‹ Cours de philosophie du droit, professé à la Faculté de droit de ParisChapitre 63 sur 68 · M&TA PHYSIQUE · texte numérisé non relu

M&TA PHYSIQUE

toile vierge de toute empreinte, ou un sculpteur sur un bloc de marbre, peuvent apercevoir d'avance les figures qu'ils vont y tracer ou y ddcouper 1 .

Notre intelligence est seconds dans cette operation par un secours puissant, qu'on doit m&me consid^rer comme indispensable pour notre nature telle qu'elie est constitute, du moins en cette vie. C'est le langage. II nous faut le mot pour que nous puissions, au milieu de Timpression g6n6rale et un peu vague que TEtre infini produit sur notre esprit, consid^rer k part tel degr6 d'fitre ou telle qualit6 d'etre, et en faire isol^ment Tobjet de notre attention ou de nos raisonnements. C est gr&ce au mot que nous pouvons apercevoir, h part, et par la mfime, suivant F expression trfcs exacte consacree par 1' usage, distinctement, c'est-k-dire k P^tat distinct, s6par6es des id6es voisines, les id6es de triangle, d'arbre, d'homme, de vertu, de douleur, de droit, de propria, d'obligation, etc.

Une observation est de nature k bien montrer que nos id<5es ne respondent pas k des divisions rSelles et objectives de 1'Etre, que ces divisions ont toujours quelque chose d'arbitraire et de subjectif ; e'est que, dans les diflferentes langues, les mots qui sont consid6r6s comme k peu prfcs synonymes ne se correspondent presque jamais exactement. Ouvrezn'importe quel dictionnaire un peu d£velopp6, vous trouverez toujours plusieurs sens pour un mot donn6, et pour chaque sens un mot different de la langue dans laquelle on cherche h le traduire. C'est que les divers peuples, malgr<5 la communautS universelle de leurs id6es fondamentales, ont tr&s rarement decoup6 sur un patron identique la portion d'etre qu'ils ont envisag6e en se servant d'un mot ou d'un autre. Si Ton analysait exactement ce qui se passe pour chaque individu d'un mftme peuple, se servant d'un m&me idiome, on constaterait sftrement que le m6me mot n'a pas, dans la bouche de tous les compatriotes, le m&me sens absolument, que Tun y comprend plus ou moins qu'un autre. (Test 14 Torigine d'une foule de discussions entre gens qui croient se comprendre mutuellement et dont les divergences d'opi-

1 Toutes ces operations se font sans alte>er en rien l'objet soumis a nos regards. De meme, quand je dis que nous decoupons dans l'Etre infini le degre et ia quality d'etre qu'il nous plait de considSrer, je n'entends bien evidemmeat en aueune far on que nous altenons en rien i'unite essentielle et la simplicity fondamcntalede I Etre infini.

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niquement ace quils no prennent pas les ■«* seas, avet- la meme extension, et ace . isu n^me signe des idees reellement

.-omparaison. rendre comptedece ^n-eption des ide-s. Un ritraii iel uniformement bleu on ;«• sot ce fond commun, des tense*, des personnages, des vaui d'architecture:il - T«iees. de sorte qu'une ainsi telle ou telle -. - -jon qu'elle subit a io rertoudu Wane.

„t. suivant le [ia r les mots.

- nites dansleur ind^pendam-

- - r la portee do

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ions le re*efc? ; car fcmtes its ;i^riws presenteot des w°' 9

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us les creatares fcajes. sll se connait lui-me ,m>

flomwtel.n'est partW if tfc t ^ 8 siraat certaines loisd&er-

.. Ce sont ces kws «tu s'wposent a notre esprit dans

cqrtion des idees et dans U distinction que nous en

BT» aoyen des mots. Et ces memes lois nous imposent

iym ie la convening* et d*> ladisconvenanee de deuJ

-ami- ces propositions : le tout esl necessairement

7# \a parlie ; il n'y a pas d'effet sans cause;

lid quatre : ou la somme des angles d'un

:i>leux droits. Nous aflirmons hardimeol

fl

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que Dieu ne pourrait pas cr6er deux fois deux fitres de fagon k ce que leur somme ftit£gale a cinq, ou produire un triangle dont les angles ne donneraient pas la somme indiqu6e par la g6om6trie. C'est \k que nous trouvons le principe de toutes les lois fondamentales de notre raison.

Enfin, de la question de Torigine des iddes, il est facile do passer k celle de leur certitude. Et la doctrine ci-dessus expos6e fournit une solution des plus satisfaisantes sur ce point, a la grande difference des systfcmes^qui, considSrant 1 id6e commeunph&iomfene purementsubjectif, sont ensuite dans rimpossibilit£ absolue de passer logiquement du subjectif k Tobjectif et de rien affirmer sur la v£rit6 objective et absolue des id6es. L'observation directe nous a fait considdrer l'id£e comme la vue d'un objet autre que nous-mfimes ; done ayant une r£alit6 extGrieure et ind£pendante de nous, au lieu d'etre une production spontan^e et inconsciente de notre esprit. D'oii Ton conclut logiquement que les id^es premieres qui forment le fond de notre raison ont une valeur propre et absolue, ind^pendante de la contingence et de la faiblesse de notre conception, ind6pendante du caprice aveugle de notre intelligence. Avec un peu de reflexion, on verra de plus qu'elles ne peuvent pas nous tromper, qu'elles ne peuvent pas 6tre fausses. Car, si elles sont Timpression que l'Etre produit directement et imm^diatement sur notre &me, operant ainsi en nous cet acte qu'on appelle Tacte de connaissance, il r6pugnerait, au point de vue.du vrai r6aiisme, que nous connaissions autre chose que ce qu'est Tobjet qui agit sur nous, qui s'offre k nous ; il r6pugnerait que nous ne percevions pas ce qui est, et que nous percevions ce qui riest pas. Ce serait dire encore une fois que ce qui n'est pas peut produire un effet ; car e'est ce qui arriverait si nos id^es ne reprdsentaient pas exactement l'Etre pergu par nous. 11 est k peine besoin de remarquer que notre connaissance peut fetre incomplete; nous pouvons ne pas voir tout ce qui est dans l'Etre infini, et mtane nous ne pouvons jamais tout voir ad^quatement, puisque nous sommes finis. Mais nous ne pouvons voir que ce qui y est. Ce que nous voyons est done n6cessairement con-

1 Voir Kant, et la Critique de la Raison pure.

forme k la r6alit6ext6rieure etabsolue; ce que nous voyons est done ndcessairement et absolument vrai. L'Etre infini, en tant que connu par une intelligence, est la Verite eb-rnelle et absolue ; les impressions qu'en revolt notre raison sont n^cessairement vraies.

Cette doctrine, qui est celle de tous les Platoniciens, je suis heureuxpour la r6sumerenterminantd'en retrouveiTexpression trfcs exacte dans un de nos grands philosophes contemporains, M. Jules Simon 1 . Aprfcs avoir cherchS, comme je l'ai fait dans le corps de cet ouvrage, le fondement de la morale, il conclut : « La justice est done un attribut de la substance divine. En d'autres termes, Dieu est la substance de la justice. Le veritable realisme consiste a voir en Dun la substance de toutes les idiesdela raison, ouplutdt les itlfrs de la raison ne sont autre chose que Dieu m4me. Leur commune realitd est (fappartenir igalement a la substance dinn?. Elles sont les formes diverses sous lesquelles Dieu nous apparait. »

Si done nous cherchions k formuler, comme Ta fait Descartes, dans un raisonnement r6sum6, le fond mfemedc notre actc primordial de connaissance, nous ne nous 6crierions pa* simplement : « Je pense, done je suis. » Mais nous diriun>: « Je pense l'Etre, done 1° l'Etre est; done 2° je suis 2 ». H faut que nous connaissions ce qu'est l'Etre avant d'affirmer qu il est en nous; et cette connaissance est non seulement logiquonient, mais encore en fait, la premtere. Car, par le fait m«'me de l'cxistcnce de notre intelligence, nous sommes nii> en rapport avec l'Etre absolu et infini; e'est cela qui nous constitue une intelligence. Telle est notre perception premiere et essentielle. Ce n'est qu'ensuite et par un retour sur nous-m£mes, par une Evolution ulterieure, quoique tre> rapide, de notre pens6e, que nous affirmons de nous-nu^mes l'cxistcnce dont nous avons ant6rieurement apergu TWee.

La nature, Forigine et la cerlitude de nos id£es g£n£ral^« telles sont les questions mdtaphysiques dont la solution etait essentielle pour porter tout l^difice de la philosophie J"

1 Le Devoir, p. 232.

* Descartes (lit lui-inAme: « Je vois manifestenient qu'il se rencontre pi «' '< re.ilite dans la substance infinie que dans la substance finie, et partant i«i* j'ai en quelque facon premieremeiit en m<»i la notion de t'infini que du *we'est-a-dire de Dieu que de moi-iudme ». Meditations, 3% n - 16.

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droit. Mais ilen es tune autre qui, sans presenter pour cet objet la mSme n6cessit6 logique, est n^anmoins, pour qui veut voir les choses largement et en pleine lumifcre, un besoin de la raison et un complement indispensable. Cette question apparatt en m6me temps comme le corollaire le plus simple et le plus inattaquable de l'gtude des iddes ; ily a done le plus grand avantage h la traiter ici ; elle asseoira et 6largira la base de Tetude qui fait Tobjet de ce livre ; et elle vivifiera un grand nombre de ses solutions. (Test la question de Y existence de Dien, pour laquelle l'argument m6taphysique, contenu en germe dans les solutions jusqu'ici 6tablies, est, h mes yeux, le plus ddcisif et le plus in£branlable de tous. « Je pense TEtre ; done TEtre est. » Telle est la conclusion a laquelle nous sommes arrives dans l'6tude qui prSc&de. Elle r^sultc de Interpretation directe du fait primordial observe : TId<5e est la vue d'un objet infini, distinct de nous. Elle ne peut pas 6tre erron£e ; car celle ne laisse place entre elle et le fait observe h aucun raisonnement plus ou moins compliqu£, ou Terreur pourrait se glisser. C'est notre perception directe, £tudi£e avec soin, 6clair6e par une reflexion attentive, qui nous fournit cette proposition primordiale, origine et type essentiel de toutes les propositions philosophiques. « L'Gtre est »,ou « la m&me chose ne peut & la fois Gtre et n'Glre pas » ; e'est ce qu'on appelle le principe (Tidentite, consid£r6 k bon droit comme la base de tout raisonnement.

Mais une objection d6j& expos£e plus haut pourrait se presenter ici avec une force nouvelle, et, quoiqu'il y ait 6t6 maintes fois r6pondu par tous les auteurs qui ont d<5velopp6 cet argument m^taphysique 1 , il importe de la r<5futer ici, parce qu'elle semble se d6gager tout naturellement de TexposS ci-dessus. On a vu plus haut que nos idoes ne nous prGsentent 1*6 tre que comme possible; qu'il s'agisse des Aires finis ou de TEtre infini, e'est le m£mc aspect qui nous apparalt seul dans nos iddes. Comment done on pouvons-nous deduire Texistence de Tlnfini comme Hre reel ? — La response so tire aussi, p£remptoire et nette, des observations faites et des principes rappel6s ci-dessus. Tout effot doit avoir une

1 Voir Bossuet, Connaissance de Dieu et de soi-metne, chap, iv, art 5 ; Fdnelon, Traiti de VExistence de Dieu, partie II, chap, n ; Descartes, Discours sur to methode, 4 - partie, n° 4 (plus implicitement;.

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