‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 16 sur 67 · XII. Des plantes · texte numérisé non relu

XII. Des plantes

Tdut ce que la terre produit, se corrompant, rentre dans son sein et devient le germe d'une nouvelle fécondité. Ainsi elle reprend tout ce qu'elle a donné pour le rendre encore ; ainsi la corruption des plantes et les excréments des animaux qu'elle nourrit la nourrissent elle-même et perfectionnent sa fertilité ; ainsi plus elle donne, plus elle reprend, et elle ne s'épuise jamais, pourvu qu'on sache dans sa culture lui rendre ce qu'elle a donné. Tout sort de son sein, tout y rentre et rien ne s'y perd. Toutes les semences qui y retournent se multiplient. Confiez à la terre des grains de blé ; en se pourrissant ils germent, et cette mère féconde nous rend avec usure plus d'épis qu'elle n'a reçu de grains. Creusez dans ses entrailles, vous y trouverez la pierre et le marbre pour les plus superbes édifices; mais qui est-ce -qui a re.nfermé tant de trésors dans son sein, à condition qu'ils se reproduisent sans cesse ? Voyez tant de métaux précieux et utiles, tant de minéraux destinés à la commodité de l'homme.

Admirez les plantes qui naissent de la terre ; elles fournissent des a]imery:s aux sains et des remèdes aux malades. Leurs espèces et leurs vertus sont innombrables; elles ornent la terre, elles donnent de la verdure, des fleurs odoriférantes et des fruits délicieux. Voyez-vous ces vastes forêts qui paraissent aussi anciennes que le monde ? Ces arbres s'enfoncent dans la terre par leurs racines, comme leurs branches s'élèvent vers le ciel. Leurs racines les défendent contre les vents, et vont chercher, comme par de petits tuyaux souterrains, tous les sucs destinés à la nourriture de leur tige. La tige elle-même se revêt d'une dure écorce qui met le bois tendre à l'abri des injures de l'air. Les branches distribuent en divers canaux la sève qujs les racines avaient réunie dans le tronc. En été, ces rameaux nous protègent de leur ombre contre les rayons du soleil. En hiver, ils nourrissent la flamme qui conserve en nous la chaleur naturelle. Leur bois n'est pas seulement utile

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pour le feu; c*est une matière douce, quoique solide et durable, à laquelle la main de Thonime donne sans peine toutes les formes qu il lui plaît pour les plus grands ouvrages de rarchitecture et de la navigation. De plus, les arbres fruitiers, en penchant leurs rameaux vers la terre, semblent offrir leurs fruits à F homme. Les arbres et les plantes, en laissant tomber leurs fruits ou leurs graines, se préparent autour d'eux une nombreuse postérité. La phis faible plante, le moindre légume, contient en petit volume, dans une graine, le germe de tout ce qui se déploie dans les plus hautes plantes et dans les plus grands arbres. La terre, qui ne change jamais, fait tous ces changements dans son sein.

XUI. De l'eau.

Regardons maintenant ce qu'on appelle l'eau. C'est un corps liquide, clair et transparert. D'un côté, U coule, il échappe, il s'enfuit ; de l'autre, il prend toutes les formes des corps qui l'environnent, n'en ayant aucune par lui-même. Si l'eau était un peu plus raréfiée, elle deviendrait une espèce d'air ; toute la face de la terre serait sèche et stérile. Il n'y aurait que des animaux volatiles; nulle espèce d'animal ne pourrait nager, nul poisson ne pourrait vivre; il n'y aurait aucun commerce par la navigation. Quelle main industrieuse a su épaissir l'eau en $ubtilisaut l'air, et distinguer si bien ces deux espèces de corps fluides.^ Si l'eau était un peu plus raréfiée, elle ne pourrait plus soutenir ces prodigieux édifices flottants qu'on nomme vaisseaux. Les corps les moins pesants s'enfonceraient d'abord dans l'eau. Qui est-ce qui a pris le soin de choisir une si juste configuration de partie et un degré si précsis de mouvement, pour rendre l'eau si fluide, si insinuante, si propre à échapper, si incapable de toute consistance, et néanmoins si forte pour porter, et si impétueuse pour entraîner les plus pesantes masses ? Elle est docile; l'homme la mène comme un cavalier mène son cheval sur la pointe des racines ; il la distribue comme il lui plaît, il l'élève sur les montagnes escarpées, et se sert de son poids pour lui faire des chutes qui la font remonter autant qu'elle est descendue. Mais l'homme qui mène les eaux avec tant d'empire est à son tour mené par elles. L'eau est une des plus grandes forces mouvantes que l'homme sache employer pour suppléer à ce qui lui manque dans les arts les plus nécessaires, par la petitesse et par la faiblesse de son corps; mais ces eaux, qui, nonobs^tant leur fluidité, sont des masses si pesantes, ne laissent pas de s'élever au-

dessus de nos têtes et d'y demeurer longtemps suspcndues.Voy ez- TOUS ces nuages qui volent comme sur les ailes des vents' ? S'ils tombaient tout à coup par de grosses colonnes (Veaux, rapides comme des torrents, ils submergeraient et détruiraient tout dans l'endroit de leur chute, et le reste des terres demeurerait aride. Quelle main les tient dans ces réservoirs suspendus, et ne leur permet de tomber que goutte à goutte, comme si on les distillait par un arrosoir? D*où vient qu'en certains pays chauds, où il ne pleut presque jamais, les rosées de la nuit sont si abondantes, qu'elles suppléent au défaut de la pluie ^ et qu'en d'autres pays, tels que les bords du Nil et du Gange, Tinondatiou régulière des fleuves, en certaines saisons, pourvoit à point nommé aux besoins des peuples pour arroser les terres? Peut-on s'imaginer des mesures mieux prises pour rendre tous les pays fertiles ?

Ainsi l'eau dés^ltère non- seulement les hommes, mais encore les campagnes arides, et celui qui nous a donné ce corps fluide l'a distribué avec soin sur la terre comme les canaux d'un jardin. Les eaux tombent des hautes montagnes où leurs réservoirs sont placés ; elles s'assemblent en gros ruisseaux dans les vallées. Les rivières serpentent dans les vastes campagnes pour les mieux arroser j elles vont enfin se précipiter dans la mer pour en faire le centre du commerce à toutes les nations. Cet océan, qui semble mis au milieu des terres pour en faire une éternelle séparation, est au contraire le rendez-vous de tous les peuples, qui ne pourraient aller par terre d'un bout du monde à l'autre qu'avec des fatigues, des longueurs et des dangers incroyables. C'est par ce chemin sans trace, au travers des abîmes, que l'ancien monde donne la main au nouveau, et que le nouveau prête à l'ancien tant de commodités et de richesses. Les eaux distribuées avec tant d'art font une circulation dans la terre^ comme le sang circule dans le corps humain ; mais, outre cette circulation perpétuelle de l'eau, il y a encore le flux et le reflux de la mer. Ne cherchons point les causes de cet effet si mystérieux. Ce qui est certain, c'est que la mer vous porte et reporte précisément aux mêmes lieux, à certaines heures. Qui est-ce qui la fait se retirer et puis revenir sur ses pas avec tant de régularité ? Un peu plus, un peu moins de mouvement dans cette masse fluide déconcerterait toute la nature; un peu plus de mouvement dans les eaux qui remontent inonderait des royaumes entiers. Qui est-ce qui a su prendre des mesures si justes dans des

* Super peanas Tentorum< (Hs. ciii} 3.)

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corps immenses ? Qui est ce qui a su éviter le trop et le trop peu? Quel doigt a marqué à la mer la borne immobile qu'elle doit respecter dans là suite de tous les siècles, en lui disant : Là tous viendrez briser Torgueil de vos vagues? Mais ces eaux si coulantes deviennent tout à coup, pendant Thiver, dures comme des rochers. Les sommets des hautes montagnes ont même en tout temps des glaces et des neiges qui font les sources des rivières, et qui, abreuvant les pâturages, les rendent plus fertiles. Ici les eaux sont douces pour désaltérer l'homme ; là elles ont un sel qui assaisonne et rend incorruptible nos aliments. Enfin, si je lève la tête, j'aperçois dans les nues, qui volent au-dessus de nous, des espèces de mers suspendues pour tempérer Tair, pour arrêter les rayons enflammés du soleil, et pour arroser la terre quand elle est trop sèche. Quelle main a pu suspendre sur nos têtes ces grands réservoirs d'eaux? Quelle main prend soin de ne les jamais laisser tomber que par des pluies modérées?

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