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Le raisonnement répond à un triple besoin

a) L'esprit raisonne pour découvrir ce qu'il ignore ;

b) Il raisonne pour démontrer à autrui ce qu'il sait ;

c) Enfin, il raisonne pour s'expliquer à lui-même une vérité connue, mais imparfaitement comprise.

On voit que le raisonnement est à la fois un signe de faiblesse et un instrument de progrès ; car, s'il suppose l'impuissance de saisir immédiatement certaines vérités, il permet aussi d'y suppléer et d'acquérir sans cesse de nouvelles connaissances.

Voilà pourquoi l'intelligence infinie, qui a l'intuition directe de toute vérité, n'a pas besoin de raisonner; tandis que l'animal, qui est incapable de s'élever au-dessus des opérations sensitives, n'en a pas le moyen. Seul l'homme, dont l'intelligence est à la fois limitée et susceptible de progrès, a tout ensemble et le besoin et le moyen de raisonner.

s 2. Deux espèces de raisonnement. — On distingue deux

espèces de raisonnement : le raisonnement déductif ou déduction, et le raisonnement inductif ou induction.

1. Le raisonnement déductif va du général au particulier, c'està-dire qu'il conclut d'une proposition générale à une proposition particulière ou moins générale. Ainsi, de cette proposition générale : La chaleur dilate tous les métaux, je conclus : Donc ce métal (nouvellement découvert) se dilate à la chaleur.

2. Le raisonnement inductif va du particulier au général, c'està-dire qu'il conclut d'une ou de plusieurs propositions particulières à une proposition générale, à la loi. Exemples : Pierre est mortel, Paul est mortel, Jean est mortel, etc. Donc tous les hommes sont mortels. — Le cuivre se dilate à la chaleur, le fer, le mercure, Vor se dilatent à la chaleur... Donc tous les métaux se dilatent à la

chaleur.

Il est évident qu'on ne peut pas indistinctement généraliser toute proposition particulière; nous verrons en Logique à quelles conditions l'induction est légitime (1).

;l) L'induction n'est en réalité qu'un cas particulier de la généralisation. Celle-ci élabore les données de l'expérience pour aboutir à l'idée générale qu'elle formule dans une définition ; celle-là généralise les rapports observés pour aboutir à une loi.

De part et d'autre, les procédés sont les mêmes :

Il' RAISONNEMENT. 229

3. Les associationiiistes, avec J. St. Mill, Spencer, et Bain, admettent une troisième espèce de raisonnement, source et principe des deux premières, qui consisterait à aller du particulier au particulier. Ils' citent comme exemple l'enfant qui, s'étant brûlé une fois, évite de s'approcher du feu. Il y a là, disent-ils, véritable inférence sans aucune proposition générale, car l'enfant conclut que ce feu particulier brûle, de ce fait unique qu'il s'est déjà brûlé. C'est ainsi que raisonnent les animaux, et que nous raisonnons le plus souvent nous-mêmes.

— C'est confondre le raisonnement proprement dit avec la simple association.

a) En effet, deux phénomènes se succédant, leurs images s'associent dans notre esprit d'autant plus fortement que l'impression première a été plus vive ; voilà pourquoi l'image du feu, en éveillant dans l'esprit de l'enfant l'image de la douleur éprouvée, le porte à s'en éloigner, de même que la vue du bâton éveille chez le chien l'image de la douleur et le porte à s'enfuir. 11 y a là simple co7}sécutio7i d'images, et non pas inférence d'une idée à une autre idée. Entre ces deux phénomènes, nous l'avons déjà dit, il y a cette différence essentielle, que, dans l'inférence, les idées sont enchaînées par un lien logique, tandis que dans la consécution, elles ne font que se succéder automatiquement.

b] Ce qui fait illusion, c'est que l'association et le raisonnement produisent en nous le même effet psychologique, à savoir l'o^lejite, et que souvent l'homme qui raisonne n'agit pas autrement que l'enfant ou l'animal qui se contentent d'associer leurs images. Mais l'analogie du résultat ne doit pas nous faire perdre de vue la différence radicale des causes qui l'amènent. Dans l'association, l'attente est machinale, elle est produite par le seul jeu des images qui s'appellent; dans le raisonnement, elle est intelli- 'icnte, elle se présente sous forme de conclusion et suppose la perception du rapport logique qui existe entre les idées. Là les idées, ou plutôt les images agissent directement sur l'organisme à l'instar de causes physiques, pour déterminer l'acte extérieur; ici, elles agissent directement sur l'intelligence, sous forme de raison logique.

a) L'esprit obnervi; allentivemcnl un cerlain nomhrc il'fHres <>u de pliénomùnes;

b) Il en analyse les divers attributs ou les diverses circonstances;

c) En les comparant , il constate entre eux un même rapport constant, soit de coexistence, soit de succession ;

d) Enfin, après s'être assuré que ce rapport résulte de la nature même des choses, il le généralise, c'est-à-dire le conçoit conimi' applicable à tous les cas de même espèce.

Tel est, dans ses srandus lignes, le mécanisme du raisonnement induclif.

APPENDICE RaiHOB et raivonnenenf ; — hon »em» et sens eomniun.

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