‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 2 sur 67 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

PRIÊJUG]^ LEGITIMES COIYTRE l' ATHÉISME.

La considération des causes ordinaires de Fathéisme, de ses contradictions extravagantes et de ses affreuses conséquences, fournit des raisons sufdsantes de le rejeter même avant toute démonstration directe de l'existence de Dieu. Laissons parler d'abord le docteur Niewentyt '.

« On a peine à croire, dit-il, qu'il se soit trouvé des gens assez dé pourvus d'entendement pour nier l'existence d'un Etre éternel subsistant par sa propre vertu, et pour soutenir un néant absolu sans qu'il y ait eu de créateur ni de créature. Ceux qui se sont le plus distingués parmi les anciens, et Spinoza parmi les modernes, quoiqu'ils soient ajuste titre rangés au nombre des athées, ont reconnu un Etre étemel.

» La grande question donc entre les gens de ce caractère, et ceux qui reconnaissent et craignent un Dieu, n'est pas de savoir s'il y a une telle essence qui a subsisté de toute éternité par lui-même, puisque tous en conviennent, du moins autant que j'en connais, mais si cette essence étemelle est, outre cela, toute-sage, toutepuissante et toute-bonne, et si, selon son bon plaisir, elle a fait toutes choses pour certaines fins et si elle continue à les diriger.

» A la vérité, ces malheureux pourraient en quelque manière tomber d'accord de sa toute-puissance, puisqu'ils n'auraient qu'à lever les yeux au ciel pour y voir le mouvement rapide et inconcevable de ces vastes corps. Pour sa bonté, ils la reconnaîtraient peut-être

* Bernard ^icwenlyr, né à Westgraafdyk (Hollande) en 1654, et mort en 1718» fat Tun des plus profonds mathématiciens du xYii* siècle ; il fut, en outre, médecin éclairé, physicien savant, jurisconsulte habile et magistrat intègre. Le principal de ses ouvrages est l* Existence de Dieu démontrée par les merveilles de la nature.

aussi, pourvu qu'on leur laissât la liberté d'expliquer ce terme et d attribuer uniquement la bonté de ces êtres aux heureuses propriétés des choses, étant secondés par leur entendement qu'ils croient suffire pour tourner à leur avantage la plupart des choses qui se présentent à eux, et les faire servir à leurs besoins et à leurs plaisirs. Mais ils ne pourront que très-difficilement, en conservant leurs principes et leur sécurité, consentir que cet Etre éternel soit sage et dirige toutes choses suivant son bon plaisir, parce que cette concession est absolument contraire, tant à un cas fortuit qu a toutes les lois de la nature ou du destin. Aussi est-ce là Tunique fondement d'une certaine terreur et inquiétude qui les agite continuellement, parce qu'il leur est facile de concevoir ce qu'ils auront à attendre s'il est vrai que cet Etre soit sage, et que, par conséquent, il n'ignore pas avec quels blasphèmes on tâche de le dépouiller de ses perfections.

» II paraît, par le titre du livre que Cicéron a écrit là-dessus, que cette question est ancienne et qu'elle a été agitée dans les siècles passés. Les disputes des philosophes qu on y fait parler ne roulaient pas tant sur l'existence d'un Dieu, c'est-à-dire d'un tel Etre éternel, que sur la nature des dieux ou de cette Divinité.

» Si quelqu'un a dès sa jeunesse eu le bonheur d'être convaincu des perfections adorables de Dieu, de le reconnaître pour son Seigneur tout-puissant, son créateur et son conservateur, et de l'honorer toujours, il lui paraîtra peut-être étrange qu'il se trouve des gens qui reconnaissant un Etre éternel, ou un Dieu dans l'essence de cet Etre, le considèrent néanmoins comme dépourvu de toutes les perfections dont on vient de parler. Il s'en est pourtant trouvé dans tous les âges, et c'est une chose si connue de tout le monde, qu'il serait inutile d'en parler ici en particulier. Ajoutons seulement que les contemplations qui font le sujet du livre que je donne au public ne tendent, si la chose est possible, qu'à ramener ces malheureux et à leur inspirer de meilleurs sentiments.

» Pour parvenir donc à une fin si salutaire, il est à propos de rechercher en premier lieu les véritables motifs qui ont fait tomber tant de gens dans ces travers d'esprit, et leur ont inspiré de si fausses idées dé cet Etre suprême éternel et redoutable : et lorsqu'on les aura découverts, on tâchera de trouver les moyens d'y apporter les remèdes nécessaires.

» Qu'on ne s'attende pas néanmoins que nous en parlions ici avec rétendue et la précision avec laquelle on pourrait traiter cette matière. Il nous suffira de rapporter seulement les causes de l'athéisme

d'aitpurd'hai, lesquelles, comme rexpérîencenoiis Fa &it conoatere, ont g&té l'esprit de la plupart de ces faux raisonneurs. Nous exposerons en même temps les moyens dont on s'est servi avec succès à l'égard de quelques-uns pour arrêter ce mal déplorable, laissant le dénombrement des autres causes dont on ne dira rien ici, à ceux ^i en auront éprouvé eux-mêmes les tristes effets^ ou qui les auront reconnus dans d'autres.

»Le premier motif donc, et qu'on peut dire être le même qui les fait presque tous agir, est la plupart du temps « un mouvement impétueux de l'amour-propre mal entendu et qui va trop loin. »

» Cette passioii les porte uniquement à souhaiter l'accomplisse^ ment de leurs désirs, et de n'être soumis à personne : ou, s'ils ne peuvent s'en dispenser, de dépendre du moins d'un Etre qui approuve leurs passions charnelles. C'est pourquoi lorsqu'ils entendent parler d'un Dieu qui est juste et saint, qui exige d'eux une obéissance exacte, et qui punira certainement la créature qui refusera de le reconnaître pour son souverain Seigneur, ils vcmdraient bien se soustraire à sa puissance.

• Pour cet effet, ils ferment l'oreille à tout ce qui les peut convaincre de l'existen'ce d'un tel Etre ; et comme leur conscience ne les laisse point en repos malgré tous leurs efforts, cela les oblige de chercher continuellement des arguments, pour tâcher de se persuader le contraire, et éviter par là les cruels remords de ce juge intérieur qui les condamne. C'est pour cette raison que les aveugles païens ont attribué à leurs dieux les mêmes passions que celles qu'ils ressentaient, prétendant que l'ivrognerie, la paillardise, Fadultère, et de pires vices encore leur faisaient plaisir.

» Sans qu'il soit besoin de rechercher d'autres preuves de ce qu'on Tient d'avancer, si ceux qui auront été assez malheureux pour se forger des raisons qui tendent à effacer dans leurs esprits la connaissance des attributs de leur créateur, veulent bien rentrer en eux-mêmes, ils verront que si ce que les chrétiens appellent la parole de Dieu, dans laquelle sa volonté est comprise, leur permettait ^e donner dans cette vie l'essor libre à leurs passions, et leur promettait de jouir éternellement de ce plaisir, ils chercheraient avec autant d'empressement des arguments pour se prouvera eux-mêmes et à tout autre qu'il y a un Dieu, et que la Bible est sa parole révélée, qu'ils en ont à chercher des raisonspour se persuader et foire accroire aux autres que cela n'est pas. Car le désir d'êti^ heureux naît av^c l'homme. S'ihcmit trouver sa^ béatitude dans la connais» ^SMee^d^un EHeU) t^us ^»s efSdtu tettdr«Mit à y parvenir : mais s'il

s'apereoit qu'en reconnaissantun saint maître, cette parole l'oblige à renoncer à ses plaisirs criminels, il souhaitera qu*il n'y ait pas un tel Dieu, mais en môme temps il dissimulera ses sentiments, afin de ne pas passer pour ce qu'il est Teritablement, c'est-à-dire pour un malheureux athée.

• «Pourprouver ce que Je viens de dire, j'atteste ceux-là mêmes qui ont vécu dans ce fâcheux état de doute et dlncertitude, et qui ayant suivi leur penchant autant que cela se pouvait sans craindre ni d'être punis par le juge séculier, ni de perdre leur honneur et leurs biens, sont rentrés depuis dans le bon chemin. Il n'est pas nécessaire de rapporter les témoignages de ceux qui après leur conversion ont fait cet aveu ingénu, quoique cela me serait fort facile.

>Or, comme tout cet égarement n'est autre chose qu'uneimpétttosité qui les entraîne, n'ayant pas la moindre ombre de raison pour fondement, on en ramène plu^eurs de cette espèce, lorsqu'il plaît à Dieu, qui est la cause suprême de toutes choses, de bénii les moyens dont on s'est servi pour foire cette bonne œuvre. Outre l'avancement en âge qui modère souvent les impétueux transports de la jeunesse, on les a souvent ramenés ces gens là en leur faisant faire une juste attention sur la sagesse de Dieu, sur sa puissance et'sur sa bonté qui se font voir de tant de manières convaincantes dans la contemplation du monde et dans la direction de toute chose à tous ceux qui ne veulent pas prendre plaisir à s'aveugler. n faut surtout leur faire voir leur fragilité, et celle de tous les hommes, et la vanité de tout ce qu'ils ont coutume de nommer plaisir. On ne doit pas être moins attentif à leur faire comprendre le malheureux état dans lequel se trouverait tout le genre humain, àj suivant leur opinion, le monde était gouverné par un hasard inconstant ou par des lois du destin destituées de toute intelligence. Enfin, on leur représentera de quelle horreur ils doivent se sentir frappés, si leur malheureuse et insoutenable opinion se trouve fausse. Ces considérations excitent en eux une espèce de mépris- pour le présent, et une crainte pour l'avenir, laquelle, mettant un frein aux mouvements de kurs passions précédentes, leur inspire des sentiments plus modérés et les feit penser à eux-mêmes. Ce dernier moyen a suffi pour m ramener un grand nombre et pour leur faire changer de sentiment.

»La«eeonde cause d'athéisme est un autre mouvement impétueux djine fisuisse ambition qui part aussi du même principe de l'amour- -ppofwey par lequel quelquesHins s'étant une fois abandonnés à de

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si malheureux sentimentSi s'imaginent que cela les fait considérer dans le monde comme des gens plus puissants et plus raffinés que les autres. C'est pourquoi ib se donnent le nom à' esprits fortSy voulant par là faire accroire qu'ils ne sont pas de ces gens à se laisser effrayer par une terreur panique, comme a coutume de faire le peuple ignorant.,

» C'est là un de^ plus hauts degrés auquel Tathéisme puisse monter, et il n'y a pas d'apparence qu'il aille plus loin, parce que ces incrédules étant venus une fois à ce point, non-seulement rejettent toutes les raisons qui pourraient les convaincre, mais sont même nécessairement obligés de les rejeter, tant que cette passion et cette fausse ambition dureront, et par conséquent de vouloir demeurer absolument incurables. Car au lieu que la première classe d'athées qui n'est fondée que sur la jouissance des plaisirs, peut être ramenée tout doucement dès que les voies qu'on emploie pour leur persuader le contraire commencent à se faire sentir, l'obstacle qu'il y a outre cela à la conversion de ceux-ci est que, venant à abandonner les sentiments qu'ils avaient embrassés, ils craignent de perdre la gloire de surpasser tous les autres en sagesse et en force d'esprit, et de donner quelque atteinte à leur prétendue réputation. Ils s'imaginent que ceux qui les connaissent ne les regarderaient non-seulement plus que comme des inconstants et des lâches, mais aussi comme des brouillons; car c'est la coutume de ces prétendus esprits /orts de parler avec mépris de tous ceux qui commencent à apercevoir leurs erreurs, et à les abandonner. Or l'expérience fait voir tous les jours ce que la crainte d être méprisé peut sur l'esprit de ceux qui prétendent avoir quelque élévation, jusque-là qu'on a vu souvent ces malheureux vomir de terribles blasphèmes uniquement pour paraître plus éclaircis et plus inébranlables^ et pour ôter tout soupçon qu'ils parlassent contre leur conscience et qu'ils dissimulassent leur crainte.

» J'ai vu rarement employer avec succès aucun remède contre ces derniers qui ne veulent point de persuasion, parce que cette sorte d'athéisme est accompagnée d ordinaire d'une grande ignorance, et qu'on ne saurait presque jamais porter ces incrédules à faire une sérieuse attention sur ce qu'on leur expose, étant accoutumés à ne répondre aux plus forts arguments que par un mépris affecté,* et souvent même que par un ris moqueur, prétendant qu'ils ne méritent pas d'autre réponse de la part d'un génie supérieur. Quoi qu'il en soit, quels que soient les motifs d'une opiniâtreté et d'un endur-

cissement si extraordinaires, il est clair qu ils n*ont à attendre que le terrible jugement d'un Dieu si indignement outragé, et que toutes ces circonstances rendent inévitable, à moins qu'il ne plaise à Dieu d'avoir pitié d'eux, et qu'il n'en fasse des miracles incompréhensibles de sa miséricorde.

»Du nombre de ceux-là, j'en ai connu un qui, ayant été conseillé par un ami qui le voyait endurci, de réfléchir mûrement sur soimême, sur son âme, sur ison corps, et sur tout ce qu'il voyait arriver autour de lui, commença à voir par là qu'il n'était pas bien pos* sible de croire que lui*méme et toutes ces choses eussent été faites, et fussent dirigées sans aucune connaissance ni sagesse. De sorte qu'environ quinze jours avant sa mort il remercia cet ami du conseil qu'il lui avait donné, et fondant en larmes, lorsqu'il se rappelait ses précédents sentiments qu'il détestait de tout son cœur, il pria jusqu'à la mort ce Dieu qu'il n'avait pas voulu reconnaître pendant toute sa vie, lui demandant la rémission de ses péchés, et louant sa miséricorde infinie, en ce qu'il avait daigné regarder d'un œil de compassion une si vile créature qui ne méritait que sa vengeance et son indignation. J'en connais d'autres de cette sorte qui ont fini leurs jours d'une misérable manière, les uns en se jetant dans l'eau, d'autres en prenant du poison, quelques-uns, enfin, en s'abandonnant dans leur lit de mort au plus affreux désespoir.

y» A l'occasion de la mort de ces athées, je ne dois pas manquer de rapporter ici ce qu'on dit de Spinoza, et qui, suivant ce que j'en ai appris, est conforme à la vérité : à savoir qu'il a fini ses jours dans la retraite, avec une grande tranquillité et sans donner des marques extérieures d'inquiétude. Je sais bien en premier lieu que cela a paru fort étrange à quelques bonnes âmes pieuses et susceptibles de faiblesse, parce qu'elles ont ou vu, ou lu, ou bien ouï raconter les terribles jugements que Dieu a déployés en plusieurs manières sur ceux qui nient son existence ; en second lieu que cela a donné lieu aux sectateurs de Spinoza d'en inférer que ses sentiments n'étaient pas si mal fondés.

»Pour répondre aux uns et aux autres, les premiers prendront la peine de se ressouvenir que Dieu, agissant librement comme il lui plaît, ne punit pastoujours si visiblement tous les péchés de cette vie.

«Les derniers, s'ils entendent bien les livres de leur chef, pourront en conclure qu'on ne doit pas regarder Spinoza comme habile en raisonnements, mais plutôt ccmime un de ces athées qui avec ou sans persuasion veut adhérer uniquement à l'athéisme, parce qu'il y estimait pouvoir de cette manière vivre avec plus de plaisir

et de contentement d'esprit, qu'en s'assujettissant aux devoirs de la religion.

•Qu'on ne pense pas que j'écrire ceci contre lui par passion: on I n'a qu'à voir ses propres paroles dans la XXXIV* lettre à W. V.

Blyenberg. Il y dit, en premier lieu, qu'il n'entend pas la sainte Ecriùire, et qu'il se reposeentièrement sur ce que son entendement lui dicte. Ensuite^ au lieu d'en prouver la certitude, ce qu'un vrai philosophe aurait dû faire en cette occasion, il continue ainsi, d'une manière indigne d'un homme qui cluerche la vérité : « Et si la connaissance que j'ai déjà de l'entendement naturel se trouve jamais fausse, elle ne laisse pas de me rendre heureux, pendant que j'en jouis, et que je passe ma vie non dans les larmes et les soupirs, mais dans la tranquillité, la joie et lès plaisirs. » Je laisse aux gens d'esprit à décider si ces paroles marquent un philosophe qui cherche la vérité, ou un athée obstiné, qui, pour ne pas troubler sa joie, ne veut pas entendre parler de conviction. Or personne ne contestera que Dieu, pour punir un blasphémateur obstiné, ne l'abandonne au point de le laisser dans l'aveuglement volontaire où il a persévéré si longtemps, jusqu'à ce qu'enfin la vengeance divine qui tombe sur lui vienne lui ouvrir les jeux.

» Secondement, il est certain au6si que Spinoza, pour prévenir tout trouble et toute inquiétude, n'a voulu, ni durant sa maladie, ni au lit de la mort, entendre aucun raisonnement de personne sur l'état de l'homme après cette vie, et sur la certitude ou Fincertitude de ses sentiments, ce qui ne marque guère non plus qu'on soit bien persuadé par une vraie philosophie. Car quand même son esprit aurait été affaibli par sa maladie de manière qu'il n'aurait pu répondre, comme il l'aurait souhaité, à toutes les objections, il était vrai néanmoins, suivant ses propres principes, qu'il n'aurait pas été pour cela plus malheureux après sa mort, mais uniquement qu'il n'aurait pu se flatter plus longtemps de l'honneur d'être un esprit plus fort que les autres.

» Enfin j'ajouterai encore que j'ai (X)nnu particulièrement dans ma jeunesse un de ses plus intimes amiâ, qui avait été son disciple, qui a toujours été dans ses sentiments, et qui, lorsque l'occasion s'en présentait, soutenaiises opinions avec beaucoup de subtilité, parce que c'était un génie supérieur. Etant tombé malade, il se tint longtemps tranquille, à l'imitation de son maître, et à la fin il pronon^ ces terribles pacoles : « Quai o'oyait enfin tout ce qu'il avait nié auparavant, maïs qu!il était U:op tard pour espérer grâce. » Un savant de. ma. GonnaissAnee a pris la peine de me

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marquer cette misâ*able fin avec toutes ses circonstances , disant qu'il ne cloutait pas que, comme j'avais connu cet homme depuis plusieurs années comme imbu de ces sentiments datigereux, je ne souhaitasse, en apprenant sa mort, d'en apprendre en même temps toutes les particularités.

» Si, après avoir réfléchi sur tout ceci, la fia de Spinoza peut, avec quelque fondement, donner de la tranquillité à ses malheureux partisans, c'est ce que je leur laisse à juger s'ils le veulent £iire sans passion.

» Une troisième cause de ces sentiments détestables paraît n'être dans quelques-uns qu'une simple ignorance.

» J'en ai vu qui, n'ayant jamais exercé leur esprit à la recherche d'aucune chose, suivaient leur appétit en tout, autant que leur pouvoir, qui était fort médiocre, le leur permettait, et lorsqu'on leur demandait ce qu'ils pensaient de l'univers et de son origine, ils niaient sans détour que ce fût l'ouvrage d'un Dieu qui l'eût fait. J'en ai connu un de cette sorte, lequel, après s'être vautré longtemps dans l'ivrognerie, et avoir passé une vie de bête dans l'ignorance, est mort dans ces sentiments d'une pernicieuse présomption : du moins autant qu'en ont pu juger ceux qui l'ont assisté jusqu'à la fin, et qui m'ont communiqué ces circonstances.

» Outre celui-là, j'en ai vu encore un autre, qu'on peut mettre aussi à juste titre parmi les ignorants : il menait extérieurement une vie fort réglée et retirée. Mais quand il se trouvait avec des gens qu'il ne croyait pas d'humeur à répandre ses sentiments,. il ne faisait pas difficulté de dire nettement que toutes choses étaient faites par la nature, comme on les voit; telle était son expression : et quand on voulait le presser un peu làrdessus, il dkaît pour toute réponse que cela lui paraissait ainsi, et qu'il ne le pcm^ vait concevoir autrement. Néanmoins, au travers de ce nuage épais d'ignorance, on ne laissait pas d'apercevoir encore une certaine présomption, comme s'il eût cru surpasser les autres tm esprit et

en pénétration.

» Comme les meilleurs arguments de métaphysique ne font aucune impression sur eux, parce qu'ils ne les comprennent pas et qu'ils ne veulent pas se donner la peine de les examiner, je crois que pour les ramener le meilleur moyen est de leur proposer des arguments fondés uniquement sur les expériences ordinaires de ce que chacun voit devant ses yeux. Je sais que celui dont je viens de parler en dernier lieu, et qui n'avait pas coutume de témoigner aucune faiblesse ni aucun doute à l'égard de ses sentiments, fut

la THEOLOGIE NATURELLE.

obligé par là d'avouer qu il se sentait ébranlé, et que sa tranquillité en avait reçu quelque atteinte.

» Le quatrième motif d athéisme, autant que Tatiention etVexpérience me l'ont fait connaître, tire sa source, dans d'autres, d*une trop bonne opinion d'eux-mêmes, et de ce qu'ils prennent aveuglément pour des vérités les raisonnements que leur entendement ou leur imagination leur suggère. Ils ont coutume de proposer leurs arguments avec beaucoup d'arrogance, par rapport tant aux attributs divins qu'aux moindres phénomènes dans les créatures ; enfin, sans en rien excepter, ils voudraient les faire servir en toute chose de règle infaillible de possibilité et d'impossibilité, de iMîrité et de fausseté, de bien et de mal.

» Voilà la plus pernicieuse espèce d'athées. Premièrement, parce qu'ils nient tout ce qu'ils ne comprennent pas, et rejettent par conséquent toute révélation divine, qui est au-dessus de leur compréhension, et dont ils font même le sujet de leurs profanes railleries. Secondement, parce qu'ils sont les plus capables de soutenir leur erreur par des arguments subtils, et d'éluder la forcé de ceux qu'on leur oppose, et que, pour peu que ceux qui les combattent se servent d'expressions équivoques ou peu justes, ils ne manquent pas d'en faire leur profit, et de relever leurs adversaires. En troisième lieu, parce que beaucoup d'entre eux, faisant paraître dans leur conversation un extérieur civil et modeste, cela leur procure quelquefois chez les gens sans expérience ime certaine estime, laquelle est dangereuse pour des auditeurs qui ne sont pas encore bien fermes : d'autant plus que plusieurs parmi eux, ayant appris les éléments d'Euclide, l'algèbre et d'autres parties des mathématiques qui ne sont que spéculatives, ils passent à cause de cela, pour grands mathématiciens chez les ignorants, ce qui ne leut convient néanmoins pas plus, que le nom de grand philosophe à ime personne qui n'entendrait que la logique, puisqu'on peut être fort versé dans ces sciences idéales, sans néanmoins avoir que peu ou point de connaissance de ce qui existe réellement et qu'on voit arriver.

» On ne doit pas inférer de là que ces belles connaissances inspirent par elles-mêmes de si mauvaises pensées à ces incrédules, vu qu'en beaucoup d'occasions elles ouvrent le véritable chemin pour faire briller dans les créatures la sagesse de Dieu, qui sans cela serait incompréhensible. Au contraire, elles sont fort utiles, à moins qu'un faux orgueil, qui nous fait accroire que nous n'ignorons rien, ne porte ces demi-philosophes à en abuser, et à mé-

THÉOLOGIE NATUBBLLE, l3

priser avec beaucoup de présomption ceux qui ne se sont pas appliqués à faire la recherche des lignes et des grandeurs, quoiqu'ils s'attachent avec bjeaucoup de jugement et d'esprit à d'autres, objets.

«Aussi voyons-nous aujourd'hui que pour faire passer les écrits mêmes des athées pour des vérités incontestables, leurs auteurs ont tâché d'y donner la forme de démonstrations mathématiques. On en voit un exemple éclatant dans le livre de B. de Spinoza, qui, à cause de cela, s'est acquis tant de réputation chez un grand nombre de ces. incrédules, parce que ceux qui n'entendent pas bien les mathématiques croient, par lamakiière extérieure dont on traite les choses, que Cevqui y est contenu est une conséquence nécessaire de véritables raisonnements de mathématique.

» Peut-être que dans la suite on aura lieu de faire voir plus au long l'erreur' dans laquelle on est tombé à cet égard, en comparant ce qu'on y appelle des démonstrations, avec celles des vrais mathématiciens.

» Pour en dire ici un mot en passant :

» L II y a deux objets qui exercent rattëhtion des mathématiciens; à savoir les idées quïls considèrent seulement en tant qu'idées, et celles qu'ils tiennent pour des idées de choses qui existent réellement.

» C est-à-dire, pour parler plus clairement:

» Que les mathématiciens raisonnent seulement où sur leurs idées, ou sur les choses qui existent réellement hors de leurs idées.

» IL La première manière se voit dans la géométrie spéculative, CQmme sont les éléments d'Euclide, l'algèbre, etc., où l'on conçoit un point comme quelque chose qui n'a point de parties; une ligne comme une longueur sans largeur, et ainsi du reste. On y examine aussi les grandeurs qui ont plus que les trois dimensions, etc., lesquelles chacun sait n'être que certaines manières ou modes de concevoir, qui hors de Tentendemenï n'ont aucune réalité.

»IIL La seconde manière se manifeste dans Tastronomie, l'optique, etc., où l'on recherche des choses qui existent véritablement hors de nos idées.

» IV. Pour fondement de leurs premiers raisonnements, outre les axiomes, ils ont les définitions, par lesquelles ils décrivent leurs idées, sans se mettre en peine s'il y a dans les choses quelque réalité qui puisse leur être appliquée. On en vient de donner des exemples. Ainsi c'est une vérité chez eux, que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits, quand toutes choses seraient

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rendes, et qu'il n*y aurait réellement aucun triangle dans le monde.

» Y. Leur dernière manière de raisonner est fondée sur Texpérience qu'eux ou d'autres dignes de foi ont des choses qui existent hors de leurs idées, et qui ne subsistent pas uniquement dans leur imagination. C'est ainsi qu'un bon astronome pose pour base de sa science ce que lui ou d'autres, auxquels il ajoute foi, ont reconnu par expérienee; à savoir qu'il j a véritablement unT globS terrée tce, un soleil, une lune visible à nos yeux; cinq autres planètes dont quelques-unes ont des satellites, et une grande quantité d'étoiles fixes; mais il ne la fondera jamais sur son entendement ou sur son imagination, par lesquels il pourrait se proposer un inonde d'une autre forme ; par ex^nple avec dix soleils, cent lunes, mille planètes et très- peu d'étoiles fixes. Cependant il pourrait faire de ce monde imaginaire quantité de démonstrations, qui, suivant la première manière de raisonner, seraient à la vérité mathématiques, mais qui, étant appliquées aux choses mêmes, seraient absolument fausses.

» YI. Or ceux qui ont lu Spinoza et qui l'entendent savent qu'il pose uniquement ses idées et son entendement pour fondement de toutes choses : ainsi il n'est pas besoin d'en donner ici d'autre preuve. Chacun peut voir par là qu'il applique faussement à des choses réelles cette manière de trouver des vérités, de laquelle de vrais mathématiciens ne se servent jamais qu'à l'égard de leurs idées. C'est pourquoi tout l'enchaînement d'un si grand nombre de propositions et de prétendues démonstrations du livre de Spinoza, quand même il rais(mnerait avec solidité sur ces principes, quoiqu'il soit aisé de prouver le contraire en beaucoup de rencontres, ne peut faire voir autre chose à qui que ce soit, que les propriétés de ces idées et de ces conc^tions, que ce malheureux auteur s'est formées en lui-même, sans que personne puisse par là tirer d'autre conclusion des choses mêmes, que ne le pourrait un astronome s'il voulait faire passer son idée pour la vraie structure des cieux.

»Y1I. De sorte qu'à cette méprise seulement, on peut découvrir an. premier coup d'œil la faiblesse de tous les arguments de Spinoza, et le peu de conformité que sa manière de prouver a avec céUe des véritables mathématiciens.

«Reprenons le fil de notre discours après cette digression.ConnKe ces malheureux philosophes donnent tant à leurs lumières, et ont coutume d'user de toute la subtiUté imaginable pour tâcher ^Anéer la force des arguments de métaphysique, quoique fondés sur de bons

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raifiaDneinents, Tuniqoe eh€>se que j'aie vu pratiquer avec succès pour les dépouiller de cette insupportable suffisance de vouloir comprendre toute chose, et les convaifacrje de la médiocrité de leur pàiétration, ce qui est surtout très•'nécessairepou^ leur conversion, a été de les mener dans un laboratoire de chimiste, ou dans un autre endroit où Ton fait ordinairement des expériences de physique qui ne sont pas connues à tout le monde, et de leur demander si ceci ou cela se faisait, quelles suites ils pensent qu'il en devrait résulter suivant leur conception et leurs idées. Et lorsq^ils se tromr pent dans leurs conjectures et qu'on leur fait, voir des expériences contraires, il ne leur reste plus d'échappatoire tant soit peu valable, pour éluder un aveu que leur intelligence est fort bornée à l'égard de choses réelles. Je passe sous silence certaines expériences qu'on leur peut faire voir, et qui, si elles ire sont pas opposées aux plus claires conceptions de ceux qui entendent le mieux l'art de raisonner, vont du moins plus loin qu'elles. Que s'ils sont eux-mêmes versés dans la physique expérimentale, on doit les prier de contempler sans préjugé la manière dont ils voient que toutes choses se font, et de nous dire ensuite si l'on n'y reconnaît pas aussi incontestablement la puissance et la sagesse du Créateur et du directeur de l'univers, que l'on décQuvre l'esprit et l'art d'un artiste dans l'ouvrage qu'il a fait.

» Je pourrais rapporter ici des exemples pour faire voir que ces moyens, après en avoir employé inutilement quantité d'autres pendant longtemps, ont été les seuls sur lesquels Dieu ait répandu sa bénédiction, si l'importance de la matière ne m'eût déjà assez arrêté.

» Outre ces quatre motifs dont on vient de parler, j'ai remarqué aussi d'autres acheminements à l'athéisme, qui ne sont proprement pas d'un ordre à être placés parmi les précédents motifs, mais qui néanmoins ont servi de degré à plusieurs personnes, qui par là ont été portées sinon à nier, du moins à douter des vérités les plus importantes.

«Les premiers de cette sorte sont les préjugés, dont quelques-uns sont nés avec nous, ou tirent leur origine d'un assujettissement à nos sens extérieurs. C'est ainsi, par exemple, qu'on se figure que le soleil n'est pas plus grand qu'une assiette ou qu'un petit plat, et qu'il n'est que très-peu éloigné de nous. De là vient aussi que les planètes nous paraissent si peu considérables, que nous ne daignons y faire aucune attention. Avec de telles impressions on se trouve disposé à penser avec trop peu de respect des merveilleuses œuvres

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de Dieu, parce que, selon l'idée que nous nous en faisons, elles nous paraissent n'avoir besoin que d'une faible puissance pour être faites et dirigées, au lieu que si Ton considérait selon leur véritable forme, le monde dans son étendue incommensurable, le soleil comme un globe de feu duue grandeur si énorme, et les planètes, dont quelques-unes pourraient contenir des millions de fois le globe terrestre, cela nous ferait penser tout autrement, et nous donnerait lieu d admirer avec extase la redoutable puissance de l'adorable créateur et directeur de toute chose. I » Un autre préju^^é qui nous fait remarquer trop peu de sagesse

i et de conduite dans le monde visible, est que là où nous ne voyons rien de corporel ou point de mouvement, nous avons coutume de juger qu'il n'y a donc là rien de réel, ni effectivement point de mouvement. Car nous imaginant que ce qui est en repos y restera bien toujours, sans qu'il soit requis autre chose pour cet effet, rien \ ne nous paraît avoir besoin ni de puissance ni de direction. Cela i nous conduit insensiblement à ne reconnaître que peu ou point la Providence divine dans ces circonstances. C'est ainsi que beaucoup de gens s'imaginent que dans une chambre pleine de lumière et d'air, tout est dans un état tranquille, et que par conséquent on n'y a pas besoin d'une puissance qui nous garantisse d'aucun malheur. Mais si on leur faisait voir la force inconcevable de l'air dont ils I sont entourés, et qu'à moins d'une sagesse suprême qui par une \ opposition de forces sut tenir en bride celle de l'air, ils seraient r en un instant réduits en poudre, et qu'on leur fît comprendre le tenible mouvement de la lumière, laquelle, si elle n'était liée à des I lois qui la font séparer et dissiper, serait capable de mettre en feu et en flamme tout le globe terrestre en peu de minutes, qui pourrait douter, s'il a quelque étincelle de raison, que ces gens-là ne soient portés par là à louer et à magnifier la grandeur, la sagesse et le pouvoir d'un Dieu, qui seul les garantit de tous ces dangers, et em- [ pêche qu'ils ne périssent d'une manière si misérable ? I vPour se guérir de ces préjugés, nous voyons par ce qui vient

d'être posé qu'il faut nécessairement tâcher d'examiner par l'expérience la véritable situation des choses, et se former ensuite tle justes idées, en rédéchissant souvent sur les preuves que nous fournit une expérience incontestable. Cela nous fera presque toujours comme sentir au doigt la puissance de l'Etre souverain qui dirige toute chose, pourvu qu'on y fasse seulement l'attention requise. »La seconde choSe nécessaire dont on s'est servi utilement en ■ ' beaucoup de rencontres, mais qui, étant employée imprudemment^

a gâté beaucoup d'esprits, et a donné lieu de leur ehute, est une fausse manière de philosopher, ou plutôt dNenseigner la physique.

» C'est à quoi je rajiporte enipremier lieu «ette sorte de Uvres, lesquels à la vérité n^ont pas été ^écrits dans un mauvais deasein, mais dont les auteurs, si. l'on veut les. en croire, «itseprennent de faire comprendre au vroi toute la structure du* mtmde, toute sa symétrie, toutes ses parties visibles etiovisibles, sans en ri«n excepter, montrant à irâr manière comment toutes choses sont disposées, mues et conservées, avecautant d'assurance que s ils eussent été présents, et qu'ils eussent fait la fonction de secrétaires lorsque Dieu créa ie monde. Et . ce .qui- m'a surpris encore fort souvent, c'est de voir que des gens qui ont de l'esprit d'ailleurs, prétendent même expliquer comment ont été faites dès le commencement toutes les choses qui sont renfermées entre la circonférence du firmament et son centre.

» Or, si l'on est assez malheureux pour regarder comme la pure vérité ce que ces livres contiennent, on doit nécessairement s'imaginer que pour mettre ce merveilleux univers dans son bel ordre et pour le conserver, il ne fallait pas plus d'intelligence qu'en a eu l'auteur de ce livre. Il est aisé de comprendre qu'avec le teimps de jeunes gens et des esprits libertins peuvent être détournés par là de l'adoration de la sagesse infinie de Dieu, et il y en a qui le savent par expérience. o

» Sous cette fausse manière de diriger ses pensées doit être comprise aussi celle de- vouloir, par une même hypothèse, expliquer tous les phénomènes de la nature. Il n'est pas difficile de faire voir que, dès qu'on a reconnu pour vraie cette manière de philosopher, elle nous fait former des idées indécentes de la Providence de Dieu; car il y en a qui, voyant qu'il leur cause plus de peine de bien comprendre une proposition de mathématiques, ou de résoudre une question d'algèbre, que de se présenter les causes et les effets de tout ce qui dépend du monde visible suivant cette hypothèse, le grand œuvre de la création leur parait alors plus facile à comprendre que certaines découvertes des mathématiciens. De là il s'ensuit ts^citement, en raisonnant de conséquence en conséquence, que, pour cette structure des cieux et delà terre, il fallait moins de sagesse que n'en ont bien des gens qu'ils regardent comme de grands mathématiciens, et ce manque d'estime et de vénération pour le grand créateur de toute chose a été souvent la première pierre d'achoppement qui a fait broncher quelques

l8 THBOLOGIB NATURBLLE.

personnes de ma connaissance, et qui a été cause ensuite de leur

chute. ''

» Ceux qui se trouvent embarrassés dans ce labyrinthe ont coutume de s égarer encore davantage, et de soutenir, aut$int qu il leur est possible, leurs suppositions, malgré les convictions d expériences contraires, parce qu ils sentent en eux-mêmes un certain contentement de se pouvoir faire accroire que sans prendre tant de peine, ni faire tant de frais en expériences, leur hypothèse leur peut servir de véritable clé pour développer les secrets les plus cachés de la nature. Et pour éloigner sur ce sujet tous les doutes que pourrait faire naître cet axiome, que plus d une hypothèse peut servir à tirer les mêmes conséquences, comme il est connu dans Tastroriomie et autres sciences, ils opposent cette maxime : « Qu'on peut sûrement tenir pour la plus vraie, la supposition qui se trouve la plus simple. » Cette preuve est à peu près de la même force que si quelqu'un, voyant allek* une pendule dans une chambre, prétendait avoir prouvé juste qu elle est mue par un poids et non par un ressort, parce que le premier lui paraissait le plus simple.

* Enfin cette philosophie hypothétique est d'autant plus pernicieuse, qu'en diminuant la haute opinion que Ton doit avoir et des œuvres du Ci^éateur, et du Créateur lui-même, elle exige nécessairement qu'on s'imagine connaître à fond toute chose, du moins ce^qui se passe de plus important dans la nature; car il faudrait être absolument insensé pour se figurer que quelqu'un pût trouver une hypothèse capable de rendre raison des phénomènes qui lui étaient entièrement inconnus; parce qu'un changement dans les phénomènes en cause nécessairement aussi un dans Thypothèse.

« Pour se tirer de cet embarras, il faut plus de travail que ne penserait peut-être celui qui ne Va jamais éprouvé, surtout si nous avons fait quelques progrès dans cette étude. Tous ceux qui en ont fait l'expérience savent combien il est chagrinant de se voir obligé d'abandonner une hypothèse qu'on a adoptée et cru vraie pendant beaucoup d'années, qui nous a coûté tant de nuits d'étude, pour laquelle on a tant écrit, tant médité, tant lu de livres, et par la moyen de laquelle on s'imaginait être parvenu presque au faîtfi de la sagesse, ou du moins d'y parvenir bientôt. Ceux qui en voudraient voir un exemple n'ont qu'à lire la préface ou le livre del'Anatomie du cerveau de M. Willisius.

» Pour n'être donc pas séduit par cette manière de ne philosopher

que par hypothèses, il est nécessaire, en premier Heu, qu'on ne s*attache pas trop à cette étude spéculative, quelque chatouillement secret qu'elle nous cause par la fertilité de ses suppositions, et par le moyen qu'elle nous donne de mettre notre génie dans tout son beau jour ; mais il faut plutôt s'appliquer à des expériences réelles, et qu'on examine les choses dans la nature même, et non dans les idées de Thomme. Nous découvrirons par là la petitesse de nos connaissances dans une infinité de rencontres, et cela nous convaincra beaucoup mieux et d une tout autre manière de la puissance et de la sagesse de Tadorable Créateur, et nous fera voir aussi combien il y a de différence entre savoir quelque chose par expérience, et conjecturer quelque chose par supposition.

«L'autre expédient pour se mettre à couvert des mauvaises suites de ces sortes d'étude est de répondre doucement et sans rougir par un nesciOy ou je n en sais rien, lorsqu'on nous questionne sur des choses dont nous n'avons pas une perception suffisamment claire, sans prétendre en vouloir rendre raison par des hypothèses incertaines ou destituées de preuves, et cela dans la vue de conserver sa réputation. Un tel aveu nous empêche de nous aveu« gler par une présomption naturelle de suffisance et de grandeur de génie, et c'est le vrai moyen de porter un jugement humble de nous-mêmes, et de contempler avec admiration les œuvres du grand Créateur.

»Je sais bien la peine qu'on aurait à porter une personne dont ïérudition lui fait honneur, qui a quelque opinion de soi-même, et qui est attaché à cette sorte d'études, d'avouer franchement qu'il ignore quelque chose, d'autant plus que l'une ou l'autre supposition lui laisse toujours un chemin ouvert pour se dispenser de faire une pareille réponse. Mais ceux à qui cela pourrait faire de la peine, s'ils sont véritablement savants, ne feront pas néanmoins difficulté de demeurer d'accord qu'il y a aussi un eruditum nescire, une ignorance savante. Tel est celui qui, ayant premièrement su ce que quantité de savants disent d'une chose, peut néanmoins prouver par expérience qu'on ne doit pas prendre leurs pensées pour une vérité, et qui, lorsqu'on lui en demande son sentiment, confesse sans détour son ignorance. Il n'y a point d'homme d'esprit qui fasse tourner cette réponse au préjudice de la réputation que cette personne se sera acquise par son érudition, au lieu qu'elle a cela d'utile, que Ton peut par là d'une tout autre manière que ces malheureux incrédules, infatués de leur prétendue conaai^ sance universelle, considérer la sagesse divine qui éclate dans tout

ce que nous voyons dans ce monde, et laquelle on reconnaît surpasser infiniment la nôtre.

• Qu'on ne prétende néanmoins pas inférer de tout ceci que nous rejetons absolument les hypothèses, et que nous les regardons comme inutiles, parce que si Von en fait un bon usage, on en tire lui service considérable en beaucoup de rencontres, non-seulement parce qu'elles déterminent souvent mieux les pensées de celui qui s'attache aux recherches, et qu elles l'empêchent de battre trop la campagne, mais principalement aussi parce qu'elles sont d'une utilité toute particulière pour servir de guides aux jeunes gens, et p6ur leur donner un exemple sur lequel ils puissent se régler pour raisonner dans la suite par expériences : mais il faut en même temps avoir la précaution de leur faire comprendre la différence qui se trouve entre raisonner par expériences et raisonner par hypothèses. C'est pourquoi si ceux dont le but et le devoir exigent qu'ils dirigent la jeunesse dans le cours de ses études, font bien d'employer les hypothèses, on ne peut pas en dire autant de ceux qui, n'étant pas obligés aux mêmes égards, veulent le faire uniquement pour; faire parade de leur érudition, et l'on peut, s'il m'est permis de dire ici mon avis, assurer qu'ils ne trouveront guère d'approbateurs que parmi ceux qui ont plutôt pour but de découvrir les sentiments de ces auteurs, que de s'informer de la vérité des choses.

«Avant de passer plus loin, je ne puis me dispenser d'ajouter ici qu'en lisant les écrits de ces philosophes, qui non-seulement font une description de tout l'univers jusque dans ses moindres parties avec tant de précision, mais qui même entreprennent de faire connaître au monde l'origine et le commencement de toute chose, j'ai souvent pensé en moi-ntême que si ces messieurs n'avaient pas plus d'occasion de connaître la production et la naiissance de rhomme, que de savoir comment le monde et le globe terrestre ont été faits, ils auraient peut-être pour cela mis au jour d'étranges suppositions, sans qu'aucune d'elles, quelque quantité qu'il y en eût, rencontrât la véritable manière, quoique pourtant elles pourraient toutes être défendues par autant de raisons que l'est aujourd'hui la construction imaginaire de l'univers par certains philosophes : je dirai plutôt, et je soutiens que si la véritable manière avec laquelle l'homme reçoit son être, autant qu'acné est connue, était proposée à ces philosophes, il s'en trouverait sains doute quelquesirtw parmi- eux' qui se croiraient capables d'inventer sur ce sujet une hypothèse beaucoup plus simple, et par conséquent^ selon

leurs principes, beaucoup plus vraie; d'autres s'imaffinerDient de., pouvoir démontrer incontestablement que ceux qui supposent la . véritable manière' pour plausible, pajrlent sans fondement, puis* qu'elle pose que Thomme doit vivre un certain nombre de mois dans le corps de sa mère, ainsi comme le poisson dans Teau : et il& croiraieiit pouvoir réfuter cette supposition par Texpérience qui., nous apprend que personne ne peut sans mourir durer dans Teau seulement quelques minutes. Ceux qui feront réflexion là-dessus . aussi bien que moi pourront inférer de là le peu de fond qu* il y a à faire sur de simples supjp^sitions, quoique d ailleurs éblouis^ santés et bien inventées.

» Pour reprendre le fil de notre discours, je ne sais si je dois prendre pour un troisième acheminement particulier à de malheureux sentiments, la maxime que quelques-uns approuvent et défendent, savoir que dans la philosophie on ne doit point faire at* tention aux causes finales, ou si je dois la ranger parmi les mauvaises manières de philosopher.

» Je n'accuse pas ici ces philosophes qui disent que dans la physir que l'on recherche de quelle manière toutes choses subsistent, agissent et sont mues, la contemplation des causes finales n'a proprement pas de licM, et je consens volontiers que, lorsqu'on demande : Comment se fait cela? on réponde à rebours : Cela se fait pourcette fin. Mais ceci est néanmoins vrai, que cette règle, étant prises ainsi indétenninément^ pourrait faire croire d'une manière vague qu'un cas fortuit ou des causes destituées d'intelligence ont lieu dans le monde. Au reste, si la question pourquoi une chose se fait, ou. à quoi elle. est. bonne, Jie mérite pas l'examen de ces génies' supérieurs et transcendants, il ne faut pas en conclure qu'elle doive être bannie de la philosophie, quoiqu'on veuille bien demeurer d'accord, qu elle ne regarde pas proprement cette partie de la physique qui considère les causes opérantes. Je crois pouvoir là-dessus m'assiiirer. du. suffrage de ceux- qui en ont reconnu avec plaisir l'usage dans la recherche des causes naturelles, et le service qu'on en rétine dans Ja contemplation de lunivers.

» Il .est bien vrai que dans la philosophie d'aujourd'hui, on n'ensrigoe.pas ceci séparément des autres choses; mais comme l'on traite, dans la pneumatique, des propriétés des êtres spirituels; dans la physique, celle des corporels ; dans la mécanique, les mouvements; dans.rastronomiei ce qui regarde les flambeau^ célestes, etdansroptique, .la lumière et la vue^ je crois certainement^ et à ce • qui me semble, avec raison, que si dans une autre, partie séparée^.

as THE0L06IB NATURELLE.

on s*attacliait à faire voir le but et les sages fins du créateur, par h disposition des choses et par leur usage ; cette scopologie ou connaissance du but, ferait une des parties de la philosophie les plus relevées, et servirait non-seulement à ramener quantité de gens qui sans cela auraient abandonné Dieu, et à les convaincre de la reconnaissance qu'ils doivent avoir pour leurgrandcréateur,mais aussi à rendre recommandables à la postérité ceux qui se sont appliqués diligemment à découvrir de nouveaux usages, des choses même connues depuis longtemps. C'est ainsi que Harvey par la découverte de la circulation du sang qui lui a fait trouver un nouvel usage du cœur, des veines et des artères inconnu ci-devant î Malpighius par celle de diverses parties des animaux et des plantes; et Borelli par celle d'un des instruments des mouvements, ont transmis avec gloire leur renommée aux siècles les plus reculés.

» Si l'on veut savoir combien l'examen des créatures, par la voie de l'expérience, contribue à prévenir les mauvaises suites qui pourraient résulter de cette maxime, quand on ne s'en sert pas avec prudence, on n'a qu'à consulter les curieux les plus exacts de nos jours, surtout les anatomistes, qui sont accoutumés de joindre expressément aux descriptions des choses les fins pour lesquelles elles ont été ainsi faites, et qui en prennent souvent occasion d'exalter la sagesse et la bonté du créateur. On en peut trouver d'illustres exemples dans Harvey, Malpighius, Borelli, dont on "went de parler, et dans quantité d'autres,

» On peut coinp ter pour quatrième acheminement à Tathéisme les ftéquentes disputes sur l'existence de Dieu,sans qu'on envoie encore la fin : elles ne renferment pas toujours à la vérité un abandonnement de Dieu, mais elles y ont conduit insensiblement quantité de gens, et ont empêché qu'ils ne fussent persuadés des vérités divines les plus importantes.

y> Il est inutile de prouver ce point à ceux qui sont informés des anciennes et des nouvelles disputes parmi les philosophes, qui, quoiqu'ils tâchent de part et d'autre de défendre les perfections de Dieu contre les athées, ne laissent pas de rejeter les arguments les uns des autres, comme ne prouvant pas ce qu'ils souhaitent. Les divisions continuelles entre les savants, surtout lorsque l'aigreur se met de la partie, ont augmenté les doutes de ceux qui étaient déjà chancelants, et ont donné lieu aux incrédules de soutenir spécieusement que tout ce qu'on en dit et qu'on en croit n'a paà la certitude requise.

THÉOLOGIE NATUMSI.X.S* a3

«Pour n'être point à Favenir exposé à ces disputes, et finir celles quisont commencées, on pourrait bien proposer, comme le moyen le plus propre à une si bonne fin, d'examiner sérieusement en quoi consiste le vrai caractère de la vérité ou de la fausseté d'une proposition. Car, si Ton en était seulement convenu, on pourrait toujours savoir certainement, sans entrer daiis d'autres disputes, qu'une proposition serait vraie, parce quelle a ce caractère de vérité; qu'ayant un caractère contraire, elle serait fausse, et que les marques étant encore obscuces de part er d'autre, elle serait douteuse et incertaine.

«Mais comme il y a plutôt lieu de souhaiter que d'espérer que le différend sur les caractères de la vérité soit jamais terminé comme il faut parmi les philosophes, le meilleur moyen que j'aie trouvé pour éviter les disputes ou pour les terminer, a été, pour savoir la vérité ou la fausseté d'une proposition, de me servir de ces marques, qui ne sont pas tant fondées en rs^isonnements que sur des expériences incontestables l<Mrsque cela s^ peut faire.

»0n est d'autant plus confirmé dans cette opinion, que Ton en voit une preuve évidente dans la physique d'aujourd'hui. Personne n ignore, et les plus habiles en conviennent, que poin* être assuré de la vérité d'une proposition dans les sciences, il la faut voir prouver par des expériences. Et l'on a reconnu que les plus savants ayant trouvé dans le dernier siècle que les expériences sont les marques uniques de la vérité, elles ont effectivement mis fin à quantité de disputes, et qu'il s'en élève fort peu de nouvelles dans la physique, qui ne soient bientôt décidées par le moyen de qi\tçl- ^ne nouvelle expérience. C'est ainsi qu^ les disputes si le sang cir-* cule ou non ; si l'eau s élève dans les pompes par la pression de l'air, ou parce que la nature ne peut souffrir de vide, et quantité d'autres sur lesquelles on a tant argumenté ci-devant de part et d'autre, ont été entièrement levées par des expériences incontes* tables, de sorte que la vérité de la première proposition, et par conséquent la fausseté de l'autre, a été démontrée à l'œil. Et commç le mouvement ou le repos, du soleil n'a pu être encore déterminé par aucune preuve tirée de l'expérience, les principaux astronomes mettent cette question parmi les choses incertaines. On en parlera plus amplement lorsqu'on traitera de ce qui nous est inconnu.

«Avant que de quitter l'article des disputes, je me crois obligé de représenter humblement quelque chose à ces messieurs qui ont en main le pouvoir de remédier à l'abus qu'on en fait (en cas que ce livre ait l'honneur d'être lu par quelqu'un d'eux). C'est qte si

a4 TàAoî/^en* vA^mmAM*

d*iiii côte Tusage des disputes a été întrodnit pour une bonne fin dans les académies, de Tautre elles ont' été 'souvent la cause que quantité de gens ont broncb^-par rapport aniic vérités les plus importantes. Gela vient de ce qu'on ent«nd souvient argumenter de Dieu dans les disputes publiques, avec aussi peu de respect et de révérence que s*il s'agissait des plus chimériques, êtres de raison, ou pures fictions du cerveau. On voit souvent un corollaire du grand Dieu du ciel et de la terre, et un autredans la ligne sui* vante; du vide, ou des espaces imaginaires, et Ton dispute fré* quemment sur Tun et sur l'autre, soit devant soit après, sans dîs^ tinction, et sans aucune marque de vénération. Par là on tombe insensiblement dans la malheureuse coutume de prendre en vain une infinité de fois, et sans le moindre respect, le nom «respectable de Dieu, et de ne faire servir cet être très^lorieux* et adorable, auquel on ne devrait jamais penser sans trembler, et beaucoup moins encore le nommer, que d objet de spécokitioDs qui la plu part du temps se trouvent peu sensées. CeuX' qui ont éprouvé combien le mépris naturel qu'on a d'ordinaire pour la divinité augmente par ce moyen, pourront facilement se remettre en' mémoire le mal que cela a fait à pluisieurs persimnesw

> Je laisse à ces messieurs, qui sont chargés de la conduite des académies, à concerter les moyens de remédier à cet abus suivant leur sagesse : je prendrai seulemetil 'la liberlé'de leur donner hum* blementà penser si l'importance de cette grande affiike* n'exige pas absolument, en premier lieu : qu'on empêche que le Dîeu redoutable et seul adorable neserve- simplement que de si^^et^pour exercer lesprit des jeunes gens, et de matièrepour les disputes, dont la philosophie n'est sans c^a quo trop pleine; En second lieu, que les vérités qu'on enseigne à la jeunesse, touchant Dieu et ses perfections dans la métapiiysique, ne «e traheot plus -dans des disputes publiques, mais seulement dans des collèges particuliers, de la même manière qu'on fait dans- ceux de 'théologie, après avoir fait une prière à Dieu avec cette humilité «et ce respect qu'on doit* au souverain Seigneur de toutes choses : d'autant plus qu'ont en* voie à ces leçons presque 'quedejeunes^gens, en quileségaremcnts de l'esprit et les passions se font- sentir de la manière la plus vive. Il y aurait lieu alors d espérer qu'on pourrait prévenir le danjferet empêcher que celte manière indécente de disputer ne prît racine dans Fesprit de la jeunesse. D «illeurs 1^ écoliers «ruGonnaîtraientî par ces pieux ex«nples^deflearsf maîtres, etipar la vénération av«c lirqueUe ils traitent ces «latièros} qu'il se trouve janssff< des oarmM.

qiiicréffkeBl Dieu, el<qut,p«ir là donnent ;:uii démenti à quantité d alliées -qui soutiennaoli le contraire,; afiii< de ^trâjiquilliserlenr consoieEM)e. qui. s'élève canlimiellemdnt contre eux*

» Qutr^ 'ce qu^ je viens ,dte dire, il y- a enoore/qnelque chose qui à la vérité ne porte pas Jes hommes.à im athéi^ane-ahsclu, mais qui empêche néanmoins que bien des gens 4)e reconnaissent un Dieu dans ses œuvres f en sorte qu'ils passent leur, vie dans TindoliMioe, par rapport à une chose de oebte imparta.Q.ce, n'en ajant.pas la moindre persua&ioînii J'entends par là une paresse JSÂlurelle qui empêche de fair#i Vattenfeion requiseiaux cho&ta dams lesquelles écla>" tent les {}erfe0tioB«' du Gréateiu*.

»Nous avons tous le même désîrt de «atiâfi^re notna cariosité, et^ : de contempler pour cet effet de plus près les choses, et d'en rechir»cher souvent les causes, parée que la manière dan:i,eUes)se font nous est inconnue. Lorsqu'il parait une comète, qxin^a apcnçoit dssr parhélies,ou petiis soleils, que le soleil ou la lune â'^dipsent^ avec < quelle exactitude les savants et les ignorants ne. les contempl«it-ils pas! D'un autre côté, quoique nous voyions le soleil se lever tous les jours^la lune et les étoiles rparaissent de même, les> champs et lesf. arbres portent leurs fleura et leur^ fruits, la génération ides.hommes et des animaux va toujours son train^^oufc cela. ne nous anime pas davantage, et nous restons dans, la même indoleooâ, sans contempler aucune de. ces choses avec quelque.attention sensible, et sans ex^coer notre esprit sur leur première cause et. sur lear> au* teur.

» U^emblequ^. doive po3er«iefn.fait que la vue -souYent réilérée d'une ohose surprenante par elle*même devrait faire sur nous une impression d'autant plus farte,; 9uaî^>nousr voyons la plupart du temps le.oofitraijpe. Ce^n!est pas une si .grande merveille que des.ignomnts ne.sentent pas cette- imprassioiij.mais il est déplorable: que cette, inattention se trouice i^usai fart sauvent dans.«eux qui ne manquent pas d'esprit et qui veulent passer pour philosophes.

» Encore pourrait-on pardonner xîela à jCcux qui ne sont pas accoutumés à faire de la connaissance d'un Dieu, ou de la cause de toute dMMe, l'e^limequ ils devraient; mais il doit, paraître étonnant que ceux à qui cet examen paraît si important, qu'ils se croient obligés de l'approfondir, et qui'se voient souvent dans la nécessité d'en raisonner^ soient si néglige ts^ s'acquitterde ce devoir. J'ai déoonvert que cette négligence a sonvem été la sourcedèki toutes oijP plusieurs se trouvaient, ou dans lesquels ils avaient été auparavant.

26 TRSOLOeiB HJLTURBLrB.

« Si Ton doutait de la vérité de ce que j'avance, je pourrais la confirmer par l'exemple de plusieurs personnes, qui, après avoir été autrefois sans attention, et comme inseifsibles aux œuvres merveilleuses du Créateur de l'univers, ont dans la suite changé de méthode, et qui, venant à y réfléchir sérieusement, se sont regardés eux-mêmes avec étonnement, de ce que ces mêmes choses qui leur faisaient actuellement, pour ainsi dire, toucher au doigt un sage Créateur et un puissant directeur, leur avaient été connues si longtemps auparavant, les ayant si souvent examinées ou lues dans des auteurs, et s'en étant entretenus avec diverses personnes, sans que néanmoins dans ce temps-là ils eussent élevé leurs pensées jusqu'à Dieu, et en eussent ressenti la moindre conviction en euxmènnes.

« Si la coutume en est la cause, etque tant de merveilles ne fassent aucune impression sur nous, parce que nous les voyons tous les jours, on ne peut dire autre chose sinon que cette coutume nous aveugle entièrement, et nous rend tout à fait insensibles.

«L'unique moyen que j'aie remarqué qui ait pu nous rendre plus attentifs aux choses, est de s'attacher aux expériences, et d'en faire fréquemment de nouvelles, qui, nous découvrant toujours quelque chose d'inconnu, nous portent par là à réfléchir avec étonnement sur la sagesse, la puissance et la bonté de celui qui dirige tout. Ce bon effet ne saurait manquer d'arriver, si, malgré notre paresse naturelle, nous tâchons d'accompagner toutes nos expériences de l'attention requise et nécessaire.

• Ce n*est pas ici le lieu de désigner la véritable cause âè 'kéft aveuglement qui nous empêche d'être touchés de la contemplation des créatures, et de voir en elles les perfections du Créateur, je veux dire la corruption générale de tous les hommes, parce qu'on ne la surmonte que par la prière et par la grâce de Dieu, et nullement par des moyens naturels destitués de l'une et de l'autre ^ »

MAXIMES DE BAYLE SUE L ATHEISME ET l'iMPIETÉ.

I L'impiété volontaire est le plus haut degré de la malice hunaine.

Je crois qu'il y a des gens qui tâchent de se persuader l'athéisme. Soit qu ils en viennent à bout, soit qu'ils n'y puiissent pas réussir, ce sont les plus méchants hommes du monde.... Dès qu'un homme

' L'Existence de Dieu démontrée par les Sîeri'eilles de la Nature ; Discours prélîmiDaire.

THÉOLOGIE NATUBBLLB. ^7

est capable de vouloir être athée et de faire des efforts pour cela, il est de la plus effroyable malice qui puisse tomber dans une âme.... Ceux qui étouffent ou qui tâchent d'étouffer par belle malice la connaissance de Dieu, sont les plus insignes débauchés et les plus déterminés pécheurs qui soient au monde '. »

i.Bayle condut.de ces assertions, que ce n'est point l'irréligion qui conduit au libertinage, mais le libertinage qui conduit à Tirréligion, et il s'efforce en mille occasions de le prouver en mille manières différentes, le tout pour rendre plus vraisemblable que l'idolâtrie est pire que l'irréligion ; mais qu'importe à ses lecteurs cette vaine dispute pour laquelle il a tant écrit? Que l'irréligion naisse du dérèglement des mœurs, comme il le prétend, ou que le dérèglement des mœurs provienne de l'irréligion: l'irréligion n'ea est pas moins un vice détestable. D'ailleurs, comme il dit : « Les intérêts du christianisme sont tellement^éparés de ceux de Y idolâtrie, qu'il n'y a rien à perdre ni à gagner, soit que l'idolâtrie passe pour moins mauvaise, ou pour plus mauvaise que l'irréligion *. Ainsi, qu'il ait raison ou qu'il ait tort dans tout ce qu'il a écrit sur celte question dans ses pensées sur la comète et ailleurs, le chrétien apostat n'en saurait rien conclure en sa faveur.

2. Ce que Bayle dit ici des athées, doit s'entendre également des déistes et des Sociniens de nos jours, qui rejettent nos mystères et le dogme de la vie future : puisque lui-même convient que ceuxci ne valent pas mieux que les athées, et que leur doctrine « est une ^pèce d'athéisme^.»

3. Qui voudra s'assurer que Bayle ne parlait pas sincèremébl^ lorsqu'il enseignait, dans ses pensées sur la comète, et dans sa «continuation et ses additions, que l'irréligion n'est pas nuisible aux bonnes mœurs; » il n'a qu'à lire ce que le même Bayle dit ailleurs, en parlant de ces furieux qui se donnent volontairement la mort. Voici ses propres paroles : «Les esprits forts sont plus sujets à ces coups-là que ceux qui croient l'Evangile : et il ne faut pas s'en étonner; car il est plus naturel qu'un homme qui croit la mortalité de l'âme attente à sa vie, lorsqu'elle lui est à charge, qu'il n'est naturel qu'un homme se porte à cet attentat, lorsqu'il est persuadé qu'immanquablement on va dans l'enfer par cette voie. » Comment, après une assertion aussi formelle, a-t-il pu dire tant de fois qu'il est assez indifférent pour les mœurs que les hommes aient de

* Pensées div., t. 2.

* Pensées di?., t. 2. Ayertissement.

* Voyez ci-dessous, art. «.

la religion' ou qu'ils n'en aient pas; et qu'un peuple irnélig^r pourrait valoir' un peuple <?hretï€n ? Qu'on enr juge par ce que noBS'Toj^ons depuis quelques années. Qui a nenéa parmi nous le suicide si commun? N'est-ce pas éyidemment parce que rincrédulité Test devenue davantage? Le Française est^il d'un caractère à se porter à cet attentat, s'il était persiMidé qu'iinmafiiqttafclement on 'va dam l'enfer par cette voie ? Il n'en esi» donc plus persuadé lorsqu'il attente à- sa vicw' Cette 'perMMMsion n'est donc pas indifférente. L'irréligion nous a rendôs* des «barbares, et rirrcligioB est uBe)oh»ie indiffénenteipour lesxnœars? Quel paradoxe! quelle ut*

:- coifiiéqiKmoie i

1 4<'Qtisind' on^n'est vicieuxquepar. Uberiiini{[e^ par»(fantai«e,-

par- faiblesse, on n'est pas tout à fait sans ressource; il y^aeneore eq>érance qu'on pourra rentreriqoctqtsc jour dans les voies de la sagesse; mais quand on est»vicîccnD, coonme Finorédikle, par prin« cipeiet par la persuasion que l'on s'est feiiteque ce sent là les*niœurs qui conviennent, alors le -mal est à son^eomUe, et.il estsansre* mède. Tune autem constimmata est infelicitas^ abi turpUtnon so-* lumyiielectanty .sed etiean plaoBnt : et desinit esêe-remedio locus ubiquœ fuerant vitia^ maresysunt '.

5« Ne I^6ndre au. Dieu tout* puissant, qui a créé l'univei» et cpt tout l'univers adore, aucune adorafàen ni auasaifaonuttage; nexé^ cuter aucun. de ses> eommandemoits: et n'en vecosmaftre aucun; avoir, pour, toujours secoué le joi^: de json'enapre; se regarder^ comme un être absolument libre et indépendant, idisant.insoleHi^ ment comme le fanfaron de. lar .comédie : -

G'esi'biea as8as.|»armoi4lf^ceaiNdciai»as<d«s ëieax;

à certitne^ rompre tout oommence ^vee* la Divimié; s'imaginer cpi'onpewcse passer de 'Dieu, et à k vie,* et à la mort, et pour le* temps, et pour» l'éternité^ tout cela, contre l'^avis et la décision formelle de&eages'de toute 'secie et de tmit paipSj^o'est^ selon moi, une résolutioqa aussibizarre et aussi extravagante qu'il soit possible de prendre, et on peut dire que c'est le comble *de la dépravation et le^ dernier effort deJa soélératesae humaine. Défionfr^nous^ quicon>> queiaconçu>ce&af&-ettx>sentimems>: qui a pu5e donner de pareillesi pensées ^pourrait' bien* en ai:air beaucoup d'autties. Généralement parlant, un homme capable de manquer à la religion, on le croit

• Sen. Ep., xxxix.

capdble.de t0iiil;.pevscH»ie'.nedj ûty se» pareils >incdns«ire0m que .lea autres.

6. Loi^ue iKKUS^repracha&s.âuxîitcréduks denase^dogoÀter de la relîgiofi ique par défpoùtpour la vertu. méme^qu-ils^ ae^souviennent que nous nesomnHeapiiales^euls à leur faire eesrrepKoeiies, et que leurs maîtres et leurs orades les plus vantés pariui eux sexpiiquent, miffce point, dans )es>mâiiies tennes que nous.

Bayle, Mftrc?Auncle^ Julien rApoafeat, le grand patronde la secte idùIosophÂqHe, touS' ont répëtiéycaicent manières différentes^qu on ne néglige les devoirs dela^caiigienque « dans les lieux où le luxe, les rickeases et TaflMmr de»|>l«itirs jontt fait oublier l6S> autres' devoirs^ que eette né^igenae est lasuitede la débauehe et de la dépravation des mœurs, les vices devant nataireUement éteindre pannilesîhouaneS'totit esprit dei]%ligi0li\ » Pour tenir ce laogage, il aestrpas besoin d:èlie}Unik»el]eurrde<r£gUsey niun saint ;;il suffit den être pasiffnoiiis religieux:que Bayle^^moins aage^queMarc- Aurèle, et» moinsi raisonnable que Julien l'Apostat.

:U.Xfef£el^prQpte'iie Finrékqr>oii'eit id'aDéantir ■oanseulement toutes (es v^us :cbrétieQoes, mais encore toutes les vertus sociales.

Thomasius reconnaît que Fathéisme est, de sa nature, une chose qui éteint, non- seulement Tamour de Dieu, mais aussi l'amour du prochain, et que les athées spéculatifs s'accommodent

du bien d' autrui quand ils en trouvent l'occasion secrètement

bien qu'ils mènent à l'extérieur une vie honnête et vertueuse, parce que la raison leur démontre qu'ils seraient très- misérables s'ils se plongeaient dans la sensualité. Il est fort probable que plusieurs athées raisonnent ainsi, et ce ne sont pas encore les pires de tous ^. y>

i.Sur ce principe, a^ouépar Bayle, sans aucune restriction, et prouvé par lui en cent occasions différentes, ne comptons jamais sur la vertu des incrédules et sur leur sentiments d'honneur et de probité, lors même qu'ils en montrent les plus belles apparences. Des gens quine se font scrupule de- rien' et qui ne s'abstiennent point par co»sçîcnee„;in«is sei^ement par prudence etpaur leur propre tranquillité, de Ir'injuétiGe.et de tous les autres exeèsysont des'gens fovt àicraindre'daiKS la soeiété. Voici les paroles- de Thomasius, qui a été en Allemagne 'un prèfesseor très^célàbre : jitfuei

* Jul. Ep. aux habitants de la Taille de Bostres; Id, àffhéddore, pontJfe.

* Gont. des Pensées div., t. 4.

3o THiOLOGIB NATURBUiE.

theoretUi nullum agnoscentes proximum destttuuntur : adeoque omnem pietatis sensum amittunt.,,.. quamuis externa specis wtam honestam et "virtuosam agere soleant; hoc tamen non ex amore erga aliosj sedsui ipsius proifenit... quodsi cmtem clanculum cdiU nocere possint^ id religioni non ducunt.

2. Mon intention n'est pas de faire dire à Bayleque les athées et les impies ont perdu toute idée de yertu et d'iionnéteté. J avoue qu'il est très-éloigné de cette pensée, et que mâme 3on objet est de prouver tout le contraire; mais on ne peut disconvenir qu'il nous les représente ici comme des personnes qui n'aiment qu'ellesmêmes, et qui ne se font conscience de rien : caractère qui, de son aveu, doit les rendre fort dangereux et fort suspects. Qui osera se fier à des hommes persuadés qu'il n'y a point d'autres récompenses ni d'autres peines que celles qui peuvent venir de Fhomme; et qu'ainsi il est tout à fait indifférent de s'attacher à la vertu plutôt qu'au vice, ou plutôt au vice qu'à la vertu, moyennant que Ton prenne bien ses mesures par rapport aux lois huimaines^?

3. Ceux qui sont versés dans la lecture de Bayle savent qu*il ne tiendrait qu'à nous de citer beaucoup d'autres articles, où il convient qu'un incrédule, pour peu qu'il ne soit pas inconséquent, sera infailliblement un homme sans mœurs et sans vertu ; mais nous nous contentons pour ce moment de la note qui se trouve ait commencement de son éclaircissement sur les Manichéens, où il dit, en parlant du fameux comte de Rochester, Jean Wilmot, « qu'il était un de ces athées qui yivent selon leurs principes; car il se plongea dans les plus affreux excès de l'ivrognerie et de l'impudicité : » proposition qui montre clairement combien Bayle était persuadé que les principes de l'irréligion conduisent au libertinage; et qu'il n'est point d'impie, s'il était conséquent, qui ne fût un honune détestable.

m. L*irrélîgion et le libertinage des peuples, présages certains de la ruine

des Etats.

Si vous prédisez qu'un Etat esta la veille d'une fâcheuse révolution, à cause des vices énormes qui y régnent, de l'athéisme, A% Timpiété, des blasphèmes, du luxe, de l'ivrognerie, des impudicités et des injustices qui y dominent, vous avez raison : une prédiction bâtie sur un tel fondement sera de mise^

» Gont. des Pensées div.. t. 4v

THBOLPGIB NATD&BIXB. 3l

1. Cette maxime échappe à Bayle, malgré la fureur avec laquelle il déclame, dans cet article- là même, sur le zèle des souverains contré les ennemis de la foi catholique; mais cette assertion fait voir quil était intimement convaincu de cette vérité, et qu'il en croyait les autres aussi convaincus que lui, sans quoi il n'en aurait pas iait la base de tous ^h arguments. L'expérience, en effet, ne la que trop fait connaître, que la ruine des mœurs annonce presque toujours la ruine des empires; et comme l'esprit de religion ne tombe jamais dans un Etat que les mœurs n'y tombent dans une égale proportion, il s'ensuit nécessairement qu'un Etat doit fleurir à proportion que la religion y fleurit, et qu'il doit périr avec elle, suiyaDt cette maxime, que les infidèles mêmes n'ont pu oublier : Omnia prospéra colentibus deos, adversa spernentibus^.

2. Voulez-vous une voie abrégée et facile pour rendre un empire florissant? faites-y fleurir la religion, bientôt vous verrez toutes les parties de l'Etat se ranimer et prendre de la force et de la vie; je le démontre :

Où règne la chasteté, les mariages sont plus multipliés et plus féconds. Nous voyons parmi nous les mariages plus rares et les familles moins nombreuses depuis que nos mœurs sont moins pures. De tout temps le libertinage a dépeuplé les Etats.

Où règne la tempérance les maladies sont plus rares, et la vie des citoyens est plus longue.

Immodicis brc?is est sptas, et rara senectus *>

Où régnent le travail et l'industrie, l'abondance règne dar^^antage : Vhi autem plurîmœ segeteSy ibi manifesta estjortitudo boum^.

Or, on ne saurait nier que ces vertus ne dominent dans les empires à mesure que la religion y est plus respectée ; et il est mamfate que la crainte de Dieu ne peut s'y affaiblir qu elles n'y deviennent moins communes, soit par une suite naturelle de cet affaiblissement, soit par une punition du ciel : il est donc impossible de bannir la religion d'un Etat, qu'en même temps on n'en bannissft les vertus civiles les plus nécessaires à sa conservation, et les plus essentielles à sa gloire.

« La religion, disait Salomon, a la longueur des jours dans sa droite, et dans sa gauche les richesses et la gloire^.*

« Tite-LiTC, 1. 5.

' Mart. Epigr.

* Prof ., XVI, 17.

* ProT.« c. 3.

D'où je.cjnrhis>que TEtât na point de pestes pifis darrgereases que les éerWains^ impies qui «osent lever i'étendard contre la religion, et- la decrëditer dans Tesprit dès-peuples; et que si on ne les punissait pas pour la venger» de leurs insultes, il faudrait les punir pour venger la patrie.

3. La maxime* de Bay le se prouve encore mieux parles faits que par le raisonnement. A quelque haut degré de puissance et de gloire que se fussent ëlevés les célèbres empires d'Assyrie, de Ghaldée et d -Egypte , les empires encore plus célèbres des Perses, des Grecs et des Romains , la corruption des mœurs a suffi pour les ^renverser;: ce défaut a été la seule cause de leur chute et ■ de leur ruine. La mollesse et les débauches de Sardanapale et de ses courtisans rendirent inutiles toutes les précautions qu'il afvait prises pour maintenir dans ses états l'ordre que ses vices ne lui permettaient pas de faire régner dans sa cour. Rien de si beau que le plan de son gouvernement; mais il péchait par le principe, les mœurs du prince et des grands; aussi il ne fallut, pour ainsi dire, qu'un souffle pour renverser ce superbe édifice'.

'Cyrus s'empare de l'empire et se rend maître de la ville de Babylone, par sa valeur sans doute et par sa bonne conduite, mais encore plus par la faute des vaincus, tout occupés de leurs fêles et de leurs plaisirs dans le temps'même où l'ennemi était à leurs portes prêt à les accablera

Apriès (autrement Pharaon Hophra) était certainement un monarque puissant; ses conquêtes avaient encore ajouté au grand pouvoir qu'il avait hérité de son père : mais est- on véritablement puissant lorsqu'on est vicieux ? Ses vices le font haïr de ses sujets; et un simple soldat ( Amasis) est mis à sa place, comme plus digne que lui d'être placé sur le trône. (Voyez Hérodote.) Il en était sans doute bien plus digne qu'Apriès, s'il est vrai, comme on le dit, qu'il porta cette loi par laquelle il était ordonné que chaque citoyen rendrait compte tous les ans, devant le magistrat, des moyens qu'il avait pour fournir à sa dépense.

L'empire des Perses, dans les jours de son accroissement, était l'empire des vertus : le portrait qu'en fait Xénophon inspire la plus grande estime pour cette nation admirable; mais au temps de sa chute on n'y voyait plus aucune trace de ces vertus antiques : plus de probité, plus de mœurs, plus aucun vestige de religion ni

» Voyez Dicdore de Sicile, I. 2, c. 6. " Vovez Hérodote, 1. 1.

THBOI.06IB NATUREIXB* 33

chez les grands, ni parmi le peuple. Une nation aussi dépraTée n était pas difficile à vaincre. Tout le monde sait que les Grecs et les Romains eurent le même sort. Chez ces peuples fameux les mêmes causes ont produit les mêmes effets : philosophes, historiens, orateurs, poètes, tous ceux qui ont écrit des causes de leur décadence, et qui voyaient de plus près que nous leurs ruines, en ont dit ce que nous en disons.

Naro cœtera régna Luiuries Titiîs, odiisque superbia vertit. Sic maie sablimes fregit Spartanua Athenas : Atque idem Thebis cecidit. Sic Medus ademît As6yrii9, Medôque tulit moderamina Perses '•

Ajoutons à ces réflexions que de tous ces empires ceux qui ont subsisté le plus longtemps, sont ceux où la vertu a plus longtemps régné; savoir, celui des Perses et celui des Romains. Lisez Hérodote et Xénophon pour les premiers, et pour les seconds lisez Polibe, un des plus judicieux historiens de l'antiquité. Ajoutons encore qu'entre toutes les puissances que nous avons vues s'établir depuis dans le monde, celles où la vertu était comptée pour rien, comme les Huns, les Vandales, les Hérules et beaucoup d'autres, n'ont eu qu'une très-courte durée; et qu'au contraire les puissances chrétiennes qui ont donné pour base à leur législation et à leur gouvernement la vertu et la religion, subsistent depuis plus de siècles que n'en ont pu compter les plus florissantes monarchies du monde.

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