‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 15 sur 67 · THEOLOGIE · texte numérisé non relu

THEOLOGIE

par leurs désordres qu'ils laissent croître les ronces et les- épines en la place des vendanges ^ des moissons. Ils se disputent un bien qu*ils laissent perdre. Les conquérants laissent en friche la terre pour la possession de laquelle ils ont fait périr tant de milliers d'hommes, et ont passé leur vie dans ime si terrible agîtalion. Les hommes ont dcTant eux des terres immenses qui sont vides et incultes, et ils renversent le genre humain pour un coin de cette terre si négligée. La terre, si elle était bien cultivée, nourrirait cent fois plus d'hommes qu elle n'en nourrit. L'inégalité même des terroirs, qui paraît d'abord un défaut, se tourne en ornement et en utilité. Les montagnes se sont élevées, et les valions sont descendus en la place que le Seigneur leur a marquée. Ces diverses terres, suivant les divers aspects du soleil, ont leurs avantages. Dans ces profondes vallées, on voit croître l'herbe fraîche pour nourrir les troupeaux. Auprès d'elles s'ouvrent de vastes campagnes revêtues de riches moissons. Ici des coteaux s'élèvent comme un amphithéâtre, et sont couronnés de vignobles et d'arbres fruitiers. Là, de hautes montagnes vont porter leur front glacé jusque dans les nues, et les torrents qui en tombent sont les sources des rivières. Les rochers qui montrent leurs cimes escarpées, soutien» nent la terre des montagnes, comme les os du corps humain en soutiennent les chairs. Cette variété fait le charme des paysages, et en même temps elle satisfait aux divers besoins des peuples. Il n'y a point de terroir si ingrat qui n'ait quelque prppriété. Nonseulement les terres noires et fertiles, mais encore les argileuses et les graveleuses récompensent l'homme de ses peines. Les marais desséchés deviennent fertiles : les sables ne couvrent d'ordinaire que la surface de la terre ; et quand le laboureur a la patience d'enfoncer, il trouve un terroir neuf qui se fertilise à mesure qu'on le remue et qu'on l'expose aux rayons du sole'J. Il n'y a presque point de terre entièrement ingrate si rhoromc ne se lasse point de la remuer pour l'exposer au soleil, et s il ne lui demande que ce qu elle est propre à porter '. Au milieu des pierres et des rochers, on trouve d'excellents pâturages ; il y a dans leurs cavités des veines que les rayons du soleil pénètrent, et qui fournissent aux plantes, pour nourrir les troupeaux, des sucs tressavoureux. Les côtes même qui paraissent les plus stériles et les plus sauvages offrent souvent des fruits délicieux, ou des remèdes très-salutaires, qui manquent dans les pays les plus fertiles. D'au-

' Economie de la campagne^ de Xénophon.

THEOLOGIE NATURELLE. â65

leurs c'est par un effet de la Providence divine que nulle terre ne porte tout ce qui sert à la vie humaine ; car le besoin invite les hommes au commerce pour se donner mutuellement ce qui leur manque, et ce besoin est le lien naturel de la société entre les nations; autrement tous les peuples du monde seraient réduits à une sorte seule d'habits et d aliments; rien ne les inviterait à se connaître et à s'entrevoir.

Page 1