LIVRE TROISIÈME
L'homme qui se connaît lui-même, et qui ne confond pas son AME avec les éléments matériels, a déjà fait un grand pas dans la recherche de la vérité ; il trouve dans la contemplation de sa nature spirituelle un point d'appui pour s'élever vers la cause première à laquelle il doit son origine, vers le Père des esprits *, qui Ta créé à son image, afin qu'il exerçât sur tout ce qui respire la noble royauté de l'intelligence. Au fond de notre cœur réside celte force toujours vivante et agissante qui s élance au-dessus des formes sensibles pour- y trouver Dieu ^.
La grande pensée de Dieu domina toujours le genre humain; il ne faut pas s'en étonner, car cette pensée seule explique le monde physique et le monde moral : sans elle, Vhomme et l'univers seraient des énigmes incompréhensibles^ et plus on avancerait dans la connaissance des êtres et de leurs rapports, plus la raison devrait désespérer d'elle-même en voyant fuir dans un immense lointain, et se perdre dans des ténèbres impénétrables, la solution de tous les problèmes les plus importants. Avec cette pensée, au contraire, ou pour mieux dire, avec cette conviction toute-puissante,
* fleb.yXlI, 9.
* Ascensiones in corde suo disposuH (Ps. Lixxiiry 6\
a THB0LO«n 1SrA.TUIlEI.IlE.
la lumière revient nous inonder de ses rayons ; la raison n'a plus besoin de se mettre à la torture et de construire des hypothèses insensées pour découvrir l'origine de Thumànité, pour expliquer le mouvement et Tharmonie qui régnent dans ce vaste univers, pour rendre compte de la croyance indestructible qui s*est produite partout dans le langage, dans les monuments et dans les actions puj^iiques des peuples* Le monde est un livre toujours ouvert, où les plus ignorants comme les plus savants peuvent lire le nom de Dieu écrit en caractères ineffaçables. La pensée de Dieu s'échappe, si j'ose le dire, par tous les pores de la création. Cet être souverain 9 dont il ne faudrait parler qu'en tremblant, et après avoir purifié son cœur, est \alpha et Yoméga^ le principe et la fin de toutes choses ^ Hors de lui est la ruine de Tintelligence, la ruine de la morale, la ruine des lois, la ruine des sociétés.
Cependant, on dit qu'il y a eu des athées, c'est-à-dire des hommes sans Dieu. Nous n'avons nul intérêt de nier cette grande aberration, pas plus que nous ne nions les autres genres de. folie auxquels l'humanité est en proie. Il y a eu des hommes qui se sont dits athées, comme il y en a eu qui se sont dits sceptiques. Qu'étaient-ils les uns et les autres? des fous ou des fripons. Dans le premier cas, il faut les plaindre d'avoir perdu l'esprit ; dans le second cas, il faut les flétrir pour avoir voulu duper le genre humain, afin d'amener l'oppression par l'abrutissement et la barbarie. Au reste, tout le monde sait que, si parmi les hommes qui vivent sans Dieu on retranchait la tourbe des esprits ignares et stupides ; si l'on retranchait le troupeau cCÉpicure^ je veux dire cette masse d'êtres usés par la débauche, qui se remuent et qui grouillent dans la fange du vice comme des vers dans un cadavre ; si l'on mettait de côté cette foule d'hommes légers, indifférents à tout autre chose qu'aux progrès de l'industrie et aux rêves de la fortune; alors, le nombre des athées véritables, s'il peut y en avoir, serait infiniment petit.
Quoi qu'il en soit, ces hommes se sont crus sérieusement philo* sophes, et ont fait des livres pour affaiblir l'éclat d'une vérité qui les accablait de son évidence. Quand la raison publique sera restaurée parmi nous, on sera fort surpris de voir que le nom de la philosophie ait pu se prostituer de la sorte ^.
* Apoc, I, 8.
* a J'entre en colère, dit Descartes, quand je toîs qu'il y a en ce monde des gens assez audacieux et a88eainipFiidents.poar oser combattre contre Dieu. »
Mais il est arrivé sur ce point ce qui arrive presque toujours : les contradictions de Terreur et de la sottise ont fait briller la vérité d'un plus vif éclat. La sagesse- étemelle a trouvé, dans les temps anciens et modernes, de puissants défenseurs.
Tout mon projet est d'offrir ici au lecteur un choix des écrits composés par les modernes apologistes de la religion en faveur de la Divinité. Et vraiment ce grand sujet a été traité avec tant d'abondance et d'une manière si distinguée, qu'il est devenu fort embarrassant de choisir.
Nous parlerons: i^ des préjugés légitimes contre l'athéisme; 2^ de l'existence de Dieu et de ses attributs; 3^ de ses rapports avec la nature humaine.
THEOLOGIS IfATORELLB.