un jugement qui nous donnera la connaissance claire et distincte de î'objeT

Donc on résumé : perception concrète - idées abstraites - jugement • telles sont comme les trois étapes de la connaissance proprement dite. '

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