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MtiTAPHYSIQUE 447
intelligence nous rSvfcle par la conscience ce qui se passe en nous et par la perception exterieure les phdnomfcnes de la nature. (Test ainsi que notre activity se porte spontan6ment et instinctivement vers ce qui nous est agitable et s*£loigne de ce qui nous fait souffrir. CTcst ainsi enfin que notre sensibility est affectee, en bien ou en mal, par les mille objets qui agissent sur nos sens et par les impressions de nos sentiments internes. Mais notre intelligence n'est la raison que quand elle s'61feve au-dessus des notions contingentes pour apercevoir des v£rit6s absolues et 6ternelles. Notre activity n'est une volonti libre que quand elle se dirige consciemment suivant des principes Sgalement abso- Ius et puis6s dans la raison. Notre sensibility ne devient le sentiment du beau que si, k traversles qualit£s 6minentes d'un fctre fini, ou en face des spectacles de la nature, ou avec Taide d'un assemblage artistique de formes, de sons, de couleurs, elle est amende k jouir des splendeurs infmies de TEtre absolu, r6v6l6es instantanSment k ses yeux par l'image, si imparfaite qu'elle soit, contenue dans ces beauttfs contingentes.
Cet exercice supdrieur de nos trois faculties est ce qui nous constitue une personne, ainsi qu'on l'a vu au cours de cet ouvrage (n 08 41 et suiv.), tandis que leur d6veloppement au sein des objets finis forme ce que Ton appelle la nature en nous. L/exercice infericur de nos trois facult6s donnc lieu k des ph&iomfcnes notablement dififerents de ceux que produit leur action la plus 6lev£e. Ces ph^nomfcnes m^ritent d'en 6tre distingu6s par une difference de noms, souvent mGconnue ou n6glig£e. Notre intelligence ne nous fait plus connaitre proprement le Vrai, mais le riel; notre volont6 ne nous porte plus vers le Bien, mais vers V utile ; notre sensibility ne jouit plus du Beau, mais de Yagreable.
Les notions fondamentales en ce qui concerne le Vrai et le Bien ont 6t6 suffisamment dSvelopp^es soit dans le corps de Touvrage, soit dans cet appendice. Mais il ne sera peut-6tre pas inutile de justifier ici l'id£e que nous venons de donner du Beau. On a dit que c'est « la splendeur du Vrai » ; nous disons plus pr6cis£ment: « c'est la jouissance de rinfini k travers le fini 1 ». En presence d'un objet que nous
1 Voir n» 43, p. 76, note i ; et n # 164.
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m£taphysique 449
ITest encore lSt un fait d observation & verifier par Texpgrience personnelle.
Cest cette jouissance au-dela du fini qui poetise tout ce que nous trouvons beau. Pour qui veut 6tre r^aiiste et ne pas admettre d'effet sans cause, elle ne peut Gtre qu'une sensation, bien confuse encore, que linfini produit en nous a V occasion des charmes limits des objets qui nous entourent, ou des images, des sons, des formes, des couleurs, harmonieusement group£s par un artiste ou unpofcte. Par un proclde analogue k Tinduction dans Tordre intellectuel, les sensations finies sont le r^actif r6v6lateur, qui fait apparaitre sur la plaquede notre sensorium interne la grande image de Tinfini, et par la nous donne cette jouissance surhumaine qu'on appelle le sentiment du beau, quelquefois le sublime. L'infini joue ainsi le r6le qui lui est si gSnialement assign^ par Platon : suivant la traduction de CicSron, s'il 6tait r6v6l6 integralement aux hommes, mirabiles amoves excitaret sul. Le beau est bien la splendeur du vrai y c'est-k-dire de l'Etreabsolu qui se laisse deviner k nos yeux a travers les mailles du r6el. (Test bien, comme je Tai dit, linfini goAt£ par nous k travers le fini.
Quelques observations peuvent corroborer et eclairer cette analyse. Elles portent, non pas sur l'essence du Beau, mais sur les conditions que doit presenter un objet pour produire en nous Timpression du beau. La condition essentielle, c'est que cet objet nous donne la sensation vive de la puissance de l'6tre { . II faut que l'objet fini manifeste a nos sens ou a notre imagination le plus haut degr6 d'etre dont il est susceptible, afiu de noussugg^rer cette impression caracteristique, d'un objet encore supSrieur et presentant, au moins par certains ctitds, ce caractere d*infini dont nous avons soif. Une analyse tres exacte ram&ne toutes les conditions essentielles du beau k la n^cessitd de 1'umt£ dans la VARi^Tfi 2 . Et cette n6cessit(* s'explique tr£s bien comme consequence de la definition presentee ci-dessus.
1 Voir le beau livre tie M. Gh. Leveque, la Science du Beau, notaumient, 1. 1, p. 36 et suiv.
* Voir Ch. Leveque, la Science du Beau, t. I, p. 3 et suiv. ; 148-164; t. II. p. 473. L'eminent auteur ajoute a ces conditions Vharmonie, la proportion, la convenance. Mais ces elements se ramenent aux deux premiers, en montrant seulement ia necessity de leur concours et de Ieur combinaison intime. Cette verity se degage de l'ouvrage meme de M. Ch. Leveque, dans les passages cites.
PHIL0S0PH1E Dl DROIT. — T. II. 29
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